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“En fait, nous empruntons des chemins différents, mais nous respectons tous la Règle d’or. Une assertion s’installe profondément en moi, un sentiment profond d’espoir pour l’humanité”

“Expression de la diversité”- une introduction contemporaine aux cultures musulmanes, est un programme d’été de deux semaines offert conjointement par le Centre de l’Université Simon Fraser pour l’étude comparative des sociétés et cultures musulmanes (CCSMSC), de Burnaby en Colombie-Britannique, et par l’Institut pour l’étude des civilisations musulmanes (ISMC), de l’Université Aga Khan, à Londres au Royaume-Uni.

Pour ma plus grande joie, c’était au tour de nos partenaires d’héberger cette année le programme d’été, ce qui m’a permis, ainsi qu’à quelques professeurs de l’Université Simon Fraser (SFU), de nous retrouver à Londres en juillet dernier.

Étant récemment transférée du bureau de développement international de SFU vers le (CCSMSC), j’avoue que j’ai dû mettre les bouchées doubles pour mettre à jour mes connaissances dans le domaine des études sur le Moyen Orient et l’islam.

Je trouvais particulièrement amusant qu’une catholique, descendante d’européens de l’est, se retrouve à coordonner les activités quotidiennes du Centre d’études musulman. En ce sens, la vie est parfois drôle; étant donné mon amour démesuré des voyages et ma curiosité envers les peuples des pays éloignés, ce travail était parfait pour moi.

Je me sens vraiment privilégiée d’avoir trouvé une sphère d’activité qui rejoint ma passion. Une journée de travail, c’est l’aventure m’attend.

 La journée du mercredi 22 juillet en était un exemple parfait; j’avais fait le plein de conférences inspirantes et j’avais amorcé le dialogue entre les professeurs et les étudiants. Après une journée bien remplie, je retournais à ma sympathique résidence de Camden Town.

Il était seulement 18 h, mais je ressentais quand même la fatigue de la journée. J’ouvre les portes françaises. Mon regard glisse sur le canal et sur la place du marché plus bas. Que pourrais-je bien faire maintenant? Les passants ont le choix des spectacles : un duo de musiciens de la Jamaïque, des jeunes qui font tournoyer leur bolas et la vue des habiles manœuvres des bateaux qui descendent les écluses.

Le temps vaporisait une bruine légère, ce qui n’était pas trop inquiétant étant donné la température changeante de Londres, et le sentier le long du canal semblait invitant. J’enfile des leggings noires, je me chausse de mes pratiques sandales Merryl, me couvre de mon manteau de pluie court Helly Hansen et je décide de voir où ce sentier conduit.

En chemin, je m’arrête à une petite épicerie où j’achète une nouvelle variété de cidre à essayer, et je poursuis ma route. Je longe le restaurant chinois flottant, le zoo de Londres, la volière et les demeures entourées de jardins des gens riches et célèbres où les patios dissimulés dans toute cette verdure surplombent le canal dans lequel viennent pleurer des saules.

En face, je remarque un minaret doré qui pointe au-dessus de quelques arbres. Ma curiosité est piquée. Je décide d’y jeter un coup d’œil sur le chemin du retour. Quelque huit kilomètres plus loin, le sentier me fait contourner Little Venice et me ramène en direction de la mosquée. Je croise un homme d’apparence moyen-orientale qui fume devant sa porte. Il me demande si je suis perdue. « Non, j’ai aperçu un minaret et je me demande comment atteindre la mosquée ». « Vous ne pouvez pas la manquer », dit-il en m’expliquant comment suivre le canal jusqu’aux marches qui montent à la hauteur de la route. Puis, l’air un peu perplexe, il me demande pourquoi je veux aller à la mosquée. Je lui résume ma participation au programme d’études sur l’islam, je le remercie et je poursuis ma route.

En m’approchant de la mosquée, je me questionne sur mon apparence. Avoir planifié cette visite, je me serais habillée autrement. J’arrive près du poste de contrôle où je peux lire clairement sur une pancarte : « Les femmes sont priées de se vêtir convenablement et de se couvrir la tête d’un foulard ».

Le gardien de sécurité me réserve un accueil amical. Je lui fais part de mon désir de visiter la mosquée à cause du minaret aperçu à partir du sentier qui longe le canal; s’il juge que je suis présentable, bien sûr. Il jette un coup d’œil à ma tenue et il me tend un foulard. Pendant que j’essaie, sans épingle, de faire tenir tant bien que mal ce foulard sur ma tête, il commente mon accent. Nous finissons par parler d’un peu de tout : de ce qui m’amène à Londres, de l’économie canadienne, de la ville de Vancouver d’où je viens et des Jeux olympiques de 2010. Il me remet plusieurs feuillets d’information sur la mosquée et me dit que je suis libre de visiter les bâtiments et l’emplacement à ma guise. En rangeant les feuillets dans mon sac, je touche ma bouteille de cidre. Vous savez, les catholiques boivent du vin au cours de la messe.

Pour être plus précis, par un processus appelé transsubstantiation, ce vin devient le sang du Christ : un concept difficile à expliquer ou à saisir en fait, soit par la logique ou le raisonnement. Celui-là ainsi que le concept de la Saint Trinité me donnent du fil à retordre. C’est ici que la foi intervient. En tous cas, étant donné l’endroit que je m’apprête à visiter, je dis à mon nouvel ami Galil (nom fictif), « Je ne devrais pas entrer avec ceci, n’est-ce pas? Ça ne vous dérange pas que je vous la confie et que je la reprenne à mon départ? » Il est un peu surpris par ma demande et il n’hésite pas à décliner très poliment en m’expliquant que toute la propriété est sacrée. « Pas de problème. Je reviens dans une seconde.» Et je vais dans la rue, dissimuler ma bouteille sur un muret en espérant la trouver à ma sortie.

Quand je reviens, je me rends compte que la cour intérieure est parfaite pour une séance de photos. Le soleil couchant illumine maintenant le dôme métallique doré et la lumière captée par les centaines de petits carreaux se reflète sur le mur ouest de l’entrée.

Je prends plein de photos. Je vois le gardien de sécurité arriver et je sens tout à coup que je fais quelque chose de déplacé; libre de me promener, mais pas de caméras? Je n’aurais pas pu me tromper davantage sur ses intentions.

Il venait simplement me porter un vêtement dans lequel je me sentirais plus à l’aise. Je le remercie et j’enfile la tenue joliment décorée par-dessus mon manteau de pluie et mes leggings. C’est un peu lourd et étrange pour moi, j’ai l’impression de porter un déguisement; mais il a raison, je me sens plus à l’aise. L’entrée Je pénètre dans le grand hall et j’observe ce qui m’entoure.

La salle de prière des hommes en face, une boutique à droite. À l’extérieur sont suspendues des douzaines d’abayas de couleur neutre qui vont des plus simples aux plus élaborées. Intéressant. Ça me rappelle la façon qu’ont les enfants de l’école catholique de personnaliser leur uniforme. J’ouvre avec précaution la porte qui, je pense, donne sur la section des femmes. Je dis, avec précaution, parce que j’ai déjà fait une erreur avant, et j’ai eu droit à des regards perplexes de la part des hommes.

Il n’y a personne et de toute évidence c’est la salle de bain; j’en profite pour me laver les mains. Je suis habitée par un drôle de sentiment d’être à la fois un imposteur et de me sentir chez moi. Je serpente dans le labyrinthe, j’arrive au pied d’un escalier qui semble mener à la salle de prière des femmes, je monte et j’enlève mes souliers.

Il est environ 20 h 15 et je crois que la prière du soir (Isha) débute vers 21 h. La salle de prière des femmes est plutôt vide. À mon arrivée, trois jeunes femmes et un enfant s’arrêtent de parler. De façon un peu gauche, j’ajuste mon foulard et je rentre les cheveux qui dépassent.

Je suis consciente que je suis attentive à ce lieu sacré et à ceux qui s’y trouvent, comme les visiteurs d’une église catholique qui se demandent quand il faut se lever, s’asseoir, s’agenouiller, faire une génuflexion, se signer à différents endroits sur le corps et tout le reste. Les personnes reprennent leur conversation à voix basse. Il y a une femme qui semble endormie contre un mur, un groupe de quelques femmes fait la prière (salat), et une autre lit le Coran en silence près de la rampe qui surplombe la salle des hommes plus bas.

Je m’attarde au design et à l’architecture, au mur sculpté dont les ouvertures laissent voir l’espace ouvert beaucoup plus vaste occupé par les hommes qui s’adonnent sensiblement aux même activités que les femmes dans la salle d’en haut.

J’offre une prière silencieuse pour les croyants, pour ceux qui croient en notre Dieu commun et pour ceux qui éventuellement le découvriront ou le redécouvriront. Une fois mes souliers récupérés, je me dirige vers la salle de bains. Une femme m’interpelle : « Ma sœur, voulez-vous allumer la lumière? » Elle répète et je me retourne pour voir à qui elle s’adresse, puis je réalise que c’est à moi. Il ne semble pas évident que je sois une visiteuse, on n’a pas remarqué la petite croix qui pend à mon oreille. En me promenant dans la boutique, je remarque une affiche illustrant un arbre généalogique qui remonte à Adam et Ève et qui présente les branches respectives de l’islam, de la chrétienté et du judaïsme. Passionnant. Je m’informe du prix et réponds au commis que je devrai revenir car je n’ai pas cette somme sur moi. Je feuillette quelques livres, attirée par les titres qui comparent les religions monothéistes. Le commis s’approche et me demande d’où vient mon intérêt pour cette affiche. Je lui parle du Centre et du travail que je suis venue faire à Londres, et lui, il traduit simultanément ce que je dis à un autre client de la boutique. Il cesse de traduire, puis il me dit que le client en question désire me l’offrir. Un cadeau. Quel beau geste, me dis-je en regardant dans sa direction. Il me semble sincère, j’accepte donc gracieusement. Et me voilà en train de discuter de religions comparées avec un jeune étudiant en théologie. 

De façon inattendue, une autre personne me fait don de sept exemplaires d’un guide illustré sur la compréhension de l’islam à l’intention du Centre. Extraordinaire! Je remercie tout le monde et, réalisant qu’il va bientôt faire nuit, je salue mes généreux donateurs qui eux se rendent prier.

Espoir pour l’humanité À ma sortie, alors que je remets le foulard et le vêtement au gardien de sécurité, il me demande si j’ai aimé mon expérience. Je lui raconte ma mini aventure et, enthousiaste, je lui montre les cadeaux que j’ai reçus. – « Comment avez-vous trouvé la tenue », me demande-t-il? – « C’était parfait. La dame dans la salle de bains m’a appelée ma sœur. Certaines abayas ont attiré mon attention dans la boutique et je me disais que je devrais m’en procurer une pour un prochain voyage dans les pays musulmans de l’Est. » Son visage s’éclaire et il me dit : « Vous pouvez la garder ». Il m’informe que le Sheik sera présent à la mosquée le lendemain après-midi, si je souhaite le rencontrer; il m’invite également à revenir pour la prière du vendredi. Là, je suis renversée!

Inshallah, on ne peut jamais prévoir ce que la vie nous réserve. Comblée, je le remercie d’avoir contribué à faire de ma visite une expérience exceptionnelle; une visite agrémentée d’un accueil chaleureux et inattendu.

Je quitte le cœur léger en sachant par expérience que les deux religions, reléguées dans deux mondes irréconciliables par les médias populaires, sont dans le fond très semblables.

En fait, nous empruntons des chemins différents, mais nous respectons tous la Règle d’or. Une assertion s’installe profondément en moi, un sentiment profond d’espoir pour l’humanité.

Voilà le récit de ma visite de la mosquée centrale de Londres en juillet 2009, laquelle restera à jamais gravée dans mon cœur, ainsi que l’appel à la prière du muezzin. 

Ellen Vaillancourt est la coordonnatrice du Centre d’études comparatives des sociétés et cultures musulmanes de l’Université Simon Fraser

 Traduit par Suzanne Touchette

« J’ai voyagé partout sur ma terre brûlée et j’ai vu de mes propres yeux la souffrance des victimes et j’ai moi-même entendu les cris des endeuillés et des orphelins » 

 

Je suis maintenant libre. Mais mon pays est encore prisonnier de guerre. Tout d’abord, je tiens à remercier et à saluer tous ceux qui m’ont accordé leur support, qu’ils soient de mon pays, du monde musulman ou du monde libre. On a beaucoup parlé du geste qui a été posé et de la personne qui l’a posé, du héros et de l’acte héroïque ainsi que du symbole et du geste symbolique. 

Mais je répondrai simplement que ce qui m’a poussé à poser ce geste de confrontation, c’est l’injustice dont mon peuple est victime et la présence de l’occupant qui cherche à humilier ma patrie en écrasant sous sa botte le crâne de ses fils, fussent-ils des sheikhs, des femmes, des enfants ou des hommes.  

Au cours des dernières années, plus d’un million de martyrs sont tombés sous les balles de l’occupant et le pays compte maintenant plus de cinq millions d’orphelins, un million de veuves et des centaines de milliers d’estropiés. De plus, des millions ont perdu leur foyer à cause des déplacements à l’intérieur et vers l’extérieur du pays. 

Nous étions une nation où les Arabes avaient l’habitude de partager leur pain quotidien avec les Turcs, les Kurdes, les Assyriens, les Sabéens et les Yazid, où le sunnites et les chiites s’alignaient ensemble pour la prière et où les musulmans célébraient la naissance du Christ (paix sur lui) avec les chrétiens. Et ensemble, nous avons connu la faim sous les sanctions pendant plus d’une décennie. 

Mais notre patience  et notre solidarité  n’ont pas suffi à nous faire oublier l’oppression. Jusqu’à ce que l’illusion de libération de certains nous envahisse. L’occupation a semé la division entre les frères, entre les voisins, entre le père et son fils. Elle a transformé nos foyers en salons mortuaires et étendu nos cimetières jusque dans les parcs et aux abords des routes. C’est un véritable fléau. Et c’est encore l’occupation qui nous tue, qui viole nos lieux de prière et le caractère sacré de nos foyers, et qui, chaque jour, envoie des milliers de personnes dans des prisons de fortune.  

Je ne suis pas un héro et j’en conviens. Mais j’ai une opinion et je prends position. Je me sens humilié de voir mon pays humilié, de voir ma Bagdad en cendre et de voir mes concitoyens se faire tuer. Chaque jour, je sens dans ma tête le poids des images tragiques qui y sont incrustées, et c’est ça qui me pousse à faire ce qui doit être fait : confronter, refuser l’injustice, la tromperie et la fourberie. J’en perds le sommeil.

 

Des douzaines, non, des centaines d’images de massacres qui donneraient des cheveux blancs à un nouveau-né m’ont tiré les larmes et m’ont blessé : le scandale d’Abou Ghraib, le massacre de Fallujah, de Najaf, de Haditha, de Sadr City, de Basra, de Diyala, de Mosul, de Tal Afar, et chaque centimètre de notre terre torturée. Au cours des dernières années, j’ai voyagé partout sur ma terre brûlée et j’ai vu de mes propres yeux la souffrance des victimes et j’ai moi-même entendu les cris des endeuillés et des orphelins. Un sentiment de honte me collait à la peau tant je me sentais impuissant.  

Une fois terminé mon travail de reportage des tragédies quotidiennes vécues par les Iraquiens, et alors que je nettoyais la place des débris des maisons en ruine, ou que je lavais mes vêtements tachés du sang des victimes, je serrais les dents je formulais une promesse à nos victimes; une promesse de vengeance.    

Puis, l’occasion s’est présentée, et j’en ai profité. 

J’en ai profité par loyauté à chaque goutte de sang innocent versée pendant l’occupation ou à cause d’elle, à chaque cri d’une mère affligée, à chaque gémissement d’un orphelin et à ses larmes, à chaque douleur d’une victime de viol.  

À ceux qui me font des reproches je dis ceci : « Savez-vous dans combien de maisons détruites ce soulier que j’ai lancé est entré à cause de l’occupation? Combien de fois ce même soulier a piétiné le sang de victimes innocentes, et a violé le caractère sacré des maisons iraquiennes et des femmes libres qui y habitaient? » Après que toutes les valeurs aient été bafouées, ce soulier était peut-être la seule réponse appropriée. 

En lançant mon soulier à la face de Bush, ce criminel, je voulais exprimer mon refus de ses mensonges, de l’occupation de mon pays dont il est responsable ainsi que, du meurtre de mes concitoyens; le refus également du pillage des richesses de mon pays, de la destruction de son infrastructure et de l’expulsion de ses enfants dans une diaspora. 

Après six années au cours desquelles nous avons subi l’humiliation, la perte de dignité, les tueries et la profanation du caractère sacré des personnes et des temples de prière, le tueur vient devant nous se vanter, se glorifier de sa victoire et de la démocratie rendue. Il est venu dire au revoir à ses victimes et il s’attendait à recevoir des fleurs. Alors, c’était tout simplement ma façon de lancer des fleurs à l’occupant, à lui et à tous ceux qui étaient de connivence avec lui, soit en répandant des mensonges, soit en s’impliquant; avant le début de l’occupation ou après.  

Au moment où le pays et son honneur ultime étaient bafoués, j’ai voulu défendre l’honneur de ma profession ainsi que le patriotisme. Certains disent : « Pourquoi n’a-t-il pas tenté de couvrir Bush de honte en lui posant une question embarrassante lors de la conférence de presse? » Voici ma réponse aux journalistes : « Comment aurais-je pu alors qu’on nous interdisait de lui poser des questions avant le début de la conférence et qu’on nous demandait de nous en tenir à couvrir l’événement? Personne n’était autorisé à lui poser de questions. 

Et pour ce qui est du professionnalisme : bien qu’il ait été amoché sous l’occupation, il ne devrait pas avoir préséance sur le patriotisme. Et si le patriotisme pouvait parler, le professionnalisme devrait l’appuyer.  

Je profite de l’occasion pour demander à l’establishment de la profession de bien vouloir me pardonner s, sans le vouloir, je l’ai embarrassé ou ai causé du tort au journalisme. Ma seule intention était, en toute conscience, d’exprimer les sentiments d’un citoyen qui voit sa patrie se faire profaner tous les jours. 

L’Histoire rapporte plusieurs occasions où les décideurs de la politique américaine ont compromis le professionnalisme. Que ce soit lorsque des agents de la CIA, prétendument journalistes de la télé cubaine, ont tenté d’assassiner Fidel Castro en cachant une bombe dans une caméra, ou en Iraq, lorsqu’ils induisaient la population en erreur sur les événements réels. Les exemples sont trop nombreux pour que je les relate tous ici. 

Aussi, j’aimerais vous prévenir du fait que ces agences au caractère louche, l’intelligence américaine au complet, n’économiseront aucun effort pour me traquer, parce que je suis un rebelle qui s’oppose à leur occupation. Ils vont tenter de me tuer ou de me neutraliser. J’attire l’attention de mes proches sur les pièges que ces agences vont mettre en place pour tenter de me capturer ou de me tuer de diverses façons : physiquement, socialement ou professionnellement. 

Au moment même où le premier ministre iraquien annonçait sur la télé satellite qu’il n’aurait de repos tant qu’il n’aurait pas été rassuré sur ma sécurité, et qu’on m’ait fourni un lit et une couverture, j’étais torturé par les méthodes les plus horribles : chocs électriques, coups de câbles et de tiges de métal; et tout ça dans la cour de l’immeuble où se continuait la conférence de presse. Je pouvais entendre leurs voix et ils pouvaient probablement entendre aussi mes cris et mes gémissements.  

Au petit matin on m’a arrosé d’eau froide et laissé attaché dans le froid hivernal. Je m’excuse auprès de M. Maliki de ne pas avoir dit la vérité. Plus tard, je parlerai, je donnerai les noms des personnes qui m’ont torturé; certains d’entre eux étaient des hauts gradés du gouvernement et de l’armée.  

Je n’ai pas posé ce geste pour faire passer mon nom à l’Histoire, ni pour un gain matériel. Tout ce que je voulais, c’était défendre mon pays; une action bien légitime confirmée par les lois divines et par le droit international. Je voulais défendre un pays, une ancienne civilisation qui a été profanée. Je suis convaincu pourtant, que l’Histoire, particulièrement celle racontée en Amérique, démontrera comment l’occupation est venue à bout de l’Iraq et des Iraquiens, jusqu’à la soumission. Ils se vanteront de la tromperie et des moyens utilisés pour arriver à leur fin. Tout ça n’est pas étranger, ni très différent de ce que les colonialistes ont fait subir aux Premières Nations. Ici, je dis aux occupants et à tous ceux qui les appuient et qui prennent leur défense : Jamais. Nous sommes un peuple qui préférerait mourir plutôt que d’être humilié. 

En conclusion, je vous dis que je suis indépendant de toute allégeance politique. Pendant qu’on me torturait, on m’accusait d’être d’extrême droite, puis d’extrême gauche. Je ne suis membre d’aucun parti et à l’avenir, je porterai mes efforts vers le service à la population et à ceux qui en auront besoin, sans mener de guerres politiques comme certains l’ont prétendu. 

Je porterai secours aux veuves et aux orphelins et à tous ceux qui ont vu leur vie détruite par l’occupation. Je demande grâce pour les âmes des martyrs qui sont tombés dans l’Iraq meurtrie, et j’appelle la honte sur ceux qui ont occupé l’Iraq et sur ceux qui les ont soutenus dans cette abomination. Je souhaite la paix à ceux qui sont dans leur tombe et à ceux qui sont opprimés dans les prisons ainsi qu’à ceux qui attendent patiemment que Dieu les délivre. Et à mon pays bien-aimé je dis ceci : « Même si la nuit de l’injustice se prolonge, rien n’empêchera le soleil de se lever, et se sera le soleil de la liberté. » 

Un dernier mot que j’adresse au gouvernement, il est de la part de mes codétenus : «Muntadhar, si tu t’en sors, demande aux tout-puissants (Je sais que seul Dieu est tout-puissant et je m’en remets à Lui), de s’occuper de nous, rappelle-leur que des douzaines, des milliers de victimes moisissent en prison à cause du mot d’un informateur. » Ils sont là depuis des années sans qu’aucune charge n’ait été prononcée contre eux, et sans procès. Ils se sont fait ramasser dans la rue et jeter en prison.  

Maintenant, avec vous comme témoin et en présence de Dieu, j’espère qu’ils peuvent m’entendre ou me voir tenir ma promesse de rappeler au gouvernement, aux responsables et aux politiciens de s’occuper de ce qui se passe en prison, de l’injustice causée par la lenteur du système judiciaire. 

Merci et que la paix de Dieu vous habite. 

 

Traduit par Suzanne Touchette

Nos remerciements