9 mars-”Être Parent” Par Suzanne Touchette
9 Mar | Filed Under: Uncategorized
“Mon enfant est une personne différente de moi; nous sommes tous des êtres uniques. Mon rôle est de lui apprendre à se servir des outils que le Créateur lui a donnés pour accomplir le destin qui lui est propre (cœur, intelligence, capacités créatrices, réflexion, sens d’observation”
Être parent-oui, c’est une importante responsabilité et il nous arrive de douter de nos capacités. Parfois nous sommes déchirés : Aie-je été trop sévère? Aie-je été trop permissif? Est-ce que Dieu est satisfait de moi en tant que parent?
Nous, musulmans, tentons de vivre en accord avec l’enseignement que nous ont légué Dieu et son Prophète. Ne sont-ils donc pas les meilleurs éducateurs? En nous attardant sur la méthode qu’ils ont utilisée pour transmettre cet enseignement, nous pourrons sûrement en tirer des leçons sur la façon de nous y prendre pour mener à bien notre tâche de parents éducateurs. Quels seraient donc les principes islamiques à la base d’une bonne éducation parentale?
Je ne prétends pas faire ici une étude approfondie, je n’en ai pas la compétence. Je souhaite seulement partager le fruit de ma réflexion, de mes observations et de mon apprentissage par essai et erreur. Je propose d’abord une description de deux principaux modèles de parents : le parent accompagnateur et le parent contrôlant. Nous tenterons par la suite de voir quelle est la vision de départ qui donne lieu à ces comportements différents.
Analogie du voyage
Imaginons la vie comme un voyage et voyons comment nos deux modèles de parent s’y prennent pour l’aborder. Le parent planifie amener son enfant en voyage pendant les prochaines vacances d’été.
Le parent accompagnateur
En parent responsable, il a élaboré un plan. Il sait où il veut aller, pendant combien de temps ils seront partis, quel budget sera alloué à l’hébergement, à la nourriture et aux activités.
Mais il veut également profiter de cette expérience pour transmettre à son enfant un savoir qui lui sera utile lorsqu’il aura à voyager seul plus tard. Il discute donc du projet avec l’enfant. Il lui fait connaître leur destination, l’invite à regarder une carte pour situer l’endroit. Il le consulte, lui demande son avis.
Nous aurons à parcourir un trajet de 800 kilomètres pour nous rendre à destination. Devrions-nous faire le trajet en une seule journée et arriver le plus tôt possible, ou le faire en deux jours et prendre le temps de voir les sites intéressants le long du chemin?
– Quel genre d’activité aimerais-tu pratiquer une fois là-bas?
– J’ai pensé que si nous faisions du camping plutôt que de coucher à l’hôtel, il nous resterait suffisamment d’argent pour louer un canot ou faire de l’équitation comme tu as proposé. Qu’en penses-tu?
Au cours du voyage, l’enfant ramasse des cailloux au bord de la rivière. Le parent l’observe de loin. Il s’aperçoit que l’enfant s’avance toujours plus et qu’il va mouiller ses chaussures. Il le laisse faire. Quelques minutes plus tard, l’enfant revient l’air piteux.
– Mes chaussures sont mouillées…
– Qu’est-ce que tu aurais pu faire pour éviter cela?
Plutôt que de le gronder, le parent lui permet de trouver ses solutions et d’apprendre de ses erreurs.
Ici, le parent a un plan, il a déjà établi des balises, mais il accorde une certaine latitude à l’enfant à l’intérieur de ces balises pour lui permettre d’expérimenter. Ayant été consulté, l’enfant sait ce qu’il l’attend, il a donné son assentiment, il ne sent pas qu’on lui impose quoi que ce soit. Il sera probablement coopératif tout au long du voyage.
Le parent contrôlant
Également responsable, il a aussi un plan, mais il n’en parle pas. Il dit seulement à l’enfant qu’ils iront en voyage l’été prochain. Il a pensé à tout, il a tout prévu, son enfant sera ravi.
De son côté, l’enfant imagine déjà ce qu’il aimerait faire au cours de ce voyage. Et il se rappelle le récit de voyage que son ami lui a fait l’autre jour. Comme lui, il aura peut-être la chance de se baigner dans la piscine de l’hôtel et de manger de la crème glacée tous les jours…
Le jour du voyage arrive, on monte en voiture. Une heure plus tard :
– Quand est-ce qu’on arrive?
– Dieu que les enfants sont impatients!
Vient le moment de monter la tente le soir venu.
– Comment, on ne va pas à l’hôtel?
– Mais, tu me prends pour un banquier? Je te trouve assez ingrat. Sois plutôt reconnaissant de ce qu’on t’offre.
Le lendemain, d’un ton plutôt impatiemment (ça fait longtemps qu’il y pense) :
– Je veux faire du canot.
– Tu ne penses qu’à toi! Moi j’avais prévu une marche en forêt.
Tout au long du voyage, le parent talonne l’enfant pour éviter qu’il fasse le moindre faux pas. Lorsque ça se produit, le parent blâme l’enfant de sa maladresse.
Ici, le parent s’attend à ce que l’enfant se conforme et adhère naturellement à son plan parce que c’est lui l’adulte, c’est lui qui sait ce qui convient à son enfant. Ce dernier est pris en charge. Il n’a pas droit de parole.
Voyons quels sont sur l’enfant les effets de ces deux différents modèles.
L’enfant du parent accompagnateur
1. développe la confiance en lui et une saine image de lui-même
– on lui demande son avis, sa personne a donc de la valeur
2. se connaît
– on lui demande ce qu’il aimerait faire, il doit se questionner
3. est un être responsable
– il apprend à faire des choix et à en accepter les conséquences
L’enfant du parent contrôlant
a une pauvre opinion de lui-même
– lorsqu’il s’exprime, le parent se montre contrarié, on le blâme pour ses erreurs
- ne se connaît pas et doute de ses capacités
– on fait tout pour lui, on ne lui demande jamais son opinion
- est un être dépendant
– on ne lui permet aucune initiative
- a du mal à tenir compte des autres
– on n’a jamais tenu compte de lui
Deux modèles, deux visions
Ces deux comportements parentaux découlent inévitablement de deux conceptions distinctes du rôle de parent.
Vision du parent accompagnateur
Mon enfant est une personne différente de moi; nous sommes tous des êtres uniques. Mon rôle est de lui apprendre à se servir des outils que le Créateur lui a donnés pour accomplir le destin qui lui est propre (cœur, intelligence, capacités créatrices, réflexion, sens d’observation, etc.). D’abord par mon exemple, puis par mes conseils, je lui transmets mon savoir, mes croyances, mes valeurs et des habiletés diverses. Je ne suis pas responsable de ce qu’il fera de ce bagage. Ma responsabilité est de transmettre et d’être à l’écoute lorsqu’il exprime ses doutes afin de l’aider à s’orienter.
Vision du parent contrôlant
Mon enfant m’appartient; c’est ma chair et mon sang. Je dois en faire quelqu’un de bien. Je vais donc le surveiller de près afin qu’il fasse le moins d’erreurs possible. Je vais lui expliquer tout ce qu’il doit faire et ne pas faire; il n’a rien à dire, c’est moi l’adulte qui sait ce qui est bien pour lui. Lorsqu’il s’écartera, je le gronderai sévèrement pour lui enlever toute envie de recommencer. Lorsqu’il exprime des doutes, je m’inquiète d’avoir mal fait mon travail, je répète alors mes directives. Il ne doit surtout pas s’écarter du droit chemin; Dieu m’en tiendra responsable et les gens vont présumer que je suis un mauvais parent.
Les principes islamiques
Dieu a créé l’homme libre; il lui a donné un guide par l’entremise des Prophètes, mais Il le laisse libre de le suivre ou non. Si quelqu’un était en droit d’imposer quelque chose à quelqu’un, c’était bien le Créateur. Il ne l’a pas fait. De la soumission par amour émane un parfum qui Lui est des plus agréables.
Lorsque le Prophète s’attristait de voir son peuple ignorer le message, Dieu le consolait en lui rappelant qu’il n’était responsable que de transmettre le message.
Notre Prophète nous a enseigné le principe de consultation dans la sphère familiale autant que dans la sphère publique.
Voilà au moins trois principes d’enseignement desquels nous pouvons nous inspirer. Posons-nous la question : élevons-nous nos enfants avec le souci de leur épanouissement et celui de les préparer pour la Vie après cette vie; ou les élevons-nous avec le souci de nourrir notre fierté de parents?
Dans le premier scénario, il est facile d’imaginer un voyage plaisant pour tout le monde. L’enfant se sent valorisé, les explications qu’on lui donne lui permettent d’être proactif et d’apporter sa contribution au bon déroulement du voyage. Il en rapporte une expérience qui lui sera utile toute sa vie. Le parent est habité par des sentiments de confiance et d’amour envers son enfant et il sait qu’il peut compter sur sa participation.
Tandis que la lecture seule du deuxième scénario est déjà assez pénible. On imagine un parent hyper stressé du fait qu’il porte seul la responsabilité du bon déroulement du voyage. Il est constamment aux aguets pour que l’enfant ne déroge pas de son plan initial. L’enfant se sent ignoré, constamment bousculé. On ne lui a rien dit, il ne peut rien anticiper, il se sent anxieux. Il a l’impression de tout faire de travers. Triste voyage pour tout le monde.
Suzanne Touchette est membre de Présence Musulmane Ottawa-Gatineau
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