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“Sacco fait ressortir avec justesse que de tels épisodes font partie des véritables pierres angulaires de l’histoire… tout comme d’innombrables tragédies à travers les âges qui ont à peine eu droit à un statut de note de bas de page dans les grands mouvements de l’histoire – malgré… qu’elles portent souvent en elles la semence de la peine et de la colère qui forgent les événements actuels”

Le livre  captivant et incontournable de Joe Sacco sur deux massacres depuis longtemps oubliés, subis par les Palestiniens à Gaza, ressort comme un des rares ouvrages contemporains sur le conflit  israélo-palestinien qui restera dans les mémoires bien après l’époque où il aura été publié.

Le format unique ainsi que le style de la narration de cette bande dessinée lui vaudront d’être lue par des générations à venir. Sa capacité à mettre son art au service du récit combinée à un reportage d’enquête de la plus haute qualité fait de Sacco le seul reporter-bédéiste.

Dans ce cas-ci, son sujet se rapporte à deux massacres survenus il y a plus d’un demi-siècle, qui ont attiré peu d’attention sur la scène internationale, et qui furent oubliés en dehors du cercle immédiat des victimes. La tuerie a eu lieu pendant la crise du Canal de Suez, en 1956, lorsque l’armée israélienne a envahi la bande de Gaza occupée en grande partie par des réfugiés palestiniens. Selon les chiffres fournis par les Nations Unies, le 3 novembre, 275 Palestiniens ont été tués dans la ville de Khan Younis à l’extrémité sud de la bande, et le 12 novembre, 111 ont trouvé la mort lors d’une opération menée par les troupes israéliennes à Rafah, située à quelques kilomètres de la frontière égyptienne. Israël affirme que les Palestiniens ont été tués alors qu’ils offraient une résistance armée, alors que ces derniers affirment que toute résistance avait déjà cessé.

Sacco fait ressortir avec justesse que de tels épisodes font partie des véritables pierres angulaires de l’histoire. Dans ce cas-ci, la transmission des événements a mis du temps à filtrer et elle était de plus noyée par les derniers développements de la crise du Canal. Sacco, qui a bâti sa réputation de reporter-bédéiste avec « Palestine » et « Safe Area Gorazde », les a sortis de l’ombre parce que « tout comme d’innombrables tragédies à travers les âges qui ont à peine eu droit à un statut de note de bas de page dans les grands mouvements de l’histoire – malgré… qu’elles portent souvent en elles la semence de la peine et de la colère qui forgent les événements actuels.  »

Les gouvernements, tout comme les médias, oublient que les atrocités restent gravées dans les mémoires de ceux qui ont été touchés de près. Sacco rapporte les propos de Abed El-Aziz El-Rantisi, un dirigeant du Hamas (tué plus tard par un missile israélien), qui était âgé de neuf ans en 1956 et vivait à Khan Younis alors que ce dernier raconte la façon dont son oncle a été tué : « Sa mort a laissé dans mon cœur une blessure qui ne guérira jamais. Je vous raconte cette histoire et j’ai envie de pleurer… Ils ont semé la haine dans nos cœurs. »

Le caractère très vivant et le rythme des dessins de Sacco, combinés à une narration intelligente et bien informée contribuent à très bien rendre l’histoire. En fait, il est difficile d’imaginer comment une autre forme de journalisme pourrait susciter autant l’intérêt. Plusieurs reporters, soit de la presse écrite ou de la télévision savent que les racines de la crise actuelle se cachent dans des événements obscurs non diffusés. Ils savent également que les rédacteurs en chef sont davantage intéressés par la nouveauté et qu’ils rejetteront probablement cette incursion dans l’histoire en la qualifiant  de complaisance journalistique susceptible d’ennuyer le public et de l’embrouiller.

En fait, « Gaza 1956, en Marge de lHistoire» prend sa source dans des éditoriaux subjectifs par rapport à l’histoire. Au printemps de 2001, Sacco et Chris Hedges (un ancien correspondant à l’étranger pour le New York Times), publiaient un reportage dans le Harper’s Magazine sur les Palestiniens de Khan Younis pendant les premiers mois de la deuxième intifada palestinienne. Ils étaient d’avis que la tuerie de 1956 aidait à expliquer la violence qui survenait presque 50 ans plus tard. Peut-être est-il facile de prévoir, cependant, que les paragraphes sur l’ancien massacre ont été coupés. Les rédacteurs américains n’étaient pas les seuls à penser que leur retour sur le passé ratait la cible. Lorsque Sacco est retourné à Gaza en 2002 et 2003 à la recherche de survivants et de témoins, alors que les forces israéliennes occupaient toujours la région, les jeunes Palestiniens ne comprenaient pas son intérêt pour les événements passés alors que le présent connaissait plus que son lot de violence.

La recherche incessante par Sacco de témoins palestiniens et israéliens, ainsi que sa quête de documentation de source israélienne et onusienne, ont de quoi impressionner. Il décrit la vie de ceux qui lui viennent en aide, notamment celle de son guide Abed, et il illustre deux épisodes de la vie à Gaza avec ses villes surpeuplées, celle du début des années 50 et celle d’aujourd’hui.

L’atmosphère était alors imprégnée de haine. Peu de leaders israéliens démontraient de l’empathie envers la tragédie des Palestiniens. En fait, au début de l’année 1956, Moshe Dayan, le chef d’état-major israélien, a prononcé lors des funérailles d’un commandant israélien tué à la frontière de Gaza, un discours qui est resté célèbre. Discours dans lequel il se demandait « pourquoi les Palestiniens nous haïssent-ils tant? » Répondant lui-même à sa question, il continua « Voilà huit années que depuis le camp de Gaza dans lequel ils sont réfugiés, ils nous observent de leurs propres yeux en train de faire notre demeure sur les terres habitées jadis par leurs ancêtres. Il ajouta que les Israéliens se devraient d’être « prêts et armés, tenaces et endurcis. »

Ces paroles ont pris tout leur sens lorsque six mois plus tard les troupes israéliennes ont marché sur Gaza. La tuerie de Khan Younis a été exécutée de façon plutôt directe, selon des témoins et quelques survivants. Les hommes de la ville ont reçu l’ordre de s’aligner sur la grand place; ont les a alors descendus. Leurs corps formaient une ligne continue. Ceux qui étaient restés dans leur maison y ont été tués aussi.

L’épisode de Rafah était plus complexe et elle a duré toute une journée. On demandait aux gens de se rendre à l’école de façon à déterminer s’ils étaient des soldats ou des membres d’une guérilla. Ici, les survivants ont été beaucoup plus nombreux qu’à Khan Younis; ils ont rapporté comment certains étaient descendus en chemin vers l’école et d’autres battus à morts à coups de bâton par les soldats au moment où ils pénétraient dans la cour. L’armée israélienne a ordonné à deux officiers de mener une enquête sur « l’incident de Rafah », tel que nommé dans un communiqué top-secret. (Ce même communiqué faisait état de 40 à 60 personnes tuées et 20 autres blessées.) Un recherchiste travaillant pour Sacco n’a trouvé aucun rapport dans les archives de l’armée.

Bien des choses ont changé à Gaza depuis les recherches menées par Sacco. En 2005, Israël a démantelé unilatéralement des colonies juives et retiré sa force militaire tout en maintenant un contrôle étroit des frontières. En 2007, le Hamas a pris le contrôle de Gaza et en 2008-2009, cette bande a essuyé des attaques dévastatrices de la part d’Israël. Dans cet ahurissant déluge d’événements, l’enquête de Sacco sur ces tueries vieilles de 50 ans est le guide le plus sûr permettant de saisir la haine qui fait s’affronter Israéliens et Palestiniens.

Patrick Cockburn, correspondant à l’étranger et commentateur sur l’Iraq pour The Independent, est l’auteur de The occupation : War, Resistance and Daily Life in Iraq (Verso, 2006); il se rend régulièrement en Iraq depuis la fin des années 1970. Il a été l’un des rares journalistes à rester à Bagdad pendant la première Guerre du Golf.

Traduit de l`anglais par Suzanne Touchette


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“Il va de soi que les procès d’intention et autres « tentatives de censure » représentent l’argument du pauvre. C’est-à-dire de celui qui n’a d’autre argument que de clore le sujet pour en rester à : « Je suis la vérité, je représente le bon sens, et par défaut vous êtes rétrograde ».  C’est ce que j’appelle du fanatisme idéologique”

Madame Fourest,

En préambule, je vous remercie pour votre visite sur mon blog. Certes, nous avons des positions divergentes sur beaucoup de points, mais j’apprécie l’échange et le dialogue. Je regrette un peu la manière qu’une intellectuelle de renom (tout est sujet à la nuance bien entendu ;-) ) telle que vous, a utilisé pour entrer en contact avec moi. J’y reviendrai …

Génération M n’est ni un site communautaire (bien que je revendique mon appartenance philosophique à l’Islam, je suis quelqu’un de très ouvert) ni un site de « propagande » au sens propre du terme, car au premier degré il va de soi que nous faisons tous de la propagande pour quelque chose. Je pense qu’avec une adresse mail et un site @prochoix.org, la couleur est annoncée, vous en conviendrez. Je respecte néanmoins la sensibilité que vous accordez à certains sujets, ainsi que vos positions, il n’y aucun souci à ce niveau là.

Je serai donc ravi d’échanger avec vous. J’aspire, en effet, à discuter avec des gens de qualité, et j’appelle sincèrement à ce qu’on réfute les thèses et la lecture des sujets publiés sur Génération M.

Il va de soi que les procès d’intention et autres « tentatives de censure » représentent l’argument du pauvre. C’est-à-dire de celui qui n’a d’autre argument que de clore le sujet pour en rester à : « Je suis la vérité, je représente le bon sens, et par défaut vous êtes rétrograde ». C’est ce que j’appelle du fanatisme idéologique. Certains de vos contradicteurs n’hésitent pas à vous cataloguer de la sorte (avec arguments à l’appui) ; de mon côté je me contente de mettre en avant vos méthodes, et je laisse les autres juger.

Madame Fourest, venons en à l’objet qui nous a mis en contact.

Je reçois une notification de la plateforme Overblog : « Un visiteur de votre blog Génération M vient de reporter un contenu abusif sur les pages dont vous avez la responsabilité.

Voici son message et ses coordonnées : “Utilisation d’un photomontage utilisant mon image a des fins d’incitation a la haine”. »

Pour être franc, je doute vraiment que Caroline Fourest ait pu écrire ce message. Ou alors c’est pire que tout ce que je pouvais m’imaginer à propos de vous …

Je m’explique, alors que vous avez fait de « la haine de l’Islam » votre fond de commerce, que vous avez approuvé la publication des caricatures de Mohammed (paix et bénédiction sur lui) dans Charlie Hebdo (votre employeur), caricatures qui on le rappelle furent une incitation à la haine d’un 1,6 milliard de musulmans (rien que ça !) ; puisque le message amenait à penser que chaque musulman est un terroriste en puissance.

Et voilà que vous vous arrêtez sur un gentil photomontage issu d’un article qui était plutôt sympathique à votre égard ; vous le trouvez peut-être sarcastique, mais je confirme que votre fascination pour l’Islam n’est – pour moi – pas « normale », je ressens à travers une telle fixation, une fascination positive refoulée.

Soit, revenons-en à l’objet de votre grief : des photos qui inciteraient à la haine. Ce n’est pas sérieux quand même ? Vous ne regardez jamais les Guignols de l’info ? Avez-vous vu ce que votre président – j’ai failli dire « sa majesté » – Sarkozy reçoit comme sarcasme tous les jours à l’échelle nationale (et plus) ? Si mes photos sont un appel à la haine, les Guignols ont dépassé depuis longtemps l’appel au meurtre !

Pensez-vous que votre remarque puisse être qualifiée de sérieuse, vous qui approuvé la publication des caricatures du prophète de l’Islam (paix et bénédiction sur lui) ?

Je vous promets qu’il y a quelque chose qui m’échappe.

Si vous saviez le nombre de visiteurs qu’attire Génération M, vous vous sentiriez sans doute très ridicule (quoiqu’à un certain niveau on ne perçoit plus le ridicule, je ne parle pas de vous directement, je parle de manière générale). Sincèrement vous surestimez le potentiel de ce modeste blog, et je prends votre remarque comme un compliment ! Mais rassurez-vous je n’ai pas les moyens d’appeler à la haine contre vous.

Premièrement, parce que je ne suis pas quelqu’un d’haineux ; je n’ai par ailleurs pas de sentiments négatifs envers votre personne (vos positions par contre je les combattrai sur le terrain de la dialectique autant de fois que j’en aurai l’occasion).

Deuxièmement, parce que c’est terriblement contreproductif et stupide de s’en prendre à quelqu’un jusqu’à appeler à la haine, cela est d’un autre âge, et c’est précisément pour cela que je vous appelle à réfléchir sur les positions que vous prenez et sur la façon dont elles peuvent être perçues par certaines personnes. Appliquez à vous-même ce que vous reprochez aux autres !

Je trouve ça extraordinaire de ne pas mettre de gants quand il s’agit de parler d’Islam et des musulmans, et d’ensuite s’émoustiller de quelques photos franchement pas bien méchantes.

C’est vraiment consternant …

Je veux bien vous faire plaisir, je veux bien noter en préambule de l’article (en rouge) : « cet article n’a pas pour vocation d’appeler à la haine, bien que je condamne certaines de ses positions, je respecte Caroline Fourest en tant que femme ; les commentaires haineux seront systématiquement supprimés ! » (même Sarkozy n’a pas droit à de telles précautions, mais vous êtes Caroline Fourest, quand même)

Note : le public de Génération M est un public éduqué puisqu’il n’y a eu AUCUN commentaire/message de haine envoyé contre vous.

C’est complètement stupide car il n’y a vraiment que vous qui avez vu un « appel à la haine », par contre si j’ajoute la note ci-dessus en précisant que c’est suite votre demande, croyez-moi, votre capital sympathie ne va pas augmenter.

Soit, c’est tellement hallucinant comme remarque que je vous propose une porte de sortie royale : il vous suffit de me répondre (via mail) et de me confirmer que vous n’êtes pas l’auteur de ce message (que cela soit vrai ou pas), qu’un « petit malin » a cru bon de signaler mon blog en utilisant – à votre insu – votre nom et votre adresse mail.

Si malgré tout vous insistez pour que ces photos soient retirées, je vous promets un effet « buzz » bien plus important que la portée de cet article. J’utiliserai Dailymotion, Youtube, et tous les supports qu’offre le web 2.0 pour stigmatiser vos méthodes (et ça vaudra bien plus que les quelques visites qu’a généré l’article vous concernant ; si vous voulez m’aider à le diffuser, libre à vous).

Vous avez le droit d’appeler à la haine contre certaines personnes, par contre vous êtes ultra sensible dès qu’on ne va pas dans votre sens. De grâce, arrêtez de voir des gens hostiles partout (« appel à la haine », vraiment n’importe quoi !). Le monde est moins pire que l’angle sous lequel vous le voyez, je vous le promets.

Madame Fourest, ne faites pas pire que mieux. Je vous invite à retrouver un peu de sérénité et à revoir votre capacité à rire, et à accepter l’éventuelle autodérision.

Recevez mes amitiés de Belgique.

Bien cordialement,

Saïd (Génération M)

Pour juger ce que Caroline Fourest qualifie d’ “appel à la haine”, voir l’article “Caroline Fourest et sa fascination pour l’Islam” ; http://generationm.over-blog.com/article-caroline-fourest-et-sa-fascination-pour-l-islam-41489849.html

“Il y a double crise parce que la communauté musulmane en occident traverse également une crise d’identité. Il y a une première, deuxième et parfois même une troisième génération. Je regarde mon père et ma mère et je réalise que je suis différent. Il se peut qu’on ne parle pas la même langue, qu’on n’ait pas la même mentalité, la même culture, la même compréhension .. et même la façon de vivre nos principes religieux peut être différente”


Compte rendu de la Conférence donnée par le Professeur Tariq Ramadan à l’Université Carleton (Ottawa) le 19 Mars 2010

Dans son introduction Pr Tariq Ramadan a d’abord tenu à souligner l’importance de la nuance entre Musulmans occidentaux  et Musulmans de l’Occident. L’Islam est une religion occidentale et les Musulmans occidentaux sont à la fois entièrement musulmans du point de vue religieux et entièrement occidentaux du point de vue culturel.

Il faut aussi noter qu’il existe des cultures occidentales et non pas une seule culture occidentale. Dans le cas du Canada les spécificités du Québec et du reste du Canada en sont une illustration. Les musulmans occidentaux font face à ces deux dimensions, culture et religion. L’identité est multiple.

Dans la deuxième partie de son introduction Pr  Ramadan a expliqué pourquoi la question de l’identité est tellement actuelle. Pourquoi est-on si intéressé ou si dérangé par cette question ? Quelle est mon identité ? Quelle est votre identité ? La discussion sur l’identité est révélatrice de quelque chose de profond dans la réalité d’aujourd’hui. Cette quasi obsession autour de cette question de l’identité est psychologiquement symptomatique d’un sentiment de doute, d’un sentiment de menace, d’une difficulté de se définir.

Nous vivons en effet dans un monde où il devient de plus en plus difficile de se définir. Qui suis-je dans ce monde ? Les anciens repères qui nous permettaient de définir notre relation à notre environnement se sont perdus.

La globalisation des communications, les diverses cultures du monde nous menacent et nous questionnent sur notre identité. A cela s’ajoute la migration des populations qui ne cesse d’augmenter, il faut d’ailleurs rappeler que les sociétés occidentales ne peuvent survivre économiquement sans l’addition de populations venant de l’étranger. C’est un fait et une réalité.

Alors qui sommes-nous maintenant ? Nous regardons le monde à travers nos postes de télé et nous le regardons également dans nos rues. Dans nos rues les couleurs changent, les tenues vestimentaires changent, … Ces gens se disent Canadiens mais ce ne sont pas les Canadiens auxquels je suis habitué… Alors qui suis-je et comment se dessine l’avenir ?

Lors de récentes discussions avec des citoyens de Rotterdam, ceux-ci ont dit qu’ils ne se sentent plus chez eux dans cette ville, ils sont désorientés par la présence des nouveaux habitants: ce ne sont pas les personnes qu’ils connaissaient ou dont ils avaient l’habitude.

Cette discussion sur l’identité est donc empreinte de ce sentiment de menace, de ce doute à propos de soi … Nous devons en examiner les causes et essayer de construire une approche positive à cette question problématique et a-priori négative. Nous devons y faire face et non pas la refouler.

Dans la troisième partie de son introduction Pr Ramadan a souligné que nous vivons en fait une double crise.  (Au passage il a aussi rappelé  que d’une part le problème de l’identité ne se pose pas seulement dans les pays occidentaux, d’autre part il n’a pas que des aspects négatifs. Mis à part les frictions avec les nouveaux voisins, il y a des choses qui sont perçues positivement comme les succès sportifs au football, les apports culinaires, etc …)

Il y a double crise parce que la communauté musulmane en occident traverse également une crise d’identité. Il y a une première, deuxième et parfois même une troisième génération. Je regarde mon père et ma mère et je réalise que je suis différent. Il se peut qu’on ne parle pas la même langue, qu’on n’ait pas la même mentalité, la même culture, la même compréhension .. et même la façon de vivre nos principes religieux peut être différente.

Par leur présence en Occident les musulmans questionnent également leur identité. Qui sommes nous et comment gérer le fait d’être à la fois canadien ou européen et musulman.

Il y a donc une double crise, ces deux crises se retrouvent dans notre société, ici et maintenant.

 

Cette crise a une dimension psychologique. Les individus doutent d’eux mêmes et se questionnent: qui suis je, que vais je devenir et que faire de tout cela ? Et lorsqu’on traverse une crise on peut être tenté de penser que la seule façon de l’aborder c’est de manière intellectuelle ce qui n’est que partiellement correct car la crise a une dimension psychologique. En situation de crise on ne prête pas vraiment attention à ce que dit l’autre, on a plutôt tendance à entendre ce qu’on ressent dans ce que dit l’autre. Notre sens de l’écoute est perturbé en situation de crise. Il y a une atmosphère chargée d’émotions et les émotions ne favorisent pas l’écoute. Lorsque vous êtes sous pression, tendu et nerveux, vous pouvez parler mais vous écoutez moins. Parfois vous dites: je n’ai pas entendu ce que vous avez dit mais je me suis exprimé.

C’est souvent le cas aujourd’hui dans les sociétés occidentales autour de la question identitaire. Les deux côtés s’expriment mais ne s’écoutent pas.

Les musulmans sont aussi dans cette attitude réactive. Ils sont sous pression et ont du mal à percevoir la crise vécue par les autres. En Occident cette discussion est causée par la présence musulmane venue avec les immigrants. Et pourtant les migrations de populations ne sont pas chose nouvelle. Le Canada par exemple est un pays d’immigrants.  Les immigrants n’y sont pas perçus comme en Europe, c’est une tradition canadienne. En Europe les immigrants sont perçus comme un gros problème. L’Europe essaie de se ”protéger” en créant des lois alors que nous savons très bien que l’Europe a besoin de ces immigrants qu’elle stigmatise. Il n’y pas d’autre choix que de trouver une solution à cela.

Les immigrants d’hier étaient perçus selon leur pays d’origine: Pakistan, Turquie, Afrique du Nord, etc … Maintenant ils sont perçus comme musulmans. L’Islam est le point commun de ces populations immigrées et l’Europe doit faire face à cette réalité transnationale. L’Europe s’est mise à projeter une variété de problèmes tels que: nous avons un problème avec l’Islam, l’Islam a un problème avec la modernité, problème d’autorité, problème de laïcité, … Entre l’Islam et l’Occident il y a des problèmes, ce n’est pas nouveau. Dans le passé les orientalistes en ont parlé et les musulmans en ont parlé également, mais de façon différente.

La discussion sur l’identité a donc aussi une dimension historique, accompagnée d’une double crise d’identités discordantes et d’attentes discordantes. Cette discussion commence avec la question: qui suis je , et de là  connaître qui vous êtes, avec le potentiel que cela se transforme en un antagonisme: Nous en opposition à Eux. C’est pour cela que nous devons prendre en compte les multiples dimensions de l’identité, et ce n’est pas seulement une discussion d’ordre intellectuel. Il s’agit d’une réalité à facettes multiples.  Il s’agit d’une réalité intellectuelle et spirituelle.

La définition négative et réactive de l’identité est la définition qui semble revenir en permanence. Négative parce que l’on se définit par ce que l’on n’est pas. Cette façon de se définir par différenciation n’est pas positive: je veux savoir qui vous êtes et je me définis loin de ce que vous êtes. C’est une attitude réactive, négative et sur la défensive. Elle comporte des risques:

Le risque de l’arrogance qui découle d’un esprit dogmatique. L’esprit dogmatique n’est pas restreint à l’esprit religieux, il est également présent dans les esprits rationalistes non religieux. Qu’est-ce qu’un esprit dogmatique ? C’est un esprit qui regarde les choses à travers une vision binaire. J’ai raison, et de là il n’y qu’une conclusion possible: vous avez tort. L’esprit dogmatique construit une réalité d’opposition entre Nous et Eux. On a pu voir ça dans des discussions religieuses mais aujourd’hui le dogmatisme est entré dans la discussion sur l’identité. Ceci est ”notre culture”, cela est Nous donc vous n’en faites pas partie. A titre d’exemple il y a eu un débat officiel en France qui a duré six mois et qui a porté sur l’identité nationale. Que signifie l’identité nationale ? En principe cette discussion avait pour but de rassembler mais en réalité elle a tracé les contours du Nous pour mieux situer qui est à l’intérieur et qui est à l’extérieur. Le but était de définir le nous pour désigner les gens qui n’en font pas partie.

Il y a donc cette vision binaire potentiellement dogmatique, potentiellement arrogante, arrogance dont la source n’est pas toujours un excès de confiance en soi mais aussi un état de doute. Le doute et le manque de confiance dans les discussions intellectuelles peuvent souvent conduire vers des attitudes dogmatiques.

Les Universités sont un lieu privilégié pour résister à ces émotions à la base de ces identités réactives. Nous devons confronter ces problèmes et en parler. Nous devons nous éloigner de l’identité  de type négatif et réactif et construire une identité ouverte et positive, nous devons en parler et y travailler.

Avec la question de l’Islam et de la présence musulmane nous devons diffuser cette approche positive et cette pensée critique au sein de la communauté musulmane, et en venir à des choses plus profondes, plus enracinées dans nos propres traditions.

Le chemin à  parcourir n’est donc pas seulement d’ordre intellectuel, c’est aussi un cheminement spirituel, non seulement pour les croyants mais également pour les athées ou non-croyants, car lorsqu’on parle d’identité, on parle de soi, on parle de soi comme sujet .

En parlant de soi le danger est l’égo qui peut se transformer en arrogance. Discuter de l’identité nécessite donc de l’humilité intellectuelle et de la modestie. Souvent la modestie est associée à l’apparence vestimentaire, mais en fait c’est aussi dans la façon de penser

L’humilité  est aussi très importante dans cette discussion. Lorsque par exemple vous lisez des livres où des esprits complexes traitent de sujets très complexes qui sont difficiles à saisir, l’humilité intellectuelle est une attitude naturelle. C’est l’état d’esprit à avoir devant la question de la société plurielle. Il ne peut y avoir de société plurielle si on persiste dans la voie de l’arrogance, du dogmatisme, sans être ouvert et sans maîtriser nos émotions car ce cheminement est à la fois intellectuel et spirituel. L’humilité et la maîtrise de l’égo sont très importants, l’égo peut être une prison créée par soi même.

Dans ce cheminement où l’on essaie d’éviter le dogmatisme, l’arrogance, où on essaie de faire preuve d’humilité et de modestie intellectuelle, il y a un autre important danger à éviter: il s’agit de l’aliénation. L’aliénation est l’attitude qui consiste à se voir et à se définir à travers le regard de l’autre. Cela peut apparaître comme une approche positive mais cela revient à s’abandonner à un intermédiaire. L’aliénation c’est ne pas être un sujet mais plutôt devenir l’objet de la vision des autres. Souvent chez les musulmans on remarque une certaine confiance dans le discours mais au delà de cette apparence superficielle il y a une certaine forme d’aliénation qui consiste à se définir à la façon dont on est perçu et jugé par les autres. Pr Ramadan cite à titre d’exemple que parfois au cours d’une conférence certains musulmans observent les non-musulmans et si ceux là apprécient la conférence ils l’apprécient également. C’est cela l’aliénation, lorsque vous n’avez pas assez de confiance en vous même et vous attendez une confirmation dans le regard des autres.

Il est donc important de construire un discours qui cherche à améliorer la compréhension au lieu d’un discours qui cherche à plaire. Cette dimension relative à l’identité est profonde. C’est donc un sujet complexe où on est confronté à des dimensions intellectuelles, ainsi qu’à la psychologie et à des phénomènes tels que l’aliénation.

Alors comment aborder cela aujourd’hui lorsqu’en tant que musulmans occidentaux nous sommes amenés à parler d’identité et de quelle façon dans notre manière d’en parler peut on aider nos concitoyens à tirer le meilleur de cette discussion et de faire comprendre que notre présence est un enrichissement ? Comment faire comprendre qu’à travers notre questionnement et notre recherche de réponses nous pouvons également aider les personnes autour de nous ? C’est à nous de promouvoir une discussion positive et constructive qui sera le miroir de notre quête commune et non pas un miroir négatif de nos différences .. ce qui était le point de départ de cette conférence.

Pr Ramadan rappelle que les moyens sont décrits dans le livre intitulé ”Mon intime conviction”. Il s’agit des sept C. Il insistera ici sur quatre d’entre eux:

La Confiance

Il s’agit d’être un sujet, je suis qui je suis en toute confiance. Je dois pouvoir atteindre une définition intellectuelle de moi même venant de l’intérieur et non par opposition à mon environnement, tout en gardant une humilité intellectuelle, c’est à dire je connais mes principes et j’essaie simplement de m’améliorer … et aussi ne pas me définir dans le regard de l’autre, non pas que le regard de l’autre est nécessairement mauvais, je peux l’utiliser pour construire mais s’abandonner uniquement au regard de l’autre c’est cela qui est mauvais, il faut pouvoir utiliser le regard de l’autre sans en être captif. C’est cela la confiance.

Maintenant que la confiance a été définie, nous devons définir ce qu’est l’identité qui vient de l’intérieur de soi. Comment faire cela ? Que peut-on attendre des musulmans à ce sujet dans le monde académique, dans la société civile, et ailleurs ? En fait tout être humain doit jouer un rôle dans cette question, c’est un enjeu commun à tous.

Le premier aspect dans la définition de l’identité est la mémoire. Je deviens un sujet si je cultive me mémoire, c’est à dire que ma réalité est liée à une mémoire, à une histoire, au fait que je viens de quelque part. Si quelqu’un se met à dire aux musulmans canadiens d’oublier leur pays d’origine, que c’est la seule façon d’être bien ici, ce n’est certainement pas un bon message. La question est comment vivre avec sa mémoire tout en construisant sa présence ici. Renier son passé, renier sa mémoire et ne pas les valoriser, cela est destructif . Les musulmans venant du Maroc, du Pakistan, d’Iran etc .. et même les nouveaux convertis à l’Islam , ne doivent pas oublier leur passé, ne doivent pas se couper de leurs racines, leur mémoire est leur richesse et c’est une partie d’eux-mêmes. Pr Ramadan rappelle que  lorsqu’on lui pose la question de son identité il dit toujours ”n’oubliez pas que je suis égyptien de mémoire, c’est très important car c’est ma richesse, c’est là d’où je viens”.

Les écoles doivent célébrer la diversité des mémoires qui font notre histoire commune, sinon il y a quelque chose qui manque. On ne peut se sentir à l’aise dans une identité tronquée de son passé et de sa mémoire. Cela fait partie du problème, l’histoire n’est pas assez enseignée. Aujourd’hui nous ne sommes pas au niveau requis par une société plurielle, nous devons traiter avec l’histoire, nous devons mieux connaître l’histoire.

Pr Ramadan mentionne qu’il était au Maroc et qu’il y avait une grande discussion au sujet de l’opportunité d’enseigner l’extermination des juifs au Maroc. Une personne a dit : ”Non, Non, Non ce n’est pas notre histoire, nous ne voulons pas être colonisés”, et quelqu’un d’autre a dit:”La raison de tout cela est qu’il y a des lobbies pro-israélien au Maroc qui poussent dans cette direction”. Pr Ramadan a fait la réflexion que même si certaines parties peuvent avoir un agenda, il faut être fidèle à ses principes, bien sûr qu’il faut enseigner ce qui s’est passé en Europe, c’est du savoir, et en avoir la connaissance vous permettra aussi de dire nous n’avons pas participé à cela. Mais ce n’est pas parce que vous n’y avez pas participé que vous ne devez pas apprendre ce qui s’est passé, il faut en profiter pour comprendre pourquoi l’Europe a un problème avec ça. Il ne doit pas y avoir de censure de la connaissance, de l’histoire, des faits et des interprétations.

Il est donc important d’être enraciné et d’avoir un sens de l’histoire. Pr Ramadan recommande à tout musulman canadien et à tout canadien tout court de se connecter avec l’histoire car c’est là le moyen de trouver une compréhension profonde des choses au delà des réactions immédiates et émotionnelles.

Les traditions représentent un autre important aspect de l’identité. En Islam il y a les traditions légales, les traditions des sciences islamiques. Il est faux de croire que les traditions sont statiques alors que la modernité s’inscrit dans le mouvement. Par définition une tradition est toujours en mouvement , les traditions ne sont pas statiques. Que signifie qu’une tradition est en mouvement ? Cela signifie que les gens vivent en accord avec leur époque. Une tradition est toujours liée à une culture. Les étudiants en sciences islamiques devraient se concentrer sur l’étude des traditions et leur mouvement et de quelle façon se fait le lien avec les diverses cultures. Dans la tradition légale islamique il y a la notion de al’urf , c’est à dire la culture. Dans la tradition légale islamique on a toujours cherché à être consistant avec les principes dans le cadre d’une culture donnée. Il n’y a pas toujours eu de musulmans en Afrique de l’ouest ou en Inde, cette entrée de l’Islam dans un nouvel environnement a nécessité un certain travail. Même entre Médine et le Yémen, à l’époque du Prophète (que la paix et le salut d’Allah soient sur Lui)  il y avait des différences culturelles. A la question de savoir comment il va délivrer ses jugements une fois au Yémen, Mu’ad Ibnou Jabal a répondu je m’appuierai sur le Coran, et que si la réponse n’est pas dans le Coran je suivrai la tradition prophétique, et si la réponse n’est pas dans la tradition je ferai travailler mon esprit. Bien que faisant partie de la pure tradition islamique émergente, Mu’ad Ibnou Jabal était résolu à faire des ajustements intellectuels qui s’avèreraient nécessaires dans un nouvel environnement.

On voit bien qu’il y a un dynamisme, l’identité se rattache à une tradition qui n’est jamais statique, elle se construit au fur et à mesure. C’est un cheminement intellectuel que nous devons garder à l’esprit dans la discussion sur l’histoire.

La façon d’appréhender la tradition (qui n’est pas statique), la façon d’appréhender la culture et  nos  références, être capable d’avoir une pensée critique, tout cela vient de la pensée islamique. Ce n’est pas facile mais nous devons doter les musulmans canadiens de cette connaissance de la mémoire, de l’histoire, des traditions légales ainsi que de la connexion historique entre la civilisation islamique et la civilisation occidentale, civilisations qui n’étaient pas séparées et fermées.

Nous devons donc défier cette construction idéologique de notre époque qui consiste à simplement dire qui vous êtes et qui vous n’êtes pas.

En plus de la mémoire, de l’histoire, de la tradition et des références légales, il y a un autre aspect de l’identité: c’est un ensemble de valeurs. Lorsqu’on discute des traditions et de cette pensée critique, on se pose aussi la question du pourquoi et du comment on a produit des valeurs et quelles sont ces valeurs. C’est une discussion qui est profonde et qui fait partie d’une construction positive et constructive de notre identité, c’est une approche positive qui vient de l’intérieur.

 

Comment construire cette identité en restant confiant ? Il faut garder à l’esprit que ce que traversent les musulmans canadiens est similaire à  ce qu’ont vécu certains musulmans en Afrique, en Asie ou ailleurs. Ils ont construit leur identité, ils sont devenus les sujets de leur histoire parce qu’ils connaissent leurs traditions, leurs valeurs et les dynamiques intérieures et aussi parce qu’ils ont une mémoire. C’est quelque chose que l’ont cultiver positivement et ne pas rejeter la culture occidentale. Nous ne sommes pas contre et nous pouvons y prendre des choses, c’est un mouvement, c’est ainsi que l’on comprend mieux certains de nos principes tels ”La sagesse est la propriété du musulman”, il faut la prendre là où la trouve, .. ou encore ”Le principe en toute chose est la permission”, c’est comme cela que nos traditions se sont construites, c’est pour cette raison que la civilisation islamique était si ouverte. Au lieu d’être sur la défensive et en étant ouvert on comprend mieux la tradition ce qui aide à être beaucoup plus confiant dans la manière de définir son identité.

Lorsque le Pape a dit que les racines de l’Europe sont chrétiennes et grecques, il veut peut-être dire que l’Europe n’a pas besoin d’un dialogue avec l’Islam mais plutôt d’un dialogue avec elle même. Cette distorsion du passé est le symptôme de la peur du présent. Cette vision réductrice du passé est le produit de la peur. Retrouver le passé et en avoir une meilleure compréhension permet d’avoir plus de confiance et de résister à ces politiques de l’émotion auxquelles nous assistons aujourd’hui.

Il y a autre chose qui peut nous aider à être en occident et être plus ouvert. Une question simple:dans quels pays, quelles sociétés a t-on la possibilité d’être en accord avec ses valeurs ? Dans les pays à majorité musulmane ou ici en occident ? Face à cette question il ne faut idéaliser aucun pays. Il n’y a aucun pays idéal à la surface de la terre. Il y a des problèmes partout mais au niveau de la vie quotidienne ce qu’on vit au Canada est probablement meilleur que dans tout pays à majorité musulmane.

La Consistance

Il est très important de pouvoir être consistant avec ses propres valeurs parce que la consistance donne confiance et le sentiment de sentir chez soi là où on vit. On se sent bien chez soi lorsqu’on est consistant et en accord avec soi même. S’il faut vivre en contradiction avec soi même comme en Europe où pour être considéré comme ”bon européen” équivaut à être moins musulman, vous n’obtenez en définitive ni des bons européens ni des bons musulmans. Ne pouvant être consistant ils ne se sentent pas à l’aise. Il faut laisser les individus vivre en accord avec leurs valeurs, personne ne peut s’ériger en juge de leur conscience, cela n’est pas conforme aux traditions occidentales. La peur des musulmans risque de mettre l’Occident en contradiction avec ses principes.

La Créativité

Il ne peut y avoir de sentiment positif au sujet de l’identité sans créativité. Il ne suffit pas que que les musulmans occidentaux se sentent occidentaux, ils doivent aussi pouvoir être créatifs au sein de la culture occidentale. Ils doivent pouvoir participer à la création et l’innovation dans tous les domaines. Il est intéressant de noter à cet égard ce qu’en dit la pensée marxiste: si vous produisez sans être impliqué soi même dans le produit de votre effort, vous ressentez un sentiment d’aliénation venant de cette production. Vous avez besoin de vous y retrouver pour bien vous sentir. C’est la même chose avec la culture: si la culture environnante ne reflète rien de vous, si votre contribution culturelle et artistique est inexistante vous n’aurez jamais le sentiment d’appartenance.

Cela se présente dans l’autre sens également. Dans les librairies islamiques vous trouvez seulement des livres écrits par des musulmans, lus par des musulmans et achetés par des musulmans … alors que nous sommes au Canada. C’est une forme de schizophrénie. Il faut pouvoir prendre de la culture environnante et aussi donner. Le sens de l’identité et d’appartenance se produira quand on peut dire Je et Nous. C’est cela la construction positive de l’identité, ce n’est pas seulement Je, c’est aussi Nous. Ce Nous se réalise grâce au troisième C, c’est à dire par la participation à la créativité.

C’est pour cela que nous avons besoin dans la société occidentale d’une institutionnalisation de l’Islam, avec la construction de centres culturels, avec des participants qui prennent la parole, qui écrivent, qui  s’impliquent dans les universités, qui créent des idées et des visions, qui produisent de la littérature, des films, des arts, etc …

La Contribution

La créativité  se transforme en contribution. Je peux m’identifier à une société  si je peux y contribuer.  Partant de la mentalité du ”Nous opposé à Eux” qui correspond à l’identité négative et réactive, nous devons aboutir à une autre mentalité, nous avons besoin d’une révolution intellectuelle, mais à chaque étape nous avons besoin de modestie intellectuelle et d’humilité et point d’arrogance. Nous devons être capable d’écouter, de partager et non pas de dire nous sommes musulmans nous allons vous enseigner, il faut éviter les attitudes du style ”Je possède la vérité, alors écoutez”, ce qui correspond à la vision binaire, à l’esprit dogmatique qui croit qu’il n’a rien à recevoir.

Tout cela est la définition d’une identité qui est plus positive, basée sur les quatre C: Confiance, Consistance, Créativité, Contribution.

La sphère publique:

Dans la sphère publique Il y a quelques principes que nous devons accepter et respecter. Tout d’abord un point important est que la présence en Occident ne doit pas signifier la coupure avec une longue tradition de pensée, de créativité ainsi que les traditions légales, bien au contraire.  Il faut notamment toujours être prêt à reconnaître et respecter la complexité de l’autre et ne jamais réduire l’autre.

Lorsque vous connaissez votre identité dans toute son histoire, sa mémoire, sa tradition, sa complexité, sa contribution et sa complexité, c’est là que vous diffusez autour de vous un message positif. C’est pour cela qu’il faut travailler dans le monde académique, dans la société civile et dans la sphère publique pour diffuser ce type de message. Cela est intéressant car le message envoyé aux concitoyens est qu’ils doivent apprendre, non seulement à votre sujet mais l’aspect positif est que ce regard sur l’autre stimule l’envie d’en apprendre sur soi.

Une présence positive est toujours une présence qui ne s’attend pas à ce que l’autre adopte la même pensée mais qui induit un questionnement de soi et une stimulation de la pensée. En d’autres termes aidez-moi à être meilleur et non pas à suivre les traces de ce que vous êtes. C’est cela la présence interactive et pro-active, c’est de cette façon qu’on doit travailler dans une société plurielle.

Les principes de la sphère publique sont les suivants:

  • La loi du pays doit être respectée par tous. Cela n’a rien de contraire aux principes islamiques. Vous respectez la loi parce que vous avez un contrat avec le pays, vous êtes tenu de respecter ce contrat. Tout citoyen a un contrat moral, un contrat civique, la loi doit être respectée, il n’y a pas de discussion là dessus. S’il peut arriver que certains musulmans pensent autrement il s’agit d’une compréhension erronée et nous nous devons de la rectifier.
  • La distinction et la séparation des autorités: l’état a un rôle et les autorités religieuses ont un autre rôle. Personne au sein de l’état ne peut jouer le rôle de mufti, de prêtre ou de rabbin, ce n’est pas le rôle de l’état de définir qui est le bon juif, le bon musulman, le bon chrétien ou le bon bouddhiste.

C’est pour cela qu’il est important de connaître nos droits dans cette société, il y a des principes qui sont incontestables et il faut s’y tenir. Dans toutes les religions on peut avoir affaire à des conservateurs, des littéralistes, des esprits dogmatiques mais aussi des esprits ouverts, c’est la réalité du paysage religieux. En évitant cette réalité, en traitant uniquement avec certains plutôt que d’autres, on peut être amené à créer plus de problèmes au lieu de trouver des solutions aux tensions présentes.

Les points important sont donc: respecter la loi et respecter la séparation des pouvoirs. Aussi dans le cadre religieux une éducation adaptée prenant en compte la compréhension de l’environnement s’avère nécessaire. Cela demande néanmoins un effort de part et d’autre, car la société doit aussi respecter cette présence en la valorisant, à travers l’éducation, la mémoire, l’histoire commune et en valorisant également les contributions du passé et du présent. C’est ainsi que l’on construit un sentiment d’appartenance en disant aux gens: ”Vous êtes l’un d’entre nous, vous êtes Nous”. Le sentiment d’appartenance est tellement important, c’est un facteur psychologique mais il est lié à des réalités intellectuelles et à des perceptions quotidiennes.

Les domaines à approfondir dans la sphère publique sont:

  • L’éducation et l’éthique: l’enjeu est comment mettre l’éducation au service de l’éthique et promouvoir l’application de l’éthique. Le dernier livre intitulé ”La réforme radicale: éthique islamique et libération” traite de ce sujet à savoir comment promouvoir une éthique islamique pour notre époque aussi bien dans les pays à majorité musulmane qu’en Occident. Nous en avons certainement besoin ici, c’est une discussion critique incontournable et l’éthique est très importante à cet égard.
  • Dans la sphère publique il faut être le témoin de son éthique mais ne pas l’imposer. La non contrainte est le deuxième principe de la sphère publique, chacun peut avoir sa propre éthique mais ne peut l’imposer aux autres. Il faut pouvoir exprimer ses convictions en toute confiance, une façon d’être le témoin de nos principes dans divers domaines (économie, habitudes alimentaires, etc ..), mais il faut se garder de chercher à les imposer.

En définitive que cherche t-on ?

Le discours sur l’identité est né dans le doute, dans le sentiment de menace et dans la peur. Ce qu’on souhaite atteindre c’est une vie paisible, on veut parler de bien-être. On veut se sentir bien chez soi. Chez soi peut être le Canada ou l’Europe. On est chez soi mais on veut s’y sentir bien. La discussion que l’on souhaite avoir c’est à propos du bien-être, à propos de la paix intérieure. Cette discussion doit avoir lieu dans le monde académique et dans la sphère publique avec la condition d’y être perçu comme un enrichissement. Il s’agit vraiment de pouvoir parler de la recherche du sens, la question du pourquoi, la question de l’égo, la question de l’émancipation de soi, en fin de compte une discussion bien spirituelle.

Aujourd’hui les discussions au sujet de l’Islam, du Christianisme tournent toujours autour des conflits, des différences, des tensions et on oublie l’essence: la religion a été et est un chemin vers la paix. C’est le discours tenu par chaque croyant de l’intérieur de sa religion. Par essence les religions ne font pas la promotion des guerres et des conflits. Aujourd’hui on ne cesse de discuter à la périphérie parce qu’on à la merci des émotions. Les émotions sont toujours à la périphérie. On pense être libre mais en réalité on répond à des signaux et stimulations qui nous pousse à réagir d’une certaine façon.

Dans la sphère publique, en abordant l’identité de manière positive on finira par parler des questions qui sont vraiment essentielles, et c’est autour de cela qu’on doit se rassembler.

Si vous allez en Afrique et vous parlez à ceux qui font face à la pauvreté, ou ailleurs à ceux qui subissent des discriminations, des individus à nos frontières qui sont traités comme des criminels, si vous prenez aux sérieux les questions qu’ils posent alors vous vous demandez: pourquoi ? Que cherchons-nous en définitive ? La dignité ou l’argent ? Les principes ou l’intérêt ? C’est pour cela qu’il est important de parler de tout ça dans le monde académique, c’est là que chacun d’entre nous, étudiants, enseignants et quiconque impliqué dans ce type de discussion ou dans le dialogue inter-religieux, nous devons atteindre une compréhension profonde et poser les vraies questions: que souhaitons nous réaliser ? Quel type d’effort intellectuel ou d’humilité intellectuelle voulons nous promouvoir dans notre société ?  Et quel type de dialogue aussi ?

C’est cela l’approche qui nous aidera à écouter les autres et à mieux parler aux autres. Ce qui nous amène au dernier C qui est la Communication. La communication est centrale pour ce sujet.

En fin de compte on retiendra qu’il faut éviter l’identité négative, réactive et sans pouvoir, il faut promouvoir une identité positive douée d’une faculté de changement et de contribution. Partant de cette discussion sur l’identité nous devrions pouvoir nous retrouver dans la contribution et le sentiment d’appartenance. Et cela est en train de se produire à la base. On voit des signaux que les choses sont en train de bouger mais nous avons besoin d’être plus impliqué dans tout cela. Les universités peuvent à cet égard jouer un rôle de leader dans cette tendance qui se résume à: Parlons de l’identité d’une manière positive et cultivons un sens commun de l’appartenance.

Youssef Islah est membre de Présence Musulmane Toronto

“Une « laïcité ouverte » signifierait aussi que ces dernières ne soient pas l’objet sacrificiel et réifié d’un discours public qui dévalorise le sens qu’elle donne à ses choix personnels et bafoue ainsi son droit d’être citoyenne, voire fonctionnaire de l’État”

Le projet de loi 94 du gouvernement Charest est une nouvelle porte ouverte enfoncée. Il s’agit sans doute d’une nouvelle manœuvre politique désespérée pour redresser une popularité décidément en perte de vitesse, mais sans succès. Non seulement on réinvente la roue en redéfinissant les conditions d’application de l’accommodement raisonnable, déjà garantie par les chartes canadienne et québécoise, mais on tente également d’établir l’exigence triviale du « visage découvert » pour des « motifs (somme toute légitimes) liés à la sécurité, à la communication ou à l’identification ».

Alors qu’on pourrait se féliciter de voir le Premier Ministre du Québec explicitement favoriser une « laïcité ouverte » au travers du projet de loi rédigé par sa ministre de la Justice Kathleen Weil, il reste que la maladresse de sa conception et de sa présentation nous rappelle à la loi française de 2004 qui, sous prétexte d’écarter tous les signes ostentatoires, a fini par stigmatiser le seul foulard des écolières musulmanes. En effet, en croyant régler toutes les situations auxquelles ont été confrontés les services publics des derniers mois (SAAQ, RAMQ, CEGEP, etc.), le projet de loi 94 ne propose en réalité rien de neuf sinon de prohiber le seul niqab pour les raisons incontestables et consensuelles de la sécurité et de l’identification.

Par ailleurs, alors que le principe de l’égalité des hommes et des femmes avait été souligné par la modification de la Charte québécoise des droits et libertés, en plus de s’ajouter à celui – pourtant explicite – qui régit l’ensemble des citoyens (article 10), le projet de loi en question réaffirme encore une fois le respect de ce principe, comme si l’on établissait dans le corps des lois du Québec l’interprétation (très en vogue) selon laquelle le niqab est, de jure, un vêtement qui renie l’égalité, voire la bafoue par son implication prétendument naturelle de « la soumission de la femme ».

Tant et si bien que l’opposition, par les voix péquistes de Pauline Marois et de Louise Beaudoin, s’insurge que l’interdiction ne frappe pas également le hijab qui, selon la chef du PQ, « contrevient à la nécessaire neutralité de l’État ». La députée de Rosemont, quant à elle, ayant manqué de relire le préambule de la Charte, réclame obsessionnellement d’y affirmer « l’égalité entre les femmes et les hommes », ce que la loi 63 avait réglé il y a presque un an. Non seulement le retour à cette idée fixe de l’égalité des sexes n’est pas hasardeuse au moment même où on se demande, avec soupçon, si « des employées de la fonction publique [vont] pouvoir porter des foulards » (P. Marois), mais le parallèle entre l’assimilation du hijab au niqab et la présomption d’inégalité qu’il faut combattre dans le même élan ne peut être sans attirer l’attention des observateurs critiques. En effet, l’insistance quasi maniaque d’un certain discours public sur cette extrapolation n’est pas fortuite et doit être soulignée, car il en va de la dignité même des musulmanes (et parfois pas moins féministes) qui portent le foulard (hijab) par conviction et sans rendre le moindre compte à un nul être au monde. Cet habit n’est ni réductible à un symbole d’appartenance religieuse, ni à celui d’un rapport inégalitaire et encore moins de soumission aux hommes (puisqu’il ne leur incombe pas d’en décider), mais il n’est que la simple expression pour la musulmane de sa liberté de disposer de son apparence et de gérer l’espace de son intimité.

Si, selon les termes du projet de loi 94, le respect de la Charte des droits et libertés de la personne suppose que « l’État ne favorise ni ne défavorise une religion ou une croyance particulière », alors non seulement l’assimilation du hijab et du niqab ne serait pas acceptable, mais le seul fait d’associer l’interdiction dans les services publics de la couverture du visage à ce que suppose la réaffirmation quasi obsessionnelle de l’égalité des sexes n’est pas tolérable pour les femmes musulmanes qui ne la défendent pas moins que quiconque.

Une « laïcité ouverte » signifierait aussi que ces dernières ne soient pas l’objet sacrificiel et réifié d’un discours public qui dévalorise le sens qu’elle donne à ses choix personnels et bafoue ainsi son droit d’être citoyenne, voire fonctionnaire de l’État.

“Mon enfant est une personne différente de moi; nous sommes tous des êtres uniques. Mon rôle est de lui apprendre à se servir des outils que le Créateur lui a donnés pour accomplir le destin qui lui est propre (cœur, intelligence, capacités créatrices, réflexion, sens d’observation”

Être parent-oui, c’est une importante responsabilité et il nous arrive de douter de nos capacités. Parfois nous sommes déchirés : Aie-je été trop sévère? Aie-je été trop permissif? Est-ce que Dieu est satisfait de moi en tant que parent?

Nous, musulmans, tentons de vivre en accord avec l’enseignement que nous ont légué Dieu et son Prophète. Ne sont-ils donc pas les meilleurs éducateurs? En nous attardant sur la méthode qu’ils ont utilisée pour transmettre cet enseignement, nous pourrons sûrement en tirer des leçons sur la façon de nous y prendre pour mener à bien notre tâche de parents éducateurs. Quels seraient donc les principes islamiques à la base d’une bonne éducation parentale?

Je ne prétends pas faire ici une étude approfondie, je n’en ai pas la compétence. Je souhaite seulement partager le fruit de ma réflexion, de mes observations et de mon apprentissage par essai et erreur. Je propose d’abord une description de deux principaux modèles de parents : le parent accompagnateur et le parent contrôlant. Nous tenterons par la suite de voir quelle est la vision de départ qui donne lieu à ces comportements différents.

Analogie du voyage

Imaginons la vie comme un voyage et voyons comment nos deux modèles de parent s’y prennent pour l’aborder. Le parent planifie amener son enfant en voyage pendant les prochaines vacances d’été.

Le parent accompagnateur

En parent responsable, il a élaboré un plan. Il sait où il veut aller, pendant combien de temps ils seront partis, quel budget sera alloué à l’hébergement, à la nourriture et aux activités.

Mais il veut également profiter de cette expérience pour transmettre à son enfant  un savoir qui lui sera utile lorsqu’il aura à voyager seul plus tard. Il discute donc du projet avec l’enfant. Il lui fait connaître leur destination, l’invite à regarder une carte pour situer l’endroit. Il le consulte, lui demande son avis.

Nous aurons à parcourir un trajet de 800 kilomètres pour nous rendre à destination. Devrions-nous faire le trajet en une seule journée et arriver le plus tôt possible, ou le faire en deux jours et prendre le temps de voir les sites intéressants le long du chemin?

–        Quel genre d’activité aimerais-tu pratiquer une fois là-bas?

–        J’ai pensé que si nous faisions du camping plutôt que de coucher à l’hôtel, il nous resterait suffisamment d’argent pour louer un canot ou faire de l’équitation comme tu as proposé. Qu’en penses-tu?

Au cours du voyage, l’enfant ramasse des cailloux au bord de la rivière. Le parent l’observe de loin. Il s’aperçoit que l’enfant s’avance toujours plus et qu’il va mouiller ses chaussures. Il le laisse faire. Quelques minutes plus tard, l’enfant revient l’air piteux.

–        Mes chaussures sont mouillées…

–        Qu’est-ce que tu aurais pu faire pour éviter cela?

Plutôt que de le gronder, le parent lui permet de trouver ses solutions et d’apprendre de ses erreurs.

 Ici, le parent a un plan, il a déjà établi des balises, mais il accorde une certaine latitude à l’enfant à l’intérieur de ces balises pour lui permettre d’expérimenter. Ayant été consulté, l’enfant sait ce qu’il l’attend, il a donné son assentiment, il ne sent pas qu’on lui impose quoi que ce soit. Il sera probablement coopératif tout au long du voyage.

Le parent contrôlant

Également responsable, il a aussi un plan, mais il n’en parle pas. Il dit seulement à l’enfant qu’ils iront en voyage l’été prochain. Il a pensé à tout, il a tout prévu, son enfant sera ravi.

De son côté, l’enfant imagine déjà ce qu’il aimerait faire au cours de ce voyage. Et il se rappelle le récit de voyage que son ami lui a fait l’autre jour. Comme lui, il aura peut-être la chance de se baigner dans la piscine de l’hôtel et de manger de la crème glacée tous les jours…

Le jour du voyage arrive, on monte en voiture. Une heure plus tard :

–        Quand est-ce qu’on arrive? 

–        Dieu que les enfants sont impatients!

Vient le moment de monter la tente le soir venu.

–        Comment, on ne va  pas à l’hôtel?

–        Mais, tu me prends pour un banquier? Je te trouve assez ingrat. Sois plutôt reconnaissant de ce qu’on t’offre.

Le lendemain, d’un ton plutôt impatiemment (ça fait longtemps qu’il y pense) :

–        Je veux faire du canot.

–        Tu ne penses qu’à toi! Moi j’avais prévu une marche en forêt.

Tout au long du voyage, le parent talonne l’enfant  pour éviter qu’il fasse le moindre faux pas. Lorsque ça se produit, le parent blâme l’enfant de sa maladresse.

Ici, le parent s’attend à ce que l’enfant se conforme et adhère naturellement à son plan parce que c’est lui l’adulte, c’est lui qui sait ce qui convient à son enfant. Ce dernier est pris en charge. Il n’a pas droit de parole.

Voyons quels sont sur l’enfant les effets de ces deux différents modèles.


L’enfant du parent accompagnateur

1. développe la confiance en lui et une saine image de lui-même

–        on lui demande son avis, sa personne a donc de la valeur

2. se connaît

             –    on lui demande ce qu’il aimerait faire, il doit se questionner 

3. est un être responsable

              –    il apprend à faire des choix et à en accepter les conséquences

 L’enfant du parent contrôlant

 a une pauvre opinion de lui-même

–   lorsqu’il s’exprime, le parent se montre contrarié, on le blâme pour ses          erreurs

  1. ne se connaît pas et doute de ses capacités

–  on fait tout pour lui, on ne lui demande jamais son opinion

  1. est un être dépendant

–  on ne lui permet aucune initiative

  1. a du mal à tenir compte des autres

–  on n’a jamais tenu compte de lui

Deux modèles, deux visions

Ces deux comportements parentaux découlent inévitablement de deux conceptions distinctes du rôle de parent.

Vision du parent accompagnateur

Mon enfant est une personne différente de moi; nous sommes tous des êtres uniques. Mon rôle est de lui apprendre à se servir des outils que le Créateur lui a donnés pour accomplir le destin qui lui est propre (cœur, intelligence, capacités créatrices, réflexion, sens d’observation, etc.). D’abord par mon exemple, puis par mes conseils, je lui transmets mon savoir, mes croyances, mes valeurs et des habiletés diverses. Je ne suis pas responsable de ce qu’il fera de ce bagage. Ma responsabilité est de transmettre et d’être à l’écoute lorsqu’il exprime ses doutes afin de l’aider à s’orienter.

Vision du parent contrôlant

Mon enfant m’appartient; c’est ma chair et mon sang. Je dois en faire quelqu’un de bien. Je vais donc le surveiller de près afin qu’il fasse le moins d’erreurs possible. Je vais lui expliquer tout ce qu’il doit faire et ne pas faire; il n’a rien à dire, c’est moi l’adulte qui sait ce qui est bien pour lui. Lorsqu’il s’écartera, je le gronderai sévèrement pour lui enlever toute envie de recommencer. Lorsqu’il exprime des doutes, je m’inquiète d’avoir mal fait mon travail, je répète alors mes directives. Il ne doit surtout pas s’écarter du droit chemin; Dieu m’en tiendra responsable et les gens vont présumer que je suis un mauvais parent.

Les principes islamiques

Dieu a créé l’homme libre; il lui a donné un guide par l’entremise des Prophètes, mais Il le laisse libre de le suivre ou non. Si quelqu’un était en droit d’imposer quelque chose à quelqu’un, c’était bien le Créateur. Il ne l’a pas fait. De la soumission par amour émane un parfum qui Lui est des plus agréables.

Lorsque le Prophète s’attristait de voir son peuple ignorer le message, Dieu le consolait en lui rappelant qu’il n’était responsable que de transmettre le message.

Notre Prophète nous a enseigné le principe de consultation dans la sphère familiale autant que dans la sphère publique. 

Voilà au moins trois principes d’enseignement desquels nous pouvons nous inspirer. Posons-nous la question : élevons-nous nos enfants avec le souci de leur épanouissement et celui de les préparer pour la Vie après cette vie; ou les élevons-nous avec le souci de nourrir notre fierté de parents?

Dans le premier scénario, il est facile d’imaginer un voyage plaisant pour tout le monde. L’enfant se sent valorisé, les explications qu’on lui donne lui permettent d’être proactif et d’apporter sa contribution au bon déroulement du voyage. Il en rapporte une expérience qui lui sera utile toute sa vie. Le parent est habité par des sentiments de confiance et d’amour envers son enfant et il sait qu’il peut compter sur sa participation.  

Tandis que la lecture seule du deuxième scénario est déjà assez pénible. On imagine un parent hyper stressé du fait qu’il porte seul la responsabilité du bon déroulement du voyage. Il est constamment aux aguets pour que l’enfant ne déroge pas de son plan initial. L’enfant se sent ignoré, constamment bousculé.  On ne lui a rien dit, il ne peut rien anticiper, il se sent anxieux. Il a l’impression de tout faire de travers. Triste voyage pour tout le monde.

 Suzanne Touchette est membre de Présence Musulmane Ottawa-Gatineau

“Muhammad Asad a eu recours à la pensée critique et à l’analyse afin de libérer les textes originaux des ajouts provenant des traditions et des coutumes, et de les libérer de la colonisation aux mains des puissances occidentales dominantes”

Voici un aperçu de la conférence livrée par Tariq Ramadan en Malaisie, en mémoire du grand écrivain musulman et penseur du renouveau, le regretté Muhammad Asad.

L’événement était organisé par Islamic Book Trust et par Islamic Renaissance Front, dans le but de commémorer la contribution de Muhammad Asad à la pensée islamique moderne. Le tout a débuté par une introduction de Tan Sri Muhammad Kamal Hassan, ancien recteur de l’Université islamique internationale de Malaisie. D’après Kamal Hassan, la plus importante contribution du regretté Muhammad Asad au mouvement de renouveau et de réforme islamique a été de présenter ce qu’il appelait « la vision islamique du monde ». C’est-à-dire, la perspective de l’islam sur l’existence humaine.

Il a souligné que c’était une des idées qu’il avait rapportées de sa rencontre avec Mohamed Iqbal lors d’un voyage au Pakistan et que Syed Abul Ala Maududi et Syed Qutub ont par la suite élaborées. Kamal Hassan a illustré son propos à l’aide de citations de divers écrits de Muhammad Asad dont, The Road to Mecca (La route de la Mecque), Islam at the Crossroads (L’islam à la croisée des chemins) et The Message of the Quran (Le message du Coran).

Dans une de ces citations qui provenaient de L’islam à la croisée des chemins, Muhammad Asad met en garde les musulmans contre la tentation de suivre aveuglément les idées occidentales. Il souligne également l’imbrication du monde physique et du monde spirituel, ce qu’il considérait être au cœur de la vision islamique du monde.

La vision islamique du monde

Kamal Hassan a également lu des extraits de La route de la Mecque, un livre qui présente la vision islamique du monde du point de vue de Léopold Weiss, c’est-à-dire Muhammad Asad avant sa venue à l’islam. Il a lu un extrait en particulier qui, pour moi, fait ressortir la capacité qu’avait Muhammad Asad de faire la distinction entre les musulmans et leur comportement vis-à-vis de l’islam « … le déclin des musulmans n’était dû à aucune faille de l’islam, mais plutôt à leur incapacité à lui être fidèle. »

Kamal Hassan a ensuite parlé d’un autre ouvrage du regretté Muhammad Asad, Le message du Coran, une traduction du sens du Coran accompagnée de brefs commentaires; il a ajouté que, pour lui, ce livre complétait très bien les commentaires du Coran de Abdullah Yusuf Ali.

J’ai trouvé cette conférence très utile : Kamal Hassan a servi au public un guide du débutant à l’intention de ceux qui liront les ouvrages de Muhammad Asad. Ça m’a permis de me faire une idée sur ce que je dois m’attendre en lisant Muhammad Asad. J’ai déjà lu La route de la Mecque et L’islam à la croisée des chemins, mais dans l’éventualité où je les relirais, je pourrais davantage comprendre ses opinions et davantage m’identifier à sa pensée.

La deuxième conférence était donnée par Tariq Ramadan, un penseur réformiste musulman qui a eu le privilège de rencontrer le regretté Muhammad Asad et d’apprendre de lui.

Anti sémitisme

Pendant sa conférence, Tariq Ramadan a souligné l’attitude de plusieurs musulmans envers les discussions libres et ouvertes, et les débats. C’est un des défis qu’a dû relever Muhammad Asad de son vivant. Lorsque les musulmans partageaient ses vues, ils le louangeaient; lorsqu’ils divergeaient, ils disaient « N’oubliez pas qu’après tout il était juif. Méfiez-vous! ». Le professeur Ramadan a insisté sur le fait que l’attitude qui consiste à attaquer le passé d’une personne lorsqu’on ne partage pas ses vues n’est pas encouragée en islam. Tariq Ramadan déplore le fait que des gens disent, lorsqu’ils ne sont pas d’accord avec Mohammad Asad « N’oubliez pas qu’il était juif ».

Il juge tout à fait inacceptable de déterrer le passé de quelqu’un lorsque survient un désaccord avec lui, ajoutant qu’il n’est pas rare de voir des musulmans le faire. « Lorsque vous êtes à court d’arguments, vous jetez le discrédit sur la personne. L’anti sémitisme est non islamique », a-t-il déclaré. « Nous devons reconnaître la souffrance qu’ont endurée les juifs, le sionisme par contre c’est différent; c’est un projet colonialiste que nous devons dénoncer au même titre que tous les autres colonialismes, y compris ceux pratiqués par les Arabes. Tariq Ramadan insiste sur la stricte opposition de Muhammad Asad au sionisme et sur son attachement simultané à son identité et à ses racines juives. Il souligne également l’importance du rôle de la carrière journalistique de Muhammad Asad, avant son entrée à l’islam, qui a permis de faire découvrir les pratiques profondément déviantes des musulmans alors qu’il voyageait dans des pays musulmans, tels la Palestine, la Syrie, l’Iraq et plusieurs autres. Il a alors découvert que les musulmans étaient très éloignés du sens réel de l’islam.

Libérer les textes islamiques

Tout en étant d’accord avec l’affirmation de Kamal Hassan sur la plus importante contribution de Muhammad Asad : la vision islamique du monde, le professeur Ramadan a cependant ajouté que cette idée avait déjà germé avant même l’époque d’Iqbal, dans les écrits de Jamal Al-Din Al-Afghani. Tariq Ramadan croit que Muhammad Asad a élaboré sa vision islamique du monde à partir de deux éléments : le retour aux textes originaux et une redéfinition de la terminologie présente dans le discours islamique.

Le professeur a élaboré sur le recours de Muhammad Asad à la pensée critique et à l’analyse afin de libérer les textes islamiques originaux, le Coran et la Sunna, des ajouts provenant des traditions et des coutumes. Il l’a fait de façon à libérer la pensée islamique de la colonisation par des puissances occidentales dominantes, mais aussi de la colonisation par les traditions et les coutumes des musulmans même. Reconnaissant l’importance d’une connaissance suffisante de la langue arabe dans la poursuite de cette démarche, il en est venu à maîtriser cette langue à un degré que peu d’arabophones peuvent le faire, même aujourd’hui.

Restructurer le discours islamique

Il a ensuite donné un bref aperçu de la façon dont Muhammad Asad a restructuré le discours islamique. Il a démontré comment lui-même en suivant le courant de pensée de ce dernier en est arrivé à traduire « islam » différemment de « soumission » comme il était traditionnellement traduit. Il dit l’avoir fait parce qu’en Occident, soumission sous-entend absence de raisonnement et de logique; ce qui est en totale contradiction avec le véritable sens de l’islam. Ramadan a plutôt traduit islam par « entrer dans la paix de Dieu ».

Le professeur Ramadan a poursuivi en parlant de la vision de Muhammad Asad sur les relations entre l’Occident et l’islam. À partir d’un angle psychanalytique, Muhammad Asad déclarait que la relation que l’Occident entretenait avec l’islam était tributaire d’un traumatisme subi quelque part au cours de son histoire. Bien que Ramadan soit d’accord avec l’analogie du traumatisme subi par l’Occident à la suite de la colonisation, il ajoute que cette analogie s’applique aussi aux sociétés musulmanes.

Se souvenant avec tendresse des dernières années de Muhammad Asad, Tariq Ramadan a souligné l’importance pour une personne de faire, en fin de vie, le bilan de ses contributions. Et c’est ce qu’il a fait en se questionnant sur ses démarches.

En conclusion, Tariq Ramadan a insisté sur la principale contribution du regretté Muhammad Asad, c’est-à-dire une méthodologie visant à raviver et à réformer le discours islamique. Aux musulmans, il a rappelé qu’ils ne sont pas obligés d’être d’accord avec ses conclusions pourvu qu’ils reconnaissent sa contribution.

Période de questions

Un jeune Syrien vivant en Malaisie : « Quelle est la véritable signification de Ummah? »

Tout en mettant l’auditoire en garde contre une compréhension romantique de ce concept, Ramadan a expliqué qu’il ne s’agit pas d’une communauté physique, mais d’un concept spirituel fondé sur un principe. Ce qui lie les musulmans, c’est Allah. L’engagement que chaque musulman doit prendre envers la Ummah doit être celui qui consiste à aider son frère musulman oppresseur en l’empêchant d’oppresser, comme nous l’a enseigné le Prophète. Le professeur a ajouté qu’aujourd’hui on donne à Ummah le sens de « unifiés contre ». Selon lui, on devrait plutôt « s’unir pour », pour les principes qui fondent la Ummah.

Une jeune fille malaisienne : « Comment les jeunes musulmans peuvent-ils se libérer du mode de pensée tribal et traditionnel pour en arriver à une forme de pensée scientifique et logique? »

Tariq Ramadan a répondu que cette distinction entre la connaissance logique et traditionnelle a constitué le défi qu’a dû relever le mouvement islamique de réforme. Il a affirmé qu’en islam il n’y a pas de science laïque; toute science est intrinsèquement islamique et la connaissance conduit à l’éthique. Par exemple, la raison est un véhicule qui peut mener à des fins éthiques. Et Muhammad Asad croyait fermement que l’un des plus beaux cadeaux que l’islam pourrait apporter à l’Occident serait une perspective éthique des découvertes matérielles de ses scientifiques.

Le professeur a fait remarquer qu’un texte coranique offre différents niveaux de compréhension et que la compréhension spirituelle découlant de la récitation du Coran est accessible à tous. Les histoires qu’on y lit deviennent un miroir dans lequel nous pouvons nous refléter. Par contre, il nous a mis en garde contre ce qu’il appelle une démocratisation : la perte d’ahkam (de règles) contenues dans le texte coranique et dans la tradition prophétique.

J’ai moi-même eu la chance de poser une question aux invités, question qui touchait, je crois, tous mes amis et collègues en ce sens que nous sommes tous sur le point de passer du stade d’apprenants au stade de contributeurs. Au moment de quitter nos salles de classe et d’intégrer la communauté, nous nous sentons écartelés entre deux extrêmes : la tradition conservatrice et le modernisme laïc. Et j’ai demandé : « Comment et où pourrons-nous trouver l’équilibre qui consisterait à contribuer à l’épanouissement de nos sociétés tout en restant attachés à nos traditions islamiques? »

Cette question a été reformulée par une autre personne de l’auditoire, notre distingué Arif Zakaullah de l’Université islamique internationale de Malaisie : « Comment est-il possible d’enraciner une vision islamique du monde dans l’esprit de nos jeunes? »

Kamal Hassan a répondu à cette question en rappelant que le Coran et la Sunnah mettent l’accent sur le concept de « wasatiyya » ou modération. Il a ajouté que ce concept devrait faire partie du système d’éducation.

Tun Dr. Mahatir Mohamed, l’ancien premier ministre de la Malaisie, assistait à l’événement et il a contribué à la discussion en mettant en garde l’auditoire contre un rejet des sciences soi-disant laïques, ce qui aurait comme conséquence d’affaiblir la Ummah.

La conférence de Tariq Ramadan m’a particulièrement éclairée en tant qu’étudiante en Études islamiques et personne intéressée par la vie et l’œuvre de Muhammad Asad.

Aisha Hussain Rasheed est une personne qui souhaite que les choses changent et qui croit que ce changement passe par l’éducation et la sensibilisation.

Traduit de l’anglais par Suzanne Touchette, Edité par Safia Lasfar

« La communauté musulmane américaine a refusé, à la suite du meurtre d’Aasiya, de jouer la victime et de tenter de montrer patte blanche dans les médias; et c’est tout à son honneur. Ses membres ont plutôt, en bloc, condamné ce crime. Ils ont reconnu que la violence familiale, bien que gardée secrète, était une réalité qu’on tentait de dissimuler à cause de la honte, et ils ont décidé de faire maison nette. »

L’an dernier, la tragique décapitation d’Aasiya Zubair a secoué une communauté musulmane américaine apathique qui a finalement reconnu le fléau de la violence familiale en son sein et qui a décidé d’y faire face par l’action.

Le 12 février 2009, Aasiya Zubair, une musulmane américaine d’origine pakistanaise, étudiante en administration et cofondatrice de Bridges TV, a été assassinée par Muhammad Hassan, le mari dont elle était séparée, à la suite d’une demande de divorce et de l’obtention d’une interdiction de communiquer à son endroit. Les deux précédentes épouses de Muhammad Hassan l’avaient quitté à cause de violence familiale et Asma Firfirey, la sœur de la défunte, a fait savoir qu’Aasiya avait déjà subi des blessures pour lesquelles elle a dû se faire traiter contre un montant de 3 000 $. Muhammad Hassan, malheureusement considéré comme un soi-disant leader de la communauté en dépit de sa réputation d’agresseur – triste constat d’échec à l’endroit du leadership de la communauté – est formellement accusé du meurtre. Fait étonnant, il a récemment invoqué pour sa défense l’argument du « conjoint battu » et celui du harcèlement psychologique, prétendant que c’est lui qui était victime d’abus verbal et d’humiliation de la part de sa femme.

L’argument de M. Hassan contredit les statistiques qui montrent la triste réalité de la violence familiale aux États-Unis. Chaque année, environ 1,3 million d’Américaines sont physiquement agressées par leur partenaire et 25 % connaîtront des épisodes de violence familiale au cours de leur vie. Contrairement à certains reportages fallacieux et à des stéréotypes alimentés par l’ignorance et une attitude réactionnaire dans la foulée du meurtre d’Aasiya, il ne faut pas croire que la violence faite aux femmes soit innée ou exclusive aux hommes musulmans, sud-asiatiques ou immigrants. Malheureusement, le phénomène est endémique partout sur la planète et il n’épargne les femmes d’aucune race.

La communauté musulmane américaine a refusé, à la suite du meurtre d’Aasiya, de jouer la victime et de tenter de montrer patte blanche dans les médias; et c’est tout à son honneur. Ses membres ont plutôt, en bloc, condamné ce crime. Ils ont reconnu que la violence familiale, bien que gardée secrète, était une réalité qu’on tentait de dissimuler à cause de la honte, et ils ont décidé de faire maison nette. 

Deux jours après le meurtre, un mouvement de la base s’est mis en marche grâce à des sites comme Facebook : un « engagement à mettre fin à la violence familiale ». On a également assisté à un effort concerté des imams du pays : Les imams se prononcent : la violence familiale ne sera pas tolérée dans nos communautés. Effort qui visait à amener les imams et les leaders religieux à dénoncer dans leurs sermons du vendredi, de façon claire, la violence faite aux femmes dans les communautés musulmanes. L’appel a été entendu et suivi d’actions. Le cheik Hamza Yusuf, l’un des leaders musulmans américains des plus populaires et des plus influents, a pris à témoin le Coran, la sharia et l’exemple de la vie du Prophète pour condamner un tel comportement et pour démontrer qu’il est interdit par l’islam. De plus, il a réprimandé les agresseurs qui tentent obstinément de justifier leurs actes en se basant sur une compréhension erronée de leur religion.

Au même moment, un effort unifié, multiculturel et mondial visant à combattre la violence familiale a donné naissance à un groupe sur Facebook : En mémoire d’Aasiya Zubair, un engagement à mettre fin à la violence familiale.

Tout de suite après la tragédie, quelques musulmans américains ont lancé le site Web Les hommes musulmans contre la violence familiale, sur lequel ils se sont tous engagés à « ne jamais agresser, ni supporter, ni garder le silence sur des abus de nature physique, psychologique ou émotionnelle qui touchent des femmes ou des enfants, musulmans ou non ». En commémoration de l’anniversaire de la mort d’Aasiya, ils ont demandé aux visiteurs de leur site de faire pression auprès des imams afin qu’ils abordent dans leur sermon du vendredi 12 février  le sujet de la violence familiale.

Cette tragédie a également permis de mettre en lumière les ressources et le travail remarquable des organismes et des refuges  consacrés aux victimes de violence familiale dont, malheureusement, les mosquées et les centres communautaires musulmans ne tiraient pas suffisamment avantage du vivant d’Aasiya.

Par exemple, Peaceful Families Project, qui existe depuis l’an 2000, a collaboré l’an dernier avec la Ligue des femmes musulmanes afin de mettre sur pied un répertoire en ligne des « programmes contre la violence familiale dans les communautés musulmanes ». Ces personnes sont  aussi à mettre sur pied une campagne vidéo intitulée : Prenez position contre la violence familiale. Sur ces vidéos, vous pourrez être témoin de l’engagement de musulmans partout dans le monde.

International Wear a Purple Hijab Day, une initiative à l’échelle mondiale, demande aux femmes musulmanes de porter un foulard mauve le 13 février, en mémoire d’Aasiya, et de serrer les rangs de la communauté pour dénoncer la violence familiale.

Dar al Islam, une organisation à but non lucratif du Nouveau-Mexique, a lancé le projet : Project Sakina : Stop Family Violence Now, afin de sensibiliser les communautés musulmanes et les amener à poser des gestes concrets pour contrer cette réalité.

De plus, plusieurs refuges, des organisations à but non lucratif et des centres communautaires musulmans présenteront cette fin de semaine des conférences et des tables rondes à la mémoire d’Aasiya. Plus particulièrement, la Domestic Harmony Foundation, ainsi que Turning Point for Women and Families uniront leurs voix pour tenter de défaire les préjugés concernant le traitement réservé aux femmes par l’islam ainsi que pour condamner la violence familiale et le meurtre d’Aasiya.

Bien que la route soit encore longue et ardue, il est doux-amer, mais aussi encourageant de penser que l’anniversaire de la mort d’Aasiya a inspiré plusieurs musulmans américains qui étaient auparavant, ou bien apathiques ou bien ignorants, et les a rapprochés de leur tradition et de leur foi pour mettre fin à la violence familiale en mémoire d’Aasiya.

Wajahat Ali est un musulman américain d’origine pakistanaise. Il est avocat et écrivain. Son œuvre, The Domestic Crusaders, est la première pièce d’importance sur la vie des musulmans dans une Amérique d’après septembre 2001. Il est corédacteur de Altmuslim.com. Voici son blogue.

Cet article est paru dans l’édition du 12 février du Guardian et reproduit ici avec la permission de l’auteur.    

Traduit par Suzanne Touchette

“Mes amis et collègues radicaux sont de façon routinière opprimés par leurs gouvernements, soumis aux attaques des conservateurs, entravés par les États-Unis et ignorés par les médias et par les groupes pacifistes qui devraient plutôt s’employer à faire connaître leurs activités et leurs luttes” 

 

 

eas014.jpg image by prislam2009La   plupart des leaders occidentaux, des experts et des décideurs sont désespérément à la recherche de « musulmans modérés » qui pourraient protéger l’islam contre elle-même et améliorer les relations avec l’Occident.

Le problème c’est qu’un musulman modéré ça n’existe pas; du moins pas dans le sens que les décideurs donnent à ce terme. Regardez qui ils qualifient de modérés : Le président Bush cite souvent Abdullah, roi de Jordanie, et Mohammed, Roi du Maroc, comme les exemples même des leaders musulmans modérés. Mais un coup d’œil aux rapports d’Amnistie internationale sur leurs pays, ou sur les autres soi-disant régimes modérés révèle qu’ils sont loin de l’être dans leur façon de traiter leurs citoyens. En fait, le niveau de répression et de censure chez la plupart d’entre eux est égal à celui de septembre 2001, ou même plus élevé.

Rechercher « l’islam modéré » pose également problème. On se souvient que le président Bush avait tenté de venir à la défense de  l’islam après septembre 2001 en déclarant : « islam signifie paix ». Bien que ce sentiment soit très louable, Islam ne veut pas dire paix, il signifie soumission à la volonté divine. Et quiconque connaît l’histoire musulmane des deux derniers millénaires sait qu’elle a connu plusieurs guerres. De la même façon, les promoteurs de l’islam modéré citent un hadith, ou parole du Prophète, qui veut que le « grand jihad » d’introspection et de progression soit pour les musulmans un élément plus fondamental que le « petit jihad » fait de guerre et de violence.

À l’inverse, la plupart des savants musulmans conservateurs considèrent que le hadith qui mentionne le « grand jihad » est un hadith faible, c’est-à-dire qu’il ne serait pas une parole du Prophète. Son utilisation par les « modérés » dans leur tentative de réformer la sharia (le code de vie islamique dont certains États se servent pour sanctionner la violence) a depuis longtemps suscité le mépris des conservateurs.

Au cours des vingt dernières années, une école « modérée » de jurisprudence islamique a en fait émergé (connue en arabe comme le mouvement wasatiya). Mais ses dirigeants ont été ou bien choisis ou bien censurés par leurs gouvernements, ou bien ils ont tendance à faire preuve de moins de modération lorsqu’il s’agit des Juifs, de l’homosexualité ou de l’égalité complète pour les femmes. Ceux qui sont réellement modérés dénoncent la politique étrangère des États-Unis et notre culture matérialiste de consommation. Ce faisant, ils sont étiquetés de « radicaux » par leurs gouvernements et par le nôtre.

Nous devons, de toute évidence, revoir les étiquettes que nous apposons à l’islam, parce que les dirigeants que nous considérons modérés sont souvent, à juste titre, considérés par leurs citoyens comme les serviteurs des politiques américaines qui ne pourraient souvent être définis eux-mêmes comme des modérés. D’un autre côté, les musulmans respectent ceux que nous appelons les « radicaux » parce qu’ils nous défient, même s’ils n’approuvent pas leur façon de le faire.

Pourtant, la réalité c’est que même les plus radicaux des groupes extrémistes, tel qu’al-Qaeda, ne sont pas tellement radicaux. Ils présentent plutôt des ressemblances frappantes avec d’autres mouvements utopiques de l’histoire, des Jacobins de la postrévolution française, en passant par les fascistes et les maoïstes du siècle dernier. Les outils qu’ils utilisent pour faire la guerre : Internet et les vestes bourrées d’explosif, sont peut-être nouveaux, mais leur désir de purifier leur société au moyen de la violence c’est du déjà vu.

À quoi ressemblerait un véritable musulman radical? Peut-être au jeune sheikh shiite nommé Anwar al-Ethari que j’ai rencontré à Baghdad. On l’appelle le « sheikh élastique » à cause de ses diplômes universitaires dans le domaine religieux et laïque et de sa volonté de faire appel à « tout ce qui marche, peu importe la provenance » pour aider son voisinage de Sadr City à trouver les solutions à ses nombreux problèmes. Malheureusement, ça fait des mois que je n’ai plus de ses nouvelles et je crains qu’il soit parmi les victimes de la violence incessante qui frappe la population de cette ville shiite. 

Ou il ressemblerait peut-être à Reda Zine, un ami de Casablanca qui est un des leaders sur la scène heavy metal marocaine et qui détiendra bientôt un PhD de la Sorbonne en études islamiques. Mais lui et ses musiciens ont été étiquetés de « satanistes » par les islamistes modérés et arrêtés par le gouvernement modéré marocain parce qu’ils ont osé écrire des chansons puissantes qui font du bruit et dont les textes dénoncent le caractère patriarcal de la culture et des politiques du pays.

Ou encore, à Nadia Yassine, la leader de la plus importante force politique au Maroc : le mouvement à caractère religieux Justice et spiritualité. Lors de notre première rencontre, elle a expliqué qu’après la mort du Prophète Mohammed, l’islam « a été pris en otage » par les hommes et en a souffert depuis. Lorsque je l’ai revue, elle a suggéré que le Maroc se porterait mieux si la monarchie faisait place à une république; une idée qui lui a valu d’être emprisonnée, courtoisie du même gouvernement modéré qui a pourchassé les amateurs de heavy metal.

C’est elle qui la première a suggéré que l’islam avait davantage besoin de radicaux que de modérés, « mais radicaux dans le bons sens ». Assis à ses côtés et acquiesçant d’un mouvement de la tête se trouvait le philosophe suisse musulman, Tariq Ramadan, une des voix progressistes  les plus fortes d’Europe. Le visa qui lui  aurait permis d’enseigner à l’Université Notre Dame a été révoqué par le gouvernement américain à partir d’accusations absolument sans fondement de « lien avec les terroristes ».   

Mes amis et collègues radicaux sont de façon routinière opprimés par leurs gouvernements, soumis aux attaques des conservateurs, entravés par les États-Unis et ignorés par les médias et par les groupes pacifistes qui devraient plutôt s’employer à faire connaître leurs activités et leurs luttes. Ceci est un signe qu’ils font de bonnes choses et que nous devrions les supporter davantage. Ce serait bien sûr assez radical; mais comment en arriverons-nous autrement à la réforme radicale nécessaire à l’avènement de la paix et de la démocratie au Moyen-Orient, sans parler des États-Unis.                 

Mark Levine est professeur d’histoire moderne du Moyen-Orient, de culture et d’études islamiques, UC Irvine, et auteur de Why They Don’t Hate Us : Lifting the Veil on the Axis of Evil (Oxford : Oneworld Publications, 2005)

Visitez le site Web de Mark Levine

Le présent article a paru dans le Huffington Post et a été repris ici avec la permission de l’auteur.

Traduit par Suzanne Touchette

COMMUNIQUE DE PRESSE

 Londres 20 janvier 2010

Après plus de cinq ans d’attente, le Département d’Etat américain a pris la décision, dans un document signé par la Secrétaire d’Etat Hillary Clinton, de ne plus considérer comme recevables les raisons qui m’empêchaient d’entrer aux Etats-Unis.

 Comme le relève l’Union américaine pour la défense des droits civils  (ACLU) – qui, avec les institutions American Academy for Religion, American Association of University Professors et PEN American Center, a poursuivi le Gouvernement américain -  il s’agit d’une victoire majeure pour les libertés civiles aux Etats-Unis. Sous l’Administration Bush, les exclusions de professeurs et d’intellectuels s’étaient multipliées sous des prétextes fallacieux et de fausses raisons de sécurité. La nouvelle Administration Obama montre ainsi une volonté de s’ouvrir au monde à nouveau et de permettre les débats critiques.

Après près de six ans de recherches et d’investigations, l’ordre donné par la Secrétaire d’Etat Hillary Clinton, vient confirmer ce que j’avais dit et répété depuis le premier jour : les premières accusations de liens avec le terrorisme (qui furent ensuite écartées), puis les  donations à des organisations de solidarité en faveur des Palestiniens, n’étaient que des prétextes pour m’empêcher d’exprimer mes critiques quant à la politique du gouvernement américain sur son sol.  Cette décision met enfin un  terme à une période récente assez sombre de la politique américaine qui a consisté, au nom de la sécurité, a empêché la critique et les débats à coup d’exclusion et de stigmatisation infondées.

“Je suis heureux aujourd’hui de cette décision de mettre un terme à mon exclusion des Etats Unis après presque six ans. Je n’ai jamais confondu le gouvernement américain (et notamment l’Administration Bush) avec la société civile, les institutions académiques et les intellectuels. Je tiens à remercier toutes les institutions et les individus qui m’ont soutenu et qui ont travaillé pendant des années pour mettre un terme à cette exclusion idéologique anticonstitutionnelle. J’espère qu’il sera possible bientôt de visiter les Etats-Unis et de pouvoir à nouveau m’engager dans un débat ouvert, critique et constructif avec les universitaires et les intellectuels américains.”

“C’est une étape importante dans mon engagement dans le dialogue entre les civilisations, les religions, les peuples et les consciences. Le vrai dialogue est forcément critique, politique et idéologique et rien ne doit empêcher les opinions de s’exprimer et de débattre. Je n’ai jamais cessé de le faire et je ne cesserai point. D’autres gouvernements – en Orient – m’excluent encore de leur territoire et m’interdisent de m’exprimer librement : il faut saluer les progrès aux Etats Unis – tout en restant vigilant et critique sur les avancées effectives de la politique américaine – et il importe de continuer à résister à toute tentative d’intimidation par l’exclusion, la menace, la diffamation ou la calomnie.”

“La route est longue. Il est des victoires significatives qui redonnent de la force. Celle-ci en est une qui rappelle – à celles et ceux qui ont fait usage de cette exclusion pour me calomnier ou me stigmatiser de façon mensongère et/ou cynique – qu’on ne gagne le débats des idées qu’avec des idées et que la dignité d’une cause finit toujours par avoir, d’une façon ou d’une autre, gain de cause.”

Tariq Ramadan

“Nous ne pouvons pas comprendre ce désastre si nous ne nous posons pas d’abord cette question : Pourquoi Haïti est-il le pays le plus pauvre de l’hémisphère occidental? La triste réalité c’est que le peuple haïtien a presque constamment été victime d’oppression et d’injustice depuis l’arrivée des colonisateurs européens il y a cinq cent ans”

 

On a entendu M. Pat Robertson, un représentant chrétien connu, dire qu’Haïti a été « maudit » à cause d’un « pacte avec le diable ». Heureusement, ceci ne représente pas la position dominante chez les chrétiens et mon ami, le révérend Paul Raushenbush a rejeté cette théologie « blâmons les victimes ».

Les leaders religieux doivent prendre position contre les voix extrémistes de leurs communautés, et je suis heureuse de voir le révérend Raushenbush réagir aux suggestions ridicules et offensantes de M. Robertson.

En tant que musulmans, nous croyons qu’il n’est pas toujours possible d’expliquer ou de comprendre les raisons de la souffrance humaine. Nous savons que des innocents souffriront toujours soit de maladies soit à la suite de catastrophes naturelles, et qu’à ces moments-là, il nous faut faire deux choses : d’abord prier et se rappeler, comme nous le dit le Coran « Nous sommes à Dieu et à Dieu nous revenons », puis nous devons aider ceux qui souffrent. Le Prophète Mohammed, que la paix l’accompagne, a rapporté dans un hadith sacré que pour nous rapprocher de Dieu, nous devrions rendre visite aux malades et nourrir les gens dans le besoin.

Le jour de la résurrection, Dieu dira « O fils d’Adam, je suis tombé malade et tu ne m’as pas rendu visite », la personne répondra « O Seigneur, comment pouvais-je te rendre visite, Toi Seigneur des mondes? » Il répondra « Ne savais-tu pas qu’un tel est tombé malade et tu ne lui a pas rendu visite? » Si tu lui avais rendu visite tu M’aurais trouvé près de lui (le hadith continue) ». Ce hadith nous fait prendre conscience que la voie qui rapproche de Dieu, après la prière, c’est le service à l’humanité.

Aujourd’hui, la collectivité du monde qui est dans le plus grand besoin, c’est sans doute le peuple haïtien qui vient de subir ce terrible tremblement de terre. Venir en aide aux Haïtiens en cette période affligeante est certainement une démonstration de sincérité religieuse. Nous devons prendre conscience, cependant, qu’il y a beaucoup plus ici qu’une catastrophe « naturelle »; que cette souffrance ne provient pas uniquement des plans insondables de Dieu. Comme ce fut le cas de la dévastation qui a suivi le passage de l’ouragan Katrina, la négligence humaine et l’oppression ont transformé un événement naturel sévère en une catastrophe énormément destructrice. Nous ne pouvons pas comprendre ce désastre si nous ne nous posons pas d’abord cette question : Pourquoi Haïti est-il le pays le plus pauvre de l’hémisphère occidental? »

La triste réalité c’est que le peuple haïtien a presque constamment été victime d’oppression et d’injustice depuis l’arrivée des colonisateurs européens il y a cinq cent ans. La population indigène d’alors a presque complètement été décimée après l’arrivée de Christophe Colomb. Ensuite, on a réduit à l’esclavage des centaines de milliers d’Africains qu’on a transportés à Haïti où ils ont subi la pire brutalité que l’humanité n’ait jamais connue. Les Haïtiens ont continué d’être sévèrement opprimés sous le colonialisme français et chaque fois qu’ils tentaient d’acquérir leur indépendance, ils étaient l’objet d’une vive répression. Malgré l’indépendance finalement réalisée au cours du dix-neuvième siècle, les Haïtiens n’étaient toujours pas libres des interférences étrangères, ils ont aussi connu l’occupation américaine au début de vingtième siècle. Cet impérialisme a été suivi par le règne d’une série de dictateurs dans la seconde moitié du siècle. Ce n’est que tout récemment que les Haïtiens avaient réussi à rétablir la démocratie.

L’expérience vécue par les peuples partout au Moyen-Orient et en Afrique nous apprend que des siècles de colonialisme et d’impérialisme ont eu pour effet de détruire la culture, la famille ainsi que toutes les structures sociales et économiques essentielles au développement d’une société. Les gens d’Haïti sont désespérément pauvres à cause des siècles d’injustice et d’oppression qu’ils ont connus. C’est à cause de la pauvreté que leurs maisons et leurs immeubles étaient complètement inappropriés pour résister à un tremblement de terre, lequel était prédit depuis longtemps par les scientifiques. C’est à cause de la pauvreté que les gens d’Haïti de disposent même pas de l’équipement et des infrastructures de base pour sortir les personnes des décombres et leur fournir l’aide dont elles ont un urgent besoin.

Ce vendredi, je fais appel aux imams, aux prédicateurs et aux dirigeants de la communauté musulmane afin qu’ils livrent à leur communauté un message de sincérité religieuse et de compassion. Il nous faut parler du sens de notre obligation collective d’aider les pauvres et les gens dans le besoin, et ce, pour faire en sorte que nous dépassions les aides ponctuelles pour en arriver à une réforme des structures sociales et économiques actuelles qui oppriment les gens. En fin de compte, cet événement est une leçon de solidarité humaine. Notre communauté connaît très bien les dégâts causés aux sociétés musulmanes par le colonialisme et par l’impérialisme, mais nous avons tendance à ignorer que d’autres nations dans le monde ont aussi souffert de ces maux. Assurément, Dieu élèvera la communauté musulmane et allègera les souffrances des nôtres si, au nom de l’humanité, nous nous mettons de tout cœur au service de nos frères et sœurs, ces fils et filles d’Adam, qui eux aussi crient au secours.

Ingrid Mattson est professeur d’études islamiques et directrice de l’aumônerie islamique au Macdonald Center for Islamic Studies and Christian-Muslim Relations au Séminaire de Hartford, au Connecticut. Mme Mattson est née au Canada, elle a étudié la philosophie à l’Université de Waterloo, Ontario où elle a obtenu son diplôme en 1987.

De 1987 à 1988, elle a vécu au Pakistan où elle a travaillé auprès des réfugiées afghanes. En 1995, elle a été conseillère auprès de la délégation afghane à la Commission des Nations Unies sur le statut de la femme.

Pendant ses études supérieures à Chicago, Ingrid Mattson a contribué à la communauté musulmane locale en siégeant au conseil de direction de Universal School à Bridgeview et en tant que membre du Comité interreligieux du Conseil des organisations islamiques du Grand Chicago.

Elle a obtenu son doctorat en études islamiques de l’Université de Chicago en 1999. Son sujet de recherche touchait la loi islamique et la société.

Traduit de l’anglais par Suzanne Touchette

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