27 novembre-Abraham-La Fete, Le sacrifice par Tariq Ramadan
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“La fête du Sacrifice. Un signe, un souvenir, un rappel… ce serviteur, cet ami de Dieu, cet humble qui a accepté et n’a eu de cesse de dire, de protéger et de lutter pour Dieu, pour la Lumière, pour la Vérité”
Un jour le Prophète Muhammad (BSL) se tourna vers ses compagnons et dit :
” Ne vous enseignerais-je pas ce pourquoi Dieu a appelé Abraham, Son ami qui fut fidèle ? Parce qu’il répétait constamment au moment de se lever et de se coucher : Gloire à Dieu quand vous parvenez au soir et lorsque vous accueillez le matin et à Lui la louange dans les cieux et sur la terre au cœur de la nuit et de la journée (ar-Rûm,17-18). “Abraham réunissait, en son cœur et en son être, l’équilibre et l’harmonie d’une communauté entière” : il fut l’exemple de ceux qui portent la foi, “votre père Abraham”, l’ami de Dieu” choisi, élevé, rapproché.
C’est à lui que Dieu fera vivre l’épreuve la plus difficile qui soit : sacrifier son fils au nom de sa foi et de son témoignage. C’est bien plus que sacrifier son temps, son argent, voire soi-même ; c’est davantage que de vivre une épreuve de la vie, un échec, un drame, voire un accident ; c’est autrement plus difficile qu’une séparation, une absence, ou le vide.
De Son ami Dieu exige tout : sacrifie celui que tu as contribué à faire naître en reconnaissance à Celui qui t’a fait être, de tes propres mains tue ton amour au nom de Mon Amour. Sois pour Dieu jusqu’à la plus terrifiante des épreuves, accède à la certitude au-delà de tous les tremblements de terre qui naissent de tes doutes. Sois pour Dieu.
Le Prophète Muhammad (BSL) nous l’a appris : ” Dieu met à l’épreuve ceux qu’Il aime “… mais avons-nous pris l’exacte mesure de l’épreuve de Son ami Abraham, paix soit Sur lui. Sacrifier son fils, de ses propres mains le mettre à mort et accepter de vivre l’absence de son premier-né pour vivre dans la présence du Premier et du Dernier. Son amour fut au prix de cette épreuve, son élévation fut dans la nature de sa soumission, sa force fut son humilité.
Dieu l’a aimé tellement, et tellement éprouvé… aujourd’hui, au travers des siècles, l’issue de l’épreuve marque la plus grande fête de l’islam et des musulmans. La fête du Sacrifice. Un signe, un souvenir, un rappel… ce serviteur, cet ami de Dieu, cet humble qui a accepté et n’a eu de cesse de dire, de protéger et de lutter pour Dieu, pour la Lumière, pour la Vérité. Jusqu’au bout de l’insulte, du rejet, de la haine ; jusqu’au bout de son amour. A l’horizon de sa certitude confiante, Dieu l’a épargné : le rêve était vrai et son fils ne fut pas tué. L’épreuve est devenue un signe pour qui aime, accepte, supporte, patiente, persévère et s’engage… après l’épreuve, il y a la liberté ; la fête est au terme d’une épreuve assumée. Tel est, au fond, le message de l’islam : après un mois de jeûne, après l’épreuve du sacrifice. Profond enseignement.
C’est l’école de la vie que Dieu nous enseigne par les Messagers, ou au travers de la prière, de la zakat, du jeûne, du pèlerinage, ou encore à la lumière de nos blessures, de nos tristesses et de nos espoirs. La vie est une épreuve elle-même emplie d’épreuves et de peines : aimer Dieu, respecter la vie exige un amour infini, une foi profonde, la patience et la persévérance… C’est façonner son être intérieur au fil du temps et des tremblements de cœur. C’est protéger Son amour, quotidiennement, simplement. Souvenons-nous, Dieu l’a pris pour ami grâce à quelques mots inlassablement dits et redits : Gloire à Dieu quand vous parvenez au soir et lorsque vous accueillez le matin et à Lui la louange dans les cieux et sur la terre au cœur de la nuit et de la journée. Il les a répétés chaque jour avec conscience et amour. Sa force et son courage trouvaient là leur source : il savait dormir avec le souvenir de Dieu et se réveiller dans Sa lumière. Don de soi et sacrifice quotidien pour trouver l’énergie du terrible sacrifice. Ce chemin est à la portée de tous, tous les jours. Beni alors qui comprend le Sens de la fête, à l’horizon de cette année, au terme de sa vie.
Être proche du Très-Doux et Le voir, pour l’éternité.
21 novembre-”Le jihad de Gandhi” par Henrik Edberg
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« Je suis un simple humain susceptible comme tout le monde de faire des erreurs. Je pense, cependant, être assez humble pour les reconnaître et pour revenir sur mes pas. »
1. Commencez par vous changer
« Le changement que vous souhaitez voir dans le monde doit d’abord se produire en vous. »
« Ce qui fait la grandeur de l’humain, ce n’est pas tant sa capacité de refaire le monde – ceci est un mythe de l’ère atomique – que sa capacité de se transformer lui-même. »
En vous transformant, vous transformerez votre monde. Une nouvelle façon de penser influencera votre état mental et le choix de vos actions. Et le monde qui vous entoure sera transformé. Non seulement à cause de la vision de votre environnement filtrée par de nouvelles lentilles de pensées et d’émotions, mais aussi parce que la transformation intérieure vous permet d’agir d’une façon différente et à laquelle vous n’auriez peut-être jamais pensé quand vous étiez aux prises avec vos anciennes formes de pensée.
Le problème qui se pose lorsque vous changez le monde avant de vous changer vous-même, c’est que vous êtes encore la même personne lorsque le changement pour lequel vous vous êtes battu survient. Vous êtes encore aux prises avec vos défauts, votre colère, votre caractère négatif, votre tendance à l’autodestruction, etc.
La nouvelle situation ne vous apportera pas ce que vous espériez puisque vous votre esprit baigne toujours dans la négativité. Et si vous obtenez davantage sans prendre conscience de votre égo et sans vous en distancer, ce dernier prendra le dessus. Puisque l’égo aime la division et qu’il s’emploie à trouver des ennemis, il tentera de causer encore plus de problèmes et de conflits pour vous et pour l’humanité.
2. C’est vous qui décidez
« Personne ne peut me nuire sans ma permission »
La façon dont vous vous sentez et dont vous réagissez ne dépend que de vous. Il existe peut-être une façon « normale » de réagir à certaines circonstances, mais c’est à peu près tout. Vous pouvez presque en toutes circonstances, choisir vos pensées, vos réactions et vos émotions. Vous n’êtes pas obligés de paniquer, d’avoir une réaction extrême ou négative. Du moins, pas à chaque fois, ni automatiquement. Parfois nous réagissons par réflexe, ou bien nous laissons notre ancien système de pensée refaire surface.
Lorsque vous prenez conscience que personne en dehors de vous n’a le pouvoir de contrôler votre état d’esprit, vous pouvez intégrer cette nouvelle idée dans votre quotidien et en faire votre façon de penser : une façon qui peut devenir un mode de vie avec le temps. Cette attitude facilite grandement la vie et la rend plus agréable.
3. Pardonnez et oubliez
« Le faible est incapable de pardonner. Le pardon est l’attribut de celui qui est fort. »
« Oeil pour œil, dent pour dent… et le monde entier sera aveugle. »
Combattre le mal par le mal n’aidera personne. Et comme je mentionnais au point précédent, le choix de votre réaction vous appartient. Lorsque vous avez compris cela, vous adoptez des comportements qui vous sont plus bénéfiques ainsi qu’aux autres. Vous allez vous rendre compte que de pardonner et d’oublier le passé vous rendra, ainsi qu’à votre entourage, un très grand service. Vous réaliserez que ressasser des souvenirs négatifs ne vous sera d’aucune utilité une fois que vous aurez tiré les leçons de l’expérience passée. Tout ce que ces souvenirs contribuent à faire est de vous causer davantage de souffrances et de paralyser toute action que vous tentez d’entreprendre dans le moment présent.
Celui qui ne pardonne pas laisse le passé et d’autres personnes contrôler son état d’esprit. Le pardon vous libère de ces chaînes et vous permet de vous concentrer pleinement sur, par exemple, ce qui suit.
4. Sans action, vous n’allez nulle part
« Une once de pratique vaut plus que des tonnes de sermons. »
Sans engagement, on accomplit très peu. Cependant, il peut être difficile et ardu de s’engager. Notre moi peut vouloir résister.
C’est alors que vous serez tenté de faire des sermons, comme dit Gandhi, ou de lire ou d’étudier sans relâche tout en ayant l’impression que vous progressez. Si résultats tangibles il y aura, ils seront minces.
Donc, pour arriver à des résultats, vous comprendre et comprendre le monde qui vous entoure, vous devez pratiquer. Les livres ne peuvent que vous apporter la connaissance. Vous devez agir et traduire cette connaissance en résultats et en compréhension. Le point suivant vous apportera le meilleur conseil que j’ai trouvé jusqu’à présent pour s’engager.
5. Vivez le moment présent
« Je ne veux pas deviner l’avenir. Je suis préoccupé par le moment présent. Dieu ne m’a donné aucun contrôle sur ce qui viendra. »
La meilleure façon que j’ai trouvée de surmonter la résistance intérieure qui nous empêche souvent d’agir, c’est de rester le plus possible dans le présent et d’accepter ce qui est. Pourquoi? Eh bien, quand vous êtes dans le moment présent, vous ne vous en faites pas avec l’avenir sur lequel vous n’avez aucun contrôle de toute façon. Et la résistance à l’action, qui prend sa source dans les scénarios négatifs ou dans les échecs passés, perd de sa force. Il devient alors plus facile d’agir, de rester dans le moment présent et d’obtenir de bons résultats.
Et n’oubliez pas que se connecter au présent et y demeurer est une habitude mentale, une sorte de muscle que vous pouvez développer. Avec le temps, ce « muscle » vous aidera à vous connecter plus facilement au moment présent.
6. Tout le monde est humain
« Je suis un simple humain susceptible comme tout le monde de faire des erreurs. Je pense, cependant, être assez humble pour les reconnaître et pour revenir sur mes pas. »
« Il n’est pas sage de se croire trop sage. Il est salutaire de se faire rappeler que le plus fort peut flancher et que le plus sage peut se tromper. »
Lorsque vous mettez des gens sur un piédestal, bien qu’ils aient accompli de grandes choses, vous risquez d’élever une barrière entre eux et vous. Vous commencez à penser que vous ne pourrez jamais faire aussi bien qu’eux puisqu’ils sont tellement extraordinaires. Il importe donc de se rappeler que peu importe qui il est, un humain reste un humain.
Je pense qu’il est essentiel de nous rappeler que nous sommes tous humains et susceptibles de faire des erreurs. Idéaliser certaines personnes aura comme effet de créer des conflits inutiles dans votre environnement et des pensées négatives dans votre esprit. Se rappeler du caractère humain de ceux qu’on admire, nous permet de nous défaire de la mauvaise habitude de nous accabler pour nos erreurs du passé. Nous pouvons alors voir clairement où nous avons failli et tirer les leçons de nos erreurs. Nous sommes alors prêts à essayer de nouveau.
7. Persistez
« Au début, ils vous ignorent, puis ils se moquent de vous, puis ils vous attaquent, puis vous gagnez. »
Ne vous découragez pas. Un jour, les obstacles sur lesquels vous butez vont s’aplanir et disparaître. La résistance intérieure et la tendance autodestructrice qui vous paralysent et veulent vous ramener à ce que vous avez toujours été vont s’affaiblir. Pensez à ce que vous aimeriez vraiment faire et vous aurez la motivation intérieure pour aller de l’avant. Une des raisons pour laquelle Gandhi a connu tant de succès avec sa méthode de non-violence, c’est que lui et ses adeptes ont persisté. Ils n’ont tout simplement pas abandonné.
Le succès ou la victoire arriveront rarement aussi vite que vous l’espérez. Je crois qu’une des raisons pour lesquelles les gens n’obtiennent pas ce qu’ils veulent est simplement parce qu’ils abandonnent trop tôt. Ils évaluent mal le temps nécessaire à leurs réalisations. Cette fausse évaluation tient partiellement du monde dans lequel nous vivons. Un monde plein de solutions de pilule magique où la publicité vous promet que vous pouvez perdre beaucoup de kilos ou gagner des tonnes d’argent en seulement 30 jours.
En fin de compte, si vous voulez un conseil sur la persistance, lisez la troisième citation de Gandhi de cet article et pratiquez l’humour : une bonne façon de dédramatiser les situations les plus difficiles.
8. Voyez le bien chez les gens et aidez-les
« Je vois seulement les qualités des gens. Ayant moi-même des défauts, je ne me permettrai pas de m’attarder aux défauts des autres. »
« L’homme s’ennoblit dans la même mesure avec laquelle il œuvre au bien-être de ses semblables. »
« Je suppose qu’à une certaine époque, avoir du leadership c’était avoir des muscles; mais de nos jours, c’est savoir cultiver l’entente. »
On trouve presque toujours du bon chez les gens; et aussi du moins bon. Mais vous pouvez choisir ce sur quoi vous allez vous concentrer. Si vous voulez améliorer les choses, vous concentrer sur le bon est un très bon choix. Et ça rend votre vie plus agréable puisque votre environnement et vos relations ont alors un caractère plaisant et positif.
Aussi, lorsque vous regardez le bon côté des gens, vous êtes davantage motivés à les aider. En vous mettant au service des gens, en leur témoignant de la considération, vous faites plus que leur rendre la vie agréable; vous recevez en retour un jour ou l’autre. Et les gens qui ont bénéficié de votre aide seront enclins à en aider d’autres. Ensemble, vous formez une spirale de changements positifs qui monte de plus en plus. En développant vos compétences sociales, vous accroissez votre influence et vous contribuez à renforcer cette spirale.
9. Soyez en harmonie, soyez authentique et fidèle à vous-mêmes
« Vous êtes heureux lorsque vos pensées, vos paroles et vos actions sont en harmonie. »
« Cherchez constamment l’harmonie totale entre vos pensées, vos paroles et vos actions. Cherchez toujours à purifier vos pensées et tout ira bien. »
Je crois que la meilleure façon d’améliorer ses compétences sociales est encore d’être en harmonie et de communiquer de façon authentique. Les gens apprécient vraiment une communication authentique. Il est beaucoup agréable aussi d’avoir ses pensées, ses paroles et ses actions en harmonie. Vous vous sentez à l’aise et en possession de vos moyens. Lorsque vos mots sont alignés sur vos pensées, votre communication en est améliorée parce qu’alors la tonalité de votre voix et votre gestuelle, qui constituent selon certains 90 % de la communication, sont en accord avec vos paroles. Un tel état d’harmonie incite les gens à vous écouter davantage parce que votre communication est libre de toute incongruité, de messages contradictoires et elle ne sonne pas faux. Lorsque vos actions ne correspondent pas à ce que vous dites, vous commencez à douter de vous-mêmes et les gens aussi.
10. Poursuivez votre croissance et votre évolution
« Le changement, c’est la vie. Un homme qui ne se remet jamais en question de peur de paraître inconstant fait fausse route. »
Il y a toujours moyen d’améliorer ses compétences, de changer ses habitudes et de réévaluer ses évaluations. Vous pouvez toujours accroître vos connaissances sur le monde et sur vous-mêmes. À l’occasion, vous pouvez sembler inconstant et donner l’impression de ne pas savoir ce que vous faites. Vous pouvez aussi avoir du mal à être en harmonie ou à communiquer de façon authentique. Mais si ça ne vous arrive jamais, selon Gandhi, vous ferez fausse route. Une route où vous tenterez de maintenir vos anciennes positions pour ne pas sembler inconstant, mais où vous sentirez que quelque chose ne va pas en-dedans. C’est une position très inconfortable. Choisir de grandir et d’évoluer est une voie beaucoup plus utile et porteuse de bonheur.
Traduit par Suzanne Touchette de l’anglais
21 novembre-Retour sur le “débat” entre Caroline Fourest et Tariq Ramadan
17 Nov | Filed Under Caroline Fourest, Tariq Ramadan | Leave a Comment
Les réactions qui ont suivi le débat, somme toute avorté, entre Caroline Fourest et Tariq Ramadan relevaient – pour la plupart – l’attitude sèche, dogmatique et sectaire de Caroline Fourest. Sa stratégie de communication a consisté à empêcher le débat en coupant la parole à son interlocuteur afin de rendre son propos inaudible. Vieille méthode bien rodée de ceux dont les arguments sont faibles et/ou mensongers. Tariq Ramadan revient sur le débat et prend le temps de développer les thèses que celle qui se présente comme “une journaliste d’investigation”, “féministe” et “laïque” l’a empêché de développer. On comprendra, au-delà de cet apparent conflit de personnes, que Caroline Fourest n’est pas seule et elle défend une idéologie : de Bernard-Henri Levy (qui a qualifié de très “scientifique” son ouvrage aux 200 erreurs factuelles), à Philippe Val ou à André Glucksman en France, à Paul Berman ou à Daniel Pipes aux Etats-Unis, à Douglas Murray en Angleterre (qui avait invité Caroline Fourest à présenter son livre à Londres) ou encore à Ayan Hirshi Ali aux Pays-Bas, l’objectif est le même. Il est question de nourrir la confusion et les amalgames : islam “intégriste”, islam politique, fondamentalisme sont opposés à un “islam modéré”, “laïque”, dont on ne nous présente jamais une claire définition. Il s’agit surtout d’empêcher l’émergence et la formation d’une conscience citoyenne occidentale et musulmane – nourrie par les valeurs démocratiques qui ne renie pas les principes de l’islam – et qui s’émancipe de toute tutelle idéologique, coloniale ou politique en s’exprimant citoyennement et librement sur tous les sujets : ceux qui concernent les sociétés occidentales (de l’école à la politique sociale ou à la discrimination à l’emploi ou à l’habitat) ; comme ceux qui ont trait à la scène internationale (de la question de l’immigration, à l’hypocrisie des Etats ou à l’oppression des peuples sous les dictatures ou l’occupation, en Afrique, au Moyen-Orient, en Chine ou en Palestine). Ces intellectuels ou idéologues, anciennement de “gauche”, défendent la liberté d’expression ou les valeurs démocratiques de façon sélective et partiale : il est des citoyens qu’il faut diaboliser et, à tout prix (de mensonges en fausses accusations de “double langage”), les empêcher d’être entendus ou de s’exprimer.
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17 novembre-”Le scandale du niqab” par Muneeb Nasir
17 Nov | Filed Under Niqab | Leave a Comment
“On a besoin d’une justification fondée sur la raison en ce qui a trait à l’abstention de porter le niqab dans cette société; une justification qui vise à ouvrir un dialogue à l’intérieur de la communauté, et non à la diviser”
Le scandale du niqab au Canada a laissé les musulmans perplexes.
Une organisation bien connue milite en faveur de son interdiction au Canada, parce que, selon elle, le niqab ainsi que la burqa sont « des symboles politiques de l’extrémisme islamique d’inspiration saoudienne ».
La plupart des autres groupes de musulmans sont d’avis que son interdiction irait à l’encontre des principes fondamentaux de notre société libre et démocratique : « l’État n’a rien à faire dans les tenues vestimentaires de la nation ».
Entre temps, quelques leaders religieux se sont prononcés sur les justifications religieuses du niqab. Ils avancent qu’étant donné que les différentes écoles de jurisprudence justifient la prescription du port du niqab, les femmes qui le portent ne font que remplir leur devoir religieux en faisant preuve d’une plus grande piété.
Mais comme ces imams ont une orientation ultra-orthodoxe (traditionnalistes et littéralistes), ils ne fournissent pas une interprétation de la pertinence du port du niqab dans la société canadienne, ils citent plutôt ce que stipulent les livres de loi.
La grande majorité des leaders religieux ne s’est pas exprimée. Par contre, en privé, ils avouent que le niqab n’est pas obligatoire et ils vont même jusqu’à dire que d’après leur interprétation, on ne devrait pas encourager son port au Canada.
Leur réticence à en parler n’est pas étrangère au fait qu’ils ne veulent pas qu’on les accuse de vouloir nier à une très petite minorité à l’intérieur de la communauté le droit de porter le niqab en raison d’une croyance personnelle sincère.
Mais un autre facteur s’ajoute. Comme dans l’histoire de l’arbitration selon la Charia, les personnes qui demandent l’interdiction juridique du niqab font figure de belligérants; elles déclenchent une polémique à la fois par leur approche et par leur façon de communiquer avec la majorité de la communauté musulmane.
Plutôt que de présenter des arguments convaincants pour tenter de démontrer que le port du niqab au Canada n’est ni souhaitable, ni pertinent, ni approprié, et plutôt que d’impliquer le reste de la communauté musulmane, ils ont eu recours à la loi.
Dans un éditorial sensé, le Globe and Mail du 13 octobre dernier suggérait qu’il était préférable, en cas de différends religieux, d’avoir recours au dialogue plutôt qu’à la loi : « … les critiques ne doivent pas causer de préjudices à ceux qu’ils tentent de protéger. Une loi sur la tenue vestimentaire supposerait des mesures d’application qui porteraient atteinte à la vie privée. Les communautés qui privilégient le voile seraient à juste titre contrariées et elles resserraient les rangs. Plutôt que de faire appel à la loi, les communautés doivent se parler. »
La communauté musulmane du Canada a besoin de leaders religieux courageux du calibre du regretté savant britannique, Shaykh Syed Mutawalli Darsh, qui peuvent aller de l’avant et s’élever au-dessus de la cacophonie rancunière d’une polémique religieuse qui affecte toute la communauté, et proposer un avis fondé sur la raison.
Shaykh Syed Mutawalli Darsh, qui était un éminent savant du Royaume-Uni, ne croyait pas qu’il était nécessaire pour les femmes de porter le niqab, ni même que le Prophète le recommandait.
Dans le cas où quelqu’un voudrait débattre du fait que le port du niqab est un acte recommandé, voici comment il explique son opinion :
- Certains croient que le port du niqab est un acte recommandé (sunnah).
- Tout le monde croit qu’inviter les gens à l’islam (da’wah) est un acte obligatoire (fardh).
- Le port du niqab est souvent un réel obstacle dans le da’wah en Occident où la dissimulation du visage n’a jamais été un concept connu.
- Dans le cas où un acte recommandé fait obstacle à un acte obligatoire, il ne faut pas sacrifier le fardh au profit de la sunnah.
Voici une justification fondée sur la raison en ce qui a trait à l’abstention de porter le niqab dans cette société; une justification qui vise à ouvrir un dialogue à l’intérieur de la communauté, et non à la diviser.
Traduit par Suzanne Touchette
Muneeb Nasir est porte parole pour Presence Musulmane Toronto
12 novembre-”La Charte de la Compassion”
12 Nov | Filed Under Charte de la compassion, Uncategorized | Leave a Comment
“Nous devons de toute urgence agir pour que la compassion devienne une force dynamique et lumineuse qui puisse nous guider dans ce monde de plus en plus polarisé”
Le précepte de compassion, qui est au coeur de toutes les traditions religieuses, spirituelles et éthiques, nous invite à toujours traiter autrui de la manière dont nous aimerions être traités nous-mêmes. La compassion nous incite à nous engager sans relâche à soulager les souffrances de tous les êtres et à apprendre à ne pas nous considérer nous-mêmes comme le centre du monde, mais à être capable de placer autrui à cette place centrale. Elle nous enseigne à reconnaître le caractère sacré de chaque être humain, et à traiter chacune et chacun, sans aucune exception, avec un respect inconditionnel et dans un esprit de justice et d’équité.
Cela implique aussi de s’abstenir d’infliger de la souffrance à autrui, en tout temps et en toutes circonstances, que ce soit dans la sphère publique ou privée. Agir de manière violente, que ce soit par malveillance, chauvinisme, colère ou égoïsme; exploiter qui que ce soit ou le priver de ses droits fondamentaux; inciter à la haine et dénigrer autrui – même nos ennemis – sont autant de négations de notre condition humaine commune à toutes et à tous. Nous reconnaissons que nous n’avons pas toujours été capables de vivre avec compassion, et que d’aucuns ont même infligé bien des souffrances au nom de la religion.
Pour cela, nous invitons solennellement tout le genre humain ~ à placer la compassion au coeur de toute éthique et de toute religion ~ à adhérer au principe ancestral selon lequel toute interprétation des Ecritures qui suscite violence, haine ou mépris, est illégitime ~ à s’assurer que la jeunesse soit informée de manière respectueuse et authentique sur les autres traditions, religions et cultures ~ à encourager une approche positive de la diversité des cultures et des religions ~ à se doter d’une compréhension empathique des souffrances de tous les êtres humains, même de ceux considérés comme ennemis.
Nous devons de toute urgence agir pour que la compassion devienne une force dynamique et lumineuse qui puisse nous guider dans ce monde de plus en plus polarisé. Enracinée dans la ferme détermination à transcender l’égoïsme, la compassion peut faire tomber les barrières politiques, idéologiques, dogmatiques et religieuses. Née de la réalisation de notre profonde interdépendance, la compassion est essentielle aux rapports entre humains et pour une humanité accomplie. Elle est la voie vers l’illumination et elle s’avère indispensable à la création d’une économie plus juste et d’une communauté globale harmonieuse et pacifique
6 nov-”Du poing qui postule aux idées qui réforment” par Salah Basalamah
6 Nov | Filed Under Citoyenneté, Tariq Ramadan | Leave a Comment
“Lorsqu’on est penché sur un projet de société qui aspire à réaliser de telles préoccupations, on ne peut se permettre d’avoir cure des parasitages inconséquents qui cherchent désespérément à s’interposer sur le chemin”
Suite à la campagne de diffamation menée par Point de bascule et le Congrès musulman canadien contre Tariq Ramadan et ses collaborateurs dans Le Devoir du 5 novembre 2009, il apparaît manifeste que les moyens d’exprimer le désaccord, pour le moins, ont trouvé leurs limites en publiant un encart publicitaire en page deux du journal. L’aveu de faillite ne peut être plus évident : à défaut d’arguments et d’idées, le seul recourt du discours haineux et indisposé pour (voire par) le dialogue est de payer un espace de propagande pour s’attaquer aux personnes dont on n’est capable de discuter les écrits et les paroles si ce n’est en les trafiquant.
Sans esprit de structure, ni même de la moindre idée directrice dans le texte en question, les auteurs n’ont au fond réussi qu’à compiler les lancinantes redondances peu imaginatives des détournements et rumeurs servis par une certaine presse peu amène à l’endroit d’un discours musulman occidental qui s’affirme dans le respect constant des cadre constitutionnel, démocratique et laïc de l’Europe et de l’Amérique du Nord.
En effet, ce qu’il faut lire entre les lignes ce ne sont pas les mensonges qu’on n’est même pas capable d’inventer soi-même, mais le refus borné de pénétrer l’espace de la délibération sociale et citoyenne avec la modestie qui s’impose lorsqu’on reconnaît, dans les faits, la pluralité, autrement dit la légitimité de la présence et de la différence des autres. Bien au contraire, on ne fait qu’assister depuis quelque temps à l’intarissable déversement de fiel de la part de prétendus « bien-pensants » qui ne font montre en fin de compte que de leurs poings et de leurs postulats sans la moindre preuve de ce qu’ils avancent. L’appel à la cessation immédiate de tous les châtiments corporels est disponible sur notre site depuis mars 2005.
Le vrai défi qui nous occupe est manifestement bien loin de ces provocations sans substance. En fait, il s’agit enfin de faire l’effort inconfortable de prendre nos responsabilités face au climat de déficit de confiance et de suspicion tous azimuts qui caractérise les relations avec l’islam occidental. Au-delà du devoir citoyen de construire une présence positive et participative au développement de la société dont nous avons le souci en partenariat avec toutes les bonnes volontés préoccupées de justice sociale et d’égalité de traitement pour tous, immigrants ou non, il importe également d’avoir le courage de travailler avec nos coreligionnaires et nos communautés respectives pour nous réformer nous-mêmes, à la fois spirituellement et intellectuellement.
La conférence de Tariq Ramadan (« La quête spirituelle : la réforme de soi et du monde », ce vendredi 6 novembre à l’Université de Montréal) ne cherche qu’à mettre en évidence la nécessité pour tous les citoyens, musulmans ou non, de s’associer à l’entreprise de longue haleine qui consiste, à partir de l’intériorité de nos convictions intimes respectives, à s’investir pour une transformation de notre environnement selon les exigences des valeurs universelles et consensuelles qui nous habitent.
Lorsqu’on est penché sur un projet de société qui aspire à réaliser de telles préoccupations, on ne peut se permettre d’avoir cure des parasitages inconséquents qui cherchent désespérément à s’interposer sur le chemin. Et la caravane passe…
Salah Basalamah est membre de Présence musulmane
2 novembre-”La compassion envers à nos semblables est essentielle à notre bonheur” par le Dalai Lama
3 Nov | Filed Under Compassion, Dalai Lama | Leave a Comment
“Nous devrions ainsi être reconnaissants envers nos ennemis, car c’est grâce à eux que nous pourrons connaître la paix intérieure. Et puis, dans notre vie privée comme dans la sphère publique, un changement de circonstances transforme souvent un ennemi en ami”
Une importante question sous-tend notre existence; que nous en soyons conscients ou non : Quel est le but de l’existence?
Je crois que notre but c’est d’être heureux. Depuis sa naissance, l’être humain recherche le bonheur et fuit la souffrance, et ce, indépendamment de sa condition sociale, de son éducation ou de l’idéologie avec laquelle il sympathise.
Il importe donc de découvrir ce qui est susceptible de nous apporter le plus grand bonheur.
D’abord, chaque bonheur ou chaque souffrance peut être de deux ordres : mental ou physique.
Entre les deux, c’est notre état mental qui nous affecte le plus. À moins que nous soyons gravement malades ou privés des premières nécessités, notre condition physique passe au second plan.
Nous devrions donc mettre toute notre énergie à appaiser notre mental.
Mon expérience personnelle limitée m’a appris que le plus haut degré de paix intérieure s’atteint par la pratique de l’amour et de la compassion.
Plus nous nous préoccupons du bonheur des autres, plus notre bien-être grandit.
Cultiver un sentiment de rapprochement et de chaleur envers les autres nous apporte la sérénité et aussi l’énergie nécessaire pour affronter n’importe quel obstacle dans notre vie.
Voilà la clé du succès dans la vie.
Augmenter graduellement notre degré de compassion est une chose faisable, nous pouvons aussi apprendre à ressentir une véritable sympathie pour les autres et vouloir soulager leur souffrance.
Il en résultera pour nous une sérénité et une force morale accrues.
Le besoin d’amour est un fondement de l’existence humaine. Il émane de la profonde interdépendance qui nous unit.
Certains de mes amis sont d’avis que bien que les sentiments de compassion et d’amour soient bons et extraordinaires, ils ne sont pas très pertinents. Ils avancent que ces idées n’exercent pas beaucoup d’influence ou de pouvoir dans le monde actuel.
Ils ajoutent que la colère et la haine sont tellement enracinées dans la nature humaine qu’elles auront toujours le dessus. Je ne suis pas d’accord.
Nous, les humains, existons sous notre forme actuelle depuis environ cent mille ans. Je soutiens que si pendant cette période l’esprit humain avait été principalement sous l’emprise de la colère et de la haine, notre population aurait diminué.
Mais aujourd’hui, malgré toutes nos guerres, la terre est plus populeuse que jamais.
Ceci est pour moi une preuve que l’amour et la compassion prédominent dans notre monde.
La véritable compassion n’est pas seulement une réponse émotive, mais plutôt un engagement ferme qui prend sa source dans la raison. Ainsi, une attitude compatissante véritable envers les autres restera inchangée en dépit d’un comportement négatif.
Évidemment, développer un tel sentiment de compassion n’est pas chose facile! Examinons d’abord quelques faits.
Que les gens soient beaux et amicaux ou qu’ils soient moins beaux et agaçants, au bout du compte, ils sont des êtres humains tout comme nous. Et comme nous, ils aspirent au bonheur et rejettent la souffrance.
Alors, lorsque vous réalisez que tous les êtres sont égaux dans leur quête du bonheur et dans leur droit d’y accéder, vous ressentez automatiquement un rapprochement et de l’empathie envers eux. En habituant votre esprit à cette idée d’altruisme universel, vous vous sentez progressivement responsables des autres et vous en venez à vouloir agir concrètement pour les aider à surmonter leurs problèmes. J’insiste pour dire qu’il est en votre pouvoir, avec du temps et de la patience, de développer ce genre de compassion. Il nous faut d’abord nous débarrasser des plus grands obstacles à la compassion : la colère et la haine.
Comme nous le savons tous, ces deux émotions sont extrêmement puissantes et elles ont le pouvoir d’obnubiler notre esprit entier. Nous pouvons par contre exercer un contrôle sur elles et les remplacer par une énergie tout aussi formidable qui prend sa source dans la compassion, la raison et la patience.
Je me dois d’insister sur l’idée que le seul fait de réfléchir à la compassion, à la raison et à la patience ne suffira pas à les faire émerger. Nous devons guetter la venue de difficultés et alors les mettre en pratique.
Et qui nous fournira cette occasion? Pas nos amis, bien sûr, mais nos ennemis. Ce sont eux qui nous causent le plus d’ennuis.
Alors si nous souhaitons vraiment apprendre, nous devrions voir en nos ennemis nos meilleurs professeurs.
Pour une personne qui valorise la compassion et l’amour, la pratique de la tolérance est essentielle, et pour y arriver, un ennemi est indispensable.
Nous devrions ainsi être reconnaissants envers nos ennemis, car c’est grâce à eux que nous pourrons connaître la paix intérieure. Et puis, dans notre vie privée comme dans la sphère publique, un changement de circonstances transforme souvent un ennemi en ami.
Donc, nos véritables ennemis sont la colère et la haine. Ce sont les principales forces qu’il nous faut affronter et vaincre, et non les ennemis de passage qui traversent notre vie de façon intermittente.
J’aimerais conclure en vous amenant au-delà du sujet de cet éditorial. Le bonheur de chacun peut contribuer profondément et de façon concrète au mieux-être de toute l’humanité.
Parce que nous partageons tous ce besoin d’amour, il nous est alors facile de voir dans toutes les personnes que nous croisons sur notre chemin, peu importe les circonstances, un frère ou une sœur.
Il est insensé de s’attarder aux apparences extérieures, nous partageons tous la même nature.
Que ce soit au niveau familial, tribal, national ou international, je demeure convaincu qu’une compassion accrue est la clé d’un mode meilleur. Et pour y arriver il nous suffit de développer en chacun de nous les meilleures qualités humaines.
Traduit par Suzanne Touchette






