MPO

« Puis-je vous être utile en quoi que ce soit? Avez-vous besoin de quelque chose? »

C’est ainsi que s’adressait à moi, derrière ses lunettes, cet imam à l’air calme et sérieux, du haut de ses deux mètres. Et c’était lors de ma dernière rencontre avec l’imam Jamil Al-Amin, à l’occasion de ma venue à Washington DC, comme représentant du groupe de travail américain sur le Kosovo, afin de soutenir une mosquée qui tentait d’amasser des fonds pour ce pays.

Quand je repense à toutes mes rencontres avec Imam Jamil, je le revoie me posant la même question.

Et ce n’est pas uniquement à moi qu’il posait cette question; il la posait à tous ceux avec qui il avait l’occasion de travailler. Il cherchait toujours à se rendre utile.

En tant qu’invités réguliers des conférences islamiques, nous avons souvent partagé la même estrade. Mais plus maintenant. Tous ceux qui avaient coutume de l’inviter semblent l’avoir oublié.

Souvenez-vous de Dieu et ne craignez pas le FBI

Si la Secret evidence Act (loi sur les éléments de preuve secrets), les causes contre les dirigeants et les organisations musulmanes et l’enquête du Grand Jury touchant la Société islamique de l’Amérique du Nord (ISNA) et le Cercle islamique de l’Amérique du Nord (ICNA), etc., sont destinés à intimider les musulmans, eh bien, ça fonctionne.

Les avoirs du Quran Literacy Institute géré par l’ancien président d’ISNA, M. Ahmed Zaki Hammad, sont gelés, mais ni ISNA, ni aucune des deux plus grandes mosquées de Chicago où il a été imam, n’ont fait grand-chose pour lui venir en aide. M. Hammad a même de la difficulté à amasser les fonds nécessaires à sa défense.

Imam Jamil, un des quatre plus grands leaders musulmans d’Amérique du Nord, est en prison depuis maintenant huit  an et les musulmans ont fait très peu pour lui venir en aide. C’est comme si nous le déclarions coupable ainsi que les autres dans la même situation et que nous tentions de les oublier.

Le message que nous convoyons à nos dirigeants et à nos bénévoles semble être : « servez-nous tant que vous êtes libres » après, débrouilles-vous et merci beaucoup.

Comment se fait-il que les musulmans oublient si facilement le principe universel établi par Dieu pour tous les êtres humains : innocence jusqu’à preuve du contraire? Ou bien peut-être que tout le monde écoute le même conseil que celui qu’on me prodigue :

« Frère Mujahid, vous ne devriez pas vous occuper de cela, sinon le FBI sera à vos trousses. »

Bien que chacun de nous ne souscrive pas au programme de tous les musulmans, ni n’approuve tous leurs discours, nous ne devons pas laisser notre crainte des autres interférer avec le devoir que nous avons d’aider Imam Jamil et les autres à obtenir justice au moment où ils en ont besoin. Cela va à l’encontre du principe islamique soutenant qu’on ne doit craindre personne autre que Dieu.

Les efforts de l’imam Jamil pour l’unité des musulmans

J’ai rencontré Imam Jamil pour la première fois lors du rallye historique organisé par le groupe de travail américain pour la Bosnie, lequel a réuni 50 000 musulmans à Washington en 1993.

J’étais alors le coordonnateur du groupe de travail qui réunissait dix organisations nationales de musulmans des États-Unis. Et lui, il était un ancien dirigeant des Black Panthers prenant la défense de Bosniaques « blancs » et ralliant les gens toutes couleurs confondues.

Je l’avais choisi, ainsi que trois autres dirigeants nationaux, comme les seuls conférenciers du rallye. Mais lui, il a immédiatement recruté le célèbre défenseur des droits civils, le comédien Dick Gregory pour livrer un message.

À cette époque, Imam Jamil était le vice-président du Conseil musulman américain (AMC) et le Amir de sa communauté. Je découvrais une personne humble, calme et réservée. C’est à cette occasion que je l’ai entendu pour la première fois me poser cette question

« Puis-je vous être utile en quoi que ce soit? », bien qu’il soit mon invité. Imam Jamil accueillait toujours favorablement tout élan visant à unifier les musulmans.

Lorsque j’ai lancé l’idée de mettre sur pied le Islamic Shura Council of North America (le Conseil de la shura islamique de l’Amérique du Nord), il a répondu avec enthousiasme. Il en a d’ailleurs été le second président.

Je n’oublierai jamais une des rencontres du Conseil de la shura à laquelle je participais avec Imam Jamil et où étaient également présents M. Sayed Mohammad Sayeed, secrétaire général d’ISNA et Imam Plemon Al-Amin, président de la shura de la Société des américains musulmans (sous l’égide de Imam W.D. Mohammad).

La réunion se tenait à la mosquée de l’imam Jamil à Atlanta. C’est alors que j’ai pu voir de quoi avait l’air une mosquée de gens démunis aux États-Unis. En attendant l’arrivée des invités, il a pris un balai et s’est mis à balayer la mosquée.

Puis, nous nous sommes tous assis pour partager un repas des plus simples. Je ne me rappelle pas tous les détails de cette assemblée, mais je me souviens qu’Imam Jamil y a présenté une résolution, appuyée par tous les membres, visant à demander de meilleures conditions de détention pour le frère Omar Abdul Rahman, ce savant Égyptien aveugle actuellement emprisonné aux États-Unis.

Aucun de nous, sans doute, ne se doutait qu’Imam Jamil serait un jour accusé et jeté en prison.

Je me souviens d’une autre occasion, où je lui rendais visite à son magasin qui n’offrait qu’un banc de bois dur à qui voulait s’asseoir. Je lui ai alors demandé : «Étiez-vous impliqué dans ce vol, avant votre venue à l’islam, pour lequel vous avez fait de la prison? – Non, je n’étais pas impliqué dans ça », a-t-il répondu.

Pendant que j’étais dans son magasin, aucun client n’est entré. Il n’y avait pas grand-chose à vendre; Imam Jamil croit aux produits santé et naturels, et sa marchandise reflétait ces critères.

Par contre, plusieurs personnes, des jeunes et des plus vieux sont entrés lui demander de l’argent. Et lui qui n’avait probablement pas beaucoup à donner leur a quand même donné. À moi, il a fait cadeau de miel au ginseng.

J’ai continué de le rencontrer dans différents programmes, principalement sur les estrades en attendant notre tour de parler. Nous commencions à bavarder et immanquablement il me demandait : « Puis-je vous être utile en quoi que ce soit? »

Au bout du compte, c’est une question de justice et responsabilisation

Eh bien non, ma réaction au sort de Imam Jamil n’en est pas une émotive. J’ai voulu venir à son aide aussitôt qu’il est clairement apparu qu’il s’agissait encore du phénomène du « leader noir ».

Au début, je me disais : il y a le Conseil de la shura, ISNA et ICNA. D’aussi loin que je me souvienne, ils l’ont toujours invité à titre de conférencier. Ils vont sûrement faire quelque chose pour lui. J’ai attendu encore et encore.

Je n’ai rien entendu sur le sujet sauf les plaintes de la part des défenseurs des droits civils de la communauté musulmane à l’effet qu’ils n’arrivaient pas à amener ces organisations à intégrer ce problème à leur ordre du jour. Encore une fois, le leadership musulman venu d’ailleurs n’arrive pas à s’imposer et à former des alliances avec les victimes d’injustices de notre société.

Alors quelle est ma position, moi qui suis déjà impliqué dans tellement de choses : imam à Chicago, directeur de Sound Vision, coordonnateur du groupe de travail sur le Kosovo, père de six enfants et mari? J’espérais que d’autres prendraient la défense de Imam Jamil. Mais personne n’a rien fait. « Puis-je vous être utile en quoi que ce soit? », ces mots prononcés par l’imam continuent de résonner dans ma tête.

Innocent jusqu’à preuve du contraire

Ici-bas, nous avons un système de justice qui, à sa façon, décidera ou non de l’innocence de Imam Jamil. Dans l’au-delà, Celui qui connaît déjà la vérité, rendra la justice absolue. Mais à ce moment-là, on nous demandera également :

« Vous êtes-vous battu pour que justice soit faite? »

Ce jour-là on me demandera ce que j’ai fait pour venir en aide à Rodney King, à Amadou Diallo ou à Imam Jamil. On nous demandera à tous si nous avons pris la défense de Imam Jamil seulement parce qu’il est musulman ou bien par principe de justice pour notre frère et tous les autres accusés injustement comme lui. Ça n’a pas d’importance si la victime d’injustice est Amadou Diallo ou un policier blanc. Peu importe si la personne a ou non un casier judiciaire. Nous vivons dans un monde où la justice n’est pas évidente.

Mais nous devons essayer en comptant sur l’aide de Celui qui connaît déjà la vérité et qui rendra toujours justice à partir de la vérité. Nous devons faire en sorte de mener une existence guidée par la justice et des principes, et être prêt à les défendre au besoin.

Pensez-y, ça pourrait vous arriver

Celui qui pense que l’injustice dont est victime Imam Jamil ne peut jamais l’atteindre est un imbécile heureux. Demain ça pourrait être vous. Et votre crime serait : être musulman, être noir ou être brun. Laissez-moi vous citer un exemple.

Des amis et moi voyagions de Chicago à St. Louis, Missouri, pour assister aux funérailles du père d’un ami lorsque nous avons été arrêtés; pas par un policier, mais par plusieurs, et ce n’était pas des agents de la circulation.

Pendant qu’ils nous interrogeaient, ils encerclaient notre véhicule, prêts à dégainer.

Où allez-vous comme ça?
À des funérailles.

Pourquoi n’êtes-vous pas vêtus pour la circonstance?

Les musulmans ne portent pas d’habits particuliers pour ça.

Nous avons su, plus tard, que les policiers étaient en alerte dans la région; on leur avait demandé de rechercher sur l’autoroute et d’arrêter des hommes portant la barbe et des femmes en hijab. Leur cible : les musulmans. Un autre exemple de cela est le harcèlement dans les aéroports. J’en ai été victime à plusieurs reprises, même avant que le profilage racial devienne « loi ». Et je ne suis pas un Afro-Américain. Je peux seulement imaginer ce qui m’attendrait si je l’étais.

Imaginez la scène : vous attendez patiemment en ligne pour récupérer vos bagages et rentrer à la maison où vous attend votre famille, et vous remettre du décalage horaire. Soudainement, devant tout le monde, vous êtes tiré de côté et vos bagages sont ouverts à la vue de tous. Au mieux, c’est humiliant et dans le pire des cas, c’est dégradant. Et pour quel crime? Vous n’êtes pas de la bonne couleur.

Le cas du Quranic Literacy Institute et du frère Ahmad Zaki Hammad, ainsi que celui du Imam Khalifah de Chicago représentent seulement deux exemples où les droits et les biens (dans le premier cas) ont été injustement confisqués. Très peu de musulmans, qu’ils soient représentants ou simples citoyens, ont pris leur défense.

Les éléments de preuve secrets sont maintenant un outil dont se servent les États-Unis contre la présomption d’innocence. Et c’est un fait, des musulmans sont emprisonnés actuellement aux États-Unis, en vertu des éléments de preuve secrets, dans ce pays même qui se considère comme un modèle en matière de droits humains. On les proclame coupables, jusqu’à preuve du contraire.

Des droits civils pour les musulmans, c’est aussi des droits pour tous.

Au bout du compte, ce sont les droits civils des musulmans qui sont menacés. Mais les droits civils des musulmans ne se limitent pas à eux seuls, ils concernent tous les humains; c’est la justice pour tous. En œuvrant à faire valoir les droits de Imam Jamil Al-Amin, non seulement les musulmans seront-ils sensibilisés à la souffrance des groupes minoritaires, par exemple, les Afro-américains, mais ils s’acquitteront de leur obligation de combattre pour faire triompher la justice. Nous, les musulmans, pouvons faire triompher la justice pour tous, une justice sans parti pris qui garantit non seulement par écrit, mais en pratique, qu’une personne est innocente jusqu’à preuve du contraire. Et ensuite, nous pourrons soutenir d’autres pays dans leur lutte pour instaurer des lois qui garantiront les droits civils et la justice.

À l’heure actuelle, les musulmans sont seuls dans leur lutte pour leurs droits civils. Comme l’un des avocats juifs d’une victime musulmane m’a dit récemment, les musulmans sont les nouveaux « nègres » d’Amérique. Ils doivent en payer le prix et montrer le chemin à d’autres de leurs concitoyens. Sinon les musulmans continueront d’être injustement accusés.

Imam Jamil, que puis-je faire pour vous?

Notre frère, Imam Jamil, est en difficulté. C’est un être humain, comme nous qui a besoin de notre aide. Il a besoin que nous combattions pour la justice, et pas seulement pour lui, mais pour le principe de présomption d’innocence.

Il demandait à moi et aux autres : « Que puis-je faire pour vous? » Maintenant c’est à notre tour de nous demander ce que nous pouvons faire pour lui et de lui offrir une réponse sous forme de soutien et d’action.

Abdul Malik Mujahid est président de Sound Vision et coordonnateur du groupe de travail américain sur le Kosovo.

Traduit par Suzanne Touchette

Site web de Imam Jamil Al-Amin

Il y a deux ans, je participais aux côtés de M. Jason Kenney, alors Secrétaire d’état au multiculturalisme, au lancement du film L’imam et le pasteur, une production nigérienne qui dépeint le processus du pardon entre les personnes. M. Kenney avait l’habitude d’assister à ce genre d’événements afin de démontrer son soutien envers la diversité. 

Aujourd’hui, ses dispositions semblent avoir changées.

Maintenant ministre de la Citoyenneté et de l’Immigration, M. Kenney pense que la promotion de la diversité n’est pas l’affaire du gouvernement. Il appuie plutôt le plan d’intégration à cause d’une nouvelle perception qui voudrait que les immigrants ne s’intègrent pas suffisamment, qu’ils ont des vues conservatrices et qu’ils justifient l’usage de la violence en s’appuyant sur des dogmes religieux ou sur des griefs d’ordre ethnique.

M. Lawrence Martin du Globe and Mail décrit ce volte-face politique comme « l’arrivée d’un éléphant dans un magasin de porcelaine ». 

Ce genre de message de la part du ministre fait naître chez les immigrants des scénarios troublants et des craintes inutiles. Pourtant la réalité est toute autre. Des milliers de Canadiens de toute origine, que ce soit indienne d’Asie, somalienne ou chinoise, ont déjà intégré la société canadienne et accepté comme les leurs, les lois, l’histoire et les institutions du Canada. 

La bonne nouvelle dans tout ça : les politiciens vont et viennent. 

Mais nous, les citoyens, sommes ici pour rester et nous devons nous battre de façon constructive avec ces questions importantes pour notre avenir commun.

Et c’est ce qu’ont fait les citoyens de la ville de Rotterdam, en Hollande, au cours des trois dernières années. Dans un rapport publié, intitulé Citoyenneté, identité et appartenance, sous l’autorité de Tariq Ramadan, savant de réputation mondiale, ces citoyens posent une question fondamentale :

Qu’est-ce que la citoyenneté? Le rapport y répond en affirmant que la citoyenneté relève de l’intégration psychologique. 

Pour se sentir chez eux, les citoyens ont besoin d’une reconnaissance de leur contribution, de bénéficier de droits égaux et de se sentir en confiance et respectés.

Le rapport va encore plus loin : concevoir la citoyenneté dans un cadre étroit d’intégration va à l’encontre de l’esprit même de ce qu’est la citoyenneté. Par exemple, si on demande à un groupe de s’intégrer, est-ce qu’on ne suggère pas qu’il doive faire table rase de son passé identitaire pour se conformer à l’autre groupe? Ou alors, qu’un groupe ne fait pas partie de « nous »?

Le rapport ose même poser une autre question fondamentale : Croyons-nous vraiment qu’une fois que nos concitoyens se seront intégrés, tous les problèmes d’ordre culturel, social ou religieux seront résolus? Ou est-ce une façon de pousser nos problèmes socio-économiques dans les pièges de la « culturalisation », de la « régionalisation » ou de l’islamisation »? 

Alors, lorsque M. Jason Kenney affirme que « pour progresser, les immigrants devraient adopter les valeurs de liberté et de démocratie de l’occident », peut-être utilise-t-il l’intégration pour faire diversion et ainsi camoufler les vrais enjeux : des droits égaux et des chances égales pour tous les membres de notre société. 

Quelqu’un devrait l’éclairer. 

La stratégie la plus efficace serait de reconnaître et de faire la promotion de « l’égalité dans la diversité » en s’attaquant en toute honnêteté aux vrais problèmes qui empêchent les immigrants de se sentir chez eux, soit : l’accès à l’emploi, l’absence de politique touchant la diversité, la non reconnaissance des diplômes étrangers, le sous-financement, le racisme et un système scolaire fermé à l’histoire du monde, etc. 

M. Newman Kusina, un universitaire originaire du Zimbabwe est très familier avec tout ça. Il passe des nuits sans sommeil devant son ordinateur à essayer de trouver un emploi dans son domaine.

« Quand je suis arrivé ici, j’avais les attentes et tout l’enthousiasme qu’on a lorsqu’on arrive dans un nouveau pays. Mais, c’est le cauchemar absolu. » Aujourd’hui, il travaille comme gardien de sécurité. 

Comme se devrait tout bon citoyen, M. Kusina est respectueux de la loi, mais ça ne l’empêchera pas de se servir de son droit démocratique pour exiger de son gouvernement une attitude responsable et conforme à l’éthique comme : ne pas tenter de se cacher derrière un “plan d’intégration.”

Et espérons que nos politiciens émergeront assez longtemps de leur ghetto intellectuel pour comprendre que le rêve de la vraie citoyenneté ne verra le jour que lorsque chaque citoyen fera partie de « nous ».   

Traduit par Suzanne Touchette

 

 

Dans un article paru chez “Le Devoir” et “La Presse” le 12 mai, Mme Djemila Benhabib s’en prend à la Fédération des femmes du Québec (FFQ) dont les membres ont voté contre l’interdiction du port des signes religieux ostentatoires par les employées de la fonction publique québécoise. Mme Benhabib y cite « l’alliance » entre la FFQ et certaines associations musulmanes locales, dont Présence musulmane Montréal (PMM).

Évidemment, Présence musulmane Montréal appuie la position prise par la FFQ. Cependant, les membres de Présence Musulmane Montréal présentes à l’assemblée spéciale de la FFQ s’y trouvaient à titre individuel. Elles étaient là aussi, et surtout, en tant que femmes, en tant que féministes et en tant que citoyennes québécoises dont l’avenir est indissociable de celui de la société. Accuser la FFQ, comme fait Mme Benhabib, d’une «compromission avec des mouvements politiques des plus rétrogrades…» relève de la fumisterie.

Ainsi traite-t-elle les membres de PMM présentes à Québec de « militantes islamistes ». De tels propos témoignent d’une grande ignorance quant au travail de PMM, qui œuvre sur le terrain social et politique québécois depuis plusieurs années maintenant. Tel qu’indiqué sur notre site (www.presencemusulmane.org), Présence musulmane Montréal est un collectif de musulmanes et musulmans qui promeut une citoyenneté participative nourrie d’une compréhension contextualisée de l’islam et d’une identité ouverte, tout en cultivant un vivre-ensemble harmonieux dans notre société. D’ailleurs, PMM s’est donné comme objectif prioritaire de susciter et de contribuer au dialogue, et de participer aux débats publics tout en prenant position sur les questions sociales et les problématiques touchant tant les Québécois de confession musulmane que la société québécoise dans son ensemble.

N’en déplaise à Mme Djamila Benhabib (« …seule la propagande des femmes islamistes dominait… »), les voix des femmes musulmanes, associées à PMM et autres, étaient peu nombreuses à s’exprimer lors de cette assemblée spéciale. La grande majorité des interventions en faveur de la proposition de la FFQ venaient des femmes québécoises dites « de souche » et non pas de musulmanes. Par ailleurs, comme elle le dit elle-même dans son article (« Sur ce chapitre, heureusement que trois femmes iraniennes ont rappelé le cauchemar que vivent leurs compatriotes depuis l’imposition du voile islamique par Khomeiny et sa révolution islamique en 1979. »), Mme Benhabib et plusieurs autres femmes qui s’opposent au port du foulard à la fonction publique ont pris la parole à de nombreuses reprises afin de faire valoir leur point de vue.

Mais où est le vrai débat? Mme Benhabib voudra peut-être détourner notre attention en évoquant le spectre de l’islamisme. En effet, accuser une personne ou un groupe d’ « islamisme » est devenue le moyen privilégié de taire tout débat : coupable! Ainsi, Mme Benhabib s’emploie à cacher son mépris pour les femmes et les associations membres qui étaient présentes le 9 mai à l’assemblée spéciale de la Fédération des femmes du Québec en insinuant qu’elles ont été « dupées » par les « islamistes ». Toutes les femmes qui ont voté en faveur de la proposition faite par le CA de la FFQ seraient-elles des auto-aliénées, privées du libre-arbitre et à la solde des dangereux extrémistes que sont les femmes musulmanes? Si la démarche n’était pas si insultante, elle serait totalement risible.

En effet, au lieu de reconnaître que la résolution adoptée par la FFQ est l’expression même de la liberté de conscience et de choix, des valeurs québécoises dont nous sommes tous et toutes si fiers, et un exercice profondément démocratique, Mme Benhabib s’en fait l’unique garante. Elle menace et insulte ainsi celles qui oeuvrent au nom de la réelle diversité, du respect et du vivre- et de l’agir- ensemble, du droit à l’emploi et à l’égalité devant la Loi.

La Fédération des femmes du Québec a tranché, ouvertement et démocratiquement. Elle n’a pas retenu l’alarmisme et les fausses représentations dont Mme Benhabib se fait le porte-parole autoproclamé. Le message est clair : c’est aux femmes elles-mêmes de se définir, de préciser les enjeux de leur combat pour la justice et l’égalité. Tout comme la FFQ vient de faire.

Source: Le Devoir et PMM

Dans l’espoir de ne pas soulever la controverse, certaines voix officielles du Vatican ont tenté d’expliquer que la visite du Pape au Moyen-Orient n’a rien de politique.

On devrait plutôt la voir comme un « pèlerinage » ayant pour but de répandre un « message religieux » de paix. Toutes ces contorsions terminologiques ne changeront rien à la réalité des faits : le chef de l’Église catholique, le chef d’État du Vatican, se rend dans une région déchirée par le plus grave conflit politique de notre époque.

Le monde serait en droit d’attendre de sa part, aussi bien à un discours essentiellement religieux, qu’une prise de position politique claire sur le conflit israélo-palestinien. Au mois de mars 2000, le pape Jean-Paul II avait ouvert la voie à une réconciliation et avait visité Israël. Il avait présenté des excuses pour les siècles de persécution et de massacres perpétrés par l’Église et par les chrétiens (ou avec leur complicité active ou passive). Cette étape était à la fois importante et nécessaire. Toutefois, il serait surprenant que Benoît XVI s’en tienne à faire la même chose : ce dont la communauté internationale et le Moyen-Orient ont le plus pressant besoin, c’est d’un pape qui fait plus que formuler des excuses et accepte d’assumer quelques responsabilités.

De façon concrète, cela signifie de travailler concomitamment sur deux tableaux. Il devient impératif d’ouvrir les archives du Vatican et d’exiger davantage de transparence en ce qui a trait au passé. Au-delà des excuses, un point de vue autocritique et une responsabilisation à partir des faits vérifiés seront d’une aide précieuse pour tous les chrétiens et favoriseront les relations avec les juifs. Nous avons besoin d’une telle ouverture pour nourrir l’espoir que le pape actuel suive les pas de son prédécesseur en faisant la promotion d’un dialogue interreligieux, d’une meilleure compréhension et d’un engagement envers le pluralisme religieux, le respect mutuel et les valeurs communes.

La clarté de son message religieux donnera plus de poids à son message politique. Bien que le conflit israélo-palestinien soit politique, rien n’empêche un chef religieux de faire entendre sa voix. Depuis trop longtemps, on nous répète que ce conflit concerne les juifs et les arabes, ou les musulmans. Le pape doit expliquer clairement que les droits de tous les croyants doivent être également respectés ; que les juifs, les chrétiens et les musulmans doivent bénéficier de droits égaux quant à la pratique de leur religion et à l’accès aux sites sacrés. Par son silence sur la question, le pape, ainsi que de nombreux chrétiens partout dans le monde, corrobore l’idée qu’il s’agit d’une opposition des juifs contre les musulmans. Paradoxalement, moins il est de voix religieuses défendant le principe d’égalité plus le conflit est perçu comme une opposition religieuse (juifs contre musulmans).

De plus, le pape se doit d’agir en accord avec les valeurs chrétiennes et donc, de dire la vérité ; en tant que chef de l’Église catholique, il a le devoir moral de prendre la défense des pauvres et des opprimés. Les Palestiniens sont les opprimés ; ils continuent de souffrir du blocus intolérable de Gaza. Autant les papes successifs ont présenté des excuses pour le passé, autant Benoît XVI a la responsabilité de rappeler aux dirigeants des puissances qu’ils sont responsables et devront répondre de leurs actions. La visite du pape après les événements de Gaza ne peut en aucun cas être considérée comme un pèlerinage ; peu importe les pressions qu’on exerce sur lui pour offrir des excuses répétées, ce que les gens veulent entendre de la part de l’Église, c’est un message clair et réaliste sur le conflit au Moyen-Orient.

Espérons que le pape rappellera au premier ministre israélien Netanyahu (dont le parti ne reconnaît pas l’État palestinien) et à son ministre des affaires étrangères, Lieberman, qu’il n’y aura pas de paix s’il n’y a pas de justice, et que le sang des Palestiniens vaut celui des Israéliens. Un silence sur la question équivaudrait à un appui à Israël : en temps de répression, pas de politique relève de la politique. Est-ce que le pape aura le courage politique nécessaire pour être la voix religieuse contemporaine qui rappellera à l’humanité la responsabilité éthique qui incombe aux puissants ainsi que l’égale dignité et la résistance légitime auxquelles ont droit les opprimés ? Tel était le message de Jésus et il devrait rester le même, en Israël et partout dans le monde.

Traduit par Suzanne Touchette, texte paru dans The Guardian le 9 mai 2009

Alex Foxman de la soit-disant Anti-Defamation League (ADL) « Ligue antidiffamation » s’est attaqué à Bill Moyers pour la seule raison que ce dernier tentait d’œuvrer à l’instauration de lois morales pour tous au Moyen-Orient. Il fallait s’y attendre, bien sûr, mais la direction de l’ADL en rajoute en prétendant que George Mitchell est trop honnête pour servir de négociateur entre Israël et les Palestiniens.

Je crois comprendre qu’en dénonçant le choix que le président Obama a fait en nommant Mitchell comme négociateur pour le Moyen-Orient, Foxman révèle qu’il est davantage habitué à des médiateurs impartiaux tel Dennis Ross – qui, après avoir quitté l’administration Clinton est retourné au lobby pro-israélien – comme incarnation de l’institut de Washington pour la politique au Proche-Orient, d’où il venait. Ou bien Foxman comparait-il Mitchell à Alan Dershowitz, le célèbre propagandiste israélien? (J’ai déjà qualifié Dershowitz de serpent sur les ondes d’Al Manar TV, ce dernier a alors écrit un article dans le Jerusalem Post dans lequel il m’a traité d’antisémite. Ma seule faute a été de ne pas m’excuser auprès des serpents.)

Je suis désolé d’avoir à le dire, mais malgré l’admiration que je porte à George Mitchell pour ses nombreuses années de service à la population, il faudra plus que de l’honnêteté pour mettre fin à l’occupation de la Palestine par Israël et à la brutalité qu’elle entraîne.

Les pirouettes des différentes administrations qui se sont succédé au fil des années et qui ont toutes présenté de grandes mises en scène du « règlement » du conflit, n’ont rien fait d’autre que gaspiller l’encre des journaux et le temps d’antenne consacrés aux efforts de paix, comme si les médias étaient dupes de ce que des vendeurs de pétroles malhonnêtes comme Condelica Rice essayaient de faire avaler au public américain.

Quelqu’un au gouvernement aurait déjà dû comprendre que l’État d’Israël n’a aucune intention de céder la bande de Gaza à un éventuel État palestinien même si certains mettent en garde contre le cantonnement des Palestiniens dans un régime d’apartheid pour le reste du siècle si on n’en arrive pas à la « solution des deux États ». Les Israéliens n’ont certainement pas l’intention de permettre aux Palestiniens de les renverser dans un processus électoral; la seule solution reste un apartheid du genre sud-africain.

On connaît tous les raisons évoquées par les Israéliens qui les empêchent de signer la paix qu’ils disent tant désirer :

« Nous n’avons personne avec qui négocier. »

« Nous ne pouvons discuter avec les Palestiniens tant qu’ils ne reconnaissent pas le droit à l’existence d’un État israélien. »

« Ils doivent d’abord mettre fin à leurs attaques terroristes. »

« Nous avons fait la meilleure offre possible aux Palestiniens, mais ils l’ont refusée. »

Voilà un exemple seulement des excuses rabâchées et débitées servant à refuser toute entente. Il semble que très peu de gens se rendent compte de la supercherie bien qu’en fait elle ait été mise au grand jour depuis plusieurs années. Et alors que l’establishment continue de rêver à la paix, Israël continue d’engloutir les terres des Palestiniens, de les battre, de les jeter en prison et de les massacrer jour après jour.

Je suis profondément convaincu, ainsi que toute personne qui refuse de voir le conflit seulement à travers la lunette israélienne, qu’à moins qu’un président américain ne demande de façon claire aux Israéliens de chasser les colons de la bande de Gaza, il ne peut y avoir de paix. Seulement plus d’occupation, plus de brutalité, plus de violation des lois internationales et plus de massacres sanglants de civils comme celui dont nous venons d’être témoins à Gaza. À moins de cela, les Israéliens auront le contrôle absolu et les États-Unis se feront encore plus d’ennemis, et pas seulement au Moyen-Orient, mais partout dans le monde.

Le président Obama a récemment déclaré que s’il n’arrive pas à remettre l’économie sur ses rails au cours de son premier mandat, il ne sera pas reconduit pour un deuxième. Cependant, ce dont il n’a pas encore tenu compte, c’est du fait que l’occupation palestinienne déclenche la colère des terroristes contre les intérêts américains partout sur la planète.

Obama fait face au choix suivant : Ou bien il se met à dos le lobby du Likud en lui demandant le retrait des colons de la bande de Gaza, ou bien il continue de lui fournir le généreux financement nécessaire au maintien de l’occupation israélienne contre les Palestiniens.

Que croyez-vous qu’il fera? Nous devrions déjà avoir appris que les États-Unis ne peuvent plus se permettre d’écouter les Abe Foxman et les Alan Dershowitzes de ce monde. Comme nation, nous n’avons plus d’argent, nous sommes à court d’idées et incapables de mettre un frein à la corruption morale et financière de Washington DC, laquelle englobe celle venue du lobby du Likud. La conséquence : les riches sont de plus en plus riches et la classe moyenne de plus en plus désespérée; elle cherche des emplois qui n’existent plus et des maisons qu’elle ne peut plus se permettre.

Des personnes comme George W. Bush et Dick Cheney ont provoqué l’effondrement de notre monde, et ils sont ensuite partis dans le soleil couchant, heureux de savoir qu’ils ont enrichi leurs riches amis grâce aux guerres qu’ils ont déclenchées.

Les fluctuations du prix du pétrole et le déferlement des dépenses militaires causé par les conflits au Moyen-Orient – tout cela payé par les gens de ce pays – ont amassé des fortunes pour leurs petits copains. Malheureusement, nous n’en avons pas fini de payer, en termes de vies humaines et de dollars, pour les enfantillages des huit dernières années de M. Bush.

Pendant encore longtemps, nous récolterons la haine et la violence causées par ces guerres, en plus de souffrir au plan économique à cause de leur politique d’avarice et de corruption. Et nous n’avons pas encore pris la mesure des misères, de la pauvreté et de la corruption que ces deux héros ont engendrées avec la guerre contre l’Iraq.

Soutenu par la lâcheté de notre président et par celle du Congrès, Israël a les coudées franches pour continuer son occupation. La brutalité est une conséquence inévitable d’une occupation nécessaire afin de garder la terre qu’il a volée des Palestiniens. Nous avons un besoin urgent de changement; nous espérons et prions afin que M. Obama ait le courage de le provoquer. Un tel engagement est absolument nécessaire, sinon, nous pouvons dire adieu à tout espoir de civilisation.

James G. Abourezk est un ancien sénateur américain (D-SD) et le fondateur du American-Arab Anti-Discrimination Committee (le comité anti-discrimination américain-arabe). Il pratique actuellement le droit à Sioux Falls au Sud-Dakota.

Traduit par Suzanne Touchette

Nos remerciements