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« La communauté musulmane américaine a refusé, à la suite du meurtre d’Aasiya, de jouer la victime et de tenter de montrer patte blanche dans les médias; et c’est tout à son honneur. Ses membres ont plutôt, en bloc, condamné ce crime. Ils ont reconnu que la violence familiale, bien que gardée secrète, était une réalité qu’on tentait de dissimuler à cause de la honte, et ils ont décidé de faire maison nette. »

L’an dernier, la tragique décapitation d’Aasiya Zubair a secoué une communauté musulmane américaine apathique qui a finalement reconnu le fléau de la violence familiale en son sein et qui a décidé d’y faire face par l’action.

Le 12 février 2009, Aasiya Zubair, une musulmane américaine d’origine pakistanaise, étudiante en administration et cofondatrice de Bridges TV, a été assassinée par Muhammad Hassan, le mari dont elle était séparée, à la suite d’une demande de divorce et de l’obtention d’une interdiction de communiquer à son endroit. Les deux précédentes épouses de Muhammad Hassan l’avaient quitté à cause de violence familiale et Asma Firfirey, la sœur de la défunte, a fait savoir qu’Aasiya avait déjà subi des blessures pour lesquelles elle a dû se faire traiter contre un montant de 3 000 $. Muhammad Hassan, malheureusement considéré comme un soi-disant leader de la communauté en dépit de sa réputation d’agresseur – triste constat d’échec à l’endroit du leadership de la communauté – est formellement accusé du meurtre. Fait étonnant, il a récemment invoqué pour sa défense l’argument du « conjoint battu » et celui du harcèlement psychologique, prétendant que c’est lui qui était victime d’abus verbal et d’humiliation de la part de sa femme.

L’argument de M. Hassan contredit les statistiques qui montrent la triste réalité de la violence familiale aux États-Unis. Chaque année, environ 1,3 million d’Américaines sont physiquement agressées par leur partenaire et 25 % connaîtront des épisodes de violence familiale au cours de leur vie. Contrairement à certains reportages fallacieux et à des stéréotypes alimentés par l’ignorance et une attitude réactionnaire dans la foulée du meurtre d’Aasiya, il ne faut pas croire que la violence faite aux femmes soit innée ou exclusive aux hommes musulmans, sud-asiatiques ou immigrants. Malheureusement, le phénomène est endémique partout sur la planète et il n’épargne les femmes d’aucune race.

La communauté musulmane américaine a refusé, à la suite du meurtre d’Aasiya, de jouer la victime et de tenter de montrer patte blanche dans les médias; et c’est tout à son honneur. Ses membres ont plutôt, en bloc, condamné ce crime. Ils ont reconnu que la violence familiale, bien que gardée secrète, était une réalité qu’on tentait de dissimuler à cause de la honte, et ils ont décidé de faire maison nette. 

Deux jours après le meurtre, un mouvement de la base s’est mis en marche grâce à des sites comme Facebook : un « engagement à mettre fin à la violence familiale ». On a également assisté à un effort concerté des imams du pays : Les imams se prononcent : la violence familiale ne sera pas tolérée dans nos communautés. Effort qui visait à amener les imams et les leaders religieux à dénoncer dans leurs sermons du vendredi, de façon claire, la violence faite aux femmes dans les communautés musulmanes. L’appel a été entendu et suivi d’actions. Le cheik Hamza Yusuf, l’un des leaders musulmans américains des plus populaires et des plus influents, a pris à témoin le Coran, la sharia et l’exemple de la vie du Prophète pour condamner un tel comportement et pour démontrer qu’il est interdit par l’islam. De plus, il a réprimandé les agresseurs qui tentent obstinément de justifier leurs actes en se basant sur une compréhension erronée de leur religion.

Au même moment, un effort unifié, multiculturel et mondial visant à combattre la violence familiale a donné naissance à un groupe sur Facebook : En mémoire d’Aasiya Zubair, un engagement à mettre fin à la violence familiale.

Tout de suite après la tragédie, quelques musulmans américains ont lancé le site Web Les hommes musulmans contre la violence familiale, sur lequel ils se sont tous engagés à « ne jamais agresser, ni supporter, ni garder le silence sur des abus de nature physique, psychologique ou émotionnelle qui touchent des femmes ou des enfants, musulmans ou non ». En commémoration de l’anniversaire de la mort d’Aasiya, ils ont demandé aux visiteurs de leur site de faire pression auprès des imams afin qu’ils abordent dans leur sermon du vendredi 12 février  le sujet de la violence familiale.

Cette tragédie a également permis de mettre en lumière les ressources et le travail remarquable des organismes et des refuges  consacrés aux victimes de violence familiale dont, malheureusement, les mosquées et les centres communautaires musulmans ne tiraient pas suffisamment avantage du vivant d’Aasiya.

Par exemple, Peaceful Families Project, qui existe depuis l’an 2000, a collaboré l’an dernier avec la Ligue des femmes musulmanes afin de mettre sur pied un répertoire en ligne des « programmes contre la violence familiale dans les communautés musulmanes ». Ces personnes sont  aussi à mettre sur pied une campagne vidéo intitulée : Prenez position contre la violence familiale. Sur ces vidéos, vous pourrez être témoin de l’engagement de musulmans partout dans le monde.

International Wear a Purple Hijab Day, une initiative à l’échelle mondiale, demande aux femmes musulmanes de porter un foulard mauve le 13 février, en mémoire d’Aasiya, et de serrer les rangs de la communauté pour dénoncer la violence familiale.

Dar al Islam, une organisation à but non lucratif du Nouveau-Mexique, a lancé le projet : Project Sakina : Stop Family Violence Now, afin de sensibiliser les communautés musulmanes et les amener à poser des gestes concrets pour contrer cette réalité.

De plus, plusieurs refuges, des organisations à but non lucratif et des centres communautaires musulmans présenteront cette fin de semaine des conférences et des tables rondes à la mémoire d’Aasiya. Plus particulièrement, la Domestic Harmony Foundation, ainsi que Turning Point for Women and Families uniront leurs voix pour tenter de défaire les préjugés concernant le traitement réservé aux femmes par l’islam ainsi que pour condamner la violence familiale et le meurtre d’Aasiya.

Bien que la route soit encore longue et ardue, il est doux-amer, mais aussi encourageant de penser que l’anniversaire de la mort d’Aasiya a inspiré plusieurs musulmans américains qui étaient auparavant, ou bien apathiques ou bien ignorants, et les a rapprochés de leur tradition et de leur foi pour mettre fin à la violence familiale en mémoire d’Aasiya.

Wajahat Ali est un musulman américain d’origine pakistanaise. Il est avocat et écrivain. Son œuvre, The Domestic Crusaders, est la première pièce d’importance sur la vie des musulmans dans une Amérique d’après septembre 2001. Il est corédacteur de Altmuslim.com. Voici son blogue.

Cet article est paru dans l’édition du 12 février du Guardian et reproduit ici avec la permission de l’auteur.    

Traduit par Suzanne Touchette

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