MPO

“Mon enfant est une personne différente de moi; nous sommes tous des êtres uniques. Mon rôle est de lui apprendre à se servir des outils que le Créateur lui a donnés pour accomplir le destin qui lui est propre (cœur, intelligence, capacités créatrices, réflexion, sens d’observation”

Être parent-oui, c’est une importante responsabilité et il nous arrive de douter de nos capacités. Parfois nous sommes déchirés : Aie-je été trop sévère? Aie-je été trop permissif? Est-ce que Dieu est satisfait de moi en tant que parent?

Nous, musulmans, tentons de vivre en accord avec l’enseignement que nous ont légué Dieu et son Prophète. Ne sont-ils donc pas les meilleurs éducateurs? En nous attardant sur la méthode qu’ils ont utilisée pour transmettre cet enseignement, nous pourrons sûrement en tirer des leçons sur la façon de nous y prendre pour mener à bien notre tâche de parents éducateurs. Quels seraient donc les principes islamiques à la base d’une bonne éducation parentale?

Je ne prétends pas faire ici une étude approfondie, je n’en ai pas la compétence. Je souhaite seulement partager le fruit de ma réflexion, de mes observations et de mon apprentissage par essai et erreur. Je propose d’abord une description de deux principaux modèles de parents : le parent accompagnateur et le parent contrôlant. Nous tenterons par la suite de voir quelle est la vision de départ qui donne lieu à ces comportements différents.

Analogie du voyage

Imaginons la vie comme un voyage et voyons comment nos deux modèles de parent s’y prennent pour l’aborder. Le parent planifie amener son enfant en voyage pendant les prochaines vacances d’été.

Le parent accompagnateur

En parent responsable, il a élaboré un plan. Il sait où il veut aller, pendant combien de temps ils seront partis, quel budget sera alloué à l’hébergement, à la nourriture et aux activités.

Mais il veut également profiter de cette expérience pour transmettre à son enfant  un savoir qui lui sera utile lorsqu’il aura à voyager seul plus tard. Il discute donc du projet avec l’enfant. Il lui fait connaître leur destination, l’invite à regarder une carte pour situer l’endroit. Il le consulte, lui demande son avis.

Nous aurons à parcourir un trajet de 800 kilomètres pour nous rendre à destination. Devrions-nous faire le trajet en une seule journée et arriver le plus tôt possible, ou le faire en deux jours et prendre le temps de voir les sites intéressants le long du chemin?

–        Quel genre d’activité aimerais-tu pratiquer une fois là-bas?

–        J’ai pensé que si nous faisions du camping plutôt que de coucher à l’hôtel, il nous resterait suffisamment d’argent pour louer un canot ou faire de l’équitation comme tu as proposé. Qu’en penses-tu?

Au cours du voyage, l’enfant ramasse des cailloux au bord de la rivière. Le parent l’observe de loin. Il s’aperçoit que l’enfant s’avance toujours plus et qu’il va mouiller ses chaussures. Il le laisse faire. Quelques minutes plus tard, l’enfant revient l’air piteux.

–        Mes chaussures sont mouillées…

–        Qu’est-ce que tu aurais pu faire pour éviter cela?

Plutôt que de le gronder, le parent lui permet de trouver ses solutions et d’apprendre de ses erreurs.

 Ici, le parent a un plan, il a déjà établi des balises, mais il accorde une certaine latitude à l’enfant à l’intérieur de ces balises pour lui permettre d’expérimenter. Ayant été consulté, l’enfant sait ce qu’il l’attend, il a donné son assentiment, il ne sent pas qu’on lui impose quoi que ce soit. Il sera probablement coopératif tout au long du voyage.

Le parent contrôlant

Également responsable, il a aussi un plan, mais il n’en parle pas. Il dit seulement à l’enfant qu’ils iront en voyage l’été prochain. Il a pensé à tout, il a tout prévu, son enfant sera ravi.

De son côté, l’enfant imagine déjà ce qu’il aimerait faire au cours de ce voyage. Et il se rappelle le récit de voyage que son ami lui a fait l’autre jour. Comme lui, il aura peut-être la chance de se baigner dans la piscine de l’hôtel et de manger de la crème glacée tous les jours…

Le jour du voyage arrive, on monte en voiture. Une heure plus tard :

–        Quand est-ce qu’on arrive? 

–        Dieu que les enfants sont impatients!

Vient le moment de monter la tente le soir venu.

–        Comment, on ne va  pas à l’hôtel?

–        Mais, tu me prends pour un banquier? Je te trouve assez ingrat. Sois plutôt reconnaissant de ce qu’on t’offre.

Le lendemain, d’un ton plutôt impatiemment (ça fait longtemps qu’il y pense) :

–        Je veux faire du canot.

–        Tu ne penses qu’à toi! Moi j’avais prévu une marche en forêt.

Tout au long du voyage, le parent talonne l’enfant  pour éviter qu’il fasse le moindre faux pas. Lorsque ça se produit, le parent blâme l’enfant de sa maladresse.

Ici, le parent s’attend à ce que l’enfant se conforme et adhère naturellement à son plan parce que c’est lui l’adulte, c’est lui qui sait ce qui convient à son enfant. Ce dernier est pris en charge. Il n’a pas droit de parole.

Voyons quels sont sur l’enfant les effets de ces deux différents modèles.


L’enfant du parent accompagnateur

1. développe la confiance en lui et une saine image de lui-même

–        on lui demande son avis, sa personne a donc de la valeur

2. se connaît

             –    on lui demande ce qu’il aimerait faire, il doit se questionner 

3. est un être responsable

              –    il apprend à faire des choix et à en accepter les conséquences

 L’enfant du parent contrôlant

 a une pauvre opinion de lui-même

–   lorsqu’il s’exprime, le parent se montre contrarié, on le blâme pour ses          erreurs

  1. ne se connaît pas et doute de ses capacités

–  on fait tout pour lui, on ne lui demande jamais son opinion

  1. est un être dépendant

–  on ne lui permet aucune initiative

  1. a du mal à tenir compte des autres

–  on n’a jamais tenu compte de lui

Deux modèles, deux visions

Ces deux comportements parentaux découlent inévitablement de deux conceptions distinctes du rôle de parent.

Vision du parent accompagnateur

Mon enfant est une personne différente de moi; nous sommes tous des êtres uniques. Mon rôle est de lui apprendre à se servir des outils que le Créateur lui a donnés pour accomplir le destin qui lui est propre (cœur, intelligence, capacités créatrices, réflexion, sens d’observation, etc.). D’abord par mon exemple, puis par mes conseils, je lui transmets mon savoir, mes croyances, mes valeurs et des habiletés diverses. Je ne suis pas responsable de ce qu’il fera de ce bagage. Ma responsabilité est de transmettre et d’être à l’écoute lorsqu’il exprime ses doutes afin de l’aider à s’orienter.

Vision du parent contrôlant

Mon enfant m’appartient; c’est ma chair et mon sang. Je dois en faire quelqu’un de bien. Je vais donc le surveiller de près afin qu’il fasse le moins d’erreurs possible. Je vais lui expliquer tout ce qu’il doit faire et ne pas faire; il n’a rien à dire, c’est moi l’adulte qui sait ce qui est bien pour lui. Lorsqu’il s’écartera, je le gronderai sévèrement pour lui enlever toute envie de recommencer. Lorsqu’il exprime des doutes, je m’inquiète d’avoir mal fait mon travail, je répète alors mes directives. Il ne doit surtout pas s’écarter du droit chemin; Dieu m’en tiendra responsable et les gens vont présumer que je suis un mauvais parent.

Les principes islamiques

Dieu a créé l’homme libre; il lui a donné un guide par l’entremise des Prophètes, mais Il le laisse libre de le suivre ou non. Si quelqu’un était en droit d’imposer quelque chose à quelqu’un, c’était bien le Créateur. Il ne l’a pas fait. De la soumission par amour émane un parfum qui Lui est des plus agréables.

Lorsque le Prophète s’attristait de voir son peuple ignorer le message, Dieu le consolait en lui rappelant qu’il n’était responsable que de transmettre le message.

Notre Prophète nous a enseigné le principe de consultation dans la sphère familiale autant que dans la sphère publique. 

Voilà au moins trois principes d’enseignement desquels nous pouvons nous inspirer. Posons-nous la question : élevons-nous nos enfants avec le souci de leur épanouissement et celui de les préparer pour la Vie après cette vie; ou les élevons-nous avec le souci de nourrir notre fierté de parents?

Dans le premier scénario, il est facile d’imaginer un voyage plaisant pour tout le monde. L’enfant se sent valorisé, les explications qu’on lui donne lui permettent d’être proactif et d’apporter sa contribution au bon déroulement du voyage. Il en rapporte une expérience qui lui sera utile toute sa vie. Le parent est habité par des sentiments de confiance et d’amour envers son enfant et il sait qu’il peut compter sur sa participation.  

Tandis que la lecture seule du deuxième scénario est déjà assez pénible. On imagine un parent hyper stressé du fait qu’il porte seul la responsabilité du bon déroulement du voyage. Il est constamment aux aguets pour que l’enfant ne déroge pas de son plan initial. L’enfant se sent ignoré, constamment bousculé.  On ne lui a rien dit, il ne peut rien anticiper, il se sent anxieux. Il a l’impression de tout faire de travers. Triste voyage pour tout le monde.

 Suzanne Touchette est membre de Présence Musulmane Ottawa-Gatineau

“Muhammad Asad a eu recours à la pensée critique et à l’analyse afin de libérer les textes originaux des ajouts provenant des traditions et des coutumes, et de les libérer de la colonisation aux mains des puissances occidentales dominantes”

Voici un aperçu de la conférence livrée par Tariq Ramadan en Malaisie, en mémoire du grand écrivain musulman et penseur du renouveau, le regretté Muhammad Asad.

L’événement était organisé par Islamic Book Trust et par Islamic Renaissance Front, dans le but de commémorer la contribution de Muhammad Asad à la pensée islamique moderne. Le tout a débuté par une introduction de Tan Sri Muhammad Kamal Hassan, ancien recteur de l’Université islamique internationale de Malaisie. D’après Kamal Hassan, la plus importante contribution du regretté Muhammad Asad au mouvement de renouveau et de réforme islamique a été de présenter ce qu’il appelait « la vision islamique du monde ». C’est-à-dire, la perspective de l’islam sur l’existence humaine.

Il a souligné que c’était une des idées qu’il avait rapportées de sa rencontre avec Mohamed Iqbal lors d’un voyage au Pakistan et que Syed Abul Ala Maududi et Syed Qutub ont par la suite élaborées. Kamal Hassan a illustré son propos à l’aide de citations de divers écrits de Muhammad Asad dont, The Road to Mecca (La route de la Mecque), Islam at the Crossroads (L’islam à la croisée des chemins) et The Message of the Quran (Le message du Coran).

Dans une de ces citations qui provenaient de L’islam à la croisée des chemins, Muhammad Asad met en garde les musulmans contre la tentation de suivre aveuglément les idées occidentales. Il souligne également l’imbrication du monde physique et du monde spirituel, ce qu’il considérait être au cœur de la vision islamique du monde.

La vision islamique du monde

Kamal Hassan a également lu des extraits de La route de la Mecque, un livre qui présente la vision islamique du monde du point de vue de Léopold Weiss, c’est-à-dire Muhammad Asad avant sa venue à l’islam. Il a lu un extrait en particulier qui, pour moi, fait ressortir la capacité qu’avait Muhammad Asad de faire la distinction entre les musulmans et leur comportement vis-à-vis de l’islam « … le déclin des musulmans n’était dû à aucune faille de l’islam, mais plutôt à leur incapacité à lui être fidèle. »

Kamal Hassan a ensuite parlé d’un autre ouvrage du regretté Muhammad Asad, Le message du Coran, une traduction du sens du Coran accompagnée de brefs commentaires; il a ajouté que, pour lui, ce livre complétait très bien les commentaires du Coran de Abdullah Yusuf Ali.

J’ai trouvé cette conférence très utile : Kamal Hassan a servi au public un guide du débutant à l’intention de ceux qui liront les ouvrages de Muhammad Asad. Ça m’a permis de me faire une idée sur ce que je dois m’attendre en lisant Muhammad Asad. J’ai déjà lu La route de la Mecque et L’islam à la croisée des chemins, mais dans l’éventualité où je les relirais, je pourrais davantage comprendre ses opinions et davantage m’identifier à sa pensée.

La deuxième conférence était donnée par Tariq Ramadan, un penseur réformiste musulman qui a eu le privilège de rencontrer le regretté Muhammad Asad et d’apprendre de lui.

Anti sémitisme

Pendant sa conférence, Tariq Ramadan a souligné l’attitude de plusieurs musulmans envers les discussions libres et ouvertes, et les débats. C’est un des défis qu’a dû relever Muhammad Asad de son vivant. Lorsque les musulmans partageaient ses vues, ils le louangeaient; lorsqu’ils divergeaient, ils disaient « N’oubliez pas qu’après tout il était juif. Méfiez-vous! ». Le professeur Ramadan a insisté sur le fait que l’attitude qui consiste à attaquer le passé d’une personne lorsqu’on ne partage pas ses vues n’est pas encouragée en islam. Tariq Ramadan déplore le fait que des gens disent, lorsqu’ils ne sont pas d’accord avec Mohammad Asad « N’oubliez pas qu’il était juif ».

Il juge tout à fait inacceptable de déterrer le passé de quelqu’un lorsque survient un désaccord avec lui, ajoutant qu’il n’est pas rare de voir des musulmans le faire. « Lorsque vous êtes à court d’arguments, vous jetez le discrédit sur la personne. L’anti sémitisme est non islamique », a-t-il déclaré. « Nous devons reconnaître la souffrance qu’ont endurée les juifs, le sionisme par contre c’est différent; c’est un projet colonialiste que nous devons dénoncer au même titre que tous les autres colonialismes, y compris ceux pratiqués par les Arabes. Tariq Ramadan insiste sur la stricte opposition de Muhammad Asad au sionisme et sur son attachement simultané à son identité et à ses racines juives. Il souligne également l’importance du rôle de la carrière journalistique de Muhammad Asad, avant son entrée à l’islam, qui a permis de faire découvrir les pratiques profondément déviantes des musulmans alors qu’il voyageait dans des pays musulmans, tels la Palestine, la Syrie, l’Iraq et plusieurs autres. Il a alors découvert que les musulmans étaient très éloignés du sens réel de l’islam.

Libérer les textes islamiques

Tout en étant d’accord avec l’affirmation de Kamal Hassan sur la plus importante contribution de Muhammad Asad : la vision islamique du monde, le professeur Ramadan a cependant ajouté que cette idée avait déjà germé avant même l’époque d’Iqbal, dans les écrits de Jamal Al-Din Al-Afghani. Tariq Ramadan croit que Muhammad Asad a élaboré sa vision islamique du monde à partir de deux éléments : le retour aux textes originaux et une redéfinition de la terminologie présente dans le discours islamique.

Le professeur a élaboré sur le recours de Muhammad Asad à la pensée critique et à l’analyse afin de libérer les textes islamiques originaux, le Coran et la Sunna, des ajouts provenant des traditions et des coutumes. Il l’a fait de façon à libérer la pensée islamique de la colonisation par des puissances occidentales dominantes, mais aussi de la colonisation par les traditions et les coutumes des musulmans même. Reconnaissant l’importance d’une connaissance suffisante de la langue arabe dans la poursuite de cette démarche, il en est venu à maîtriser cette langue à un degré que peu d’arabophones peuvent le faire, même aujourd’hui.

Restructurer le discours islamique

Il a ensuite donné un bref aperçu de la façon dont Muhammad Asad a restructuré le discours islamique. Il a démontré comment lui-même en suivant le courant de pensée de ce dernier en est arrivé à traduire « islam » différemment de « soumission » comme il était traditionnellement traduit. Il dit l’avoir fait parce qu’en Occident, soumission sous-entend absence de raisonnement et de logique; ce qui est en totale contradiction avec le véritable sens de l’islam. Ramadan a plutôt traduit islam par « entrer dans la paix de Dieu ».

Le professeur Ramadan a poursuivi en parlant de la vision de Muhammad Asad sur les relations entre l’Occident et l’islam. À partir d’un angle psychanalytique, Muhammad Asad déclarait que la relation que l’Occident entretenait avec l’islam était tributaire d’un traumatisme subi quelque part au cours de son histoire. Bien que Ramadan soit d’accord avec l’analogie du traumatisme subi par l’Occident à la suite de la colonisation, il ajoute que cette analogie s’applique aussi aux sociétés musulmanes.

Se souvenant avec tendresse des dernières années de Muhammad Asad, Tariq Ramadan a souligné l’importance pour une personne de faire, en fin de vie, le bilan de ses contributions. Et c’est ce qu’il a fait en se questionnant sur ses démarches.

En conclusion, Tariq Ramadan a insisté sur la principale contribution du regretté Muhammad Asad, c’est-à-dire une méthodologie visant à raviver et à réformer le discours islamique. Aux musulmans, il a rappelé qu’ils ne sont pas obligés d’être d’accord avec ses conclusions pourvu qu’ils reconnaissent sa contribution.

Période de questions

Un jeune Syrien vivant en Malaisie : « Quelle est la véritable signification de Ummah? »

Tout en mettant l’auditoire en garde contre une compréhension romantique de ce concept, Ramadan a expliqué qu’il ne s’agit pas d’une communauté physique, mais d’un concept spirituel fondé sur un principe. Ce qui lie les musulmans, c’est Allah. L’engagement que chaque musulman doit prendre envers la Ummah doit être celui qui consiste à aider son frère musulman oppresseur en l’empêchant d’oppresser, comme nous l’a enseigné le Prophète. Le professeur a ajouté qu’aujourd’hui on donne à Ummah le sens de « unifiés contre ». Selon lui, on devrait plutôt « s’unir pour », pour les principes qui fondent la Ummah.

Une jeune fille malaisienne : « Comment les jeunes musulmans peuvent-ils se libérer du mode de pensée tribal et traditionnel pour en arriver à une forme de pensée scientifique et logique? »

Tariq Ramadan a répondu que cette distinction entre la connaissance logique et traditionnelle a constitué le défi qu’a dû relever le mouvement islamique de réforme. Il a affirmé qu’en islam il n’y a pas de science laïque; toute science est intrinsèquement islamique et la connaissance conduit à l’éthique. Par exemple, la raison est un véhicule qui peut mener à des fins éthiques. Et Muhammad Asad croyait fermement que l’un des plus beaux cadeaux que l’islam pourrait apporter à l’Occident serait une perspective éthique des découvertes matérielles de ses scientifiques.

Le professeur a fait remarquer qu’un texte coranique offre différents niveaux de compréhension et que la compréhension spirituelle découlant de la récitation du Coran est accessible à tous. Les histoires qu’on y lit deviennent un miroir dans lequel nous pouvons nous refléter. Par contre, il nous a mis en garde contre ce qu’il appelle une démocratisation : la perte d’ahkam (de règles) contenues dans le texte coranique et dans la tradition prophétique.

J’ai moi-même eu la chance de poser une question aux invités, question qui touchait, je crois, tous mes amis et collègues en ce sens que nous sommes tous sur le point de passer du stade d’apprenants au stade de contributeurs. Au moment de quitter nos salles de classe et d’intégrer la communauté, nous nous sentons écartelés entre deux extrêmes : la tradition conservatrice et le modernisme laïc. Et j’ai demandé : « Comment et où pourrons-nous trouver l’équilibre qui consisterait à contribuer à l’épanouissement de nos sociétés tout en restant attachés à nos traditions islamiques? »

Cette question a été reformulée par une autre personne de l’auditoire, notre distingué Arif Zakaullah de l’Université islamique internationale de Malaisie : « Comment est-il possible d’enraciner une vision islamique du monde dans l’esprit de nos jeunes? »

Kamal Hassan a répondu à cette question en rappelant que le Coran et la Sunnah mettent l’accent sur le concept de « wasatiyya » ou modération. Il a ajouté que ce concept devrait faire partie du système d’éducation.

Tun Dr. Mahatir Mohamed, l’ancien premier ministre de la Malaisie, assistait à l’événement et il a contribué à la discussion en mettant en garde l’auditoire contre un rejet des sciences soi-disant laïques, ce qui aurait comme conséquence d’affaiblir la Ummah.

La conférence de Tariq Ramadan m’a particulièrement éclairée en tant qu’étudiante en Études islamiques et personne intéressée par la vie et l’œuvre de Muhammad Asad.

Aisha Hussain Rasheed est une personne qui souhaite que les choses changent et qui croit que ce changement passe par l’éducation et la sensibilisation.

Traduit de l’anglais par Suzanne Touchette, Edité par Safia Lasfar

« La communauté musulmane américaine a refusé, à la suite du meurtre d’Aasiya, de jouer la victime et de tenter de montrer patte blanche dans les médias; et c’est tout à son honneur. Ses membres ont plutôt, en bloc, condamné ce crime. Ils ont reconnu que la violence familiale, bien que gardée secrète, était une réalité qu’on tentait de dissimuler à cause de la honte, et ils ont décidé de faire maison nette. »

L’an dernier, la tragique décapitation d’Aasiya Zubair a secoué une communauté musulmane américaine apathique qui a finalement reconnu le fléau de la violence familiale en son sein et qui a décidé d’y faire face par l’action.

Le 12 février 2009, Aasiya Zubair, une musulmane américaine d’origine pakistanaise, étudiante en administration et cofondatrice de Bridges TV, a été assassinée par Muhammad Hassan, le mari dont elle était séparée, à la suite d’une demande de divorce et de l’obtention d’une interdiction de communiquer à son endroit. Les deux précédentes épouses de Muhammad Hassan l’avaient quitté à cause de violence familiale et Asma Firfirey, la sœur de la défunte, a fait savoir qu’Aasiya avait déjà subi des blessures pour lesquelles elle a dû se faire traiter contre un montant de 3 000 $. Muhammad Hassan, malheureusement considéré comme un soi-disant leader de la communauté en dépit de sa réputation d’agresseur – triste constat d’échec à l’endroit du leadership de la communauté – est formellement accusé du meurtre. Fait étonnant, il a récemment invoqué pour sa défense l’argument du « conjoint battu » et celui du harcèlement psychologique, prétendant que c’est lui qui était victime d’abus verbal et d’humiliation de la part de sa femme.

L’argument de M. Hassan contredit les statistiques qui montrent la triste réalité de la violence familiale aux États-Unis. Chaque année, environ 1,3 million d’Américaines sont physiquement agressées par leur partenaire et 25 % connaîtront des épisodes de violence familiale au cours de leur vie. Contrairement à certains reportages fallacieux et à des stéréotypes alimentés par l’ignorance et une attitude réactionnaire dans la foulée du meurtre d’Aasiya, il ne faut pas croire que la violence faite aux femmes soit innée ou exclusive aux hommes musulmans, sud-asiatiques ou immigrants. Malheureusement, le phénomène est endémique partout sur la planète et il n’épargne les femmes d’aucune race.

La communauté musulmane américaine a refusé, à la suite du meurtre d’Aasiya, de jouer la victime et de tenter de montrer patte blanche dans les médias; et c’est tout à son honneur. Ses membres ont plutôt, en bloc, condamné ce crime. Ils ont reconnu que la violence familiale, bien que gardée secrète, était une réalité qu’on tentait de dissimuler à cause de la honte, et ils ont décidé de faire maison nette. 

Deux jours après le meurtre, un mouvement de la base s’est mis en marche grâce à des sites comme Facebook : un « engagement à mettre fin à la violence familiale ». On a également assisté à un effort concerté des imams du pays : Les imams se prononcent : la violence familiale ne sera pas tolérée dans nos communautés. Effort qui visait à amener les imams et les leaders religieux à dénoncer dans leurs sermons du vendredi, de façon claire, la violence faite aux femmes dans les communautés musulmanes. L’appel a été entendu et suivi d’actions. Le cheik Hamza Yusuf, l’un des leaders musulmans américains des plus populaires et des plus influents, a pris à témoin le Coran, la sharia et l’exemple de la vie du Prophète pour condamner un tel comportement et pour démontrer qu’il est interdit par l’islam. De plus, il a réprimandé les agresseurs qui tentent obstinément de justifier leurs actes en se basant sur une compréhension erronée de leur religion.

Au même moment, un effort unifié, multiculturel et mondial visant à combattre la violence familiale a donné naissance à un groupe sur Facebook : En mémoire d’Aasiya Zubair, un engagement à mettre fin à la violence familiale.

Tout de suite après la tragédie, quelques musulmans américains ont lancé le site Web Les hommes musulmans contre la violence familiale, sur lequel ils se sont tous engagés à « ne jamais agresser, ni supporter, ni garder le silence sur des abus de nature physique, psychologique ou émotionnelle qui touchent des femmes ou des enfants, musulmans ou non ». En commémoration de l’anniversaire de la mort d’Aasiya, ils ont demandé aux visiteurs de leur site de faire pression auprès des imams afin qu’ils abordent dans leur sermon du vendredi 12 février  le sujet de la violence familiale.

Cette tragédie a également permis de mettre en lumière les ressources et le travail remarquable des organismes et des refuges  consacrés aux victimes de violence familiale dont, malheureusement, les mosquées et les centres communautaires musulmans ne tiraient pas suffisamment avantage du vivant d’Aasiya.

Par exemple, Peaceful Families Project, qui existe depuis l’an 2000, a collaboré l’an dernier avec la Ligue des femmes musulmanes afin de mettre sur pied un répertoire en ligne des « programmes contre la violence familiale dans les communautés musulmanes ». Ces personnes sont  aussi à mettre sur pied une campagne vidéo intitulée : Prenez position contre la violence familiale. Sur ces vidéos, vous pourrez être témoin de l’engagement de musulmans partout dans le monde.

International Wear a Purple Hijab Day, une initiative à l’échelle mondiale, demande aux femmes musulmanes de porter un foulard mauve le 13 février, en mémoire d’Aasiya, et de serrer les rangs de la communauté pour dénoncer la violence familiale.

Dar al Islam, une organisation à but non lucratif du Nouveau-Mexique, a lancé le projet : Project Sakina : Stop Family Violence Now, afin de sensibiliser les communautés musulmanes et les amener à poser des gestes concrets pour contrer cette réalité.

De plus, plusieurs refuges, des organisations à but non lucratif et des centres communautaires musulmans présenteront cette fin de semaine des conférences et des tables rondes à la mémoire d’Aasiya. Plus particulièrement, la Domestic Harmony Foundation, ainsi que Turning Point for Women and Families uniront leurs voix pour tenter de défaire les préjugés concernant le traitement réservé aux femmes par l’islam ainsi que pour condamner la violence familiale et le meurtre d’Aasiya.

Bien que la route soit encore longue et ardue, il est doux-amer, mais aussi encourageant de penser que l’anniversaire de la mort d’Aasiya a inspiré plusieurs musulmans américains qui étaient auparavant, ou bien apathiques ou bien ignorants, et les a rapprochés de leur tradition et de leur foi pour mettre fin à la violence familiale en mémoire d’Aasiya.

Wajahat Ali est un musulman américain d’origine pakistanaise. Il est avocat et écrivain. Son œuvre, The Domestic Crusaders, est la première pièce d’importance sur la vie des musulmans dans une Amérique d’après septembre 2001. Il est corédacteur de Altmuslim.com. Voici son blogue.

Cet article est paru dans l’édition du 12 février du Guardian et reproduit ici avec la permission de l’auteur.    

Traduit par Suzanne Touchette

“Mes amis et collègues radicaux sont de façon routinière opprimés par leurs gouvernements, soumis aux attaques des conservateurs, entravés par les États-Unis et ignorés par les médias et par les groupes pacifistes qui devraient plutôt s’employer à faire connaître leurs activités et leurs luttes” 

 

 

eas014.jpg image by prislam2009La   plupart des leaders occidentaux, des experts et des décideurs sont désespérément à la recherche de « musulmans modérés » qui pourraient protéger l’islam contre elle-même et améliorer les relations avec l’Occident.

Le problème c’est qu’un musulman modéré ça n’existe pas; du moins pas dans le sens que les décideurs donnent à ce terme. Regardez qui ils qualifient de modérés : Le président Bush cite souvent Abdullah, roi de Jordanie, et Mohammed, Roi du Maroc, comme les exemples même des leaders musulmans modérés. Mais un coup d’œil aux rapports d’Amnistie internationale sur leurs pays, ou sur les autres soi-disant régimes modérés révèle qu’ils sont loin de l’être dans leur façon de traiter leurs citoyens. En fait, le niveau de répression et de censure chez la plupart d’entre eux est égal à celui de septembre 2001, ou même plus élevé.

Rechercher « l’islam modéré » pose également problème. On se souvient que le président Bush avait tenté de venir à la défense de  l’islam après septembre 2001 en déclarant : « islam signifie paix ». Bien que ce sentiment soit très louable, Islam ne veut pas dire paix, il signifie soumission à la volonté divine. Et quiconque connaît l’histoire musulmane des deux derniers millénaires sait qu’elle a connu plusieurs guerres. De la même façon, les promoteurs de l’islam modéré citent un hadith, ou parole du Prophète, qui veut que le « grand jihad » d’introspection et de progression soit pour les musulmans un élément plus fondamental que le « petit jihad » fait de guerre et de violence.

À l’inverse, la plupart des savants musulmans conservateurs considèrent que le hadith qui mentionne le « grand jihad » est un hadith faible, c’est-à-dire qu’il ne serait pas une parole du Prophète. Son utilisation par les « modérés » dans leur tentative de réformer la sharia (le code de vie islamique dont certains États se servent pour sanctionner la violence) a depuis longtemps suscité le mépris des conservateurs.

Au cours des vingt dernières années, une école « modérée » de jurisprudence islamique a en fait émergé (connue en arabe comme le mouvement wasatiya). Mais ses dirigeants ont été ou bien choisis ou bien censurés par leurs gouvernements, ou bien ils ont tendance à faire preuve de moins de modération lorsqu’il s’agit des Juifs, de l’homosexualité ou de l’égalité complète pour les femmes. Ceux qui sont réellement modérés dénoncent la politique étrangère des États-Unis et notre culture matérialiste de consommation. Ce faisant, ils sont étiquetés de « radicaux » par leurs gouvernements et par le nôtre.

Nous devons, de toute évidence, revoir les étiquettes que nous apposons à l’islam, parce que les dirigeants que nous considérons modérés sont souvent, à juste titre, considérés par leurs citoyens comme les serviteurs des politiques américaines qui ne pourraient souvent être définis eux-mêmes comme des modérés. D’un autre côté, les musulmans respectent ceux que nous appelons les « radicaux » parce qu’ils nous défient, même s’ils n’approuvent pas leur façon de le faire.

Pourtant, la réalité c’est que même les plus radicaux des groupes extrémistes, tel qu’al-Qaeda, ne sont pas tellement radicaux. Ils présentent plutôt des ressemblances frappantes avec d’autres mouvements utopiques de l’histoire, des Jacobins de la postrévolution française, en passant par les fascistes et les maoïstes du siècle dernier. Les outils qu’ils utilisent pour faire la guerre : Internet et les vestes bourrées d’explosif, sont peut-être nouveaux, mais leur désir de purifier leur société au moyen de la violence c’est du déjà vu.

À quoi ressemblerait un véritable musulman radical? Peut-être au jeune sheikh shiite nommé Anwar al-Ethari que j’ai rencontré à Baghdad. On l’appelle le « sheikh élastique » à cause de ses diplômes universitaires dans le domaine religieux et laïque et de sa volonté de faire appel à « tout ce qui marche, peu importe la provenance » pour aider son voisinage de Sadr City à trouver les solutions à ses nombreux problèmes. Malheureusement, ça fait des mois que je n’ai plus de ses nouvelles et je crains qu’il soit parmi les victimes de la violence incessante qui frappe la population de cette ville shiite. 

Ou il ressemblerait peut-être à Reda Zine, un ami de Casablanca qui est un des leaders sur la scène heavy metal marocaine et qui détiendra bientôt un PhD de la Sorbonne en études islamiques. Mais lui et ses musiciens ont été étiquetés de « satanistes » par les islamistes modérés et arrêtés par le gouvernement modéré marocain parce qu’ils ont osé écrire des chansons puissantes qui font du bruit et dont les textes dénoncent le caractère patriarcal de la culture et des politiques du pays.

Ou encore, à Nadia Yassine, la leader de la plus importante force politique au Maroc : le mouvement à caractère religieux Justice et spiritualité. Lors de notre première rencontre, elle a expliqué qu’après la mort du Prophète Mohammed, l’islam « a été pris en otage » par les hommes et en a souffert depuis. Lorsque je l’ai revue, elle a suggéré que le Maroc se porterait mieux si la monarchie faisait place à une république; une idée qui lui a valu d’être emprisonnée, courtoisie du même gouvernement modéré qui a pourchassé les amateurs de heavy metal.

C’est elle qui la première a suggéré que l’islam avait davantage besoin de radicaux que de modérés, « mais radicaux dans le bons sens ». Assis à ses côtés et acquiesçant d’un mouvement de la tête se trouvait le philosophe suisse musulman, Tariq Ramadan, une des voix progressistes  les plus fortes d’Europe. Le visa qui lui  aurait permis d’enseigner à l’Université Notre Dame a été révoqué par le gouvernement américain à partir d’accusations absolument sans fondement de « lien avec les terroristes ».   

Mes amis et collègues radicaux sont de façon routinière opprimés par leurs gouvernements, soumis aux attaques des conservateurs, entravés par les États-Unis et ignorés par les médias et par les groupes pacifistes qui devraient plutôt s’employer à faire connaître leurs activités et leurs luttes. Ceci est un signe qu’ils font de bonnes choses et que nous devrions les supporter davantage. Ce serait bien sûr assez radical; mais comment en arriverons-nous autrement à la réforme radicale nécessaire à l’avènement de la paix et de la démocratie au Moyen-Orient, sans parler des États-Unis.                 

Mark Levine est professeur d’histoire moderne du Moyen-Orient, de culture et d’études islamiques, UC Irvine, et auteur de Why They Don’t Hate Us : Lifting the Veil on the Axis of Evil (Oxford : Oneworld Publications, 2005)

Visitez le site Web de Mark Levine

Le présent article a paru dans le Huffington Post et a été repris ici avec la permission de l’auteur.

Traduit par Suzanne Touchette

COMMUNIQUE DE PRESSE

 Londres 20 janvier 2010

Après plus de cinq ans d’attente, le Département d’Etat américain a pris la décision, dans un document signé par la Secrétaire d’Etat Hillary Clinton, de ne plus considérer comme recevables les raisons qui m’empêchaient d’entrer aux Etats-Unis.

 Comme le relève l’Union américaine pour la défense des droits civils  (ACLU) – qui, avec les institutions American Academy for Religion, American Association of University Professors et PEN American Center, a poursuivi le Gouvernement américain -  il s’agit d’une victoire majeure pour les libertés civiles aux Etats-Unis. Sous l’Administration Bush, les exclusions de professeurs et d’intellectuels s’étaient multipliées sous des prétextes fallacieux et de fausses raisons de sécurité. La nouvelle Administration Obama montre ainsi une volonté de s’ouvrir au monde à nouveau et de permettre les débats critiques.

Après près de six ans de recherches et d’investigations, l’ordre donné par la Secrétaire d’Etat Hillary Clinton, vient confirmer ce que j’avais dit et répété depuis le premier jour : les premières accusations de liens avec le terrorisme (qui furent ensuite écartées), puis les  donations à des organisations de solidarité en faveur des Palestiniens, n’étaient que des prétextes pour m’empêcher d’exprimer mes critiques quant à la politique du gouvernement américain sur son sol.  Cette décision met enfin un  terme à une période récente assez sombre de la politique américaine qui a consisté, au nom de la sécurité, a empêché la critique et les débats à coup d’exclusion et de stigmatisation infondées.

“Je suis heureux aujourd’hui de cette décision de mettre un terme à mon exclusion des Etats Unis après presque six ans. Je n’ai jamais confondu le gouvernement américain (et notamment l’Administration Bush) avec la société civile, les institutions académiques et les intellectuels. Je tiens à remercier toutes les institutions et les individus qui m’ont soutenu et qui ont travaillé pendant des années pour mettre un terme à cette exclusion idéologique anticonstitutionnelle. J’espère qu’il sera possible bientôt de visiter les Etats-Unis et de pouvoir à nouveau m’engager dans un débat ouvert, critique et constructif avec les universitaires et les intellectuels américains.”

“C’est une étape importante dans mon engagement dans le dialogue entre les civilisations, les religions, les peuples et les consciences. Le vrai dialogue est forcément critique, politique et idéologique et rien ne doit empêcher les opinions de s’exprimer et de débattre. Je n’ai jamais cessé de le faire et je ne cesserai point. D’autres gouvernements – en Orient – m’excluent encore de leur territoire et m’interdisent de m’exprimer librement : il faut saluer les progrès aux Etats Unis – tout en restant vigilant et critique sur les avancées effectives de la politique américaine – et il importe de continuer à résister à toute tentative d’intimidation par l’exclusion, la menace, la diffamation ou la calomnie.”

“La route est longue. Il est des victoires significatives qui redonnent de la force. Celle-ci en est une qui rappelle – à celles et ceux qui ont fait usage de cette exclusion pour me calomnier ou me stigmatiser de façon mensongère et/ou cynique – qu’on ne gagne le débats des idées qu’avec des idées et que la dignité d’une cause finit toujours par avoir, d’une façon ou d’une autre, gain de cause.”

Tariq Ramadan

“Nous ne pouvons pas comprendre ce désastre si nous ne nous posons pas d’abord cette question : Pourquoi Haïti est-il le pays le plus pauvre de l’hémisphère occidental? La triste réalité c’est que le peuple haïtien a presque constamment été victime d’oppression et d’injustice depuis l’arrivée des colonisateurs européens il y a cinq cent ans”

 

On a entendu M. Pat Robertson, un représentant chrétien connu, dire qu’Haïti a été « maudit » à cause d’un « pacte avec le diable ». Heureusement, ceci ne représente pas la position dominante chez les chrétiens et mon ami, le révérend Paul Raushenbush a rejeté cette théologie « blâmons les victimes ».

Les leaders religieux doivent prendre position contre les voix extrémistes de leurs communautés, et je suis heureuse de voir le révérend Raushenbush réagir aux suggestions ridicules et offensantes de M. Robertson.

En tant que musulmans, nous croyons qu’il n’est pas toujours possible d’expliquer ou de comprendre les raisons de la souffrance humaine. Nous savons que des innocents souffriront toujours soit de maladies soit à la suite de catastrophes naturelles, et qu’à ces moments-là, il nous faut faire deux choses : d’abord prier et se rappeler, comme nous le dit le Coran « Nous sommes à Dieu et à Dieu nous revenons », puis nous devons aider ceux qui souffrent. Le Prophète Mohammed, que la paix l’accompagne, a rapporté dans un hadith sacré que pour nous rapprocher de Dieu, nous devrions rendre visite aux malades et nourrir les gens dans le besoin.

Le jour de la résurrection, Dieu dira « O fils d’Adam, je suis tombé malade et tu ne m’as pas rendu visite », la personne répondra « O Seigneur, comment pouvais-je te rendre visite, Toi Seigneur des mondes? » Il répondra « Ne savais-tu pas qu’un tel est tombé malade et tu ne lui a pas rendu visite? » Si tu lui avais rendu visite tu M’aurais trouvé près de lui (le hadith continue) ». Ce hadith nous fait prendre conscience que la voie qui rapproche de Dieu, après la prière, c’est le service à l’humanité.

Aujourd’hui, la collectivité du monde qui est dans le plus grand besoin, c’est sans doute le peuple haïtien qui vient de subir ce terrible tremblement de terre. Venir en aide aux Haïtiens en cette période affligeante est certainement une démonstration de sincérité religieuse. Nous devons prendre conscience, cependant, qu’il y a beaucoup plus ici qu’une catastrophe « naturelle »; que cette souffrance ne provient pas uniquement des plans insondables de Dieu. Comme ce fut le cas de la dévastation qui a suivi le passage de l’ouragan Katrina, la négligence humaine et l’oppression ont transformé un événement naturel sévère en une catastrophe énormément destructrice. Nous ne pouvons pas comprendre ce désastre si nous ne nous posons pas d’abord cette question : Pourquoi Haïti est-il le pays le plus pauvre de l’hémisphère occidental? »

La triste réalité c’est que le peuple haïtien a presque constamment été victime d’oppression et d’injustice depuis l’arrivée des colonisateurs européens il y a cinq cent ans. La population indigène d’alors a presque complètement été décimée après l’arrivée de Christophe Colomb. Ensuite, on a réduit à l’esclavage des centaines de milliers d’Africains qu’on a transportés à Haïti où ils ont subi la pire brutalité que l’humanité n’ait jamais connue. Les Haïtiens ont continué d’être sévèrement opprimés sous le colonialisme français et chaque fois qu’ils tentaient d’acquérir leur indépendance, ils étaient l’objet d’une vive répression. Malgré l’indépendance finalement réalisée au cours du dix-neuvième siècle, les Haïtiens n’étaient toujours pas libres des interférences étrangères, ils ont aussi connu l’occupation américaine au début de vingtième siècle. Cet impérialisme a été suivi par le règne d’une série de dictateurs dans la seconde moitié du siècle. Ce n’est que tout récemment que les Haïtiens avaient réussi à rétablir la démocratie.

L’expérience vécue par les peuples partout au Moyen-Orient et en Afrique nous apprend que des siècles de colonialisme et d’impérialisme ont eu pour effet de détruire la culture, la famille ainsi que toutes les structures sociales et économiques essentielles au développement d’une société. Les gens d’Haïti sont désespérément pauvres à cause des siècles d’injustice et d’oppression qu’ils ont connus. C’est à cause de la pauvreté que leurs maisons et leurs immeubles étaient complètement inappropriés pour résister à un tremblement de terre, lequel était prédit depuis longtemps par les scientifiques. C’est à cause de la pauvreté que les gens d’Haïti de disposent même pas de l’équipement et des infrastructures de base pour sortir les personnes des décombres et leur fournir l’aide dont elles ont un urgent besoin.

Ce vendredi, je fais appel aux imams, aux prédicateurs et aux dirigeants de la communauté musulmane afin qu’ils livrent à leur communauté un message de sincérité religieuse et de compassion. Il nous faut parler du sens de notre obligation collective d’aider les pauvres et les gens dans le besoin, et ce, pour faire en sorte que nous dépassions les aides ponctuelles pour en arriver à une réforme des structures sociales et économiques actuelles qui oppriment les gens. En fin de compte, cet événement est une leçon de solidarité humaine. Notre communauté connaît très bien les dégâts causés aux sociétés musulmanes par le colonialisme et par l’impérialisme, mais nous avons tendance à ignorer que d’autres nations dans le monde ont aussi souffert de ces maux. Assurément, Dieu élèvera la communauté musulmane et allègera les souffrances des nôtres si, au nom de l’humanité, nous nous mettons de tout cœur au service de nos frères et sœurs, ces fils et filles d’Adam, qui eux aussi crient au secours.

Ingrid Mattson est professeur d’études islamiques et directrice de l’aumônerie islamique au Macdonald Center for Islamic Studies and Christian-Muslim Relations au Séminaire de Hartford, au Connecticut. Mme Mattson est née au Canada, elle a étudié la philosophie à l’Université de Waterloo, Ontario où elle a obtenu son diplôme en 1987.

De 1987 à 1988, elle a vécu au Pakistan où elle a travaillé auprès des réfugiées afghanes. En 1995, elle a été conseillère auprès de la délégation afghane à la Commission des Nations Unies sur le statut de la femme.

Pendant ses études supérieures à Chicago, Ingrid Mattson a contribué à la communauté musulmane locale en siégeant au conseil de direction de Universal School à Bridgeview et en tant que membre du Comité interreligieux du Conseil des organisations islamiques du Grand Chicago.

Elle a obtenu son doctorat en études islamiques de l’Université de Chicago en 1999. Son sujet de recherche touchait la loi islamique et la société.

Traduit de l’anglais par Suzanne Touchette

“La radicalisation pose effectivement un sérieux défi à la communauté musulmane, menant certains à douter de son patriotisme. Pourtant si on mettait en lumière, ne serait-ce qu’une seconde, les actions sur le terrain et les projets communautaires qui visent à l’échelle du pays à joindre les musulmans mal disposés, on pourrait sans doute tempérer cette peur”

 

uk_flag_peace_symbol_2_xlParmi les différents points relevés dans le rapport de l’Open Society Institute sur les communautés musulmanes d’Europe, y compris l’information inquiétante sur le niveau de discrimination qu’elles rencontrent, je ne suis pas du tout surprise d’y lire que les musulmans vivant en Angleterre semblent être les plus patriotiques. D’après les résultats de cette recherche, une moyenne de  78 p. cent d’entre eux se considèrent Britanniques, comparativement à 49 p. cent en France et 23 p. cent en Allemagne.  

Une sensibilisation accrue, depuis les dix dernières années, aux politiques sur l’identité, semble avoir accéléré l’émergence d’une identité de Britanniques musulmans à l’échelle du pays. Essentiellement, les musulmans de la deuxième génération originaires de pays tels le Pakistan, le Bangladesh, la Somalie et l’Égypte s’identifient moins en termes du pays d’origine qu’en termes de citoyens britanniques.

Cette construction d’une identité de musulman britannique a permis à plusieurs hommes et femmes de confession musulmane de se débarrasser de pratiques culturelles aliénantes et de recouvrer les droits que leur confère l’islam, et ce, sans contradiction avec le fait de prendre racine en sol britannique. L’islam en tant que mode de vie ne requiert plus d’adhérer à une définition étroite de l’identité musulmane caractérisée par des traditions souvent patriarcales qui ont cours au pays d’origine des individus. À Leicester, 94 p. cent des musulmans de la deuxième génération se considèrent Britanniques. Ces chiffres ne viennent-ils pas appuyer le concept décrié du multiculturalisme, et suggérer ainsi que le processus d’intégration, contrairement à celui d’assimilation en cours dans le reste de l’Europe, porte fruit à long terme?

La tendance des musulmans du Royaume-Uni à construire et à nourrir une identité de musulmans britanniques a depuis longtemps été éclipsée par la frénésie médiatique d’histoires centrées sur les musulmans. Certains incidents semblent faire les manchettes simplement parce qu’on a amplifié l’élément musulman. Tout ce que cette frénésie contribuera à faire, c’est d’entretenir les mythes et de nourrir les peurs; au point d’en arriver à l’émergence de groupes réactionnaires tels que English Defence League et Stop à l’islamisation de l’Europe.

Qu’il soit question d’un chauffeur de taxi qui refuse de laisser monter un homme aveugle parce que l’islam n’aime pas les chiens (bon, j’ai moi-même un peu peur des chiens, mais je connais des musulmans qui en possèdent) ou de l’archevêque de Canterbury favorisant l’implantation de la sharia au Royaume-Uni parce qu’apparemment c’est ce que les musulmans veulent (il ne l’a pas fait, et en tout cas, je ne connais aucun musulman qui le veut) ou de la préférée de tous : le voile ou niqab (porté par une infime proportion, ce sujet ne mérite pas l’espace qu’on lui alloue), il semble que ça n’aura pas de fin.

La radicalisation pose effectivement un sérieux défi à la communauté musulmane, menant certains à douter de son patriotisme. Pourtant si on mettait en lumière, ne serait-ce qu’une seconde, les actions sur le terrain et les projets communautaires qui visent à l’échelle du pays à joindre les musulmans mal disposés, on pourrait sans doute tempérer cette peur. Il est vraiment déplorable que les marginaux de la communauté musulmane qui avancent les opinions les plus  extrêmes, les plus incendiaires et les moins représentatives fassent les manchettes. Le rapport de l’Open Society Institute contribuera peut-être à rétablir l’équilibre.

Samia Rahman est une journaliste pigiste qui vit à Londres. Elle est l’ancienne éditrice déléguée du Email magazine et elle a contribué au Guardian, Prospect et New Statesman. Elle est l’auteur d’un documentaire diffusé sur la chaîne 4 : Young, Angry and Muslim.

Le présent article est d’abord paru dans le Guardian et a été repris ici avec la permission de son auteur.

Traduit par Suzanne Touchette

   

“Rappelons que les pires régimes totalitaires du siècle dernier ont été, au début au moins, élus démocratiquement, dans des pays pas très éloignés de la Suisse d’ailleurs. Ces régimes utilisaient la propagande afin de stigmatiser certaines communautés et légitimer la discrimination”

 

 

D’aucuns prétendent que le vote suisse contre les minarets ne vise pas la Tradition musulmane dans son ensemble, mais plutôt un certain «islam politique». Or, il va sans dire que les minarets ne sont pas plus le symbole d’un islam politique ou extrémiste que le seraient les  clochers d’églises d’une lecture fondamentaliste du christianisme.   On ne peut donc dissocier ce vote de la question, plus générale, de la présence musulmane en Occident. En effet, force est de constater qu’au-delà du symbole architectural, ce n’est pas qu’en Suisse que la présence visible des musulman(e)s suscite un débat.

Certains invoqueront, par ailleurs, la réciprocité pour expliquer voire légitimer le vote contre les minarets en territoire Suisse. Cet argument est problématique à plusieurs niveaux : En premier lieu, il sous-entend qu’il y a un « clash » entre deux civilisations (occidentale et musulmane) totalement exclusives et hermétiques. Ce qui est bien entendu doublement faux. Ensuite, il suppose l’existence de deux catégories de citoyens : une qui regroupe les « véritables » citoyens avec des droits et devoirs reconnus et une seconde catégorie de citoyens qui ont les mêmes droits que les premiers sauf qu’ils sont conditionnels aux politiques de pays étrangers.  Aussi, il serait paradoxal pour une démocratie de «marchander» avec ces citoyens les droits et libertés de ces derniers et entrer dans une compétition d’obscurantisme avec les États à majorité musulmane les plus totalitaires.  

Le résultat malheureux de ce référendum soulève également de profondes interrogations quant aux relations que les musulmans Occidentaux ont pu tisser, dans leurs entourages respectifs, avec leurs concitoyens non musulmans: collègues, amis, voisins et parfois même, membres de la famille. Est-ce à dire que ces relations se sont majoritairement soldées par un échec?  Ou peut-être, qu’au contraire, le résultat du vote s’explique par le fait qu’une majorité de ceux qui ont voté oui n’ont jamais connu un(e) musulman(e) de près? Ces questions sont légitimes et il faut tenter d’y répondre.

Cependant, il ne faudrait pas -au nom de la règle de la majorité simple- sacraliser le résultat de ce vote. C’est que la démocratie ne se résume pas aux urnes. Le système démocratique doit d’abord garantir un traitement équitable envers tous les citoyens. Le principe « Un(e) citoyen(e), une voix » n’est donc pas une fin en soi mais un moyen d’assurer justement, ce traitement équitable. Dès lors, soumettre les droits d’une minorité au vote de la majorité ne relève plus de la démocratie mais plutôt de la « dictature de la majorité ». Dire ou insinuer le contraire c’est trahir l’idéal démocratique par méconnaissance de celui-ci ou pire, par calcul politique, démagogie et populisme.

Rappelons que les pires régimes totalitaires du siècle dernier ont été, au début au moins, élus démocratiquement, dans des pays pas très éloignés de la Suisse d’ailleurs. Ces régimes utilisaient la propagande afin de stigmatiser certaines communautés et légitimer la discrimination. Les massacres commis par ces systèmes contre des millions de personnes ciblées uniquement en raison de leur confession religieuse (les juifs), leur origine ethnique (les Tsiganes) ou leurs convictions politiques (les communistes) ont marqué de façon tragique la seconde guerre. La liste des atrocités commises par ces régimes ne se limite malheureusement pas à cela.

Dans ce côté-ci de l’Atlantique, nous avons choisi de soutenir les démocraties Européennes dans la guerre qui s’en ait suivi. Et pourtant, nous avons également fait le choix d’interner dans des camps des citoyens Canadiens uniquement parce qu’ils étaient d’origine japonaise, allemande ou italienne.  Ainsi, l’Histoire récente nous enseigne que si les acquis d’aujourd’hui sont importants, ils sont aussi fragiles.

Le jour où « les hommes vivront d’amour » semble hélas bien lointain.

“La modernité ne consiste à se comporter comme une girouette ou à faire du mimétisme ou à remettre en cause sa religion dans le but de plaire à un certain public. Dire ce que les gens ont envie d’entendre n’est ni faire preuve de modernisme ni celui du courage, c’est plutôt reproduire une pensée unique dominante et arrogante”

 

Monsieur le député,

Je vous écris du Canada où je vis. Laissez-moi vous dire que j’ai été très sidéré par votre attitude inutilement agressive vis-à-vis de Tariq Ramadan. Votre comportement  et les propos blessants, indignes d’un représentant de la République tenus dans un lieu où le débat est supposé prendre de la hauteur et être d’une grande rigueur en disent beaucoup plus sur l’auteur que sur celui qui en est le destinataire. Auriez-vous oublié que les propos inélégants et l’insulte sont des arts faciles?

Dire que Tariq Ramadan ne représente plus rien dans le monde musulman c’est soit faire preuve d’une méconnaissance de la réalité du terrain (ce qui est grave pour un élu) ou  d’une malhonnêteté intellectuelle ou, enfin prendre ses désirs pour la réalité.

L’enracinement de Tariq Ramadan au sein des différentes communautés musulmanes n’est plus à démontrer. Je mesure et  comprends parfaitement la frustration qui est la vôtre suite à l’intervention dans une salle presque vide de votre ami Antoine Sfeir. Ce rejet et cette désaffection ne sont pas attribuables à son déficit physique, comme ses propos semblent le suggérer, mais plutôt à une crédibilité et à des convictions approximatives de ce soi-disant chercheur ami de tous les dictateurs Arabes et qui estime qu’un État laïque despotique est de loin préférable à un État démocratique s’inspirant de la foi, en l’occurrence l’islam.

Le dogmatique n’est pas toujours celui que l’on croit. Dommage que la presse ne juge pas opportun d’assister aux propos hagiographiques que vous avez tenus à l’endroit de celui que vous considérez comme un des plus grands spécialistes et une référence incontournable de l’islam. Des chercheurs jouissant d’une reconnaissance internationale et faisant autorité en la matière tels que  François Burgat ou Olivier Roy apprécieront sans doute la finesse de votre analyse!

Tariq Ramadan revient du Canada où il a fait salle comble. Bien qu’on ait utilisé deux grandes salles pouvant contenir plusieurs centaines de personnes, on était obligé de refuser du monde, à cause des problèmes de sécurité que ça pouvait poser.

Je suis socialiste. J’ai assisté aux meetings de Jospin dont vous étiez directeur de campagne avec le succès que l’on sait. Si une foule aussi enthousiaste et aussi convaincue que celle qui assiste aux conférences de Tariq Ramadan de par le monde était au rendez-vous à l’époque, on n’aurait pas connu un 21 avril.

On est nombreux à se reconnaître dans la façon critique de Ramadan d’approcher les textes et à le supporter sans être à sa solde. Il traduit le mieux l’aspiration des Musulmans réformistes en général et ceux vivant en occident en particulier.

Sa conception de la religion rend hommage à réflexion et, ses lettres de noblesse à l’intelligence dans l’interprétation des textes. Si d’ailleurs nous devons retenir qu’une seule chose de ses conférences et de ses enseignements ce serait la place centrale de la raison dans la lecture et l’interprétation des textes. Il n’y a pas de foi sans intelligence a-t-il coutume de dire avec raison.

Sans céder à cette maladie (non honteuse celle-là, il est vrai) qui consiste à aller dans le même sens  que ceux qui font et défont l’opinion dans les petits cercles parisiens en adoptant ses mœurs et en adaptant son discours à leur désir, il a toujours fait preuve d’audace et d’originalité dans la limite du possible.

La modernité ne consiste à se comporter comme une girouette ou à faire du mimétisme ou à remettre en cause sa religion dans le but de plaire à un certain public. Dire ce que les gens ont envie d’entendre n’est ni faire preuve de modernisme ni celui du courage, c’est plutôt reproduire une pensée unique dominante et arrogante. C’est aller dans le même sens que  l’opinion et du microcosme, selon l’expression du feu Raymond Barre. C’est choisir la facilité et la simplification. C’est choisir le destin d’une feuille morte.

Je comprends la jalousie et l’amertume que son succès peut causer, notamment chez certains Musulmans ou Arabes de service, ceux qui ne représentent pas grand-chose pour la communauté musulmane.

De grâce arrêtez cette diabolisation. Les milliers de personnes qui suivent Tariq Ramadan ne sont pas dépourvus d’intelligence et savent faire la part de chose entre ce qui relève d’une campagne de dénigrement et un supposé double discours qui reste toujours à prouver.

Arrêtez d’agiter ce vieux serpent de mer. Il est quand même curieux de constater que cette polémique n’est alimentée et entretenue  qu’à partir de Paris. Il n’y a pas un Ramadan des villes et un Ramadan des champs. Cette paranoïa n’existe que dans l’esprit de quelques uns. Il tient le même discours aussi bien à Aulnay-Sous-Bois que partout dans le monde.

 D’ailleurs, de plus en plus en France on commence à se rendre compte de cette formidable supercherie, de cette campagne de dénigrement orchestrée par une petite caste de production et de reproduction au sens Bourdieu du terme.

Pour finir, j’ai un grand respect pour votre fonction. De ce fait, je ne vous insulte pas et m’adresse à vous avec respect et délicatesse. Je vous refuse tout juste le courage et l’élégance morale.

J’ose espérer que prochainement l’attitude scientifique, l’exigence de vérité l’emporteront sur des calomnies, sur des allégations, sur des accusations et sur des ragots dans vos prochaines interventions. 

Abdarahmane Sakho est membre de Présence Musulmane Ottawa

“La fête du Sacrifice. Un signe, un souvenir, un rappel… ce serviteur, cet ami de Dieu, cet humble qui a accepté et n’a eu de cesse de dire, de protéger et de lutter pour Dieu, pour la Lumière, pour la Vérité”

 

Un jour le Prophète Muhammad (BSL) se tourna vers ses compagnons et dit :
 ” Ne vous enseignerais-je pas ce pourquoi Dieu a appelé Abraham, Son ami qui fut fidèle ? Parce qu’il répétait constamment au moment de se lever et de se coucher : Gloire à Dieu quand vous parvenez au soir et lorsque vous accueillez le matin et à Lui la louange dans les cieux et sur la terre au cœur de la nuit et de la journée (ar-Rûm,17-18). “Abraham réunissait, en son cœur et en son être, l’équilibre et l’harmonie d’une communauté entière” : il fut l’exemple de ceux qui portent la foi, “votre père Abraham”, l’ami de Dieu” choisi, élevé, rapproché. 

 
 C’est à lui que Dieu fera vivre l’épreuve la plus difficile qui soit : sacrifier son fils au nom de sa foi et de son témoignage. C’est bien plus que sacrifier son temps, son argent, voire soi-même ; c’est davantage que de vivre une épreuve de la vie, un échec, un drame, voire un accident ; c’est autrement plus difficile qu’une séparation, une absence, ou le vide.
 
 De Son ami Dieu exige tout : sacrifie celui que tu as contribué à faire naître en reconnaissance à Celui qui t’a fait être, de tes propres mains tue ton amour au nom de Mon Amour. Sois pour Dieu jusqu’à la plus terrifiante des épreuves, accède à la certitude au-delà de tous les tremblements de terre qui naissent de tes doutes. Sois pour Dieu.
 
 Le Prophète Muhammad (BSL) nous l’a appris : ” Dieu met à l’épreuve ceux qu’Il aime “… mais avons-nous pris l’exacte mesure de l’épreuve de Son ami Abraham, paix soit Sur lui. Sacrifier son fils, de ses propres mains le mettre à mort et accepter de vivre l’absence de son premier-né pour vivre dans la présence du Premier et du Dernier. Son amour fut au prix de cette épreuve, son élévation fut dans la nature de sa soumission, sa force fut son humilité.
 
 Dieu l’a aimé tellement, et tellement éprouvé… aujourd’hui, au travers des siècles, l’issue de l’épreuve marque la plus grande fête de l’islam et des musulmans. La fête du Sacrifice. Un signe, un souvenir, un rappel… ce serviteur, cet ami de Dieu, cet humble qui a accepté et n’a eu de cesse de dire, de protéger et de lutter pour Dieu, pour la Lumière, pour la Vérité. Jusqu’au bout de l’insulte, du rejet, de la haine ; jusqu’au bout de son amour. A l’horizon de sa certitude confiante, Dieu l’a épargné : le rêve était vrai et son fils ne fut pas tué. L’épreuve est devenue un signe pour qui aime, accepte, supporte, patiente, persévère et s’engage… après l’épreuve, il y a la liberté ; la fête est au terme d’une épreuve assumée. Tel est, au fond, le message de l’islam : après un mois de jeûne, après l’épreuve du sacrifice. Profond enseignement.
 
 C’est l’école de la vie que Dieu nous enseigne par les Messagers, ou au travers de la prière, de la zakat, du jeûne, du pèlerinage, ou encore à la lumière de nos blessures, de nos tristesses et de nos espoirs. La vie est une épreuve elle-même emplie d’épreuves et de peines : aimer Dieu, respecter la vie exige un amour infini, une foi profonde, la patience et la persévérance… C’est façonner son être intérieur au fil du temps et des tremblements de cœur. C’est protéger Son amour, quotidiennement, simplement. Souvenons-nous, Dieu l’a pris pour ami grâce à quelques mots inlassablement dits et redits : Gloire à Dieu quand vous parvenez au soir et lorsque vous accueillez le matin et à Lui la louange dans les cieux et sur la terre au cœur de la nuit et de la journée. Il les a répétés chaque jour avec conscience et amour. Sa force et son courage trouvaient là leur source : il savait dormir avec le souvenir de Dieu et se réveiller dans Sa lumière. Don de soi et sacrifice quotidien pour trouver l’énergie du terrible sacrifice. Ce chemin est à la portée de tous, tous les jours. Beni alors qui comprend le Sens de la fête, à l’horizon de cette année, au terme de sa vie.
 
 Être proche du Très-Doux et Le voir, pour l’éternité.
 
Peinture “Kaaba” par Azadeh Amiri

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Nos remerciements