31 juillet-Connaissance de soi : facteur de croissance spirituelle par Suzanne Touchette
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Qui suis-je?
Dieu n’a pas créé deux personnes identiques. Chacun de nous est unique. Nous avons notre propre destinée, un potentiel qui nous est propre. Une mission qui nous est propre. En sommes-nous seulement conscients?
Pour atteindre notre plein potentiel et ainsi remplir le rôle que le Créateur a voulu pour nous, nous avons besoin dans notre enfance d’être guidés afin d’apprendre à nous servir des outils (cœur, intelligence, jugement, réflexion), qui nous ont été donnés. Souvent, en pensant bien faire et pour lui éviter des faux pas, un parent impose une direction à l’enfant alors qu’il devrait plutôt lui apprendre à se servir de ses outils afin que ce dernier puisse vivre son propre destin.
Si nous avons grandi dans un environnement « couveur » plutôt qu’accompagnateur, nous avons appris à répondre à ce qu’on attendait de nous plutôt qu’à réfléchir et à soupeser nos décisions et nos gestes. Une fois à l’âge adulte, ce conditionnement crée une confusion chez l’individu. Il ne se sent pas sûr de lui, au moment de poser un geste ou de prendre une décision il ne sait pas être à l’écoute de son intuition et de ses valeurs. Il a été habitué à agir en réponse aux directives de quelqu’un et cette personne n’est plus là. Il vit un chaos intérieur qui se répercute inévitablement sur son entourage, il ne se sent pas en possession de SES moyens. Bref, il ne se connaît pas.
Connais-toi toi-même
Tous les grands mystiques l’ont dit : « Tu ne peux connaître ton Créateur si tu ne te connais pas toi-même. » Dans un article intitulé Jugements et liberté, le professeur Tariq Ramadan écrit : « Reconnaître ses peurs et ses doutes, identifier les blessures affectives est une étape déterminante de l’initiation spirituelle. »
Aller à la rencontre de soi, c’est pouvoir faire la paix avec soi-même. Comment pouvons-nous espérer connaître la paix dans notre couple, avec nos enfants, nos amis et nos concitoyens si nous vivons dans un brouillard émotionnel? Si nous ne connaissons pas les causes de notre mal-être?
Tiré du même article de Tariq Ramadan : « Trouver la paix à l’intérieur pour se libérer des craintes de surface et des apparences, tel est le chemin de l’exigence spirituelle. (Pour cela) il y a la prière, l’invocation, la méditation… il y a le silence. » Nous nous en privons tellement aujourd’hui de ce silence bénéfique.
Pour avoir lu quelques ouvrages de psychologie de différents auteurs, je constate que la description qu’on y fait du fonctionnement de l’humain rejoint à plusieurs égards celle que l’on trouve dans des ouvrages de spiritualité. Les ouvrages de psychologie moderne ont cependant le mérite d’être plus accessibles et d’illustrer le propos par des exemples concrets.
Un des éléments clés que j’ai découvert dernièrement est le suivant. Le psychisme humain est formé de deux instances indissociables : le conscient et l’inconscient. Le conscient est le siège de l’analyse, de la réflexion, de l’organisation des idées, des prises de conscience, alors que l’inconscient est le monde de l’intuition, de la vie spirituelle, de l’inspiration créatrice, des perceptions émotionnelles, des réactions spontanées, du langage non verbal et de l’attitude. Notre équilibre réside dans la capacité à amener l’inconscient au niveau du conscient.
Par exemple, une émotion de colère monte en moi. Mes parents m’ont appris que la colère est une chose très vilaine. Mais en fait, c’est l’expression destructrice de la colère qui est vilaine, pas le sentiment lui-même. Je ne suis pas responsable de l’émotion qui monte en moi, elle appartient au domaine de l’inconscient, je n’ai aucun contrôle, elle arrive comme une bouffée de chaleur. Par contre, je suis responsable de ce que je ferai de cette émotion. Je peux choisir de l’ignorer parce qu’elle me trouble trop. La conséquence en sera que je développerai du ressentiment pour la personne qui a suscité ce malaise en moi, et je la tiendrai responsable de mon malheur. Ou bien, j’amène cette émotion au niveau du conscient, je la regarde en face. J’analyse les causes, je m’interroge, et après avoir retrouvé mon calme en suivant les conseils de notre Prophète en de telles circonstances, je décide de la suite des choses.
Nous sortons tous de l’enfance avec des blessures affectives plus ou moins profondes. Nous avons, à un moment ou à un autre, vécu des événements qui nous ont blessés, chagrinés et notre jeune âge ne nous permettait pas d’identifier le malaise que nous éprouvions et encore moins de trouver les mots pour l’exprimer. Mais la peine ou la frustration éprouvée est restée enfouie et elle jette une ombre sur notre paix intérieure. Il ne s’agit pas ici de déterrer les morts et d’aller jeter nos récriminations à la face de nos éducateurs. Mais ce dont nous avons besoin, c’est de faire une introspection afin d’amener au niveau du conscient ces blessures du passé et de les exorciser.
Je regarde l’effervescence dans laquelle nous vivons et je me dis que Satan doit s’en réjouir. Nous sommes constamment sollicités par le travail, la consommation, les divertissements, les rencontres, et nous ne pensons pas à nous accorder du temps de réflexion pour nous-mêmes. Comment pouvons-nous espérer nous rapprocher de notre Créateur lorsque nous sommes éloignés de nous-mêmes?
29 juillet-La question de la femme musulmane par Tariq Ramadan
29 Jul | Filed Under La femme musulmane, Uncategorized | 1 Comment
Un chapitre sur la réforme de l’éducation islamique en Occident ne serait pas complet sans comprendre une réflexion sur le statut de la femme dans les communautés musulmanes et le rôle qu’il leur est dévolu.
Nous avons relevé plus haut combien de nombreuses femmes de la deuxième génération et des suivantes (auxquelles s’ajoutent de nombreuses converties) se sont engagées dans les organisations musulmanes dans lesquelles elles ont un rôle de plus en plus important dans le leadership. Cela ne veut pas dire pour autant que les mentalités aient toujours évolué en conséquence… et beaucoup de musulmans, et d’ailleurs de musulmanes, subissent ces effets d’autant plus qu’ils ne les acceptent et, dans leur for intérieur, ne sont pas tout à fait convaincus que « tout cela » est réellement islamique.
La question de la femme est sensible dans pratiquement toutes les communautés islamiques d’Occident, et il semble souvent que la question entière de la fidélité se joue sur ce chapitre. Par ailleurs, les allusions ou interpellations récurrentes des concitoyens, des intellectuels et des médias sur « les femmes en islam » exercent une sorte de pression psychologique, qui pousse les musulmans à adopter une posture défensive souvent apologétique, et pas toujours objective. Penser que rien dans le message de l’islam ne justifie la discrimination des femmes est une chose, affirmer que celles-ci ne subissent aucune discrimination en est une autre.
Une observation un tant soit peu objective des communautés musulmanes d’Occident révèle que nous sommes loin de l’idéal de l’égalité devant Dieu, de la complémentarité familiale et sociale et de l’indépendance financière, derrière lequel de nombreux oulémas et intellectuels se cachent à coups de citations de versets coraniques et de traditions prophétiques. La réalité n’a rien à voir avec cela : ne pas le dire est mentir.
Nous avions vu dans notre première partie que le travail de catégorisation des méthodologies en matière de fondements du droit et de la jurisprudence (usûl al-fiqh) nous a appris à faire la différence entre les principes et prescriptions universels et les modalités de leur actualisation dans une culture donnée. Si, comme nous l’avons expliqué, le principe d’intégration permet de considérer comme islamique tout ce qui ne s’oppose pas à l’islam, il est néanmoins erroné et méthodologiquement incorrect de confondre a posteriori le principe islamique avec la façon dont une culture donnée l’a habillé. En toutes circonstances, c’est le principe extrait et fondé sur les sources scripturaires qui est la référence ultime. Sans doute est-ce à propos des femmes et de leur statut qu’il faut le plus souvent rappeler ces principes de méthodologie tant la confusion est grande : dans l’esprit de beaucoup de musulmans encore, être fidèle aux enseignements islamiques en matière d’éducation des femmes, d’accès aux mosquées, de mariage et de divorce, d’indépendance sociale et financière, de participation politique, c’est faire comme on faisait dans le pays d’origine ou comme disaient les oulémas de là-bas. Ainsi voit-on des parents justifier des traitements différenciés tout à fait inégalitaires entre leurs fils et leurs filles (et clairement discriminatoires pour ces dernières) en termes de permissions, de sorties ou autres. D’aucuns, en Europe et aux États-Unis, leur interdisent l’entrée dans les mosquées et si, par un bienheureux hasard, il existe une place pour elles, elle est le plus souvent délabrée, et souvent même sans une bonne sonorisation. Des imams légitiment « islamiquement » des mariages à la va-vite, sans aucune démarche administrative officielle préalable, qui laissent des femmes sans assurance et sans droits, abusées et trompées par des individus peu scrupuleux. L’accès au divorce est rendu des plus difficiles quand il paraît clair pourtant que la femme défend ses droits les plus élémentaires.
Au su de tous, certaines femmes subissent des violences et des traitements avilissants, dans le silence et la complicité coupables d’une communauté musulmane qui justifie son inaction et sa lâcheté caractérisée par la recommandation islamique de « ne pas s’occuper de ce qui ne nous concerne pas ». Il y a loin pourtant entre exiger un traitement digne pour les femmes et la curiosité malsaine : la première est notre honneur, la seconde – dont parle la recommandation prophétique – notre indignité. On trouve encore toutes sortes de restrictions comme l’interdiction « islamique » de travailler, de s’engager socialement, de parler en public ou encore de faire de la politique. Et que n’a-t-on pas entendu sur l’« impossible mixité » ! Certes, on a parfois affirmé et cautionné ces pratiques dans les pays d’origine et on trouvera certainement des oulémas des courants traditionalistes ou littéralistes (que nous avons présentés plus haut) affirmant que tels sont les enseignements islamiques ; il demeure pourtant qu’un retour aux sources scripturaires, afin d’évaluer ces pratiques et d’opérer une nette différence entre des pratiques culturellement fondées et les principes islamiques, est impératif. On verra que la marge interprétative est grande et que certains en ont, sciemment ou non, réduit les limites.
Il faut même aller plus loin. L’influence culturelle ne se trouve pas seulement en aval de l’extraction des règles, à savoir dans leur seule mise en application. Une lecture attentive des travaux des spécialistes des fondements du droit et de la jurisprudence (usûl al-fiqh) et du fiqh lui-même montre que ces derniers sont eux-mêmes baignés dans un espace culturel et une société qui influencent leur propre démarche. Impossible, pour eux comme pour tout être humain, de s’abstraire totalement de son environnement social et humain : d’une façon ou d’une autre, ceux-là façonnent notre intelligence et notre regard sur le monde. Dire que seules les sources scripturaires sont la référence, cela veut dire qu’il faut se donner le droit d’étudier et de questionner les lectures produites par les savants classiques, afin de savoir si oui ou non il existe une marge d’interprétation que notre nouveau contexte nous aurait fait découvrir. Être en accord avec nos principes islamiques dans ces domaines, c’est accepter d’aller au bout de cette étude fondamentale.
On ne peut pas faire dire aux textes n’importe quoi (et c’est en cela qu’il existe un cadre normatif de lecture) ; mais ce que le texte permet de dire, il faut pouvoir le dire même si cela bouscule nos vieilles habitudes culturelles.
C’est à cela qu’il faut s’engager en ce qui concerne la question de la femme musulmane. L’accès des femmes aux études et le renouveau de leur engagement sont en train de leur permettre d’étudier plus profondément les sources islamiques et d’entreprendre une réflexion qui questionne les vieilles évidences nées de pratiques culturelles ancestrales. Il ne s’agit néanmoins pas d’un processus qui mettrait en opposition les femmes contre l’oppression des hommes. Dans la réalité, c’est une autre dynamique que l’on observe : des savants, des intellectuels et des femmes, ensemble, sont en train de donner naissance à un mouvement de libération de la femme dans et par l’islam lui-même. S’éloignant des interprétations les plus restrictives, c’est au nom de l’islam lui-même qu’elles revendiquent, avec de nombreux hommes, leur opposition aux pratiques culturelles discriminatoires, au caractère faussement islamique de certaines pratiques, à la violence conjugale, au nom du respect du droit des femmes en matière de divorce, de biens, de parenté, etc. Lorsque nous avons pour la première fois nommé ce mouvement « féminisme islamique », beaucoup de musulmans nous l’ont reproché et certains de nos interlocuteurs non musulmans n’étaient pas convaincus [1] : l’observation du terrain, aux États-Unis comme en Europe, comme d’ailleurs dans le monde musulman, de l’Afrique à l’Asie, en passant par le Moyen-Orient et l’Iran, montre qu’un mouvement est en marche, lequel exprime clairement le renouveau de la place de la femme dans les sociétés islamiques et une libération qui revendique sa totale fidélité aux principes de l’islam.
Ce que nous observons concrètement en Occident en termes de réforme (et qui aura nécessairement des incidences sur le monde musulman) tourne autour de trois axes essentiels. Le premier tient à la conception de la femme elle-même : si jusqu’alors la majorité des travaux classiques se concentrait sur les fonctions de la femme en tant que « enfant », « épouse » ou « mère », il s’agit désormais de parler de la femme en tant que « femme ». Ce déplacement d’angle n’est pas un détail : c’est bien une transformation de la conception de la femme qui se joue dans la révision de notre façon d’en parler. Désormais, on s’intéresse à son être, à sa psychologie et à sa spiritualité ; et on lit le Coran avec ce nouveau regard.
Nous sommes loin encore d’être allés au bout des travaux en ce sens ; mais nombreux sont les hommes et les femmes qui travaillent en ce sens, aux États-Unis, en Grande-Bretagne, en France, en Allemagne, en Espagne, pour ne citer que quelques pays. Il faut noter également le rôle influent de nombreuses femmes converties qui, souvent rigoureuses dans leur maîtrise des instruments juridiques, questionnent judicieusement l’héritage légal musulman auquel se sont mêlés subrepticement de nombreux traits arabes ou asiatiques [2]. Dans le prolongement de ce travail, on en vient à discuter des droits de la femme, de la gestion du couple (autrement qu’en termes de confrontation sur la base des droits et des devoirs respectifs des époux), de son engagement social et de sa participation aux débats académiques comme politiques.
Le deuxième axe de la réforme en cours est la conséquence directe de ce que nous venons de présenter, puisqu’il s’agit de l’émergence d’un discours nouveau, fortement ancré dans les sources islamiques mais ouvrant des perspectives nouvelles pour les femmes.
Ce qui est nouveau surtout, c’est que ce discours est de plus en plus porté par les femmes elles-mêmes qui étudient, s’expriment et de plus en plus enseignent. Elles s’affichent musulmanes, critiquent les interprétations erronées, utilisent les marges interprétatives offertes par les textes et par les avis des oulémas de la tradition réformiste, et elles construisent un discours sur la femme musulmane qui les invite à une fidélité active, intelligente et juste : une fidélité islamique qui libère devant Dieu et qui ne les soumet point aux imageries machistes ni de l’Orient ni de l’Occident.
Le dernier axe est, quant à lui, la conséquence des deux autres, puisqu’il s’agit d’une reconnaissance de la nécessaire visibilité des femmes. Leur présence dans les mosquées, aux conférences ou aux séminaires, dans les organisations islamiques, dans l’espace public, à l’université, sur les lieux de travail, est devenue de plus en plus massive ; et cette visibilité est une revendication claire de leurs droits autant à être, à être là et à s’exprimer. Beaucoup de femmes affichent en Occident leur droit à être respectées dans leur pratique, en portant le foulard ou en exprimant les marques visibles de la pudeur par laquelle elles désirent être approchées : leur fidélité aux prescriptions islamiques ne les empêche d’ailleurs pas d’adopter un goût tout à fait occidental quant à leur tenue vestimentaire, son style ou ses couleurs.
Engagées dans un mouvement dans et par l’islam, elles promeuvent un « féminisme islamique » qui ne signifie pas l’acceptation sans regard critique de toutes les modes et de toutes les façons d’être des autres femmes d’Occident. Si elles se battent pour la reconnaissance de leur statut, pour l’égalité, le droit au travail, à l’égalité des salaires, etc., cela ne veut pas dire qu’elles désirent s’éloigner des exigences de leur foi ou les oublier. Elles sont musulmanes occidentales, elles respectent les principes de leur religion et les habillent selon le style et le goût de leur culture. Il est intéressant de noter, en outre, que de nombreuses femmes musulmanes, voilées et non voilées, travaillent ensemble dans de nombreuses organisations, et ce dans le respect du choix de chacune : cette évolution est importante parce qu’elle est un pas décisif vers l’acceptation des opinions et la promotion d’un dialogue interne grandement nécessaire.
Ce féminisme est en route, même si l’on peine, en Occident, à accepter l’idée qu’une femme musulmane puisse se libérer de l’intérieur du champ de référence islamique ou encore qu’une femme portant le foulard en une quelconque façon puisse être effectivement libre et libérée. La voix des femmes de plus en plus audible et leur visibilité grandissante devraient à terme changer ces représentations et, espérons-le, proposer un autre modèle de femme occidentale, moderne, libre et toujours profondément musulmane. Ce ne sera pas le modèle classique de la « femme occidentale libre » ; mais nous avions dit plus haut que ce qui établit la liberté est non pas la forme particulière que celle-ci peut avoir dans une ère civilisationnelle donnée ou pour une population donnée, mais l’existence réelle des principes qui la fonde : une conscience autonome qui fait ses choix au nom de ses convictions. Il faudra bien, en Occident, respecter cette autre façon d’être libre.
Pour les femmes et les hommes musulmans, il restera à gérer des défis communs de première importance dans les sociétés occidentales et qu’il ne faudra pas, au nom de la seule promotion du féminisme, relativiser ou minimiser. Les hommes comme les femmes doivent se souvenir que les prescriptions islamiques insistent fortement sur la centralité de la famille, sur le rôle des mères comme des pères, sur l’éducation et l’accompagnement des enfants, sur la transmission du savoir et de tout ce dont il a été question dans les sections précédentes.
Vouloir la liberté et les droits, pour les hommes comme pour les femmes, ne peut signifier pour autant oublier ses responsabilités individuelles, familiales et sociales. Tout porte à croire que sans une vigilance accrue les citoyens occidentaux de confession musulmane vont, de plus en plus, vivre les mêmes déroutes que certaines des familles de leurs concitoyens : divorces, violences, abandons d’enfants, fractures entre les générations, délaissement des parents âgés, et tout à l’avenant. Nous n’en sommes pas là, mais tous les indices statistiques montrent que les familles musulmanes tentent à se normaliser vers le pire. Cet état de fait devrait éveiller leur conscience à la nécessité d’un engagement social réfléchi et conséquent.
Disons encore, en terminant cette section, que l’on doit entendre et comprendre les réticences affichées par certaines musulmanes et certains musulmans quant à l’appellation « féminisme islamique » pour des raisons historiques (mémoire de la colonisation) ou idéologiques (crainte d’une occidentalisation de la terminologie). Dans les faits, la mobilisation intellectuelle et sociale destinée à promouvoir une nouvelle lecture des sources scripturaires et à déterminer un statut d’autonomie pour la femme est bien de nature « féministe » (en termes de revendication de droits) dans et par l’islam. Ce ne sera d’ailleurs qu’un moment de l’affirmation des femmes et de l’expression du refus des discriminations dans les communautés musulmanes en Orient ou en Occident. Au-delà de ce combat, il faudra promouvoir la « féminité islamique », en englobant tous les aspects de la question : la dignité et l’autonomie de l’être féminin, l’égalité en droit, la complémentarité par nature. Cette féminité islamique devra déterminer une certaine façon d’être, de se sentir femme devant Dieu et parmi les êtres humains : spirituellement, socialement, politiquement, et culturellement. Libres, autonomes et engagées comme l’exigent les Textes et doivent le garantir les sociétés.
[1] Voir la préface de Françoise Germain Robin, dans L’islam en questions, Actes Sud, 2000, Paris.
[2] Le fait qu’elles soient converties ne leur donne pas toujours une crédibilité auprès des musulmans qui y voient une influence de l’Occident. C’est d’ailleurs pourquoi elles se forment souvent d’autant plus sérieusement et avec rigueur, pour établir leur position sur une base juridique solide. À moyen ou à long terme, la légitimité du propos (si effectivement il est fondé sur une étude sérieuse et rigoureuse)sera naturellement reconnue
“Sous prétexte de défendre la liberté d’opinion, ils rendent la haine légitime et génèrent exactement le contraire de ce qu’ils prétendent défendre.”
Faisant provision de goûters à Costco, mes yeux sont tombés sur un livre qui a tout de suite retenu mon attention.
Sa couverture présentait une femme portant la burqa ou le niqab, vêtements portés par une minorité de femmes musulmanes. La burqa est un vêtement qui recouvre tout le corps et qui est pourvu d’un grillage au niveau des yeux. Le niqab couvre tout le visage, ne laissant qu’une fente pour les yeux.
Intriguée, j’ai acheté le livre tout en félicitant en pensée l’éditeur pour avoir réussi à me soutirer 20 $.
Ils savent trop bien que le niqab est bon vendeur, qu’il fait les manchettes et que c’est un bon moyen de détourner l’attention. C’est aussi un excellent conducteur d’émotions et de peurs de toutes sortes.
Il y a quelques mois, les politiciens canadiens ont débattu du sujet, à savoir si le niqab et l’exercice du droit de vote étaient compatibles et s’il serait accepté lors de procédures judiciaires.
Le sujet a fait l’objet de discussions un peu partout dans le monde, notamment au Québec, en Grande-Bretagne, aux Pays-Bas et en Italie; le plus souvent manipulé par les politiciens de droite afin d’alimenter une fausse controverse.
De façon tout à fait prévisible, la question a ressurgi, en France cette fois; un pays en pleine crise identitaire. Le président Nicolas Sarkozy en fait ses choux gras dans l’espoir de détourner l’attention de sa baisse de popularité. Sous les applaudissements tapageurs de ses collègues parlementaires, il a déclaré :
« Dans notre pays, nous ne pouvons pas accepter que les femmes soient prisonnières derrière un écran, coupées de toute la vie sociale, déshéritées de toute identité…c’est un signe de soumission, un signe de rabaissement. »
Les politiciens savent trop bien qu’ils pourront aller chercher des votes en jouant de la peur auprès d’une population qui se sent de plus en plus vulnérable face à l’accroissement du nombre de musulmans et que cette dernière accueillera favorablement des lois qui, tout en semblant préserver leur identité, leur donne un faux sens de sécurité.
En 2004, les femmes musulmanes ont fait les frais de cette stratégie, alors qu’une loi interdisait le port du voile islamique dans les écoles publiques françaises.
Le président Barack Obama a abordé ce sujet dans son discours prononcé au Caire, il y a trois semaines :
… « Il est essentiel que les pays de l’occident se gardent d’empêcher leurs citoyens musulmans de pratiquer leur religion comme bon leur semble; par exemple en dictant aux femmes musulmanes la façon de se vêtir. Nous ne pouvons dissimuler une hostilité envers quelque religion que ce soit derrière le paravent d’un prétendu libéralisme. »
Et pour appuyer davantage, le président Obama a ajouté « Laissez-moi vous dire qu’aux États-Unis, nous avons comme principe de ne pas dire aux gens comment se vêtir. »
Il a compris. Malheureusement, les personnes qui attaquent le niqab et la burqa sont celles que le sujet rend mal à l’aise : les journalistes, les politiciens, les intellectuels et les féministes.
Sous prétexte de défendre la liberté d’opinion, ils rendent la haine légitime et génèrent exactement le contraire de ce qu’ils prétendent défendre.
Il est ironique de constater qu’ils ne sont pas particulièrement sympathiques envers celles qu’ils prétendent défendre.
En parlant au nom de ces femmes, ils présument de leur manque d’humanité et de leur statut d’idiotes à qui on peut parler, de qui on peut parler, mais jamais avec qui on peut parler.
Les femmes musulmanes se couvrent le visage pour diverses raisons. Malheureusement, on ne les entend jamais; ni leur histoire, ni la raison de leur choix, ni leur façon de faire face au défi, ni de l’incidence sur leur intégration, ni sur ce qu’elles pensent de tout ça.
Sahar Ullah, étudiante diplômée de Chicago, s’exprime dans un blog à propos de son expérience sur le port du niqab : « La plupart des gens qui exprimaient une opinion sur le niqab ne m’ont jamais demandé pourquoi je le portais, mais ils avaient quand même une opinion…Ce sont les musulmans qui étaient les plus virulents. Ils insistaient pour dire que le port du niqab ce n’est pas bien; je m’attardais surtout à défendre mon droit à faire mes propres choix. »
Voici la liste d’hypothèses quant à ses intentions que les gens ont dressée : idéologie, respect de la loi, façon de se dissimuler, prise au piège, prétention, piété extrême, héroïsme, peur des hommes, désir de séduire, dissimulation de la mauvaise conduite, comportement antisocial, recherche d’attention, un passeport pour le mariage, désir d’être silencieuse, un père opprimant, et le prétexte classique : cacher sa couleur foncée.
Il serait peut-être temps que nous réévaluions les préjugés qui alimentent ce débat. Avoir peur trahit notre manque de confiance en nous, et en l’autre. En laissant la peur s’insinuer dans nos sociétés, la liberté ne sera plus qu’une illusion et nous mettrons en danger les notions même de ce qu’est une société démocratique.
L’organisation Human Rights Watch (HWR) abonde en ce sens :
« L’interdiction du port du voile viole les droits humains et marginalise les femmes qui le portent. La liberté de conscience et celle de vivre sa religion sont des droits fondamentaux… et une telle interdiction signifierait à de nombreux musulmans français qu’ils ne sont pas bienvenus dans leur propre pays. »
Avec de la suite dans les idées, on a annoncé qu’une commission officielle sera créée dans les prochains six mois afin d’étudier la question de la burqa.
Ça sent le patriarcat!
En se rapportant au contexte et aux origines du niqab, la majorité des musulmans ne le considère pas obligatoire. Quant à la minorité qui y voit une obligation religieuse, elle devrait, en raison des dispositions sur la liberté de religion, avoir le droit de porter le niqab.
De plus de plus de discussions se tiennent dans les communautés musulmanes sur le féminisme musulman : le combat pour la reconnaissance des droits des femmes dans le cadre de référence islamique et contre la discrimination venue de la culture et contre une approche littéraliste des textes.
Ces discussions de base sont l’occasion privilégiée pour rappeler que les femmes ne devraient pas être forcées de faire quoique ce soit contre leur gré. Et pour rappeler également que les choix faits à partir de convictions personnelles doivent être respectés : un droit garanti dans la plupart des démocraties.
Ce dialogue avait déjà commencé à l’époque du Prophète. Il encourageait fortement les femmes à jouer un rôle actif au sein de la société islamique tout en soulignant qu’elles ne devraient pas confondre la modestie avec le retrait des sphères politiques, scolaires, religieuses, sociales, économiques et même militaires. En d’autres termes, les femmes musulmanes étaient maîtresses de leur propre destinée.
Sarkozy a conclu son discours en disant que la burqa « ne sera pas bienvenue sur notre territoire. »
Il est à espérer qu’il en vienne à comprendre qu’une éventuelle loi bannissant un vêtement ne changera rien que des apparences extérieures.
La véritable émancipation et la possibilité pour les femmes musulmanes d’être libres, autonomes et engagées ne verront le jour que lorsqu’elles pourront parler pour elles-mêmes et non pour l’agenda politique de quelqu’un.
Traduit de l’anglais par Suzanne Touchette
14 juillet-”Une culture de peur et d’humiliation” par Sheema Khan
14 Jul | Filed Under Marwa al-Sherbini | Leave a Comment
“C’est donc à nous de faire avancer la mission de la lutte au racisme et de l’établissement de ponts, afin que son fils – et tous les enfants – puissent grandir à l’abri de la peur et des préjugés.”
La mort de Marwa al-Sherbini, poignardée dans une cours de justice allemande aura des répercussions dans les mois qui viennent. Déjà, en Égypte, où elle a été enterrée cette semaine, on sent monter une colère qui risque de s’étendre ailleurs au Moyen-Orient, en Asie du Sud et à l’intérieur des minorités musulmanes d’Europe.
La blogosphère égyptienne bouillonne d’indignation; indignation devant le meurtre crapuleux d’une femme enceinte dans une cours de justice et, plus particulièrement, devant le manque d’attention accordé à ce crime haineux par les institutions politiques et par les médias européens. Plusieurs remarquent la loi des deux poids deux mesures dans cette affaire. L’horrible meurtre de Theo van Gogh à Amsterdam en 2004 a servi de prétexte à une suspicion généralisée à l’endroit des musulmans hollandais, alors que le meurtre de Marwa à Dresden la semaine dernière est l’œuvre d’un « fou isolé », un immigrant russe donc, pas un « vrai » Allemand.
Ce qui exaspère aussi, c’est l’absence de réaction au meurtre d’une femme, en plein cœur de l’Europe, tuée pour la seule raison qu’elle portait le hijab. Il est pourtant facile d’imaginer l’indignation si une femme était tuée parce qu’elle ne portait pas le hijab. Rappelez-vous la réaction viscérale provoquée par l’assassinat, en 2007, d’Aqsa Parvez, cette adolescente de Mississauga.
Alors que les autorités germaniques font enquête pour déterminer si le meurtre de Marwa devrait être considéré comme un crime haineux, ils devraient en même temps porter une attention particulière à la réaction des agents de sécurité de la cours. Pendant que Marwa se faisait poignarder, son mari s’est porté à son secours. Un officier de justice, présumant que l’homme au physique moyen oriental devait être l’agresseur, lui a tiré dessus. Il est actuellement dans un état jugé critique.
Ils sont plusieurs à penser que le cas de Marwa n’est pas un cas isolé. La Commission européenne contre le racisme et l’intolérance souligne, dans son rapport de 2004, que « l’islamophobie continue de se manifester sous différentes formes. Les communautés musulmanes sont la cible d’attitudes négatives et parfois de violence et de harcèlement. Ils sont victimes de diverses formes de discrimination et parfois de la part des institutions publiques. » L’organisme Runnymede Charity de Londres, dans son rapport de 2004
Islamophobia : a challenge for us all, écrit que les musulmans sont perçus par les Européens comme « l’autre » et comme n’adhérant pas aux valeurs de la culture européenne. On croit que l’islam est violent, agressif et qu’il supporte le terrorisme. On estime que l’hostilité envers les musulmans est un phénomène naturel et tout à fait normal.
Alors, il ne faut donc pas s’étonner que les musulmans européens soient de plus en plus vus comme des « étrangers » qui possèdent une culture monolithique et rigide qui est l’antithèse de la culture européenne.
Tandis que sa cote de popularité est en baisse et qu’il est aux prises avec la récession, le président français, Nicolas Sarkozy, fait diversion en annonçant que la burqa ne sera pas la bienvenue dans son pays. Même les musulmans qui ne sont pas partisans de la burqa n’ont pas apprécié que Sarkozy mette leur communauté sur la sellette.
Et c’est encore la loi des deux poids deux mesures. Et encore les généralisations sommaires. Lorsque par hasard le coupable est un musulman, on a droit à des unes sensationnelles, et les musulmans ainsi que leur religion sont dépeints de façon négative. Dans le cas de Dresden, la réaction miroir se produit en Égypte : tous les Allemands sont plus ou moins responsables du sort de Marwa. Dans la foulée d’actes de violence sauvage, notre instinct primaire nous pousse à blâmer tout le monde, à soupçonner les inconnus.
Toutefois, suite à de tels épisodes, nous devons œuvrer encore plus fort à combler le fossé entre ce que Dominique Moisi appelle la culture de la peur et la culture de l’humiliation. Sinon les messagers de haine atteindront leur but et réussiront à diviser les gens. Comme l’écrivait Mariane Pearl, la veuve de Daniel Pearl : « Ils essaient de tout détruire en vous : l’initiative, l’espoir, la confiance, le dialogue. La seule façon de les mettre en échec, c’est de démontrer la force qu’ils pensent vous avoir enlevée. La force de continuer à vivre, de continuer à glorifier la vie. »
Rappelons-nous que la xénophobie est le véritable ennemi; lequel peut étendre ses métastases, tel un cancer, à moins que la société ne se mette en garde contre la tendance pernicieuse de considérer les autres comme moins humains que soi. Nous avons vu le terrible spectre du racisme au Keswick High School et à Courtenay, en Colombie-Britannique. Nous avons malheureusement notre propre lot d’injustices commises à l’endroit de groupes ethniques et de communautés autochtones. Malgré tout, la partie la plus noble de l’esprit humain essaie de faire disparaître ces sombres épisodes en éclairant l’avenir avec la lumière de la justice et de la réparation.
Le meurtre de Marwa doit servir à quelque chose. Elle avait poursuivi en justice son agresseur pour l’avoir traitée de terroriste. Certains pourraient croire qu’elle a perdu sa cause. C’est donc à nous de faire avancer la mission de la lutte au racisme et de l’établissement de ponts, afin que son fils – et tous les enfants – puissent grandir à l’abri de la peur et des préjugés.
Peinture par Gino Carmen Burman-Loffredo, “Fear of Fear”
Traduit par Suzanne Touchette
10 juillet-”M.J. – Tu me coupes le souffle” par Shelina Merani
10 Jul | Filed Under Michael Jackson | 1 Comment
Ma très chère mère souffre d’insuffisance cardiaque congestive dont un des effets secondaires se traduit par une difficulté à respirer. La voir traverser ainsi ces épisodes atroces, me ramène à mes propres expériences dans ce domaine.
Tout a commencé le jour où j’étais assise devant le téléviseur avec ma famille pour regarder la célébration du 25e anniversaire de la compagnie de musique Motown. J’avais alors treize ans et je ne m’attendais pas à ce qui allait se passer.
Michael Jackson est arrivé sur scène et il a chanté Billie Jean. Il me fascinait. C’était la première fois de ma vie que j’avais l’impression de manquer d’air.
Ce moment m’a changée pour toujours et j’allais vivre souvent au cours de ma vie un moment semblable où je me sentirais inspirée, dans un autre monde, en présence de mon créateur.
Ironiquement, Michael aussi a souffert de difficultés respiratoires dans les derniers instants de sa vie. On a constaté son décès à 14 h 26, le 25 juin 2009.
La terre n’a peut-être pas arrêté de tourner pour autant en apprenant cette nouvelle, mais cette dernière a provoqué une ruée sur Google suivie d’un effondrement d’Internet alors que les gens partout sur la planète tentaient de vérifier la nouvelle. Qui pourraient les en blâmer; n’était-il pas la personne la plus connue au monde?
Tout au long de mon adolescence, c’est la musique de Michael Jackson qui me faisait décrocher. J’avais la chance d’avoir un frère D.J., ce qui me donnait accès à une quantité énorme de musique. Quand j’avais les bleus, je m’enfermais dans sa chambre du sous-sol et je dansais pendant des heures. Ça me faisait toujours un grand bien.
Michael Jackson était conscient de l’effet que sa musique produisait chez les gens : « Je veux rejoindre les masses et permettre aux gens de décrocher grâce à l’émerveillement que procure une bonne musique. »
L’incroyable talent de Michael Jackson me ramenait à la créativité transcendante de Dieu. Michael était conscient de sa responsabilité : « Je suis un visionnaire et je sais faire preuve d’une grande créativité, Dieu m’a fait don de certains talents et je suis honoré d’avoir été choisi. »
Il y a seulement quelque mois, alors que je lisais sa biographie, mes enfants m’ont demandé qui il était, pourquoi il avait l’air différent et quel genre de vie il a eu.
Nous avons parlé de son enfance difficile; du fait d’être une âme incomprise, de sa solitude, de sa fuite à travers la musique loin de sa douleur et de la vie isolée qu’il connaissait. Il a déjà dit : « Les gens pensent me connaître, mais ils ne me connaissent pas. Pas vraiment. En vérité, je suis une des personnes les plus seules au monde. Il m’arrive de pleurer parfois parce que je souffre. Vraiment. Pour dire la vérité, je pense qu’on pourrait dire que c’est douloureux d’être moi. »
Il a aussi parlé de son enfance faite de tristesse : « Mon père me battait. C’était difficile d’accepter d’être battu et ensuite monter sur scène. Il était sévère; très dur et entêté. »
J’ai expliqué à mes enfants que malgré tous les malheurs qu’il a connus au début de sa vie, Michael Jackson a été capable de les surmonter et de devenir une source d’inspiration pour des milliers de gens. Il était l’incarnation du rêve américain, un danseur né; il a tracé la voie de l’avenir en transformant la culture pop et en modifiant notre façon d’écouter la musique et de nous divertir.
Je leur ai expliqué aussi que Michael rejoignait les gens au-delà des barrières raciales et culturelles, que sa musique était universelle et qu’elle émouvait les gens partout dans le monde.
Je trouvais important que mes enfants comprennent ce phénomène qui avait occupé une place si importante dans ma vie, dans mon histoire personnelle. Je voulais surtout qu’ils écoutent les chansons qui parlent de justice sociale, d’être un facteur d’évolution; des chansons qui tentent de rendre le monde meilleur. Des chansons inspirantes comme : Man in the Mirror (l’homme dans le miroir)
« Je commence par l’homme dans le miroir, je commence par lui demander de changer, aucun message ne pourrait être plus clair, si tu veux rendre le monde meilleur, regarde-toi et commence par te changer. »
Nous avons regardé ses vidéos, rivés à l’ordinateur pendant des heures, nous balançant et essayant sans succès de faire le moonwalk (la marche lunaire). Je garderai toujours vivant le souvenir de ce moment avec mes enfants.
Ce pas de danse symbolisait son esprit brillant et innovateur. C’était « un petit pas pour l’homme, mais un grand pas pour l’humanité » et la musique serait transformée à jamais.
Bien que la vidéo Thriller ait choqué ma fille, je ne regrette pas de les avoir exposés à ce qu’était Michael Jackson.
Puis, en naviguant sut Internet, j’ai eu vent de rumeurs à l’effet que Michael Jackson était devenu musulman. Il aurait été approché par l’auteur canadien David Wharnsby et par le producteur Phillip Bubal alors qu’il semblait un peu déprimé.
Son frère Jermaine lui avait aussi parlé de l’islam et avait déjà dit : « Je lui ai rapporté beaucoup de livres à mon retour de voyage à la Mecque et il m’a posé beaucoup de questions sur ma religion. Je lui ai répondu que c’était un message de paix et que c’était très beau. Il a tout lu et il a dit qu’il était fier de moi parce que j’avais trouvé quelque chose qui m’apporterait la paix ainsi qu’une force intérieure. Je crois qu’il est fort probable que Michael se convertisse à l’islam. Il pourrait faire tellement, tout comme j’essaie moi-même. Michael et moi, et la parole de Dieu; nous pourrions accomplir tellement. »
Une source explique comment Michael s’est éventuellement converti à l’islam :
« Le 21 novembre dernier, le chanteur s’est converti à l’islam lors d’une cérémonie tenue à la maison d’un ami à Los Angeles. Pendant la cérémonie dirigée par un imam de la mosquée locale, il aurait été assis par terre et aurait porté une petite calotte blanche. Il a prononcé la shahada, la déclaration de foi des musulmans. »
La question à savoir si Michael Jackson était musulman ou non resurgira bientôt après son enterrement.
La mort de Michael Jackson a mis les médias dans l’embarras; ceux qui ont essayé de le faire passer pour un excentrique. Comment pourraient-ils parler de son passé? Devraient-ils parler de ses échecs, de sa vie mouvementée, de ses dettes, de ses démêlés avec la justice, de ses excentricités?
Et ce sont les foules cependant qui allaient guider les médias sur la tournure que prendrait cette histoire exceptionnelle. En se rassemblant dans les rues des grandes villes de la planète et en faisant jouer sa musique, les gens ont clamé que sa vie devrait être célébrée non pas pour la controverse qu’elle a engendrée, mais pour la bonté qu’elle a inspirée et pour ce qu’il a légué au monde en tant qu’artiste.
J’ai ensuite visité le site de célébrités TMZ et j’ai été choquée de voir qu’ils l’appelaient encore du nom dénigrant de « Jacko », continuant ainsi la cruauté même après sa mort.
Comme le soulignait une personnalité de MTV : « Regardez les plus grandes stars; elles ont toutes eu des hauts et des bas, ça faisait partie de leur caractère d’artiste, de leur créativité. Tout ça contribue à gonfler leur iconographie.
C’étaient justement les faiblesses de Michael Jackson qui le rendaient plus humain, et il le reconnaissait lui-même dans sa chanson : « S’ils demandent pourquoi, pourquoi, dites-leur que c’est la nature humaine. J’aime vivre ainsi, j’aime aimer ainsi. »
Barry Gordy, le fondateur de Motown et le mentor de Michael Jackson tout au long de sa vie, nous a livré ceci sur sa vie : « Enfant, Michael était toujours plus mature que son âge, un innovateur, un génie dans ce qu’il faisait. C’est comme s’il avait déjà vécu sur cette terre avant; il connaissait la vie. Michael était absolument brillant, il avait une soif d’apprendre. J’ai vu ça quand il a dansé la première fois; il bougeait, parlait et pensait tout à la fois. Il voulait toujours être le meilleur et il était prêt à mettre l’effort nécessaire pour y arriver. »
Récemment, on entendait beaucoup parler aux nouvelles du spectacle « Le meilleur spectacle au monde », le retour de Michael Jackson. Il est mort avant.
Les gens se demandent si c’est le stress lié à ce retour ou les médicaments qui ont causé son décès. La réponse est que son temps était venu.
« Il n’est point de bête, sur terre, dont la subsistance ne dépend de Dieu; Il sait où elle s’abrite pour se reposer et où elle gît [après sa mort]. Tout est en un livre explicite» (Coran 11:6)
La mort de Michael Jackson est son retour ultime. Elle l’a fait revivre et a ravivé l’importance qu’il avait pour les gens qui se remettent à écouter sa musique, à se rappeler son talent et l’incroyable héritage qu’il laisse derrière lui. C’est une renaissance.
Ses enfants et sa famille doivent être fiers de ça.
Jermaine a conclu sa conférence de presse à l’hôpital par ces mots : « Qu’Allah soit toujours avec toi Michael, toujours. Je t’aime. »
Ce moment m’a rappelé la chanson We are here to change the world (Nous sommes ici pour changer le monde) « Nous avons une mission, dans la lumière éternelle, une révélation de la vérité dans les chapitres de notre esprit. Adieu les temps difficiles, nous allons les ébranler, les détruire; nous partageons une lumière plus lumineuse que le soleil. Vive les temps nouveaux! Nous allons simuler, éliminer et se rassembler, illuminer. »
Au moment où l’image irréelle du départ de sa dépouille était diffusée en direct, Michael Jackson n’était plus un créateur, mais il rencontrait plutôt son Créateur et continuait à jamais de nous couper le souffle.
(Cet hommage à Michael Jackson, je le dédie à mes enfants : Sarah-Mecca (10) et Alif (7). Puissiez-vous toujours mener à terme ce que vous entreprenez, au service de vos semblables.)
Traduction : Suzanne Touchette






