MPO

Que dire encore sur Gaza ? Le Monde diplomatique de ce mois publie six pages sur cette guerre qui a quitté la Une de l’actualité. Le cessez-le-feu tarde à se mettre en place, et la situation sur le terrain, c’est-à-dire le sort des Palestiniens de Gaza, est terrible. L’association Oxfam-France vient de lancer une campagne en ligne pour le respect du droit international et pour la levée du blocus israélien à Gaza.

Gaza, un pavé dans la mer (La boîte à bulles, 317 pages, 24 euros) : le premier livre sur la guerre de Gaza vient de sortir et il n’est sans doute pas étonnant qu’il soit composé à moitié par des auteurs de bande dessinée qui se sont mobilisés et qui ont dessiné leur vision de cette guerre. Car cet ouvrage collectif est coordonné par Maximilien Le Roy, lui-même auteur de bande dessinée de 23 ans qui écrit dans l’introduction : « Je pourrais écrire ici, par avance, toutes les critiques prévisibles que déclenchera cette initiative, mais je préfère laisser la place à l’expression plus éclairée de ceux qui ont accepté de jeter avec moi ce pavé dans la mare : ces artistes européens, ces esprits libres israéliens pour qui mon respect est inconditionnel, ces intellectuels qui résistent à toutes les fourches caudines et, surtout, ces habitants de Gaza qui témoignent de leur quotidien. Du quotidien brut, rugueux. Du réel, en somme. Rien que du réel. »

Je signale l’excellente réponse de Cédric Baylock, « Gaza, le critique et la critique » (parue sur le site Oumma.com, le 17 février), à la tribune de Pierre Jourde, « Le Juif, coupable universel », parue dans Le Monde du 22 janvier. « Autant le Jourde et Naulleau (Mots et Cie, 2004, sorte d’anti-Lagarde et Michard dans lequel ils flinguent les auteurs à succès) nous a fait beaucoup rire, autant les variations géopolitiques de ce spécialiste des troubles gastriques de la littérature française (La littérature sans estomac, Pocket, 2002, autre ouvrage à succès…) a de quoi nouer l’estomac. C’est peut être la première fois dans l’histoire de la critique littéraire que l’on voit l’une de ses gâchettes singer l’un de ceux qu’il descend. BHL en l’occurrence. Car de la première à la dernière ligne, cette tribune aurait pu être écrite par le philosophe médiatique. Hormis les passages les plus pertinents, que nous commentons également ci-après. »

Sur le même site, un article de Vincent Geisser du 18 février, « Le complexe du Goy. Ces “amis” français d’Israël qui flirtent avec l’antisémitisme » : « Contrairement à une idée reçue, le premier soutien d’Israël en France procède moins de l’action d’un quelconque “lobby” mais d’abord de la lâcheté et de l’hypocrisie de nombreux leaders d’opinion qui fantasment la puissance de la communauté juive. Leur relation à Israël se greffe moins sur un amour sincère pour l’Etat hébreu que sur une représentation ethnicisante de la communauté juive qui flirte parfois avec l’antisémitisme et débouche sur une posture politique : “Je suis avec Eux pour ne pas avoir d’ennuis”. Le problème est que ce “Eux” tend à la fois à essentialiser l’appartenance au judaïsme, à particulariser le rapport des juifs de France à l’identité nationale (ils seraient des Français pas tout à fait comme les autres) et à assimiler, sur un mode simpliste, identité juive/Etat d’Israël. »

Ceci n’est d’ailleurs pas nouveau. Lord Balfour lui-même, le signataire de la fameuse promesse du 2 novembre – qui « envisage favorablement l’établissement d’un foyer national juif en Palestine » –, avait été le promoteur en 1905 d’un projet de loi sur la limitation de l’immigration juive en Grande-Bretagne, qui visait avant tout les juifs de Russie. Et Mark Spikes, le négociateur britannique des accords avec la France (accords Sykes-Picot de 1916) partageant le Proche-Orient, écrivait à un dirigeant arabe : « Croyez-moi, car je suis sincère lorsque je vous dis que cette race (les juifs) vile et faible est hégémonique dans le monde entier et qu’on ne peut la vaincre. Des juifs siègent dans chaque gouvernement, dans chaque banque, dans chaque entreprise. » (Cité dans Israël-Palestine, vérités sur un conflit, Fayard, 2007, p. 59.)

« En somme, dit encore Vincent Geisser, cette forme de soutien “très franchouillard” à Israël conduit à faire des juifs de France une “tribu” au sein de la Nation française, et renoue indirectement avec les vieux thèmes antisémites du siècle dernier. Du coup, loin de normaliser l’Etat d’Israël en le considérant comme un “Etat comme les autres” – soumis aux mêmes règles du droit international que les Etats souverains – ce type de soutien verse dans une relation malsaine qui consiste à faire de l’Etat hébreu une sorte de “monstre géopolitique”, que l’on s’interdit surtout de critiquer. Pire, elle en vient à assimiler totalement identité juive et nationalité israélienne, en venant à accréditer l’idée que les juifs de France formeraient une sorte de “tribu d’Israël” au sein même de la Nation française. »

Sur l’avenir, deux pistes se dégagent : celle de l’inculpation pour crimes de guerre de dirigeants israéliens (nous reviendrons au mois de mars sur cette question dans Le Monde diplomatique) ; les campagnes de désinvestissement et de boycott. Ainsi, dans ce communiqué du 14 février : « Hampshire College devient la première université aux Etats-Unis à retirer ses investissements de l’occupation israélienne en Palestine ! » (Students for Justice in Palestine). Signalons aussi la sanction suédoise concernant Veolia et sa participation à la construction du tramway de Jérusalem.

Enfin, Ivan du Roy, sur le site Bastamag.net, publie un article sur « ces entreprises françaises qui profitent de la colonisation israélienne » (11 février). « Trois multinationales et une PME hexagonales sont impliquées économiquement de la colonisation de la Cisjordanie par Israël. La banque franco-belge Dexia finance plusieurs colonies. Alstom et Veolia comptent transporter leurs habitants à travers Jérusalem. La PME Manitou participe à la construction du mur de séparation. Toutes font du business en totale violation du droit international. »

 

Source : Les blogs du diplo
http://blog.mondediplo.net/…

gitmo_torture1Cher Omar,

Lors d’une entrevue, Michelle Obama racontait qu’à l’occasion de leur première rencontre, Barak Obama l’a amenée voir le film de Spike Lee : Do the Right Thing (Fais ce qui est juste).

C’est un film qui illustre la façon dont la société réagit face à ceux qu’on opprime et qu’on marginalise.

C’est à ça que je pensais pendant la prière de l’inauguration dans laquelle la révérende Sharon E. Watkins exhortait le président « …nous, la nation que vous servez, avons besoin que vous restiez attaché à vos valeurs les plus profondes, à nos valeurs les plus profondes. Au-delà de ce moment porteur de grandes attentes, nous avons besoin, pour continuer à espérer, que vous gardiez le cap sur nos espoirs communs. »

Sa prière a sans doute été entendue. En effet, le deuxième jour de sa présidence, le président Obama mettait en vigueur le décret qui met fin à toutes les procédures légales et à la fermeture définitive de Guantanamo.

Moi aussi j’ai prié pour toi quand tes séances d’interrogation, enregistrées par les responsables canadiens, ont été diffusées partout au Canada et dans le reste du monde.

Je ressentais ta douleur quand tu appelais ta mère « Ya ummi, ya ummi. » Si seulement j’avais pu faire quelque chose pour soulager tes souffrances.

J’ai pensé à toi pendant la lecture du poème Poems from Guantanamo, the Detainees Speak (Poèmes de Guantanamo, les détenus parlent).

C’est une collection de poèmes qui donne voix aux hommes détenus à Guantanamo. J’essayais d’imaginer ces figures d’humanité seules et isolées, tentant de communiquer entre elles.

Et maintenant, je m’adresse à toi. Tu en as enduré tellement pendant ces dernières années. La guérison risque d’être longue avant que tu puisses sentir que tu es un être humain normal à nouveau.

Je pense aux nombreux citoyens de toutes religions, cultures et origines confondues qui s’unissent pour réclamer justice en ton mon et pour te soutenir de toutes les façons possibles. Ils ont manifesté dans les rues, écrit des articles et des lettres, signé des pétitions, accordé des entrevues, et ils ont défendu ta cause en priant et en étant solidaires.

Que pourrais-je ajouter à ce tollé de protestation? Simplement un murmure porteur d’humanité et d’espoir.

Pas d’espoir en notre gouvernement , la dernière démocratie du monde occidental qui a encore un de ses citoyens à la prison de Guantanamo. Pas d’espoir envers ceux qui sont responsables de ta détention.

Mais plutôt l’espoir dans les mots qui ont résonné dans ce fort vent de janvier à Washington, mots que des millions de par le monde ont vu prononcés : « Le temps est venu de réaffirmer la force de notre caractère, de choisir la meilleure part de notre histoire, de porter ce précieux don, cette noble idée transmise de génération en génération : la promesse de Dieu que nous sommes tous égaux, tous libres et que nous méritons tous la chance de prétendre à une pleine mesure de bonheur ».

Et ce discours, cher Omar, énonce des mots de grande valeur qui j’espère nous aiguillonnerons vers le « stimulant » nécessaire pour faire ce qui est juste pour toi.

Shelina Merani est activiste, artiste et membre du réseau Présence musulmane.

Cette article est traduit par Suzanne Touchette de l’anglais

Il n’est jamais facile de supporter le regard et les jugements des autres. Dans la rue, tu perçois très souvent des signes d’agressivité et de rejet et tu fais face aux célèbres délits de faciès, de tenues vestimentaires ou d’origine.

Tu n’es pas comme les autres et les autres s’arrangent bien pour te le faire sentir… et tu le sens effectivement, profondément. Tu peux faire comme si tu ne voyais pas, tu peux jouer la force et l’indifférence, tu peux être “au-dessus de cela”, mais le poison t’atteint à l’intérieur, au fond de ton cœur, et te blesse. Par quel curieux bouleversement tes qualités se transforment désormais en défauts : ta sensibilité qui te permet de comprendre les êtres humains et de les écouter se retourne contre toi quand ils ne te comprennent pas. Hier, ton cœur était ta force, face à leurs regards, il est devenu ta faiblesse… difficile.

 Tu veux pourtant vivre normalement, dans la discrétion, la douceur et la fraternité. Ta foi t’enseigne à respecter et à servir l’humanité, à entretenir la création, à sourire aux êtres… on te transforme, jour après jour, en citadelle assiégée, crispée, retranchée. Le malaise est là, et la crainte. C’est une véritable épreuve, il faut le reconnaître sans détour. Certains ne la supportent pas et choisissent la ressemblance qui innocente plutôt que de risquer la différence qui culpabilise.

Elles ou ils cherchent à faire disparaître toutes marques distinctives : des vêtements à la pensée tout doit paraître “intégré”, comme les autres… mieux vaut disparaître dans la foule que de vivre l’enfer du malaise quotidien, de leurs jugements, de leur arrogance. Ne pas être vu, pour ne pas trop pleurer. “Être comme les autres, c’est trouver la paix.” … une illusion.

 Tu le sais. Tu as parfois observé cette volonté de disparaître dans la foule des autres chez ton propre frère, ta propre sœur… qui insistent et insistent jusqu’à l’excès pour prouver qu’ils sont d’ici, pour faire oublier qu’ils sont différents. Tu sais la profondeur de leur malaise. Au fond, ils vivent la même peur que la tienne. Quand on a un cœur, une sensibilité, quand on a besoin d’affection et de reconnaissance, le regard et le jugement des autres est une réelle agression, une sombre violence. Que faire ? Faire comme eux, penser comme eux, se soumettre aux représentations symboliques d’une société libérale très oppressive.

 Où donc trouver la force d’être et de résister ? Comment répondre à l’appel de son cœur sans se blesser et se déchirer au contact d’une société de juges ? Qui donc peut t’offrir les outils permettant de relever cet intime défi ? Ma sœur, mon frère, il est une école qui pourra insuffler en toi 1’énergie d’assumer tes convictions en décuplant la force de ta résistance : c’est l’école du cœur et de la spiritualité. Ici, on commence par reconnaître ses faiblesses, à les regarder en face et à les assumer.

On cherche à se connaître pour pouvoir se réformer et se dépasser. Tu le sais, au fond, le problème ce n’est ni “les autres”, ni leurs jugements… c’est toi et ton cœur, c’est l’intensité de ta foi, la nature de ta spiritualité. La force de l’intimité n’est pas le résultat d’une mise en scène, jamais : on sait combien sont intégrés en société et déchirés, désintégrés, dans leur intimité. Une illusion, encore.

 L’école de la spiritualité est exigeante et son premier principe stipule que la vraie force est à l’intérieur. Elle n’apprend pas à fuir ses malaises et ses manques, mais au contraire à les assumer et à les orienter. Reconnaître ses peurs et ses doutes, identifier les blessures affectives est une étape déterminante de l’initiation spirituelle. Dialoguer avec Dieu, lui dire tes déchirements, lui confier tes faiblesses, lui offrir tes fragilités est l’incontournable étape de ta libération.

Chercher en ton cœur, tourné(e) vers le Très-Haut, le sens de la force, la force de la patience, du courage, de la conviction.

Trouver la paix à l’intérieur pour se libérer des craintes de surface et des apparences, tel est le chemin de l’exigence spirituelle.

Il y a la prière, l’invocation, la méditation… il y a le silence. Face à la dictature des apparences, la libération est intérieure : si le monde entier venait à te juger, qu’importe… dès lors que Dieu te protège.

Son amour est ton bouclier qui, s’il naît et touche les sources profondes de ton être, rayonnera de douceur quand on voudrait te noyer sous l’agressivité. Ta force, la libération : offrir l’amour et le respect lorsque l’on veut t’imposer la haine et le rejet.

Présence Musulmane Toronto

Des circonstances particulières révèlent parfois l’absurdité des façons de faire de certains groupes musulmans.

J’ai assisté, la fin de semaine dernière, à une collecte de fonds au profit des victimes de Gaza. L’événement était organisé par les représentants de quelques mosquées qui transposent la rigidité de leur culture dans leurs interactions avec leur communauté.

À leur arrivée à la salle de réception plutôt élégante où avait lieu la soirée, les hommes et les femmes devaient, après avoir passé le « poste de contrôle », se diriger vers des entrées distinctes. Un « mur » divisait la salle : les hommes dans le beau quartier, les femmes et les enfants, dans le « campement ».

Les invités de marque, notamment les politiciennes et les femmes de politiciens étaient dirigés vers le beau quartier où des femmes venues comme participantes devaient les servir.

Les femmes et les enfants étaient à l’écart et n’avaient pas droit de parole « Les femmes! Silence et écoutez! ». À l’image de leurs sœurs de Gaza dont l’image était projetée sur les écrans vidéo.

Un observateur en retrait aurait pu penser que les organisateurs avaient eu la brillante idée de monter une mise en scène pour illustrer l’oppression et l’injustice dont sont victimes les Palestiniens depuis les 60 dernières années.

Les démonstrations publiques de soutien devraient être beaucoup plus que des collectes d’argent. Ce devrait être un moment pour se souvenir (dhikr) afin d’honorer la dignité de ceux qu’on opprime, une supplication (dua) en faveur des victimes d’injustices et une occasion, pour nous, de faire preuve de bonté « en donnant de ce que nous aimons ». Ce dont nous avons besoin, c’est d’une assemblée spirituelle sublime et significative qui réunit les croyantes et les croyants.

Avant de vouloir aider les victimes d’oppression à Gaza, il faudrait d’abord venir en aide à celles qui se trouvent parmi nous, car combattre l’injustice demande une rigueur sans faille « Pratiquez constamment la justice et soyez témoins pour Dieu même contre vous-mêmes… » (Coran 4 : 135).

Comment pouvons-nous prétendre nous indigner pour ce qui se passe à Gaza alors que des inégalités et des injustices sont perpétrées ici même à l’endroit de nos mères, de nos sœurs, de nos filles et de nos enfants?

Shaykhuna, abattez ces murs!

*Article traduit par Suzanne Touchette

Les yeux rivés sur les problèmes que semble poser la présence des musulmans dans les sociétés occidentales, on en arrive à oublier que l’islam est avant tout une foi, l’expression d’une continuelle recherche de proximité avec le Transcendant. L’expérience spirituelle est au cœur de la tradition musulmane.

Le Coran nous enseigne que chaque être porte en lui, dès l’origine, une étincelle, un souffle, un élan vers l’Etre : il s’agit d’une attirance innée qui nous pousse à rechercher le sens et la vérité. La spiritualité est donc ce retour vers l’intérieur, ce dévoilement de la source, pour vivre intimement la rencontre avec l’origine qui seule peut offrir la paix.

Ce sont bien là les trois mots clefs de l’expérience spirituelle musulmane : aspiration, rencontre, paix. Pour l’être humain, il s’agit de convoquer toute l’énergie de son cœur et de son intelligence pour trouver l’harmonie entre les appels de son être et les découvertes de son esprit. Il s’agit d’aller au-delà des contradictions apparentes. Alors que Pascal relevait : “ Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas ”, la tradition musulmane orienterait différemment : “ Le cœur a ses raisons que la raison reconnaîtra ”. La rencontre avec le divin, le souvenir du sacré, la prière et le jeûne sont autant d’expériences de re-connaissance, de re-découverte.

Cette spiritualité exigeante requiert un effort continu. La vie nous pousse parfois, par protection ou par paresse, à vivre à la surface de nos besoins et de nos désirs, sous le joug de nos colères ou de nos violences. La spiritualité permet une libération : au cœur de nos sociétés de consommation, elle rappelle la responsabilité de chacun à accepter sa complexité, à préserver le sens de l’effort, à exiger davantage de soi pour mieux respecter autrui.

C’est très exactement ici que la spiritualité musulmane rencontre l’expérience des autres familles spirituelles, hindouiste, bouddhiste, juive, chrétienne ou agnostique. Toutes, à leur manière, expriment l’idée d’une nécessaire discipline personnelle pour simplement apprendre et savoir vivre ensemble. Chacune rappelle que le cheminement intime et individuel est un préalable à l’équilibre collectif et social. Affirmer cela aujourd’hui n’est ni évident ni simple face à la logique d’un système qui emprisonne le sens et la valeur dans le calcul du seul rendement et de l’efficacité.

La spiritualité est bien un défi ; en cette fin de siècle, elle est un acte de résistance pour la promotion de la dignité des hommes, de leur cœur, de leur conscience, de leur intelligence. Il appartient à toutes les spiritualités de témoigner au cœur de la cité, d’un sens de la vie, de valeurs fondamentales à respecter. Pour cela, il faut sortir de l’analphabétisme religieux et culturel qui fonde la liberté des jeunes sur le vide : ne sommes-nous pas en train de leur mentir ? La question de l’éducation et de la transmission est centrale : comment transmettre le sens d’une spiritualité ou la réalité d’une religion (ou d’une philosophie) sans contraindre, comment témoigner sans imposer ?

Chacune de nos traditions doit faire face à ces difficultés : nous savons la nécessaire présence de la spiritualité dans notre quotidien mais nous devons faire le constat de sa claire marginalisation au sein de nos sociétés qui, par une peur certes légitime du prosélytisme, entretiennent l’ignorance.

Toutes les spiritualités ont pourtant un rôle à jouer. L’islam et les musulmans, plutôt que d’être une menace, pourraient, à l’avenir, jouer, avec les autres traditions spirituelles, un rôle de catalyseur positif permettant à nos sociétés de retrouver le sens de “ la conversation ”, selon l’expression de Paul VI, le goût de “ la délibération ” comme le rappelle, le pasteur Michel Bertrand. Nos sociétés pluralistes exigent en effet que nous évitions les simplifications, les pièges du “ tout-efficacité ”, la promotion d’une liberté évidée de repères, avec de surcroît la richesse d’une diversité qui s’ignore parce que nous aurions multiplié les ghettos sociaux ou culturels.

Nous avons, plus que jamais, infiniment besoin de l’autre, des autres. Sur ma route, combien d’amis chrétiens m’ont rappelé de ne pas oublier d’aimer. “Dieu est amour ” . Combien d’humanistes ou de rationalistes athées ou agnostiques ont été les compagnons de l’exigence dans le dialogue : j’ai appris, à leurs côtés, que l’intensité d’une foi ne s’oppose jamais à la rigoureuse activité de la raison. Ensemble nous avons à témoigner de nos convictions humanistes en nous engageant pour le respect des êtres humains et la promotion d’un citoyenneté responsable, en ne confondant jamais la force nécessaire de nos convictions avec la néfaste tentation des certitudes qui rejettent et qui excluent.

La spiritualité est une école de la paix : sur la route, elle requiert beaucoup d’amour, de la patience, un sens de la complexité et de la nuance. Tel est l’enseignement de toutes les spiritualités, de toutes les religions, de tous les humanismes : amour et exigence.

Publiée 13 décembre, 2007

Le féminisme musulman est apparu comme un phénomène global dans les années 1990 et s’étend depuis à une vitesse impressionnante jusqu’à ce début de siècle.

Cependant, bien qu’il soit un concept récent, le lien entre Islam et féminisme remonte déjà au 19e siècle.

Les tenantes d’un « féminisme musulman » ne voient nulle incompatibilité entre adhésion à une foi et revendication des droits de la femme. Leurs mouvements s’inscrivent dans un cadre islamique : il s’agit d’un féminisme à l’intérieur du féminisme et qui part « d’une appartenance religieuse pour arriver à des principes universels »… Dans ce texte, Malika Hamidi, figure de proue du féminisme musulman en Belgique, propose des éléments de présentation et de débat.

Compte tenu de la condition sociale actuelle des femmes musulmanes, loin d’être égale à celle des hommes dans les sociétés musulmanes, il est difficile pour l’Occident d’imaginer l’apport positif de l’Islam à l’endroit de la femme.

Tandis que les mouvements féministes s’appuient, pour la plupart, sur des valeurs, une pensée et une idéologie occidentales, le féminisme musulman semble apparaître comme un concept conflictuel puisque ce mouvement tire sa compréhension d’un paradigme religieux, celui de l’Islam, religion prétendue être l’antithèse des valeurs défendues par certaines féministes.

En effet, alors même que le concept « féminisme musulman » questionne et interpelle par son antinomie apparente dans les termes, certain(e)s n’y voient en revanche nulle incompatibilité, bien au contraire. Il n’est pas surprenant d’ailleurs de constater que nombreuses sont les féministes qui perçoivent en l’Islam un opposant majeur aux mouvements féministes ; vision étayée par des représentations sociales et des stéréotypes discréditants relatifs à la question de la femme musulmane.

Les tenantes d’un « féminisme musulman », pour leur part, ne voient nulle incompatibilité entre adhésion à une foi et revendication des droits de la femme, l’Islam leur ayant déjà accordé un certain nombre de droits qu’elles revendiquent aujourd’hui en se réappropriant le débat religieux.

Le féminisme musulman est apparu comme un phénomène global dans les années 1990 et s’étend depuis à une vitesse impressionnante jusqu’à ce début de siècle. Il faut dire cependant, que bien qu’il soit un concept récent, le lien entre Islam et féminisme remonte déjà au 19e siècle, à 1890 précisément [1].

Ainsi, depuis un certain nombre d’années, nous assistons à une dynamique de femmes, en marche dans le monde arabo-musulman mais également en Occident, développant un discours et une pratique articulés à l’intérieur même du cadre de référence islamique et tirant sa compréhension des sources scripturaires (Coran et Sunna) tout en demeurant en quête de droit et de justice pour les femmes au quotidien [2] .

Ce mouvement féministe, émergeant de l’intérieur même du féminisme, a simultanément suscité des sentiments de peur mais également d’espoir à travers le monde, en se trouvant à la fois contesté et revendiqué.

Nombre de mouvements de femmes s’identifient par l’Islam en remettant en cause l’universalisme du féminisme ou du moins l’« unicité » du modèle féministe, en démontrant avec force et détermination la nature plurielle du féminisme.

Les premiers mouvements féministes de femmes musulmanes sont apparus lors de leur acquisition des connaissances en sciences islamiques et de leur spécialisation en sources scripturaires et en processus d’interprétation du texte religieux.

La sacralisation de l’enseignement religieux explique d’ailleurs pourquoi, malgré une forte tradition patriarcale, les femmes n’étaient pas exclues de l’instruction. L’histoire musulmane offre même, à différentes périodes, de grandes figures féminines réputées pour leur savoir général et religieux en particulier.

Cet accès aux études et le « renouveau » de leur engagement leur ont octroyé la possibilité de promouvoir une relecture du Texte à la lumière du contexte et de l’éthique musulmane, tout en produisant une réflexion profonde et une remise en question des pratiques culturelles et coutumières, principales responsables de la décadence de la condition de la femme musulmane.

Amina Wadud [3], spécialiste de ces questions, apparaît comme une figure de proue du féminisme musulman à l’échelon international. Dans son interprétation du Coran [4], elle combine la méthodologie des sciences islamiques avec les nouveaux outils des sciences sociales, tout en ayant des assises fermes et centrales à l’intérieur de la pensée musulmane. Elle comprend que la modernité met à l’épreuve les identités de par les changements toujours plus rapides qu’elle engendre et le rapprochement des frontières qu’elle implique. Elle considère qu’on ne peut légiférer sur des questions de femmes sans les femmes comme agents de leur propre définition et que cette réforme ne doit pas se réaliser anarchiquement mais bien prendre en compte les sources premières de l’Islam, la jurisprudence passée et le contexte.

Déjà, les femmes sont très activement engagées dans la modernité car celle-ci les a mises face à leurs responsabilités en tant qu’actrices de leur épanouissement personnel et de celui de l’humanité tout entière. Elles n’inscrivent pas leur lutte dans un combat contre l’Islam mais renforcent leurs positions à partir des sources scripturaires ; elles y discutent les principes de la Charia et son élaboration avec précision, pour ne pas laisser le monopole aux lectures traditionalistes portant sur la question de la femme. Elles considèrent l’Islam comme la voie spécifique de leur libération et aspirent à une interprétation libérée de toute lecture « masculine ».

Il est en outre inconcevable d’affirmer l’existence d’une barrière infranchissable entre le féminisme et l’Islam et de ne voir en ce dernier que le porte-parole des intérêts et des privilèges masculins.

Ces mouvements de femmes s’inscrivent dans un cadre purement et simplement islamique : il s’agit d’un féminisme à l’intérieur du féminisme et qui part « d’une appartenance religieuse pour arriver à des principes universels ». Cette approche féminine et l’adoption de deux référents, l’un spécifique, à savoir la dimension religieuse, et l’autre universel, doivent leur permettre d’inscrire leurs revendications dans leur contexte, tout en étant le garant d’une dynamique harmonieuse entre des revendications pour plus de justice à l’endroit des femmes et une identité musulmane assumée.

Se libérer à partir d’un discours de l’intérieur de l’Islam, tel est le défi des féministes musulmanes occidentales  par le biais d’une participation active dans toutes les sphères de la société, ces femmes proposent un autre modèle de femme émancipée et libre.

[1] Cf Margot Badran, The origin of feminism in Egypt in Current Issues in Women History By Arina Angerman, Geertebinnenia Annemiekerkennen, VetiePoets and Jacqueline Zirkzec, London Routledge 1989

[2] Cf Margot Badran, “Islamic feminism : What’s in a name ?”, in Al-Ahram Weekly , Le Caire, 17-23 janvier 2002)

[3] Professeure en sciences islamiques (Islamic studies) à l’université du Commonwealth de l’État de Virginie et à Harvard dans le département de théologie.

[4] Auteure de la première interprétation du Coran par une femme dans le Monde occidental « Le Coran et la femme : relire le Texte sacré dans une perspective féminine ».

 

 

Courier International.com

Nous arrivons à la madrasa Anwarul-Islam Salfia à 12 h 45, peu avant le namaaz, la prière. Les élèves se rassemblent autour de la rangée de robinets pour se laver les mains et les pieds, puis se mettent en ligne pour prier. De l’extérieur, ce bâtiment modeste situé dans les ruelles étroites et poussiéreuses de Chauri, dans le district de Jalalpur, dans l’est de l’Uttar Pradesh [au nord du pays], ressemble exactement à l’idée qu’on se fait d’une école coranique, un lieu où on étudie rigoureusement l’islam, l’ourdou et l’arabe. Mais l’intérieur offre un spectacle tout en contraste. Les murs de briques rouges de la classe du niveau 7 [l'équivalent de la cinquième] sont nus, les fenêtres pas encore posées. Nadima Bano et Hishamuddin, 12 ans, sont en train de réciter une ode à l’Inde en sanscrit, leur prononciation est parfaite, leur élocution sobre. “Le sanscrit [dans lequel sont écrits les grands textes de l'hindouisme] est considéré comme la mère de toutes les langues”, explique Rabindra Kumar Mishra, leur professeur. “Que des institutions comme cette madrasa le fassent vivre alors qu’il disparaît ailleurs ne manque pas de piquant.”

Il est évident que cet établissement n’est pas une exception. Dans la madrasa Azizia, les aiguilles de l’horloge murale sont peut-être bloquées sur 6 h 45, mais cette maktab [école primaire] est pourtant en avance sur son temps. L’important ici n’est pas seulement que Hishamuddin, le musulman, apprenne le sanscrit, c’est aussi que Ravi Prakash Pandey, 13 ans, brahmane et fils d’un professeur de sanscrit, ait décidé d’apprendre le Coran en niveau 1 [cours préparatoire]. Il peut aujourd’hui réciter le texte sacré de mémoire et en a chez lui un exemplaire qu’il feuillette pieusement. “Le Coran enseigne que nous devons aider les autres, faire de bonnes actions et nous garder du mal”, déclare-t-il sobrement. Il se précipite pour faire ses ablutions et se couvrir la tête avant de nous faire la lecture à haute voix.

La coexistence du sanscrit et de l’ourdou est pour les enseignants une chose normale et non un symbole délibéré en ces temps troublés de division communautaire. “Comment peut-on associer une langue à une religion ?” demande Brijesh Kumar Yaduvanshi, qui habite Jaunpur et préside l’Union des étudiants indiens. “L’ourdou n’appartient pas aux musulmans et le sanscrit ne concerne pas que les hindous.” Cet intérêt pour le sanscrit, une langue qui n’est plus parlée au quotidien depuis longtemps, est toutefois inattendu. “Il ne s’agit pas de permettre aux élèves de trouver un emploi”, explique Qari Jalaluddin, de la madrasa Salfia. “Il s’agit de leur enseigner l’humanité, la philosophie et la bonne façon de vivre, de leur apprendre à distinguer le bien du mal.” Dans son école, l’ourdou est obligatoire jusqu’au niveau 5 [le CM2], après quoi les élèves hindous peuvent décider de continuer ou non. Le sanscrit est quant à lui enseigné jusqu’au niveau 9 [la troisième].

La cohabitation tranquille des deux langues dans les madrasas de cette région est peut-être l’héritage du passé soufi. “C’était un centre d’enseignement au Moyen Age, explique Yaduvanshi. La région n’a jamais connu la moindre émeute communautaire et a toujours été un symbole d’unité.” La madrasa Salfia a d’ailleurs été construite sur un terrain acheté à une famille brahmane en 1987. Aujourd’hui, alors que les madrasas, surtout celles de l’est de l’Uttar Pradesh, ont la réputation d’être des pépinières de terroristes et que chaque attentat range encore les musulmans indiens dans les catégories bien distinctes des patriotes progressistes éduqués ou des fondamentalistes mal informés et manipulés, ces établissements présentent un témoignage réconfortant de la largeur d’esprit et de la tolérance discrètes du musulman ordinaire, anonyme.

Rien ou presque ne distingue les élèves hindous de leurs camarades musulmans. On ne reconnaît leur religion qu’à leurs patronymes ou à leur façon de porter le foulard. Et, même si les madrasas enseignent le hifz, l’apprentissage par cœur du Coran, elles ont toutes une conception progressiste de la vie. “On ne peut pas avancer uniquement avec l’enseignement religieux. Il faut que nos élèves apprennent tout : sciences, géographie, mathématiques, anglais”, déclare Muhammad Saikat, le directeur de Salfia. Cette madrasa est la seule école du village à offrir un enseignement secondaire aux filles, qui, sinon, devraient faire dix kilomètres à pied. L’établissement souhaite désormais lancer des cours d’informatique et d’électronique.

Comme tant d’autres, ces madrasas ne reçoivent aucune aide du gouvernement. Le déjeuner des élèves n’est pas fourni et les uniformes ne sont pas gratuits : tout cela est pris en charge par les conseils d’administration des établissements. Dans certaines madrasas comme celle d’Azizia, les manuels et l’enseignement sont gratuits. A Salfia, les frais de scolarité ne sont que de 5 roupies [7 centimes d'euro] par mois. Ailleurs, ils sont de 40 roupies [60 centimes d'euro] mais seuls 10 % des élèves les paient. Les enseignants eux-mêmes ne reçoivent pas de salaire du gouvernement mais survivent grâce aux dons de mécènes, leur traitement variant en moyenne de 800 à 1 500 roupies par mois [12 à 23 euros]. A titre de comparaison, les enseignants du secteur public touchent le salaire royal de 3 000 roupies [46 euros]. Si humbles et si mal équipées qu’elles soient, ces madrasas illustrent la façon dont hindous et musulmans vivent, unis et non séparés, dans ces villages oubliés. “Les deux communautés sont liées comme le Gange et la Yamuna. Pourquoi vouloir briser le fil sacré de cette relation vieille de plusieurs siècles ?” demande Srivastava.

Publié dans le monde diplomatique

Si les médias ont rendu compte de la réaction de nombre de gouvernements à la guerre israélienne contre Gaza, ils sont restés silencieux sur les positions prises par le gouvernement de l’ANC, gouvernement issu de la lutte contre l’apartheid en Afrique du Sud.

« Le gouvernement sud-africain condamne sans équivoque et dans les termes les plus forts l’escalade de la violence exercée par Israël avec le lancement, samedi nuit, d’une invasion terrestre de la bande de Gaza » a déclaré le ministère des affaires étrangères sud-africain dans un communiqué publié au Cap le dimanche 4 janvier.

« Les pertes en vies humaines et la catastrophe humanitaire en cours à Gaza sont inacceptables », a-t-il ajouté, invitant le gouvernement israélien à cesser ce « massacre humanitaire » à Gaza et à retirer « immédiatement et sans conditions » ses troupes de cette zone.

« La bande de Gaza est l’une des zones les plus densément peuplées dans le monde et l’offensive terrestre israélienne, impliquant l’utilisation de véhicules blindés et de troupes lourdement armées, soutenus par une artillerie et des hélicoptères de combat, va inévitablement entraîner des pertes encore plus grandes en vies civiles, ce qui aura un impact dans toute la région dans les années à venir », a poursuivi le ministère sud-africain.

Le dimanche 4 janvier, des milliers de manifestants se sont rassemblés devant le consulat des Etats-Unis à Johannesburg pour protester contre le bombardement de la bande de Gaza par Israël.

Le 6 janvier, le Congrès national africain (ANC) condamnait l’action israélienne à Gaza : « South Africa’s ruling party condemns Israeli attacks on Gaza »

Le Congrès national africain a affirmé qu’« aussi longtemps qu’Israël continuera à occuper des terres appartenant légalement aux Palestiniens, il n’y aura pas de solution durable aux problèmes et au conflit au Proche-Orient ». Le communiqué affirme que le peuple palestinien a le droit d’exister dans un Etat souverain, avec des frontières sûres, aux côtés d’un Etat israélien indépendant. L’ANC a demandé qu’Israël se conforme enfin aux résolutions de l’ONU, notamment à la résolution de la Commission sur les droits humains de juin 1996 (il semble que cette résolution soit, en fait, du 11 avril 1996).

News24, le principal site d’information d’Afrique du Sud annonçait le 23 janvier qu’une aide humanitaire était en route pour Gaza (« SA aid on way to Gaza »). L’avion transportait 84 tonnes d’aide ainsi que 25 médecins et journalistes sud-africains. L’aide a été coordonnée notamment par le conseil des églises, les évêques catholiques et le puissant syndicat ouvrier COSATU. Le départ de l’avion a été salué par la vice-ministre des affaires étrangères, Fatima Hajaig : « Cela nous réchauffe le cœur que le peuple sud-africain puisse atteindre, par des mots et par des gestes, le peuple palestinien. Le gouvernement salue la société civile et les organisations non gouvernementales qui ont, avec tant d’enthousiasme, soutenu et coordonné cette initiative. »

Selon l’agence JTA, dans une dépêche en provenance du Cap, le 19 janvier, « ANC lawmakers rip Israel »,, des parlementaires de l’ANC auraient affirmé que « les abus israéliens contre les Palestiniens faisaient apparaître l’apartheid comme un pique-nique du dimanche. » Le président de la commission des affaires étrangères Job Sithole a comparé le traitement des Palestiniens aux checkpoints à celui infligé à du bétail et à l’apartheid.

Sur cette réunion au Parlement, qui s’est tenue en présence de l’ambassadeur israélien, on pourra aussi lire « MPs slam Israeli ambassador » (Michael Hamlyn, 16 janvier, 24.com)

La COSATU, pour sa part, a appelé à la rupture des liens diplomatique avec Israël, au boycott des produits israéliens et a réaffirmé « son soutien à la lutte du peuple palestinien pour la liberté ». D’autre part, les dockers sud-africains ont annoncé qu’ils boycotteraient un navire israélien qui est arrivé à Durban (« Dock workers won’t offload Israeli ship », JTA, 3 février). Le Comité de solidarité avec les Palestiniens rappelle, dans un communiqué, que les travailleurs avaient refusé de décharger un bateau chinois transportant des armes pour le Zimbabwe. Il appelle à boycotter divers Etats dictatoriaux comme le Zimbabwe, le Swaziland et Israël. Le communiqué salue les déclarations de différentes voix juives qui se sont dissociées de l’action menée à Gaza : « Nous appelons tous les Sud-Africains à garantir qu’aucun citoyen de notre pays ne participe à la machine à tuer des forces d’occupation israéliennes. »

Un groupe d’une centaine de juifs sud-africains a publié dans un journal du Cap, Cape Times, un appel affirmant que les dirigeants de la communauté juive qui avaient soutenu l’opération israélienne à Gaza ne parlaient pas en leur nom. Selon l’agence de presse JTA (« Letter protests South African Jewish leaders », 13 janvier) qui relaie l’information, les signataires regrettent que les structures communautaires prétendent parler en leur nom, que cette approche est « irresponsable » car elle divise la communauté. Ils affirment que, tout en condamnant les roquettes lancées à partir de Gaza, ils pensent que l’action israélienne est « une punition collective inhumaine et disproportionnée interdite par le droit international. » Quelques jours plus tard, un article sur le site de l’hebdomadaire Mail & Guardian,« Top SA Jews slam Gaza attack », de Percy Zvomuya et Sello S. Alcock, 1er février) annonçait que onze importantes personnalités juives dénonçaient les attaques contre Gaza comme « inhumaines et disproportionnées ». Parmi les signataires, la Prix Nobel de littérature Nadine Gordimer, Arthur Chaskalon, un ancien procureur, et William Kentridge, un artiste renommé. L’article note aussi une polémique concernant la participation de juifs sud-africains à l’armée israélienne et la demande de militants favorables à la Palestine que s’ouvre une enquête sur leur rôle.

En réponse à des appels, circulant sur le net, de boycott des magasins appartenant à des juifs, un groupe d’une centaine de musulmans, tout en dénonçant les attaques israéliennes indiscriminées à Gaza, condamne les appels contre la communauté juive et le racisme qu’ils affirment avoir combattu toute leur vie (« South African Muslims condemn Jewish boycott », JTA, 2 février).

L’importance de la question israélo-palestinienne en Afrique du Sud tient à plusieurs facteurs, notamment les rapports anciens entre l’ANC et l’Organisation de libération de la Palestine (OLP). Durant toute la lutte contre l’apartheid, il faut le rappeler, les gouvernements israéliens successifs, de gauche et de droite, ont collaboré avec le régime de l’apartheid. Sur ce sujet, on pourra consulter, dans Le Monde diplomatique, « Comment l’Afrique du Sud a pu mettre au point “sa” bombe nucléaire », par Howard Schissel (septembre 1978), et « Un poumon d’acier : la coopération avec Israël », par Bowke Mafuna (septembre 1986).

D’autre part, il existe en Afrique du Sud une communauté juive ancienne, que l’on évalue à 100 000 personnes. Bien que, comme toutes les communautés « blanches », elle ait, en majorité, collaboré avec le régime de l’apartheid, une minorité active s’est engagée contre ce régime, notamment au sein du Parti communiste sud-africain, qui joue un rôle très important dans l’ANC – le PC a joué un rôle déterminant pour faire triompher, au sein de l’ANC, la perspective d’une Afrique du Sud multiraciale, contre les tenants d’une Afrique du Sud « noire ».

Outre Joe Slovo, décédé, qui fut le secrétaire général du PC, une autre figure emblématique de ce combat des juifs communistes contre l’apartheid est Ronnie Kasrils, qui fut responsable des services secrets sud-africains, puis ministre de l’eau et des forêts. Dans une conférence prononcée en 2002, et intitulée « Bethlehem, comme Sharpeville, est devenu un symbole de l’oppression », il dit :

« Au milieu des années 1980, quand il s’est avéré que l’Afrique du Sud pourrait imploser, de très fortes sanctions économiques furent appliquées par d’influents politiciens américains opposés à l’administration Reagan. Un avertissement pour le régime d’apartheid. En 1988, il fut contraint d’entamer d’authentiques négociations. Il se passera la même chose pour Israël. »

Dans un autre texte, publié à l’occasion du soixantième anniversaire du massacre de Deir Yassin, (« Soixante ans après Deir Yassin ») il explique :

« Comme tout gamin de dix ans élevé à Johannesburg, j’ai célébré la naissance d’Israël, il y a soixante ans. J’ai accepté sans broncher les récits dramatiques des actions de soi-disant autodéfense contre la violence arabe pour protéger l’Etat juif.

Lorsque je me suis engagé dans notre lutte de libération, je me suis rendu compte des similitudes avec la cause palestinienne dans la dépossession de la terre et du droit de naissance par l’occupation coloniale expansionniste. J’en suis venu à réaliser que le caractère racial et colonial des deux conflits comportait des comparaisons plus importantes qu’avec toute autre lutte.

Lorsque Nelson Mandela déclarait que nous savons, en tant que Sud-Africains, “que notre liberté est incomplète sans la liberté des Palestiniens”, il ne parlait pas seulement à notre communauté musulmane, dont on pouvait attendre qu’elle soit en empathie directe, mais à tous les Sud-Africains, précisément à cause de notre expérience d’assujettissement racial et colonial, et parce que nous comprenons bien la valeur de la solidarité internationale. »

Pour une autre vision d’un combattant blanc de l’ANC, lui aussi juif, on lira avec intérêt le livre d’Andrew Feinstein, After the Party. A Personnal and Political Journey Inside the ANC (Jonathan Ball Publishers, Johannesburg, 2007), et notamment le chapitre 9 sur « être juif ».

Présence musulmane USA

Nous vivons aujourd’hui en accéléré, jonglant constamment avec les attentes et les échéances. Ayant toujours en tête le moment qui s’en vient; nous ne portons pas attention à celui que nous sommes en train de vivre, ni ne réfléchissons à celui qui vient juste de passer. Peu d’entre nous marchons dans la vie en poursuivant un but précis; la plupart avançons tels des somnambules avec une insouciance proche de l’hypnose. 

Nous sommes occupés à gravir les échelons de notre carrière, à nous procurer le dernier bidule dont nous avons vraiment besoin ou à nous plaindre des calamités qui affligent la planète en attendant que quelqu’un veuille bien s’en occuper … Et le temps passe. Nous sommes insatisfaits et en quête de quelque chose que nous n’arrivons même pas à nommer. Il ne faut donc pas se surprendre de la pandémie des dépressions et du sentiment de solitude. 

Souvent, les relations que nous entretenons avec notre famille, nos amis, notre moi et Dieu ne sont pas celles que nous  souhaiterions; malgré nos efforts. La famille met notre patience à rude épreuve et force les limites de notre amour… les nombreux amis dont nous pensions être entourés nous font défaut dans les temps difficiles… nous n’atteignons pas les objectifs que nous nous étions fixés en termes de progrès personnels. 

Et le monde… c’est la catastrophe. Partout nous sommes témoins de souffrances infinies pour lesquelles, oui, nous sommes responsables individuellement et collectivement. Que ce soit une « catastrophe naturelle » (ce sont en grande partie les plus pauvres et les plus démunis qui payent la note pour nos abus envers la nature), ou les atrocités infligées à nos semblables et dont nous nous rendons complices par notre silence. Et pour ce qui est de notre relation avec Dieu : eh bien souhaitons que Sa miséricorde envers nous dépasse Son esprit de justice. Cette ambiance morose fait naître en nous des sentiments d’impuissance, d’impatience, de frustration et de lassitude. 

De temps en temps, particulièrement en temps de transition, que ce soit en début d’année ou lors d’un changement dans nos vies personnelles, et en temps de crise, nous sommes tentés ou même forcés de faire le point. Lorsque nous décidons de procéder à un examen honnête de notre vie, nous pourrions nous apitoyer sur nous-mêmes, nous étourdir ou tomber dans la résignation défaitiste. Mais il faut faire preuve de courage et examiner sa vie d’un œil critique, faire l’inventaire de  ses forces et de ses faiblesses, et répondre aux questions : Ma vie a-t-elle un but? Quel est-il? Pourquoi, de toutes les âmes qui auraient pu être incarnées, est-ce la mienne qui se retrouve ici? Pourquoi en ces temps particuliers, en ce lieu précis, dans cet environnement?

En faisant notre introspection nous en viendrons peut-être à réaliser que les autres sont des humains qui, tout comme nous, ont leur lot. Nous reconnaîtrons que nos proches, qui parfois nous impatientent, ne sont pas là pour nous faire souffrir, mais qu’ils ont eux aussi des combats intérieurs à livrer… nous serons alors prêts à mieux comprendre et à pardonner davantage. 

Nous réaliserons peut-être que l’amitié sincère est une chose rare et nous déciderons alors de chérir les personnes qui nous aident à grandir en leur accordant plus de temps et en ne les prenant pas pour acquis. Nous donnerons autant, sinon plus d’amour et d’attention que nous en recevons, sélectionnerons nos amis avec soin et démontrerons gentillesse et générosité envers eux. 

Le moi… ce projet sans cesse en devenir, exige un travail incessant tourné à la fois vers l’intérieur et vers l’extérieur. Nous avons besoin de solitude. C’est seulement lorsque nous faisons taire les rumeurs du monde extérieur et que nous sommes attentifs que nous pouvons entendre les soupirs de notre âme qui se languit de l’Éternel. Peut-être prenons-nous alors conscience que Dieu nous a fait don d’une parcelle de lui-même qui aspire à la paix ressentie lorsque nous acceptons Sa présence et nous abandonnons à Lui. Seulement en étant seul avec le Seul, en acceptant de dépendre de Celui de qui tout dépend,

pouvons-nous commencer à saisir l’insignifiance de tout le reste… et à comprendre le but de notre existence : adorer Dieu et Le servir en étant au service de Sa création… Ses attributs deviendront alors les principes, la lumière qui guidera nos vies. Il est Amour, Paix, Miséricorde, Compassion, Vérité, Justice, Générosité. Il est le Pardonneur, le Patient, la Source de toute beauté et de tout bien, et encore plus.  

Il peut être difficile parfois d’aimer et de pardonner, de faire preuve de compassion, de miséricorde et de générosité envers la création, de travailler pour les causes de paix et de justice.  Mais nous rapprocher de l’essence divine et de sa perfection afin de mériter la vie que nous avons reçue en cadeau requiert un combat de tous les instants. Le Prophète Mohammed, paix sur lui, a donné un conseil à ses disciples : « Répandez la paix, donnez à manger aux gens dans le besoin, préservez les liens du sang, priez la nuit alors que les autres dorment, et vous entrerez au paradis. » 

Une recommandation simple, mais combien profonde! Imaginez un monde où chacun de nous œuvre à soulager la misère et la faim; entretien les relations amicales et familiales tout en s’engageant à éclairer une armée porteuse d’espoir qui chassera l’obscurité qui enveloppe la faim, la pauvreté et l’abandon… où sans attendre le signal des dirigeants, nous rejetons tout sentiment de haine et reconnaissons le caractère humain de l’autre, fut-il ami ou adversaire… où chacun de nous s’élève contre l’oppression dans son foyer et dans sa collectivité… où ceux qui jouissent de la sécurité et de la liberté décident de se lever et de parler à la place de ceux dont les voix sont réduites au silence à cause de l’oppression ou étouffées à cause de la marginalisation… où nous demandons des comptes à nos dirigeants locaux, nationaux et mondiaux… où chacun de nous illumine la route vers la paix. 

Ces objectifs peuvent sembler très nobles et utopiques, seulement à la portée des prophètes et des saints. Ils le seront, en effet, si l’arrogance nous aveugle et que nous croyons pouvoir y arriver seul. Mais si nous nous y mettons tous ensemble, chacun à partir de ce qu’il est, en toute humilité et déterminé à provoquer le changement, nous pouvons préparer un avenir meilleur. Et ça urge! Il faut commencer le travail AUJOURD’HUI! 

Commençons à prier la nuit pendant que les autres dorment : un moment pour faire taire le monde extérieur et se tourner vers l’intérieur, pour un moment d’intimité avec l’Unique… Le travail que nous souhaitons entreprendre à l’extérieur repose sur celui que nous devons d’abord entreprendre au plus profond de nous-mêmes. 

Faisons de ce temps de transition un temps de transformation… de nous-mêmes et du monde! Puissiez-vous être transformés par Son amour et Sa paix, et puissiez-vous devenir Son agent de changement.

3005386896_858023b5675D’une signification particulière, sa première déclaration substantielle en matière d’affaires étrangères, le 22 janvier, au Département d’Etat : il intronisait alors George Mitchell, duquel il faisait son envoyé spécial au Moyen-Orient. On attend de Mitchell qu’il focalise son attention sur le problème israélo-palestinien, au lendemain de la récente invasion américano-israélienne de Gaza.

Durant cet assaut meurtrier, Obama est resté silencieux, n’émettant que quelques platitudes, au motif, disait-il, qu’il n’y aurait eu qu’un seul président des Etats-Unis – alors que cela ne l’avait jamais incité à se taire sur bien d’autres questions. Sa campagne, en revanche, avait lourdement insisté sur cette déclaration du même Obama : « Si des roquettes tombaient là où mes deux filles dorment, je ferais tout ce qui est en mon pouvoir pour arrêter ça ! ». Il faisait allusion aux enfants israéliens (est-il besoin de le préciser ?), et non aux centaines d’enfants palestiniens en train d’être massacrés par des armes de fabrication américaine, dont, évidemment, il ne pouvait pas parler, puisque – combien de fois faudra-t-il vous le répéter ? – il n’y avait qu’un seul président qui fût en mesure de le faire (mais qui n’en avait nulle envie) ?!

Toutefois, le 22 janvier, le seul et unique président des Etats-Unis est devenu un certain Barack Obama. Par conséquent, celui-ci pouvait désormais parler librement de ce genre de question – en évitant soigneusement, bien sûr, l’agression contre Gaza, qui venait de prendre fin, par le plus grand des hasards ( !). Juste à la veille de son intronisation !

Le discours d’Obama a mis l’accent sur son engagement en vue d’un règlement pacifique. Il en a laissé les délinéaments dans le vague, excepté une proposition spécifique : « L’initiative de paix arabe », a dit Obama, « comporte des éléments constructifs qui pourraient contribuer à faire progresser ces efforts. Le temps est venu, pour les pays arabes, d’agir selon la promesse de cette initiative en soutenant le gouvernement palestinien sous la direction du président Abbas et du Premier ministre Fayyad, en allant de l’avant dans la normalisation de leurs relations avec Israël et en luttant contre l’extrémisme qui nous menace tous. »

Obama, on le voit, ne falsifie pas tout de go la proposition de la Ligue arabe, mais son entourloupe, soigneusement, ciselée est hautement instructive.

La proposition de paix de la Ligue arabe appelle effectivement à une normalisation des relations avec Israël – dans le contexte – je répète : dans le contexte – d’un solution à deux Etats dans les termes du consensus international réuni de longue date, que les Etats-Unis et Israël bloquent depuis plus de trente ans, dans un isolement international total, chose qu’ils continuent à faire aujourd’hui. Le noyau de la proposition de la Ligue arabe, comme Obama est ses conseillers ès-Moyen-Orient le savent parfaitement, c’est son appel à un règlement politique pacifique dans ces termes, bien connus désormais, dont il est reconnu qu’ils sont la seule base possible pour le règlement pacifique auquel Obama professe être attaché.

L’omission de ce fait crucial ne saurait être purement accidentelle : elle signale de manière très claire qu’Obama n’envisage nullement de se départir du rejectionnisme américain. L’appel qu’il lance aux pays arabes, les exhortant à mettre en actes un corollaire de leur proposition, tandis que les Etats-Unis continuent à ignorer jusqu’à l’existence de son contenu fondamental, qui bien entendu pré-conditionne le corollaire, dépasse les bornes du cynisme.

Les actes les plus significatifs de nature à saper tout règlement pacifique sont les agissements quotidiens soutenus par les Etats-Unis dans les territoires occupés, tous reconnus comme des agissements criminels : confiscations de terres arables et de ressources et construction de ce que l’architecte-en-chef du plan, Ariel Sharon, appelait des « bantoustans » pour Palestiniens – ce qui était d’ailleurs une comparaison injuste, car les bantoustans sud-africains étaient autrement plus viables que les fragments de la Palestine concédés aux Palestiniens dans la conception sharonienne des choses, en train de se réaliser sur le terrain.

Mais les Etats-Unis et Israël vont même jusqu’à continuer à refuser un règlement politique en pures paroles verbales, encore tout récemment, en décembre 2008, les Etats-Unis et Israël (ah, j’allais oublier… ainsi que quelques minuscules îles du Pacifique) ayant voté contre une résolution de l’Onu soutenant « le droit du peuple palestinien à l’autodétermination » (votée à 173 voix pour, 5 contre, et le véto des Etats-Unis-Israël, sous des prétextes évasifs).

Obama n’a pas eu un seul mot au sujet des constructions de colonies et d’infrastructures (réservées aux colons) en Cisjordanie, ni des mesures complexes visant à contrôler l’existence des Palestiniens et conçues de manière à saper les perspectives de toute solution pacifique à deux Etats. Son silence est une réfutation sinistre de ses envolées lyriques sur la manière dont il va « entretenir un engagement actif à rechercher deux Etats vivant côte-à-côte, dans la paix et la sécurité ».

Il n’a pas mentionné, non plus, l’utilisation d’armes américaines à Gaza, en violation non seulement du droit international, mais aussi de la loi américaine. Ni l’expédition de nouvelles armes américaines par Washington à Israël, au plus fort de l’agression américano-israélienne, chose que n’ignoraient certainement pas les conseillers es-questions moyen-orientales d’Obama.

Sur un point, toutefois, Obama s’est montré intraitable : la contrebande d’armes à destination de Gaza doit être stoppée… Il avalise l’avis commun de Condoleezza Rice et de la ministre israélienne des Affaires étrangères Tzipi Livni, selon lequel la frontière entre la bande de Gaza l’Egypte doit être hermétiquement scellée – remarquable exercice d’arrogance impériale, comme l’a fait observer le Financial Times : « Se congratulant mutuellement, à Washington, ces deux responsables semblaient oublier le fait qu’elles étaient en train de conclure un marché au sujet d’un commerce illégal à la frontière de quelqu’un d’autre : en l’occurrence, des Egyptiens. Le lendemain, un responsable égyptien qualifia leur mémorandum de « fictionnel ». Mais cette objection égyptienne fut rejetée d’un revers de main…

Revenons à l’allusion faite par Obama à la proposition « constructive » de la Ligue arabe ; comme l’indique le compte-rendu, Obama persiste à refuser de soutenir le parti vainqueur [Chomsky écrit, par erreur : « defeated party », ndt] des élections de janvier 2006 – les seules élections libres de tout le monde arabe – auxquelles les Etats-Unis et Israël réagirent, immédiatement et ouvertement, en punissant sévèrement les Palestiniens de s’être opposés à la volonté des maîtres. Mais il y a un léger ‘hic’, c’est le fait que le mandat d’Abbas a pris fin le 9 janvier, et que Fayyad a été nommé sans avoir été confirmé par le Parlement palestinien (dont beaucoup des membres ont été kidnappés par Israël, où ils sont emprisonnés depuis lors).

Le quotidien israélien Ha’aretz qualifie Fayyad de « drôle d’oiseau dans le monde politique palestinien. D’un côté, c’est l’homme politique palestinien le plus estimé en Israël et en Occident. De l’autre, toutefois, il n’a pas le moindre pouvoir électoral, ni dans la bande de Gaza, ni en Cisjordanie ». Le rapport relève par ailleurs « la relation intime de Fayyad avec l’establishment israélien », et en particulier son amitié avec Dov Weisglass, un conseiller extrémiste de Sharon. Bien que dépourvu de tout soutien populaire, Fayyad est considéré compétent et intègre, ce qui n’est pas courant dans les secteurs politiques sponsorisés par les Etats-Unis.

L’insistance mise par Obama à ne jurer que par les seuls Abbas et Fayyad ne fait que confirmer le mépris constant de l’Occident pour la démocratie, dès lors que celle-ci échappe à son contrôle.

Obama a fourni les raisons habituelles « justifiant » qu’on ignore le gouvernement élu dirigé par le Hamas. « Pour être un authentique partenaire de paix », a ainsi déclaré Obama, « le quartette [Etats-Unis, Union européenne, Russie et Onu] a fait savoir très clairement que le Hamas doit répondre à des conditions très précises : reconnaître le droit à l’existence d’Israël ; renoncer à la violence ; respecter les accords déjà conclus. » Passé sous silence, comme d’habitude, le fait gênant que les Etats-Unis et Israël rejettent fermement la totalité de ces trois conditions.

Seuls dans le monde, ils empêchent un règlement à deux Etats, dont un Etat palestinien ; bien entendu, ils ne renoncent pas à la violence ; et ils rejettent la proposition centrale du Quartette, à savoir la « feuille de route ». Israël l’a certes acceptée, pour la forme, mais accompagnée de quatorze réserves qui, de fait, en éliminent le contenu (en cela, Israël était soutenu, tactiquement, par les Etats-Unis). C’est le grand mérite de l’ouvrage de Jimmy Carter, Palestine : la paix, pas l’apartheid !, d’avoir porté ces faits à la connaissance de l’opinion publique pour la première fois – et à celle de l’opinion politiquement correcte, consensuelle, « mainstream », pour la seule et unique fois…

Par un raisonnement élémentaire, il s’ensuit que ni les Etats-Unis, ni Israël ne sont des « partenaires de paix sincères ». Mais ça, il ne le dira jamais.

Cette phrase ne doit même pas exister, en anglais !

Il est peut-être injuste de critiquer Obama pour cette quintessence de cynisme, car elle est quasi universelle, à la différence de son éviscération méticuleuse de la composante centrale de la proposition de la Ligue arabe, qui est vraiment un apport innovateur qui lui revient en propre et qu’on ne saurait lui contester…

Quasi-universelles, elles aussi, ces références convenues au Hamas : organisation terroriste, vouée à la destruction d’Israël (à moins que ce ne soit à celle de tous les juifs ?). Sont omis les faits gênants (sans doute) que les Etats-Unis-Israël non seulement sont voués à la destruction de toute forme viable d’Etat palestinien, mais ne cessent de mener des politiques allant dans ce sens. Ou encore celui que, contrairement aux deux Etats réjectionnistes, le Hamas a appelé à une solution à deux Etats, dans les termes du consensus international : publiquement, explicitement et de manière répétée.

Obama a introduit ses observations ainsi : « Permettez-moi d’être clair : l’Amérique est garante de la sécurité d’Israël. Et nous soutiendrons toujours le droit qu’a Israël de se défendre contre des menaces illégitimes. »

Au sujet du droit des Palestiniens à se défendre contre des menaces bien plus extrêmes, comme celles qui se produisent quotidiennement, avec le soutien des Etats-Unis, dans les territoires occupés : rien ! Nada ! Mais, là encore, c’est la norme à laquelle nous sommes « habitués »…

Normale, là encore, l’énonciation du principe selon lequel Israël a le droit de se défendre. C’est correct. Mais c’est vide : se défendre, dans l’absolu, tout le monde en a le droit ! Mais dans son contexte, ce cliché est pire que vide : c’est une tromperie cynique supplémentaire.

La question n’est pas de savoir si Israël a le droit de se défendre, comme n’importe qui d’autre, mais s’il a le droit de le faire par la force. Personne, y compris Obama, ne pense qu’un pays puisse jouir d’un droit de valeur générale à se défendre par la force : tout d’abord, il est nécessaire de démontrer qu’il n’existe aucune alternative pacifique, que l’on pourrait expérimenter. Dans le cas qui nous occupe, il y a des alternatives, assurément.

Une alternative étriquée consisterait, pour Israël, à respecter un cessez-le-feu, comme, par exemple, le cessez-le-feu proposé par le chef politique du Hamas Khaled Meshaal quelques jours avant qu’Israël ne lance son agression, le 27 décembre. Meshaal a appelé à réinstaurer l’accord de 2005 ; cet accord préconisait une fin des violences et une ouverture permanente des frontières, accompagnées d’une garantie, par Israël, que les biens et les personnes pourraient circuler librement entre les deux parties de la Palestine occupée, à savoir la Cisjordanie et la bande de Gaza. Cet accord avait été rejeté au bout de quelques mois par les Etats-Unis et Israël, après que les élections libres de janvier 2006 eurent « mal tourné ». Les autres cas, tout aussi hautement significatifs, abondent.

Mais une alternative plus large et plus significative consisterait, pour les Etats-Unis et pour Israël, à abandonner leur isolationnisme extrême, et à rejoindre le reste du monde – dont les pays arabes et le Hamas – dans le soutien à un règlement à deux Etats conforme au consensus international. Il convient de noter qu’au cours des trente années écoulées, il n’y a eu qu’une unique occurrence d’abandon de l’isolationnisme américano-israélien : les négociations de Taba, en janvier 2001, qui semblèrent très proches d’une résolution pacifique du conflit, lorsqu’Israël les fit capoter prématurément. Il ne serait pas incongru, pour Obama, d’accepter de rejoindre le reste du monde, fût-ce dans le cadre de la politique américaine, encore faudrait-il que cela l’intéresse vraiment ?

En résumé : la réitération quelque peu forcée, par Obama, du droit d’Israël à l’autodéfense n’est rien d’autre qu’un énième exercice de tromperie cynique – même si, il faut le reconnaître, elle n’est pas quelque chose qui lui soit propre, s’agissant d’une tromperie virtuellement universelle.

Si, dans ce dernier cas, la tromperie est particulièrement frappante, c’est parce que l’occasion en fut la nomination de Mitchell au poste d’envoyé spécial. Le principal haut-fait de Mitchell fut son rôle éminent dans le règlement pacifique en Irlande du Nord. Celle-ci prôna la fin du terrorisme de l’IRA et de la violence britannique. Cela revenait à reconnaître, implicitement, que, si la Grande-Bretagne avait bien le droit de se défendre contre le terrorisme, elle n’avait aucun droit à le faire par la force, car il existait une alternative pacifique : la reconnaissance des griefs légitimes de la communauté irlandaise catholique, qui étaient à l’origine de la terreur de l’IRA.

Dès l’instant où la Grande-Bretagne adopta cette attitude raisonnable, la terreur cessa. Les implications pour la mission de Mitchell, en matière de conflit israélo-palestinien, sont tellement évidentes qu’il n’est nul besoin de les rappeler. Et leur omission, là encore, est un indice frappant de l’inscription de l’administration Obama dans le rejectionnisme traditionnel des Etats-Unis et dans leur opposition à la paix, à moins que ce ne soit à leurs propres conditions extrémistes.

Par ailleurs, Obama a rendu hommage à la Jordanie en raison de « son rôle constructif dans l’entraînement des forces de sécurité palestiniennes et dans l’entretien de ses bonnes relations avec Israël – ce qui contraste de manière frappante avec le refus américano-israélien de traiter avec le gouvernement palestinien démocratiquement élu, tout en punissant sauvagement les Palestiniens pour avoir élu ledit gouvernement pour des motifs qui, comme nous l’avons noté, ne soutiennent pas un simple examen de quelques secondes.

Il est vrai que la Jordanie s’est jointe aux Etats-Unis dans l’armement et l’entraînement des forces palestiniennes de sécurité, afin qu’elles soient en mesure d’interdire toute manifestation de soutien aux malheureuses victimes de l’agression américano-israélienne contre Gaza, et aussi en arrêtant des partisans du Hamas et l’éminent journaliste Khaled Amayréh, tout en montant de toutes pièces leurs propres manifestations de soutien à Abbas et au Fatah, dans lesquelles « la plupart des participants étaient des fonctionnaires et des écoliers ayant reçu de l’Autorité palestinienne l’ordre expresse d’y participer », d’après le quotidien Jerusalem Post. Cela, oui, d’accord : c’est le genre de démocratie qui est à notre goût…

Obama a fait un autre commentaire lourd de sens : « Dans le cadre d’un cessez-le-feu à long-terme, les points de passage à travers la frontière de Gaza devront être ouverts afin de permettre le passage des aides et des marchandises, avec un régime de surveillance adéquat… » Bien entendu, il s’est bien gardé de mentionner que les Etats-Unis et Israël avaient rejeté un accord quasi similaire après les élections de janvier 2006 et qu’Israël n’avait jamais respecté par le passé des accords du même type à ses frontières.

On notera aussi l’absence totale de réaction à l’annonce par Israël de son rejet de l’accord de cessez-le-feu, rendant du même coup toute perspective que ledit accord soit « de longue durée » inutile. Comme cela a été immédiatement rapporté par la presse, « le Ministre israélien Binyamin Ben-Eliezer, qui assiste aux délibérations du Conseil des ministres en matière sécuritaire, a déclaré à la Radio de l’Armée, mercredi, qu’Israël ne laisserait pas les points de passage vers Gaza rouvrir sans qu’ait été au préalable conclu un marché en vue de la libération de Gilad Shalit, ce soldat israélien prisonnier du groupe islamiste depuis 2006 (Financial Times, 23 janvier).

« En début de semaine, la ministre israélienne des Affaires étrangères Tzipi Livni a déclaré que des progrès en matière de libération du caporal Shalit seraient un préalable à l’ouverture des postes frontière restés fermés, la plupart du temps, depuis que le Hamas avait arraché le contrôle de la bande de Gaza à l’Autorité palestinienne, en 2007 » (Christian Science Monitor, 23 janvier) ; « un responsable israélien a déclaré que des conditions très dures seraient mises à toute levée du blocus, qu’il a conditionnée elle-même à la libération de Gilad Shalit » [Financial Times, 23 janvier]. ; entre bien d’autres éléments.

La captivité de Shalit est une question prééminente en Occident : c’est là une énième « preuve » du caractère criminel du Hamas. Quoi que l’on puisse en penser, il est incontestable que la capture d’un militaire d’une année d’agression est un crime bien moindre que la capture de civils telle que la pratiquait exactement la veille l’armée israélienne, qui avait fait prisonniers deux frères qu’elle avait ensuite exfiltrés à travers la frontière, après quoi ils avaient disparu dans un camp d’emprisonnement israélien.

Contrairement au cas beaucoup moins grave de Shalit, ce crime a pratiquement été passé sous silence, et il a fini par être oublié, en même temps que la pratique sur une base régulière, par Israël, depuis des décennies, du kidnapping de civils au Liban et en haute mer, suivie de leur dispersion dans diverses prisons israéliennes, où ils sont bien souvent maintenus prisonniers durant des années, en tant qu’otages. Mais la capture de Shalit, elle, c’est autre chose : elle interdit la conclusion d’un cessez-le-feu !

Le discours d’Obama, au département d’Etat, consacré au Moyen-Orient, se poursuivit avec « la situation en train de se dégrader en Afghanistan et au Pakistan… (deux pays qui sont) le front central de notre lutte constante contre le terrorisme et l’extrémisme ». Quelques heures plus tard, des avions de guerre américains attaquaient un hameau principalement peuplé de bergers. Des femmes et des enfants figurent parmi les vingt-deux tués, ont-ils indiqué, d’après Hamididan Abdul Rahmazai, le chef du conseil provincial. » (Los Angeles Times, 24 janvier).

Le premier message qu’adressa Karzai, le président afghan, à Obama, après son élection, en novembre, fut une exhortation à arrêter les bombardements contre des civils afghans, une exhortation qu’il réitéra quelques heures avant qu’Obama ne prête serment. Cela fut considéré comme un appel significatif de Karzai au départ [de l'Afghanistan] des forces américaines et des autres forces armées étrangères. Les riches et les puissants ont leurs « responsabilités ». Parmi celles-ci, a écrit le New York Times, il y a celle d’ « assurer la sécurité » dans le sud de l’Afghanistan, un pays où « les insurgés sont formés sur place et auto-entretenus ». Air connu. Cela ressemble mot pour mot à ce que l’on pouvait lire dans la Pravda, dans les années 1980. Par exemple…

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