MPO

2247347097_2d4d4927e5Par Tariq Ramadan

Il est surprenant, et au fond révoltant, de voir combien, quand il s’agit des Palestiniens, nous manquons de mémoire et de mises en perspective. Alors que la conscience juive appelle, avec juste raison, tous les pouvoirs et tous les citoyens du monde à un constant travail de mémoire pour ne pas oublier les atrocités, les massacres et les génocides du passé, voilà que nous sommes invités à des évaluations instantanées et sans perspectives quand il s’agit de la politique de l’Etat d’Israël.

Ainsi, nous aurions affaire à deux belligérants de puissance égale et après six mois de trêve, un des deux acteurs du conflit (les Palestiniens) aurait donc rompu la trêve en lançant des rockets. L’agressé (Israël) n’aurait eu d’autre choix que de se défendre. C’est ce que vend au monde le pouvoir israélien et que relaient la majorité des médias occidentaux, soutenus par l’administration Bush et de nombreux gouvernements d’Europe. Les plus courageux osent à peine relever, avec maintes réserves de circonstance, une disproportion dans la « réaction israélienne ». Quel courage !

Quels mensonges surtout ! Cela fait des décennies – et bien avant l’arrivée au pouvoir de Hamas – que les Palestiniens voient leur dignité bafouée et leurs droits légitimes niés. Des accords de « paix » d’Oslo aux différentes négociations (et parfois compromissions), des multiples promesses aux mises en scène de retraits « médiatiques », les représentants palestiniens n’ont rien obtenu pour leur peuple. Le gouvernement israélien, de gauche comme de droite, gagne du temps, ment, exécute sommairement des opposants, compte pour rien, ou presque, les morts civils palestiniens (autant de dommages collatéraux à la sécurité d’Israël) alors qu’il continue à autoriser les colonies de peuplement et à pousser toujours plus loin sa politique du fait accompli.

De nombreux experts, dont le rapporteur spécial des Nations Unies pour les Droits de l’Homme, Richard Falk, affirment que la politique israélienne ne respecte pas les conventions de Genève, et qu’elle est en train, dans les faits, de rendre impossible la solution des deux Etats.

Le gouvernement israélien a décidé la construction d’un mur qui enferme la population de Cisjordanie (en se moquant des décisions de l’Assemblée des Nations Unies) et a soumis la population de Gaza à un siège et à un embargo qui ont entraîné une situation de famine, une pénurie de médicaments et de soins, un chômage massif et un quotidien misérable et sans espérance. Les associations humanitaires, venues du monde entier, se sont vues empêchées de travailler, de pourvoir aux besoins et de faire parvenir du matériel et des vivres. En sus, il faut rappeler que la trêve du 19 juin au 19 décembre 2008 était soumise à des conditions : la levée du siège et de l’embargo de Gaza et l’ouverture partielle de la frontière avec l’Egypte.

Aucune condition n’a été respectée par Israël (et l’Egypte) et la population palestinienne a été livrée à un traitement inhumain depuis des années, des mois et des semaines. Il faudrait oublier ces réalités et voir justifiés les massacres de ces derniers jours !? Les Palestiniens seraient responsables de leur sort parce que des rockets ont été envoyées depuis Gaza !? S’ajoutent aux absences de mémoire coupable, une perte du sens des proportions : le nombre de victimes israéliennes est à multiplier par cent, deux cents, trois cents en rapport aux civils palestiniens tués par les décisions officielles du gouvernement israélien.

Ce dernier se moque des institutions et de la soi disant « communauté » internationales. Ce qui compte, désormais, c’est de s’assurer du soutien unilatéral des Etats-Unis et du silence complice des gouvernements européens. Un travail efficace de communication et de relais médiatiques (avec une dose de désinformation caractérisée) suffisent, par ailleurs, au gouvernement israélien pour gagner du temps et soumettre une population d’un million et demi d’âmes à un siège inhumain puis à un massacre insupportable.

Nous sommes tous réduits à l’état de spectateurs que la « neutralité » devrait sauver de la mauvaise conscience. D’autant que le cynisme est à son comble lorsque l’on sait que la mort des centaines de civils palestiniens est aussi liée aux calculs politiciens des leaders israéliens soucieux de montrer leur force et leur détermination avant les prochaines élections. La déroute libanaise en août 2006 devait être rectifiée : qu’importe la vie des innocents, des enfants et des femmes palestiniens, puisque ce qui compte c’est de mobiliser les votants et gagner les élections. Opération réussie s’il en faut : 80% des Israéliens soutiennent les opérations meurtrières à Gaza. Effrayant !

Peut-on encore espérer quelque chose de la « communauté internationale » des Etats et des gouvernements lorsque l’on observe comment ceux-ci réagissent en Orient comme en Occident. Le silence complice, l’hypocrisie, l’attentisme, voire le mépris pour la vie des Palestiniens que d’aucuns aimeraient voir disparaître en Jordanie, au Liban ou dans n’importe quels camps de réfugiés « temporairement définitifs ».

Il est l’heure d’engager un mouvement international, global, de résistance non violente à la politique violente, et extrémiste, de l’Etat d’Israël. Il importe de mobiliser l’opinion publique en diffusant une information rigoureuse et permanente sur la situation de la population palestinienne, en multipliant les articles, les conférences et les manifestations de soutien au peuple palestinien tout en développant une meilleure synergie entre les efforts et les activités qui sont déjà menés par de nombreuses organisations à travers le monde. Les Palestiniens, nous le savons, ne céderont pas et continuerons à défendre leurs droits légitimes sur le terrain et il importe que, à travers le monde, nous soutenions de façon déterminée et pacifique leur résistance.

Israël, contrairement aux apparences et à sa phénoménale puissance militaire, n’a de loin pas gagné ce conflit et sa société est traversée par des crises multiples et profondes. Il est urgent que l’Etat et la population d’Israël comprennent qu’il n’y a pour eux aucun avenir de sécurité, et simplement de survie, sans la reconnaissance des droits et de la dignité des Palestiniens. Gagner du temps, s’aveugler, s’enfermer dans des opérations invraisemblables et d’horribles massacres ne garantit pas la victoire. Au contraire.

Par Mehdi Hamdad
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Tout le monde cherche
Un Zépouvantail!

Quand on cherche un zépouvantail
Pour toutes les maux de notre planète
L’intelligence, la compassion, et les faits rationnels
prennent la poudre d’escampette

“Si il n’y avait pâs ce zépouvantail affreux, horrible, diabolique, infernal!
Tout continuerait dans le meilleur des mondes, et nos bonnes idées nous protègeraient du mal!
Mais ce damné zépouvantail – Mocheté, rapace, scélérat, canaille! Ce zépouvantail nous menace, c’est la seule menace, et c’est sur vos enfants qu’elle plane!”

c’est une microchirurgie idéologique
bourrée d’Électricité statique
un buffet de mains de voleurs
pour bouffeurs de viande froide.
Il y une d’ailleurs odeur de république
À couper au couteau…

Tout le monde cherche
Un Zépouvantail!

Exemples de Clients: Négationnistes de génocides
Des gens
Qui parlent de l’occident
De l’orient
avec leurs zopinions de bien-pensants
Imaginant un rebord de la médaille
Qui soit plus zimportant.

Le vrai chercheur de zépouvantail
Doit passer maître dans l’art de ne rien comprendre
En gardant l’air sérieux du gars qui a tout compris.

L’air du gars qui a tout conquis

Les communautés,
Tristes, joyeuses
Poilues ou bien rasées…

Les zindividus modernes et blasés.
À qui esr-ce que la religion comme réponse toute-faite
laisse un arrière goût de plat TV surgelé?
Qui içi souhaite faire mieux
Sans être anti-religieux?

Moderniser les religions, c’est…
Judéo-ChrIslamiser la modernité dans le flot du tao, c’est…
Publier publiquement, effacer visiblement…
La terreur des zétrangés
Les idioties de nos nations
Les petits sourires contrits
Le bruit sourd de la chair à canon
Les grands trous dans nos éducations

C’est quand…le personnel engagé enragé n’en peut plus de se faire traiter comme un numéro, et décide de se manifester de par le nombre pour allez plus loin que des messages codés et des zavenirs chiffrés,
et qui par la présente nous chargent tous de considérer que:
Une pratique universelle avec des valeurs à respecter
Genre nourrir les gens quand la bouffe “pourrit” au supermarché,
C’est pas trop demander.

D’un zépouvantail aura-t-on toujours besoin?
Qui a entendu crier
ces musulmans qui dénoncent l’anti-sémitisme?
Qui a entendu crier
ces juifs anti-zionnistes qui dénoncent l’islamophobie?
Qui a entendu crier
ces canadiens blancs de banlieue qui prennent la paroles au nom des zamers zindiens déconstuits?

Le racisme anti-whatever est aujourd’hui virulent
et avec ou sans religions, nous vivons tous dans un monde violent
et pour guérir ce monde, avant d’en mourir, j’ai comme plan
de mettre l’accent sur ce qui unit plutôt que ce qui sépare nos enfants.

Medhi est un etre humain en temps plein. Voir son site web: http://www.reverbnation.com/mehdihamdad#tab=rich_text

Par Alain Gresh

Le Parlement et le Sénat français doivent débattre, le lundi 22 septembre, de la situation en Afghanistan. Ils auront à se prononcer par un vote nominatif sur l’engagement de la France dans une guerre qui risque d’être longue et coûteuse.

Il aurait été important que les chambres puissent examiner les arguments avancés et en mesurer la pertinence. Mais le temps de parole a été limité et le débat sera clos en une demi-journée. Est-ce ainsi que l’on débat de l’engagement de la France dans une guerre qui fera encore de nombreuses victimes, d’abord en Afghanistan mais aussi dans les rangs de l’armée ?

Lors de son allocution devant les ambassadeurs français, à la fin août (et après la mort de dix soldats), le président Nicolas Sarkozy avait expliqué les raisons de la présence française. Il reprenait les arguments déjà développés lors de l’annonce de sa décision d’envoyer des troupes supplémentaires en Afghanistan (sommet de l’OTAN, Bucarest, avril 2008).

Nous pouvons les résumer ainsi :

-  La France participe à une action collective approuvée par l’ONU ; elle doit être aux côtés de ses alliés de l’OTAN ;

-  nous devons aider le peuple afghan dont le sort s’est amélioré à éviter le retour d’un régime barbare ;

-  nous luttons là-bas contre le terrorisme international, pour protéger les Français de la menace directe du terrorisme.

Examinons un à un chacun de ces arguments :

-  La présence militaire étrangère en Afghanistan a deux composantes : la force internationale d’assistance à la sécurité, ou International Security and Assistance Force (ISAF), opère en Afghanistan sous l’égide de l’OTAN (environ 50 000 hommes de 37 pays) ; elle est mandatée par les Nations unies ; et des forces pour l’essentiel américaines (18 000 sur un total de 36 000 soldats américains) déployées dans le cadre de l’opération Liberté immuable, dont l’état-major est sur la base de Bagram, et qui en réfèrent directement au Central Command américain. Au total, les Etats-Unis fournissent environ 75% des troupes étrangères présentes dans ce pays.

De quel poids, dans ces conditions, pèse la présence française ? Quand le président Bush décide, en 2003, d’envahir l’Irak et de diminuer le nombre de soldats américains en Afghanistan, qui consulte-t-il ? Quand il donne le feu vert aux forces terrestres américaines pour mener des incursions au Pakistan, en informe-t-il la France ? Quand les bombardiers de l’opération Liberté immuable ou de l’ISAF mènent des raids qui font des dizaines de morts civils, consultent-ils la France ? Qui peut croire un instant que la stratégie de Washington dépend, même dans une mesure limitée, des avis de la France ?

L’armée française doit se retirer parce que la France ne peut peser sur le cours des événements. Et que le mandat de l’ONU pour l’ISAF n’a, en réalité, aucune signification concrète, les Etats-Unis décidant seuls…

-  La situation du peuple afghan, depuis des décennies, est terrible. Il a vécu, depuis la fin des années 1970, la guerre soviétique, les affrontements entre les différentes fractions de moudjahidin après la chute du régime communiste, la prise de pouvoir des talibans en 1996 ; et enfin la guerre menée par les Etats-Unis après le 11-Septembe, guerre qui se poursuit et s’intensifie.

La fin du régime des talibans a été incontestablement positive, même si la population les avait bien accueillis à leur arrivée au pouvoir : ils avaient mis un terme à l’anarchie et à l’insécurité provoquée par les combats entre les différentes organisations de moudjahidin.

Nicolas Sarkozy explique : « Mesurons les progrès accomplis : des institutions démocratiques avec de nouvelles élections en 2009/2010 ; la scolarisation de près de 6 millions d’enfants contre 800 000 en 2001 ; un système de santé qui a permis de réduire la mortalité infantile d’un quart : ce sont 40 000 enfants sauvés chaque année ; dans tous les domaines, un progrès sans précédent de l’égalité entre hommes et femmes ; des infrastructures restaurées ; 4 000 kilomètres de routes construites… Qui croira que tout ceci aurait été possible sans notre présence militaire ? »

Ces chiffres sont tirés d’un rapport publié à l’occasion de la conférence internationale de soutien à l’Afghanistan (Paris, 12 juin), Report on the Implementation of the Afghanistan Compact by the joint coordination and monitoring board (JCMB) co-chairs.

Ils appellent une remarque générale sur leur fiabilité. A-t-on vraiment les données sur ce qui se passe dans un pays qui, pour l’essentiel, échappe à l’autorité centrale ? Qui peut croire un instant que le pourcentage de femmes recevant des soins prénataux est de 73% ? Si la mortalité infantile a diminué d’une manière qui a permis de sauver 40 000 vies humaines par an, comment expliquer que les chiffres de l’OMS disent que le taux de mortalité des enfants avant cinq ans est resté stationnaire entre 2000 et 2005 ?

Parlons du droit des femmes. « Un progrès sans précédent de l’égalité entre hommes et femmes » ? Si on compare quelle situation à quelle situation ? Quelle époque ? Dans quels lieux ? Rappelons que l’époque où les femmes ont disposé du plus de droits, à Kaboul au moins, a été la période communiste. L’Occident n’a-t-il pourtant pas préféré aider les moudjahidins ? De son côté, George Marchais, secrétaire général du PC, justifiait l’intervention soviétique en Afghanistan au nom de la lutte contre « le droit de cuissage ».

Il est incontestable que, du point de vue juridique, la situation des femmes afghanes est meilleure aujourd’hui que sous les talibans. Au moins, elles ne sont pas exclues des écoles. Mais ce gouvernement soutenu par l’OTAN garde en prison des femmes « coupables » d’avoir été violées.

Un rapport de la commission afghane indépendante des droits de la personne rapporte que le nombre de femmes qui tentent de mettre fin à leurs jours en s’immolant est en augmentation rapide (« Afghanistan : Self-immolation on the rise among women ») : au moins 184 cas en 2007 contre 106 en 2006, et le nombre devrait augmenter encore en 2008.

Un autre rapport du ministère des affaires féminines, « Women in Afghanistan : Deprived of basic necessities », explique que le niveau de la violence contre les femmes en Afghanistan est le plus élevé du monde. Et que 57% des filles sont mariées avant l’âge légal.

On pourrait multiplier les exemples… Tirons-en trois leçons :

1) Dans un pays en guerre, les femmes sont une cible particulièrement vulnérable. Jamais la guerre n’a apporté des droits supplémentaires aux femmes ;

2) Malgré les lois adoptées sous pression internationale, le gouvernement réel est aux mains de chefs de guerre qui ont peu de respect pour les droits des femmes, parfois aussi peu que les talibans ;

3) Faire évoluer une société ne dépend pas seulement des lois. La société afghane est particulièrement conservatrice. Faire avancer les droits des femmes ne peut se faire de l’étranger.

Cela est également vrai dans d’autres domaines. Ainsi de l’éducation. Il y a eu de vrais progrès depuis 2001, mais ceux-ci sont remis en cause par la guerre. Ainsi, dans la province d’Helmand, le nombre d’écoliers est passé de 111 000 en février 2007 à 54 000 en mai 2008 (« School Attendance Plummets in Helmand », Institute for war and peace reporting).

Mais, dira-t-on, cette guerre est provoquée par les talibans. C’est une vision réductrice du conflit. Le gouvernement mis en place par l’intervention américaine s’est révélé incapable de répondre aux besoins les plus urgents de la population. En dehors de Kaboul, le pouvoir est resté aux chefs de guerre qui, grâce à l’argent de la drogue et de l’aide internationale, ont installé des fiefs où ils font régner leur loi. Malgré les milliards de dollars déversés sur le pays, la situation concrète des gens s’est peu améliorée. D’autre part, ce gouvernement profondément corrompu a aussi été incapable d’intégrer véritablement la communauté pashtoune qui représente la majorité de la population.

Quand les talibans ont repris du poil de la bête, l’action de l’armée américaine a été perçue comme celle de forces étrangères. L’armée afghane, peu motivée, mal équipée, est restée en seconde ligne. Imagine-t-on un moment ce qu’est une descente de Marines dans un village du fin fond de l’Afghanistan ? Sans compter les bombardements indiscriminés, dans la plus belle tradition des guerres coloniales.

« La Haut-commissaire de l’ONU aux droits humains a, selon l’AFP (16 septembre), condamné les pertes humaines parmi les civils en Afghanistan, alors que le mois d’août a été le plus meurtrier depuis la chute des Talibans à la fin 2001. Trois cent trente civils ont été tués le mois dernier en Afghanistan, dont plus de 90 dans une attaque aérienne par la force internationale à Shindand (ouest), a déploré Mme Navi Pillay dans un communiqué. “C’est le plus grand nombre de civils tués en un seul mois depuis la fin des plus fortes hostilités et la chute des talibans à la fin de 2001”, a souligné la Haut commissaire. Au total, 1 445 civils ont été tués depuis le début de l’année, soit 39% de plus que durant les huit premiers mois de 2007, selon les statistiques de l’équipe chargée du suivi des droits de l’homme auprès de la mission de l’ONU en Afghanistan.

La responsabilité de plus de la moitié de ces morts – 800 tués, soit 55% – est attribuée aux talibans ou à d’autres forces rebelles, ce qui représente près du double des 462 victimes qui leur avaient été attribuées du 1er janvier au 31 août 2007.

Mais les morts provoqués par des étrangers n’ont pas le même poids que des morts provoqués par des combattants locaux. La longue histoire de l’Afghanistan le prouve.

L’extension de la guerre et de la résistance à l’occupation étrangère ne peut que se poursuivre. Et il est douteux que le sort du peuple afghan s’améliore par une escalade de l’intervention occidentale.

-  Troisième argument, nos soldats se battent contre le terrorisme. Si nous ne triomphons pas en Afghanistan, le combat aura lieu en Europe.

Et si le contraire était vrai ? Si c’était l’intervention croissante des forces américaines et occidentales dans le monde musulman qui provoquait un rejet nationaliste ? C’est ce dont est convaincu Richard Barrett, chef du bureau des Nations unies de surveillance d’Al-Qaida, selon un article de l’hebdomadaire britannique The Observer (« UK campaign in Afghanistan ’aids al-Qaeda’ », Mark Townsed, 14 septembre).

« La présence des forces étrangères apporte de l’eau à leur moulin, et ils (Al-Qaida et Ben Laden) ont été très habiles à exploiter la peur des forces étrangères. On peut dire que la peur des forces étrangères donne de l’oxygène dans la région, et amène les chefs tribaux à mettre de côté leurs divisions pour s’unir contre les forces étrangères. » Selon ce journal, Barrett a affirmé que les troupes occidentales avaient aidé Al-Qaida à se renforcer le long de la frontière afghano-pakistanaise et que ces troupes offrent un objectif pour les groupes terroristes.

On peut ajouter que l’Afghanistan est devenu depuis plusieurs mois, notamment après l’affaiblissement d’Al-Qaida en Irak, le point de ralliement de tous les combattants qui rêvent d’en découdre avec les Occidentaux. Et donc à renforcer le poids de l’organisation au sein des groupes armés, dont la plupart des combattants sont mus par des sentiments nationalistes et non par l’idée d’un djihad mondial.

Il est évident que les bombardements – qui reposent souvent sur de mauvaises ou de fausses informations liées au caractère même de la guerre – et leur cortège de morts civils radicalisent aussi les oppositions.

Dans un entretien à l’Agence France Presse, le 5 septembre 2008, deux chercheurs français, Mariam Abou Zahab, (CERI-Sciences Po) et Bernard Dupaigne (professeur au musée de l’Homme), notaient les dangers de l’amalgame. « Qualifier de “terroristes” tous les combattants anti-occidentaux en Afghanistan est un amalgame erroné qui condamne à ne pas comprendre les menaces et les enjeux, préviennent ces experts français de la région. Selon eux, la plupart de ceux qui mènent des attaques contre les forces américaines, canadiennes ou européennes sont soit des nationalistes pashtouns, soit des extrémistes religieux, soit des guerriers tribaux – souvent un mélange des trois -, qui luttent contre ce qu’ils considèrent être des armées d’occupation. Et s’ils peuvent côtoyer par endroits et par moments, surtout dans l’Est du pays, des groupes proches ou affiliés à Al Qaïda, ils ne s’inscrivent pas dans la mouvance du “jihad global”, assurent-ils. »

Abou Zahab : « Vous avez, surtout dans le Sud, des combattants extrêmement jeunes qui sont avant tout nationalistes. Leur discours est basique mais efficace : des troupes non-musulmanes (ils disent “infidèles”) ont envahi mon pays. C’est mon devoir de les combattre. Point. »

Dupaigne : « Nombre de ceux qui tapent sur les armées occidentales sont les mêmes ou les fils de ceux qui tapaient sur les Russes, simplement parce qu’ils étaient là. Si les Russes n’avaient pas été là, ils seraient restés garder leurs chèvres. C’est pareil aujourd’hui. »

L’escalade des combats suscite aussi une radicalisation au Pakistan, comme le montre un sondage réalisé en juin 2008 par The New America Foundation, qui montre que 52% des Pakistanais considèrent que les Etats-Unis sont les principaux responsables de la violence dans leur pays (contre 15% qui considèrent que ce sont les groupes islamistes radicaux). 50% pense qu’il faut négocier avec Al-Qaida. Et les opinions favorables à l’égard d’Al-Qaida ont augmenté cette année, principalement parce que l’organisation est perçue comme s’opposant à la politique américaine.

Mais si les troupes françaises se retirent, que se passera-t-il ? Faut-il un retrait immédiat ? Quelle est la solution politique ? Je reviendrai sur ces questions dans un prochain envoi, mais je voudrais rappeler la déclaration de la membre de la chambre des représentants américaine Barbara Lee, qui fut la seule du Congrès à voter, le 14 septembre 2001, contre l’Authorization for the Use of Military Force Against Terrorists (AUMF). Elle s’explique en disant qu’elle vote non, « non parce qu’elle est contre une action militaire, mais parce que l’AUMF dans sa formulation donne des pouvoirs de guerre exagérés au président, alors même que les informations sur la situation ne sont pas claires. C’est un chèque en blanc permettant au président d’attaquer quiconque est impliqué dans les événements du 11-Septembre, où que ce soit, dans n’importe quel pays, sans considération des intérêts à long terme de notre nation dans les domaines de la politique étrangère, de l’économie ou des intérêts nationaux de sécurité, et ce sans limite de temps. (…) Le Congrès aurait dû attendre de connaître les faits et d’agir ensuite en plein connaissance de cause. » (Cité par Helena Cobban sur son blog Just World News, « September 11 and the war in Afghanistan », 10 septembre.)

Alain Gresh

Source : http://blog.mondediplo.net/2008-09-18-Pourquoi-l-armee-francaise-doit-se-retirer-d

Par Asma Lamrabet

Ce titre doit faire tressaillir plus d’un…Féminisme et Islam ? Ne sont-ils pas antinomiques par nature ? Peut-être, si notre approche est comme chaque fois que l’on doit parler d’Islam : Binaire….Par contre si la terminologie est dans un premier temps « redéfinie » alors on aura compris de quoi il s’agit.

Je rassure tout de suite ceux qui ont tressaillit … Le féminisme en question ici est différent idéologiquement parlant de celui prônée par une occidentalisation forcenée de la féminité…Il sera similaire par contre en terme de revendications de droits… C’est que nous sommes obligées d’utiliser le vocabulaire déjà en vogue pour pouvoir être comprises…

Ce féminisme islamique « new look » se démarquera aussi de celui classiquement revendiquée par les intellectuelles musulmanes qui tout en se situant à l’intérieur d’une éventuelle culture musulmane vont réclamer des droits au nom d’un universalisme féministe commun. Autrement dit, elles s’aligneront sur un mouvement pro-occidental forcément laïque et qui se veut, libéré de toute connotation religieuse. Elles auront droit de cité un peu partout à travers le monde médiatique socioculturel car elles incarnent la face « civilisée » de ces pauvres femmes du monde musulman…

Le propos n’est pas celui de rentrer dans une logique de confrontation féroce avec ces femmes qui ont le droit -tout le droit- de lutter pour l’égalité des sexes, notamment au sein d’un monde musulman encore très en retard sur ce sujet, mais il s’agira de se différencier par rapport à une démarche « non religieuse », qui exclut les données scripturaires de l’islam.

La nouvelle approche féminine islamique- dans laquelle je me reconnais pleinement- s’inscrit dans un registre de fond différent, quoique dans la forme il y a une certaine cause commune. Notre but sera de militer pour les droits des femmes musulmanes, de l’intérieur de l’Islam en tant que religion, mode de vie, selon une vision globalisante et contemporaine…Nous luttons dans un cadre explicitement religieux pour la simple et bonne raison que nous considérons que l’islam est à nos yeux porteur d’un message profondément émancipateur. La différence est de taille. De et par l’islam, et à partir des références islamiques …

Alors de quoi s’agit-il réellement ? Il s’agit d’un timide mouvement encore confus, encore dans ses premiers balbutiements, ici et là, en terre d’islam et en Occident qui essaie d’émerger et de faire entendre sa voix. Des femmes musulmanes convaincues et engagées qui se mobilisent très doucement -trop même- pour qu’on cesse de faire dire au religieux n’importe quoi en leurs noms…

Il sera peut -être inutile de rappeler que le « Renouveau de l’islam » que connaissent aussi bien les sociétés musulmanes d’origine que les communautés islamiques des sociétés occidentales, s’est caractérisé par l’ampleur de la participation féminine. Elles sont plus nombreuses et surtout plus visibles- du fait du port du voile- à se compromettrent dans ce retour à l’islam. Les tendances féminines qui existent au sein de ce renouveau sont assez variés mais dans la majorité des cas on s’apercevra que d’un accord très souvent tacite, les femmes se soumettront à une certaine lecture de l’islam généralement très masculine et qui met en veilleuse les vrais problèmes concernant le statut de la femme dans ces communautés.

La majorité de ces femmes vont donc retrouver une foi intense certes, faire un parcours spirituel captivant, motivées par des choix profondément sincères mais elles vont cependant vivre pour la plupart une spiritualité refuge et se cantonner dans une foi passive. Elles seront tellement bien avec Allah, mais tellement mal avec leur entourage et surtout leur frères en religion qui, malgré le même engagement religieux, vont rarement se défaire de leur vision machiste, héritage d’un environnement familier et culturel particulièrement réfractaire à l’émancipation des femmes…Devant trop de résistances masculines et sociales la grande majorité des femmes qui vivent le retour au spirituel vont le faire en silence, le cœur lourd de déceptions et de questions sans réponse. Elles finiront par se soumettre à la loi de la majorité, celles des convenus et des non-dits…On confond soumission au Créateur avec la soumission aux êtres et respect des principes religieux avec respect des principes relevant de la tradition culturelle. Et celles qui parmi ces femmes vont choisir de l’intérieur de ce renouveau islamique de se « révolter » contre ce conformisme vont être considérées comme des intruses bien islamisées certes, mais des intruses quand même !!

C’est ainsi que, pour une certaine catégorie de musulmans, entre autres ceux qui se veulent aussi engagés activement dans le renouveau de l’islam, l’avènement sur la scène islamique de ces femmes musulmanes qui commencent à se compromettre sérieusement pour une nouvelle lecture de leurs droits en islam, est vue plutôt d’un mauvais œil et recevra un accueil « mi-figue mi raisin »…Plutôt mi- figue !!

Familiarisés avec une image très complaisante de la femme en général et de celle- « islamiquement correct »- de l’engagée en particulier, certains musulmans auront du mal à admettre une nouvelle version féminine contestataire. Il est évident que nos frères en islam seront franchement très mal à l’aise… Oui, ils seront d’accord pour que ces femmes fassent grossir les rangs des « réconciliés » avec l’islam, où faut-il le rappeler elles seront majoritaires, mais selon certains, elles doivent garder les limites qui ont été convenus par un droit non pas islamique mais coutumier qui même en terre d’occident – surtout en occident- sera toujours prioritaire.

L’irruption de ces femmes engagées islamiquement parlant dans la sphère publique voire politique du monde hermétiquement fermé de l’islam est perçu comme une innovation du l’ordre du sacrilège …Or une grande partie de ce comportement est due à notre approche du religieux. Du fait d’une lecture « rébarbative » et au fond assez « fabuleuse » de l’histoire musulmane, les femmes et les hommes du renouveau islamique feront toujours dans la schizophrénie …Au lieu de tirer des enseignements pratiques et adaptables à leur quotidien, ils et elles vivent leur retour à l’islam selon une vision utopique et idyllique, d’un coté l’islam de la révélation et de l’autre notre quotidien à des années lumière de cette première cité de la perfection. Les personnages et les évènements historiques de l’islam sont perçus non pas comme des modèles et des situations à méditer pour une meilleure fidélité au message et une meilleure compréhension de nos problèmes actuels, mais comme des faits hors temps, inaccessibles car tellement parfaits. Or on oublie justement que le modèle de ces hommes et femmes de la première ère qui ont fait la grandeur de l’islam – au-delà de la considération et du respect qui leur est du- réside dans leur humanité…

Le résultat de cette dichotomie dans notre lecture et dans notre façon de concevoir le religieux est que nous finissons par justifier toutes nos faiblesses et tous nos écarts. C’est ainsi que notre étude de l’histoire de la révélation et les métamorphoses réalisées par le message coranique et l’enseignement du prophète de l’islam (S), surtout en ce qui concerne la femme, seront visualisés selon la même lecture manichéenne.

Toute la littérature religieuse islamique abonde d’exemples de femmes qui à la lumière de notre modernité seraient des « féministes » d’avant-garde : Aicha épouse du prophète, femme savante, exégète, politicienne, qui en plus d’avoir réglementé une grande partie de la Sunna a exercé durant 40 ans la fonction de Mufti, notons en passant que le terme au féminin n’existe pas en arabe, alors qu’elle a été parmi les premières a l’avoir personnifié…

Oum Salama, a été conseillère politique du prophète (S) lors du traité de « Al Hudaybia », toutes les « Sahabyates » de la première heure qui en faisant acte d’allégeance au prophète (lors de Bayaat Al Akaba) ont incarnées le premier engagement politique de la femme musulmane il y a 14 siècles !! … Un autre exemple repris de la Sira, nous évoque l’histoire de Zaynab la fille du prophète qui un jour lors de la prière de l’aube « Al Fajr » dans la mosquée de Médine, va déclarer solennellement, juste avant le début de la prière, à toute l’assistance hommes et femmes, qu’elle a décrété la protection de son ex mari – non musulman à l’époque et dont la tribu était en guerre contre les musulmans de Médine- et que ce dernier se trouvait sous son auspice. Après la prière, le prophète s’assura de la nouvelle et accepta que cette personne soit laissée libre de circuler dans la cité malgré le contentieux avec sa tribu. Toute la communauté respecta la protection assurée par une femme à un mécréant. C’est un acte de responsabilité sociale pris par une femme en pleine prière, dans la mosquée, au vu et su de toute la communauté. Peut-on imaginer un tel acte aujourd’hui dans nos mosquées modernes ? La Sira ou l’histoire de la vie du prophète, regorge d’exemples édifiants de femmes qui ont personnifié par excellence cette libération islamique de la femme.. Voilà celui de Asma Bint Yazid Bin Sakan, la première femme à revendiquer le droit au Jihad. C’était une femme qui a prêté serment d’allégeance au prophète, qui était connue pour sa foi et son abnégation pour la cause de l’islam. Elle a été désignée comme déléguée des femmes auprès du Messager de l’islam. Un jour alors que le prophète était parmi ses compagnons, Asma vint le voir et lui dit : « Je suis la déléguée des femmes auprès de toi prophète. Allah t’as envoyé auprès de tous les hommes et de toutes les femmes de ce monde, nous avons cru en toi et en ton Dieu. Mais les femmes sont limitées de par leur fonction et sont vraiment impuissantes. Confinées chez elles, objets de vos désirs, enceintes de vos enfants, tandis que vous êtes vous les hommes favorisés par rapport à nous, par vos assemblées, par votre participation social et politique, par le pèlerinage, et plus que tout cela par le Jihad dans la voie de Dieu. Pendant que nous les femmes, nous tissons vos habits et éduquons vos enfants. Ne pourrions-nous pas partager avec vous tous ces bienfaits comme celui du Jihad, auquel vous avez, vous les hommes apparemment un droit exclusif ? » Le prophète émerveillé par l’éloquence de cette femme, se retourna vers ses compagnons : « Avez- vous jamais entendu un propos qui témoigne de la dévotion d’une femme à sa religion aussi meilleur que celui là ? » leur demanda t-il ; « Certes non, nous n’aurions jamais cru qu’une femme serait capable de tenir pareil propos ! » Répondirent les compagnons vraisemblablement abasourdis par le discours de cette femme. Asma Bint Yazid au nom de sa foi a dénoncé les privilèges des hommes au Messager de Dieu !! Elle n’avait aucun embarras à le faire car c’est ainsi que l’islam le lui enseigna…

Les musulmanes de cette époque, convaincues de que l’islam les traitait à part égales avec les hommes, ne lésinaient pas à revendiquer cette égalité dans la foi et l’action, haut et fort, devant la plus haute autorité de l’islam, à savoir notre prophète Mohammed !

Les exemples sont innombrables mais dans quelle mesure sont-ils réellement effectifs dans notre pratique quotidienne ?

Ils le seront, dans la mesure où les femmes de ce renouveau de l’islam seront conscientes des défis qui les attendent, celui de « revisiter » leur histoire sous un angle nouveau, celui de l’esprit critique et du réalisme. La foi passive ne sera d’aucune utilité à notre émancipation islamique. Il faudrait savoir lutter activement pour ces droits islamiques inaliénables qu’on nous cesse de rabâcher mais qui ne seront concrets que lorsque ces mêmes femmes feront l’effort de les revendiquer haut et fort…

Il est vrai que ce mouvement est encore très faible et que malheureusement beaucoup de femmes ne se sentent pas encore prêtes pour ce combat pourtant nécessaire pour notre présent et notre futur de musulmans. Bousculer les stéréotypes et les à- priori infantilisants concernant la femme musulmane n’est pas chose aisée même chez ces propres femmes !!

Ce mouvement féminin islamique contestataire ne plaira donc ni à certains musulmans habitués à ce que les femmes soient exclues d’office de tout débat religieux, ni aux occidentaux pour qui ce genre « d’énergumène » féminin brouille toutes les pistes et déconcerte du fait qu’il ne se case dans aucune grille de lecture…

Pour les occidentaux, le profil de ce genre de femme musulmane à part entière, pratiquante et « ostensiblement » impliqué dans le renouveau de l’islam est tout simplement une aberration, un accident de parcours , un phénomène tellement déroutant qu’on préfère l’ignorer…Remède au fond très subtil !! Il faudrait savoir les comprendre, ce genre de femme musulmane atypique anéantit toutes leurs thèses sur la trop classique femme soumise, victime inéluctable d’un islam rétrograde… Les seules « féministes » musulmanes acceptables seront par conséquent, celles qui revendiqueront certes un islam culturel aux fragrances exotiques mais aussi et nécessairement des droits formulés en dehors de la sphère islamique. C’est ce qu’on a appelé : « L’effet miroir » des sociétés occidentales qui n’identifient et ne donnent crédibilité qu’aux acteurs des autres sociétés par lesquels se prolongent leur propre image.

Il existe d’ailleurs de la part des féministes occidentales, une « sommation » implicite- parfois même explicite- qui est faites à l’égard des féministes musulmanes, afin d’énoncer un renoncement à l’égard de l’islam, comme preuve d’une bonne conduite garante d’une position juste1 !

Beaucoup d’intellectuelles de culture musulmane vont se rallier – quelques unes malgré elles- à ces mouvements occidentaux, faute de mieux parfois, mais aussi parce qu’elles sont quelque part convaincues de l’implication de l’islam en tant que religion comme facteur intrinsèque à l’infériorité des femmes dans les sociétés musulmanes.

C’est que le problème de ces femmes de l’avant-garde intellectuelle est justement avec l’islam. Et puisqu’on leur a appris que la modernité ne peut être pleinement vécue que par une négation du sacré, et bien cela tombe bien car cela fait belle lurette que les légitimations culturelles ou islamiques -pour elles point de différence !- les étouffaient. L’humiliation et la frustration ont toujours alimenté la conscience féminine musulmane, alors on se libère et on se proclame féministes acharnées pour se réapproprier une personnalité perdue- selon cette vision des choses- dans les tréfonds d’une loi islamique franchement misogyne.

C’est fortement convaincue par l’exigence de justice et de la liberté de conscience que m’impose ma fidélité au message coranique, que je respecterais le choix de ces intellectuelles musulmanes pro-occidentales, mais au nom d’un idéal universaliste de justice et de liberté de conscience -qui je suppose est le leur- et que je partage aussi quelque part, je revendique le même droit au respect. Le mien et celui des milliers de femmes musulmanes qui aspirent à une émancipation dont le cheminement est certes différent mais non moins respectable. C’est là ou il me semblerait qu’en tant que femmes islamiquement engagées nous devons être intransigeantes, autrement dit, exiger la même considération que celle décernée d’emblée à celles qui se proclament libérées de « l’aliénation religieuse » !!

De quel droit on nous refusera ce « droit de penser », ce droit de se revendiquer libérées au nom du religieux ?? Pourquoi nos idées d’émancipation islamique sont jugées irrecevables chez la majorité des occidentaux complètement aveuglés par leur « Prêt à penser » dès qu’il s’agit de l’islam ?! Pourquoi notre lutte pour une participation active des femmes dans l’espace musulman est-elle dédaigneusement ignorée dès lors qu’en termes de revendication nous utilisons nos références islamiques ?

Pourquoi la lutte des femmes musulmanes progressistes, modernes et modérées selon le vocabulaire occidental est indéniablement mise en exergue et qualifié de lutte contre l’obscurantisme islamique ? Alors que pour nous femmes musulmanes, engagées, tout autant modernes, pratiquantes, voilées et donc taxées d’intégristes selon la même terminologie de consensus occidentale, nous serons forcément des aliénées et des manipulées ?!!

De quel droit on contestera notre attitude de libération religieuse au nom de l’islam et par l’islam quand on le conçoit – le plus naturellement du monde- pour des femmes chrétiennes ou juives qui prônent « un féminisme religieux » à travers une théologie de libération féminine ? Dernièrement lors de la journée mondiale de la femme, des féministes occidentales de renommée mondiale ont commémoré l’une des premières féministes d’Amérique du Sud, au XVII siècle, la mexicaine Sœur Jeanne Inès de la Croix, Catholique convaincue, théologienne de renom, poétesse, la plus grande critique du machisme latino-américain et fervente défenseur des droits de la femme à l’éducation et à l’accès à l’univers théologien catholique très hostile aux mouvements féminins à l’époque….Des féministes libérées, modernes, ont clamé et glorifier la lutte de cette religieuse au nom de ses références pour l’émancipation des femmes mexicaines … Finalement ce n’est pas le religieux en lui-même qui dérange l’univers occidental dépositaire de la libre pensée , mais c’est quand il se dit islam…Quand il parle au nom de l’islam, quand il réagit au nom de l’islam ! Triste constat…

Finalement notre posture intellectuelle, en tant que femmes pleinement engagées dans ce renouveau islamique, est le moins qu’on puisse dire, assez inconfortable !! Peu appréciées de part et d’autre, aussi bien au sein de certains courant musulmans que du coté occidental, nous n’avons aucun choix que celui de continuer à nous mobiliser pour que les femmes musulmanes retrouvent leur vraie place dans nos sociétés et nos communautés, qu’elles soient des partenaires à part égale avec l’homme musulman dans le respect profond des principes islamiques. Le statut de la femme musulmane est, dans la grande majorité des pays islamiques, un statut régit par une lecture très patriarcale et discriminatoire. A travers l’histoire musulmane on s’aperçoit que en dehors des premières périodes de la civilisation islamique, le destin de la femme a connut un tragique retour en arrière et une rechute cruelle liés essentiellement à la décadence politique et à l’enfermement des savants musulmans qui ont déclaré que les femmes devaient être exclues de l’espace public, ignorant royalement les recommandations de notre prophète. Le messager de l’islam n’avait-il pas fait sur son lit de mort une dernière exhortation prémonitoire : « Appréhender l’épreuve – fitna  ! » …Bien entendu, l’interprétation machiste faites de cette recommandation était que les femmes seraient à l’origine de tous les maux de la communauté islamique…Interprétation qui va à l’encontre de l’ensemble des prescriptions du prophète (S) envers les femmes et de son message égalitaire…Alors qu’en vérité ce hadith prévenait les musulmans des épreuves qui les attendaient dans le futur du fait de leur conduite envers les femmes2. La Fitna dont parlait notre prophète n’est-elle pas celle que l’on vit actuellement et qui fait de la condition actuelle de la « femme musulmane » le bouc émissaire de tous les préjugés contre l’islam ?- des femmes

Le renouveau de l’islam et tous les débats qu’il impose est une donnée incontournable pour les musulmans d’aujourd’hui et les femmes doivent y participer activement. L’implication des femmes dans les projets réformateurs de l’islam et leur réappropriation du débat religieux est impérative. D’ailleurs il ne pourra se faire sans elles. InchaAllah.

Notes :

Voir l’excellent article de Saida Rahal Sidhoum, “Féministe et de culture musulmane dans la société française, une identité sous contrôle » Confluences Méditerranée, Nº 27, Automne 1998.

1

Voir plus de détails dans le livre de Nadia Yassine “Toutes voiles dehors” éditions Le fennec, Casablanca, 2003.

2

 Par Tariq Ramadan

A l’heure où nous fêtons les soixante ans de la Déclaration des Droits de l’Homme, les rencontres de commémoration se multiplient à travers l’Europe. L’Agence Européenne pour les Droits Fondamentaux organisait à Paris (les 8 et 9 décembre derniers) une conférence internationale sur les droits fondamentaux et la liberté d’expression sous le patronage de la ministre de la Justice, Rachida Dati, qui ouvrit les débats. Les exposés introductifs mettaient en évidence les nouvelles potentialités et les nouveaux dangers de l’expression libre, des impératifs de sécurité, des dangers d’internet, de la diffamation, etc. Pour rééquilibrer le propos, la journaliste française, qui avait été kidnappée en Irak, Florence Aubenas, est venue rappeler que la liberté d’expression est de plus en plus en danger et non pas seulement dans les dictatures et les pays du Tiers-Monde. Du meurtre de la journaliste russe Anna Politkovskaïa, qui avait couvert courageusement la guerre en Tchétchénie, aux intrusions du pouvoir politique en France avec un Président qui acquiert le droit de nommer le président de France-Télévisions (les chaînes publiques), Florence Aubenas tenait à relever que les journalistes voyaient jour après jour leur liberté se restreindre au nom de la guerre contre le terrorisme, la sécurité ou des raisons de politiques politiciennes. Le rapporteur des Nations Unies sur les questions relatives au racisme, Doudou Diene, ajouta qu’il ne fallait pas oublier la pression des grands groupes économiques de même que les questions relatives aux immigrés à qui, aux frontières de l’Europe et parqués dans des centres d’accueil, on refuse un semblant de liberté d’expression.

Le tableau est assez illustratif : la liberté d’expression n’est pas dans le meilleur état de santé et nos démocraties doivent s’engager dans un travail profond pour améliorer les choses. La lutte contre les dictatures, la libération des opposants politiques, la sécurité et le droit de la critique pour les journalistes sont autant de causes à défendre à travers le monde. Mais au cœur des sociétés démocratiques, il faut également s’engager à la responsabilisation des citoyens qui négligent les libertés qui leur sont offertes, défendre les droits des immigrés, protéger le service public des diktats de l’économie et de la politique. Sortir du régime de la peur qui nous transforme en victime trop souvent consentante pour nous engager avec volontarisme dans un processus de responsabilisation collective qui nous transformerait en « sujets », en citoyens libres et responsables connaissant leurs droits et en usant de façon rationnelle et raisonnable. L’objectif est louable mais est-il seulement possible d’opérer cette réforme, cette révolution d’intelligence, qui nous permettent de nous réapproprier l’essence de la liberté et les moyens de son expression.

Au lieu de s’embourber dans des débats stériles qui stigmatisent les politiciens responsables des politiques sécuritaires d’une part ou l’impéritie des journalistes peu formés ou seulement avides de « scoop » d’autre part, il semble plus effectif de commencer par le commencement. Il faut bien sûr une approche critique et constructive des sociétés démocratiques, des politiques sécuritaires ou d’immigration, des médias et des pouvoirs, mais au bout du compte rien ne sera effectif si les citoyens ne sont pas mis en face de leurs responsabilités. Et cela commence sur les bancs de l’école. Comment protéger la liberté des femmes et des hommes si rien n’est dit à l’école sur les médias, leur fonctionnement, leur pouvoir et l’information en général (la télévision, les journaux, internet et les moyens alternatifs) ? Vis-à-vis des medias nous produisons et entretenons un analphabétisme en complète contradiction avec les valeurs démocratiques que nous prônons. Voilà donc nos sociétés démocratiques formant des citoyens sans leur donner les outils pour comprendre la force, les moyens et le fonctionnement du pouvoir médiatique qui est devenu le premier pouvoir dans le façonnement des représentations dans l’espace public et la vie politique en général. Eduquer et instruire, c’est rendre un individu autonome, possédant les moyens de l’analyse et de la critique et donc les moyens de sa liberté : nos sociétés modernes travaillent contre elles-mêmes si elles ne se penchent pas de façon plus déterminée sur l’ « alphabétisation médiatique » dès le plus jeune âge, officiellement et de façon transdisciplinaire, dans les programmes des écoles publiques et privées. Il s’agit d’apprendre à recevoir une information, à l’analyser, à la comprendre et à la mettre en perspective (historique, géographique, contextuelle) : ce travail doit se nourrir d’études sur l’image, le commentaire, le pouvoir de la langue (et par conséquent sa maîtrise).

Au moment de fêter les soixante ans de la Déclaration des Droits de l’Homme, nous sommes renvoyés aux fondamentaux de sa philosophie : il importe de donner aux femmes et aux hommes les moyens de leurs droits. La liberté, à l’évidence, mais également l’éducation, la conscience critique, la langue, la compréhension de l’environnement humain et social, la capacité d’analyse des pouvoirs (de tous les pouvoirs). Les droits fondamentaux, dont la liberté d’être et de s’exprimer, sont l’objet d’une quête permanente et c’est à l’école que l’on doit apprendre la lucidité de la critique autonome comme impératif à l’aliénation possible des libertés collectives.

 

 

Par Asma Lamrabet

J’avouerais de prime abord que j’ai hésité avant d’accepter de traiter de ce sujet vu que j’ai toujours considéré que  mon engagement intellectuel concernant la femme en islam ne pouvait  se réduire à la seule problématique de ce  voile qu’on appelle « islamique ». J’ai toujours refusé de me hasarder dans un débat « hypermédiatisé » -que certains[1] , ont à juste titre,  nommé « le voile médiatique »- où l’émotionnel y  atteint des paroxysmes surprenants et qui  finit  toujours par  se réduire  à sa dimension la plus simpliste : «Etes -vous  pour ou contre le voile ? ».  

Cependant, quand on m’a proposé d’y participer sous la thématique de ce séminaire : « Les autres prennent la parole »,  il m’est apparu de mon devoir de répondre à cette « invitation au dialogue » a l’échange et au partage et de donner mon modeste point de vue.

Certes, le sujet est complexe, d’abord par ce qu’il s’agit d’une question où s’imbriquent, au-delà des dynamiques sociopolitiques, la tradition, la religion, la modernité,  la revendication identitaire, le droit à l’instruction, les libertés personnelles et le défi des sociétés multiculturelles…Il reste néanmoins évident que le débat sur le voile, a permis de « dévoiler » au moins deux grandes problématiques contemporaines : en Occident celui  de la visibilité de l’Islam et de là celui de la place de cet Islam dans les sociétés occidentales et chez les musulmans, une profonde crise identitaire, dont le principal symptôme a été  la réaction émotionnelle démesurée autour de cet emblème qui a finit par symboliser l’essentiel de l’identité islamique.

Le sujet est  aussi complexe, voire un tant soit peu sensible,  personnellement parlant, puisque l’on pourra questionner, à raison d’ailleurs,  l’objectivité de mon point de vue en tant que femme « arborant » ce voile tant problématique?! Je pourrais  y répondre en posant la question autrement, à savoir, quel sera le degré d’objectivité de ceux qui seront à l’écoute de mon propos ?   Ecoutera t-on mon propos de façon objective ou bien le fera t-on sous le prisme « déformé » et « subjectif » du regard porté sur l’Autre,  enfermé,  dans ses représentations stéréotypées et ses jugements figées ? C’est là tout le défi de la « déconstruction » du regard que l’on peut porter sur l’Autre et de notre approche réciproque de l’Altérité !

C’est dans ce sens, celui qui donne la priorité à l’empathie et à l’accès de l’intérieur à la vision de l’autre qu’il  serait utile voire nécessaire de revoir, ne serait ce que brièvement, la terminologie ainsi que les données théologico-historiques du « voile », afin, d’une part, de rectifier quelques amalgames sémantiques et historiques et d’autre part  d’avoir quelques  « repères » à partir desquels il nous sera, peut être, plus facile de « comprendre » l’Autre à partir de « son intérieur » à lui.

Histoire, terminologie et données scripturairesIl est historiquement connu que le port du voile par les femmes était déjà pratiqué bien avant l’arrivée de l’Islam[1] et qu’il était encore adopté à des époques récentes, y compris dans des sociétés mon musulmanes. On le retrouve comme prescription religieuse aussi bien dans le Judaïsme que dans le Christianisme, Saint Paul en fait mention dans sa lettre aux Corinthiens et  à l’époque, sa signification était évidente : le voile témoigne de la protection et de l’honorabilité de la femme qui le porte, tout en étant, cependant,  un puissant moyen de distinction des classes sociales[2]

En ce qui concerne l’Islam, religion qui achève l’avènement du monothéisme et  à l’instar des autres traditions religieuses, le voile dans son sens général ne sera pas considéré comme une innovation historique, puisque il faisait partie des traditions vestimentaires de nombreuses civilisations antéislamiques, sur lesquelles est venue se greffer cette religion…Cependant, c’est le sens nouveau que lui donnera le message spirituel de l’islam qui fera son originalité et sera à l’origine de  son expansion et donc de sa connotation religieuse parmi les populations islamisées, même si ce nouveau sens perdra en cours de route, l’essentiel de sa raison d’être et finira par se réduire à une symbolique essentiellement coutumière.

Mais comment le Coran, texte sacré des musulmans aborde t-il ce thème du voile ?

De pont de vue philologique le terme de « hijab »  utilisé actuellement par les musulmans est incorrect puisque dans le Coran il signifie « rideau » ou « séparation » alors que le voile serait plutôt la traduction de « khimar » qui désigne en arabe le voile, avec lequel les femmes se recouvrent la tête et qui était déjà utilisée à l’époque.

Le Coran mentionne donc le terme de « khimar » une seule fois (Coran 24 ;31) et à travers quelques versets – où il est aussi question d’un autre type de vêtement porté à l’époque (jilbab) qui signifie vêtement ample (Coran 33 ;59) – il invite les croyantes à un comportement  de « décence » autant physique que moral.

Il serait important  de rappeler que les  versets qui parlent de voile  furent  énoncés lors  d’une conjoncture historique particulière à savoir  celui de l’oppression des femmes. En effet, avant l’islam, les femmes étaient répudiées sans motif et  se retrouvaient souvent dans des situations de misère qui l’obligeaient à choisir entre l’esclavage ou la prostitution voire parfois les deux…  Pour attirer l’attention, elles avaient l’habitude de se promener la poitrine dénudée, à l’image des prostituées sacrées connues en Mésopotamie ou en Inde, d’où l’injonction coranique qui invitaient les femmes -qui ont choisit d’entrer en islam et donc de se « libérer »-  de « rabattre les pans de leurs voiles ou khimar sur leur poitrine »…C’est là le seul « détail » qui sera évoqué par le Coran alors que,  concernant le reste, le Coran se contentera de donner des orientations générales qui incitent à la  « bienséance »  et à la « modération » vestimentaire et j’utilise sciemment ici le terme de « bienséance » car l’injonction coranique est une invitation à la « décence » plutôt qu’à la « pudeur » souvent formulée pour interpréter ces versets.

Il est évident donc que dans aucun verset il n’y a d’instructions claires – mise à part le terme de khimar et jilbab – quant à une manière « précise »  de s’habiller ou de porter un quelconque vêtement[3]. Cette formulation vague et  subtile autour  d’une certaine « apparence extérieure » est la preuve de  la latitude offerte par le message spirituel  aux femmes de chaque époque afin de leur permettre ainsi de concilier entre leurs convictions spirituelles et leur contexte social respectif.

Le Coran  ne légifère en rien sur la  nécessité d’un « uniforme » religieux qui serait strictement « islamique » comme on aime à le prouver actuellement et l’intention spirituelle première n’était pas de fixer des normes vestimentaires rigides ou figées qui seraient « fixées » une fois pour toute mais plutôt de  « recommander »  une « attitude » voire une « éthique » autant par rapport au corps que par rapport  à l’esprit.  

Le Coran n’ayant donc pas insisté sur l’apparence physique outre mesure, il serait très réducteur d’analyser les quelques versets sur le voile en dehors de l’ensemble des orientations du message spirituel concernant les femmes.

On  ne peut donc, faire l’économie du contexte particulier dans lequel vivaient les femmes à l’époque de la révélation ni  celui  de la lecture des  autres versets qui octroient  aux femmes des droits et des responsabilités révolutionnaires pour l’époque, leur concédant ainsi, un nouveau statut social en tant qu’être humain à part entière. Les versets concernant donc le voile sont à relire concomitamment avec ceux qui donnaient  aux femmes le droit à l’indépendance économique, à l’héritage, au libre choix du conjoint, à la participation sociale et  politique…De nombreux textes historiques  confirment le fait que le nouveau message spirituel viendra bousculer les traditions archaïques de l’ordre patriarcal et inaugurer une  nouvelle conjoncture sociale très favorable à l’émancipation des femmes. Les premières femmes musulmanes en souscrivant à l’incitation du voile et de la décence, l’ont d’abord compris comme faisant partie intégrante d’un profond message de libération et comme le symbole d’une dignité enfin retrouvée.

Cette conception globale  de l’esprit du Coran et  l’approche holistique du message spirituel sont importantes voire essentiels à connaître quand on veut saisir le sens profond des versets concernés. Le voile n’est pas important par lui-même -puisqu’il existait avant- mais c’est le nouveau sens qu’il prend et le contexte dans lequel il s’articule -celui de la libération des femmes- qui est important.

Il est tout aussi important  de souligner ici ce que beaucoup de musulmans ignorent ou passent sous silence, à savoir que cette injonction à la « bienséance » ne concerne pas uniquement les femmes puisque d’autres versets exhortent les hommes à ce  même type de comportement.

Il est donc clair que le but des versets était d’inciter hommes et femmes à se  libérer de tous les despotismes  tout en se comportant avec décence et respect les uns vis-à-vis des autres.

Il est malheureux de constater que cette première intention du message spirituel de l’islam est souvent omise voire complètement ignorée au détriment d’une lecture littéraliste qui ne retiendra de tout l’enseignement coranique que ce slogan désormais célèbre : « l’obligation pour les femmes de porter le voile » !…Or d’abord il n’a jamais été question ici d’obligation  mais plutôt de « recommandation », cela est un point très important car il est le point de départ  de nombreux amalgames et préjugés qui restent associés à l’image de la femme en islam. Une conviction religieuse ayant attrait à la foi n’a de sens que quand elle est vécu sans contrainte…Et donc parler d’obligation islamique de porter le voile ne peut être acceptable spirituellement parlant car là aussi le Coran est clair : « Nul contrainte en religion ». C’est là, l’un des principes fondamentaux de l’islam- mais aussi de toutes les religions- et  que de nombreux musulmans oublient… En second lieu, réduire tout le message libérateur du Coran, concernant les femmes, au voile, c’est aller à l’encontre de ce même message…Et c’est exactement ce qui s’est passé au cours de l’histoire islamique puisqu’à force de focaliser l’ensemble du message sur l’unique comportement vestimentaire de la femme, sur l’obligation qu’aurait la femme de « cacher »  et de « voiler » ce corps, nous sommes arrivés dans le monde musulman à donner à ce signe spirituel une symbolique d’oppression qu’il est difficile de rétablir…

C’est d’ailleurs cette même interprétation qui a sévit à travers toute l’histoire de l’humanité et qui  transcende toutes les traditions religieuses. Comme dans le Judaïsme et le Christianisme, la réflexion au sein de l’Islam sur la signification du voile a ouvert la voie à  de multiples interprétations qui sont restées intrinsèquement ancrées dans l’histoire  contextuelle de ces sociétés. Si la Kippa, pour les hommes de tradition hébraïque,  est une expression de respect envers Dieu et une affirmation de l’identité juive, selon certaines interprétations de la  loi juive, « la femme appartient à son mari et doit avoir la tête couverte ». De nombreuse femmes juives orthodoxes se couvrent la tête actuellement ou portent une perruque.  Dans le Christianisme, Saint Paul a eu une interprétation très misogyne du voile puisqu’il en fait l’emblème de l’oppression des femmes et  énonce ainsi  dans sa première épître aux Corinthiens (11 : 2-16)« L’homme lui ne doit pas se voiler , il est l’image de la gloire de Dieu, mais la femme est la gloire de l’homme….Voilà pourquoi la femme doit porter sur la tête la marque de sa dépendance… ».

Dans toutes les traditions religieuses et les civilisations, le voile, réduit à son sens le plus littéraliste, celui de « cacher » a été l’outil de la soumission de la femme à l’ordre patriarcal…Le message spirituel à travers les interprétations humaines de toutes les religions a été marginalisé au détriment d’une lecture patriarcale qui reste dominante dans tous les systèmes religieux.

Dans le monde indo-pakistanais par exemple, la « Purdah », vêtement qui à l’instar de la fameuse « Burqah » en Afghanistan, signifie littéralement « écran », ne tient pas ses origines de l’islam et serait né, dans ces sociétés fortement patriarcales, paradoxalement afin de protéger les femmes des conquérants musulmans dans le Rajasthan !! Le « Tchador » en Iran ne correspond lui aussi à aucune obligation musulmane et sa filiation remonterait à la Perse antique !

L’orientalisme, le colonialisme et le voile…

C’est donc fortement associé à tout cet héritage ancestral des traditions locales patriarcales que le voile dans le monde musulman et à travers ses représentations les plus diverses,  va continuer à symboliser l’asservissement des femmes par excellence.

Avec la décadence du monde musulman, les interprétations vont de plus en plus devenir littéralistes et s’éloigner de l’interprétation rationnelle des objectifs du message spirituel…En voilant les femmes, on va leur usurper touts les droits acquis avec l’avènement de l’islam et le voile restera comme le puissant révélateur de la détérioration du statut juridique de la femme en terre d’islam, puisqu’au nom de ce symbole, on va la cloîtrer, l’exclure de l’espace publique, des hommes, du reste du monde, de la vie …

Le colonialisme en terre d’islam, va constituer un tournant désastreux pour les populations islamiques, qui,  agressés dans leur identité, vont, pour mieux la protéger,  s’acharner contre celle qui est sensée être la gardienne de  toute la morale religieuse : la femme…C’est ce que certains penseurs musulmans ont nommée « l’ingérence du dominant au  cœur de l’intimité culturelle et religieuse du dominé »[4]. Et l’intimité en terre d’islam a toujours été symbolisée par sa composante féminine.

Le repli identitaire des musulmans, déjà initié par la décadence de leur civilisation, a été  exacerbé  par un colonisateur venu « civiliser » des populations indigènes et sera d’autant plus  redoutable pour les femmes musulmanes qui deviendront,  dès lors, victimes d’une double hégémonie : celle du patriarcat traditionnel et celle  du colonialisme. Ce dernier, au nom de sa prétendue « mission civilisatrice » va curieusement s’acharner sur la libération des femmes orientales ! C’est ce qu’a clairement décrypté Edward Said dans son ouvrage culte « l’Orientalisme » [5]. En effet, c’est sous ce concept  orientaliste, qui est un style occidental de domination, de restructuration et d’autorité sur l’Orient colonisé, que s’est forgé dans le temps et dans l’histoire, l’image négative de l’Autre et ce de part et d’autre. Les musulmans garderont l’image récurrente négative d’un oppresseur venu les déraciner et les amputer de leur identité, alors que l’occident conservera de ses mémoires d’orient, cette vision « dépréciative » de l’Autre, éternellement différent, invariablement délimité comme « objet » à étudier, à civiliser, à libérer…mais jamais comme partenaire  à part égale.

A travers la lecture sexualisée de l’orientalisme, l’inéluctable désir de « dévoiler » la femme musulmane fait partie d’un complexe idéologique historique de l’Occident conquérant. Le 13 mai 58 à Alger, place du Gouvernement : des musulmanes montent sur un podium pour brûler leur voile. L’enjeu de cette mise en scène est de taille : il faut pour les autorités coloniales que les femmes algériennes se désolidarisent du combat des leurs. Leur exposition sert de langage : celui d’une puissance coloniale qui oeuvre pour gagner les femmes à l’émancipation et à la pérennité de la “civilisation française[6]“.

La scène du « dévoilement des femmes » à Alger sous l’occupation militaire française est d’une symbolique symptomatique du tragique concept de la  libération des peuples sous couvert d’une occupation forcée. C’est la même idéologie qui a légitimé les occupations récentes d’Afghanistan et l’Irak, celle qui, sous prétexte de libérer les peuples du despotisme de ses régimes et de l’archaïsme de ses traditions, concède à une puissance hégémonique le droit moral d’occuper et de dévaster des nations entières…

C’est donc à travers ce prisme idéologique et géopolitique qu’il faudrait appréhender tout  le débat actuel sur le voile qui n’est pas né par hasard mais qui est le résultat de l’accumulation d’un « imaginaire » forgé de part et d’autre par des conjonctures géostratégiques et politiques bien particulières.

Cette fixation aussi bien occidentale que musulmane autour du voile est donc à appréhendé  selon cette perspective historique lourde en contentieux et dans laquelle la logique dominants -dominés est  toujours de mise.

Le voile et ses multiples expressions

Cinquante ans après que les musulmanes se soient dévoilées -par choix ou sous la contrainte-  nous assistons à un retour du voile dans la majorité des pays musulmans ainsi que dans les communautés vivant en Occident. La multitude  d’études faites dans ce sens montre que la réalité du voile est complexe et multidimensionnelle.

En effet, l’expression actuelle du voile est multiple et diverse et elle sera vécue selon les sensibilités, comme une quête spirituelle, une démarche culturaliste, une revendication identitaire, un rempart contre la société de consommation  moderne, une simple mode à suivre ou un puissant étendard politico-religieux. Il existe donc une pluralité des vécus parfois contradictoires dans les manières de croire et de vivre le voile… Mais toutes ses expressions, quelque soient leur degré de diversité et même de leur contradiction, se font sur un terrain commun, celui du retour du religieux. Ce retour du religieux, même s’il se fait parfois selon un mode archaïque est paradoxalement révélateur  d’une tentative de réappropriation, par les musulmans, d’une modernité vécue souvent comme agressive pour les valeurs islamiques.  Les musulmans tentent de se réapproprier une modernité qu’ils leur échappent, du fait de leur retard historique et de leur fragilité économique,  mais sans pour cela se défaire de leur référentiel spirituel. Ils veulent,  à partir de ce même référentiel,   reformuler un islam moderne à la fois ancré dans sa mémoire et son histoire tout en étant  adapté à son temps. Autrement dit, tenter de  donner un sens à leur modernité…

Et c’est au cœur de cette restructuration sociale et donc au cœur même de la notion de la modernité,  que le voile porté par les musulmanes d’aujourd’hui devient paradoxalement le principal enjeu d’une démarche individualiste et autonome, libérée des contraintes culturelles traditionnelles.   

Certes, elles seront nombreuses à le porter par soumission à un ordre qui reste dominé par le patriarcat religieux, tandis que d’autres le porteront par réflexe culturel, mais dans aucun cas on ne peut essentialiser le propos et refuser de voir toutes les autres, en l’occurrence celles qui l’ont mis par choix personnel et qui le revendique comme signe d’indépendance et de rupture par rapport aux traditions culturelles sexistes. Celles qui assument ce choix en tant qu’élément d’une vision holistique de l’islam et qui en font à la fois  un acte de foi et de libération.

A ce niveau il serait important de souligner que quelque soient les motivations exprimées par les femmes si cela émane de leur propre volonté il faudrait savoir respecter ce choix personnel qui est du ressort de l’intimité, de l’intériorité et des convictions.

Le voile, l’école et la France…

Mais comment le voile,  ce morceau de tissu,  peut-il cristalliser autant de passions aujourd’hui en Occident et donner lieu à  autant d’amalgames ? Car si nous sommes en présence d’une  problématique telle que celle du voile à l’école en Occident -particulièrement en Europe- c’est qu’il y a un grand malentendu de part et d’autre.

Il faudrait peut être souligné ici que la problématique du voile à l’école ne s’est posé réellement, en termes conflictuelles,  qu’en France -à un moindre degré en Belgique-  alors que dans d’autres pays européens, la question du voile ne se pose même pas[7] ! 

Concernant donc la question du voile à l’école, il serait intéressant de rappeler l’historique du « traitement médiatique » de cette question- qui a débuté en France- et  qui a joué un rôle crucial dans la propagation de cette même problématique à l’échelle internationale. Il y a eu en effet une véritable « construction médiatique » d’une affaire intra -scolaire, au début des plus banales,  et qui en prenant des proportions démesurées a entraîné une véritable hystérie collective s’achevant par le vote d’une loi discriminatoire et la déscolarisation d’une centaine d’adolescentes. Il est vrai que l’apparition de la première affaire du voile en France (Creil en 1989) a vu le jour sous la pression d’un contexte international marqué par le poids de la révolution iranienne et la vision impressionnante de la marée de femmes en  tchadors noires qui a laissé des traces profondes dans l’imaginaire collectif occidental mais aussi dans le reste du monde musulman…D’autres images négatives viendront alimenter des sentiments assez perméables aux ressentiments déjà existants, comme les afghanes en burka, la résurgence  de l’intégrisme religieux dans certains pays islamiques et finalement le 11 septembre avec toutes ses retombées profondément  néfastes sur l’image des musulmans  d’une part et la géopolitique d’autre part.

Le climat d’islamophobie régnant depuis le 11 septembre, a favorisé en quelque sorte, la banalisation d’un racisme anti -musulman qui peut expliquer comment à 3 ans seulement des attentats de 11 septembre, un pays comme la France ait promulgué une loi contre le port du voile au sein des écoles en 2004.

Il serait légitime en fait de se demander comment interpréter le fait que quelques élèves voilées deviennent soudain le signe de tous les maux et le danger imminent qui menace la République Française[8] ?  Comment ne pas comprendre que la loi contre le voile votée par la France n’est pas une stratégie de lutte contre l’intégrisme et contre le terrorisme dit islamique ? Et dans ce cas comment ne pas voir dans ce « glissement de sens » un  jeu d’amalgame qui,  radicalise dangereusement l’ensemble des musulmans ? Comment ne pas voir que la bataille du voile en France peut être de ce point de vue considérée comme une réadaptation française de la doctrine du choc de civilisations ?.

Il est donc clair que sur  fond de diabolisation de l’islam, de racisme et de malaise social envers des populations d’immigrés de plus en plus présentes en terre d’Occident, la question du voile est devenue un bouc émissaire voire le bouc émissaire idéal pour tout le microcosme médiatico-politique. Il n’y a qu’à recenser la terminologie  produite à cet effet et qui associe le voile à la croix gammée, à l’étoile juive des déportés, à l’excision, à la subordination, à l’esclavage, à la lapidation, au déni du corps, à l’inégalité des sexes, au terrorisme, à l’intégrisme musulman….pour réaliser à quel point l’amalgame et  l’aveuglement intellectuel ont pris le dessus et ont empêché tout débat réfléchi  sur la question !

Mais la première question qui revient devant cette problématique c’est en quoi le voile d’une jeune fille scolarisée peut -il entraver le déroulement de la vie scolaire ? Les arguments avancés par les tenants d’une loi prohibitive sont nombreux mais on peut en citer quelques uns  qui reviennent incessamment à savoir : la tentation communautariste, la revendication identitaire religieuse, la volonté de différenciation, l’atteinte à la laïcité et enfin l’argument féministe massue qui affirme que le voile représente par excellence l’inégalité des sexes.

Pour ce qui est du communautarisme, on peut se demander si ce n’est pas au fond assez illogique comme argument,  puisque tout en appartenant à une communauté de foi -ce qui est légitime-, une jeune élève voilée par sa présence au sein d’une école publique laïque, est sensée être en contact permanent avec des élèves d’autres communautés confessionnelles, ethniques et culturelles  et l’en exclure revient à l’enfermer et l’isoler dans sa « seule communauté » ? 

Quant à la revendication identitaire  religieuse, il faudrait d’abord évaluer l’aspect de cette revendication : toute revendication à caractère agressive,  marquée de prosélytisme, non respectueuse des autres est certainement à proscrire. Hormis ces aspects négatifs, n’est -il pas enrichissant de voir, au sein de cet espace neutre qu’est l’école, se côtoyer toutes les identités : juives, chrétiennes, musulmanes, athées, hindoue, rasta, gauchiste, immigré et arabe ??  L’école n’est-elle pas de ce point de vue l’endroit idéal pour que s’interpellent toutes ces identités, qu’elles se recherchent et s’échangent  afin de mieux se connaître et de mieux dépasser dans le futur tout repli identitaire? Ce n’est pas en les empêchant de s’exprimer que l’on va aider ces élèves à identités différentes à relativiser leur appartenances, bien au contraire, le repli identitaire sera d’autant plus important qu’il sera étouffé ou interdit d’expression.

La volonté de différenciation  des élèves voilées suit la même logique, combien sont -ils dans une école donnée, à vouloir se singulariser par rapport aux autres ?  En quoi ce désir de différenciation pourrait-il être nuisible à l’école ? Cette dernière n’est -elle pas le lieu qui doit gérer équitablement toutes ces différences ? Et qu’en est-il des autres signes de différenciation qui sont en vogue dans l’espace public scolaire actuellement tel que les marques de vêtements, de chaussures, du piercing, des coupes de cheveux : crâne rasé ou rasta,  de leur teinture et de la mode en général ?  Si l’enseignement public dans les écoles européennes se dit contraint à la  neutralité, logiquement cette neutralité devrait impliquer le respect des conceptions philosophiques, idéologiques ou religieuses des parents et des élèves ! La neutralité devrait justement s’exprimer non pas par des interdits mais par le respect de la diversité des convictions et des identités des individus.

Quant au fait que le voile à l’école soit une atteinte aux valeurs « sacrés » de la laïcité comme il a été décrété par la loi française cela est encore une fois contredit par les principes de base  de notion de la laïcité elle-même[9]. Car le principe de la laïcité n’implique pas la répression de la manifestation des convictions religieuses dans l’espace public mais plutôt un processus de « distanciation » de l’état par rapport aux croyances religieuses. La laïcité c’est justement le « garant » de la liberté de conscience et elle est avant tout un principe de liberté : « Nul ne peut être inquiété pour ses opinions, même religieuses », dit l’article 10 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen.

Cette crispation « très française » sur la laïcité que certains ont dénommé « laïcité d’exclusion » ou « laïcité intolérante » est très caractéristique de cette nouvelle « religion civile » qui se considère menacé par la diversité culturelle des sociétés contemporaines comme l’a qualifié  Jean Beauberot[10].

L’école, en conformité avec les engagements européens, respecte le pluralisme et reconnaît à toute personne le droit de manifester sa religion ou conviction individuellement ou en collectivité, en public ou en privé, par le culte, l’enseignement, les pratiques et l’accomplissement des rites. Le fait de porter le voile ne porte donc pas atteinte aux  valeurs de la laïcité et aux  principes qui fondent les démocraties modernes et qui doivent être respectés par tous. Ce qui, par contre est une atteinte à la culture démocratique c’est  d’expulser des filles de leur scolarité sous le seul prétexte qu’elles portent un voile.

L’argument féministe revendiqué par certaines féministes radicales, reste, à mon humble avis, l’un des arguments les plus discordants dans cette supposée « guerre du voile »[11]. En effet, l’alibi féministe considère que toutes les femmes du monde doivent renoncer à ce symbole controversé qui entraverait leur dignité et leur épanouissement et partant de cette affirmation elles considèrent que les élèves -filles portant ce voile et qui refusent de l’enlever doivent être exclues de l’école.  L’on peut tout à fait considérer que le port du voile est le signe de la subordination des femmes- et malheureusement dans la culture musulmane l’on ne peut nier l’existence de ce fait dans un grand nombre de cas- sans pour autant sombrer dans la dictature de pensée. Essentialiser le propos et considérer toutes celles qui le portent comme telles et gommer toutes les autres motivations, c’est  faire preuve d’un véritable  despotisme intellectuel qui le plus naturellement du monde ôte à autrui le droit de choisir selon sa propre conscience.  Car en tant que féministes, convaincues des principes démocratiques, on devrait relativiser le propos et surtout considérer que le droit de porter le voile va évidemment avec le droit de ne pas le porter !  La loi sur le voile, votée en France, largement légitimée par des féministes qui prônent la défense des droits des femmes et l’égalité des sexes, est l’exemple typique de loi, où s’imbriquent à la fois sexisme et racisme[12] !

Le sexisme y est incontestable puisque la discrimination est flagrante pour les filles musulmanes vu que les garçons musulmans, en dépit de leurs convictions ne seront pas concernés ni par le débat ni encore moins par l’exclusion de l’école !  Et qui a  t-il de plus injuste et de plus discriminatoire que d’empêcher des filles à suivre une scolarité normale, afin de leur permettre de s’armer de savoir et de faire justement  les bons choix quant à leur futur et à leur émancipation personnelle ?  Comment peut-on parler de lutte contre le sexisme alors que,  comble de l’ironie, on stigmatise uniquement des filles et on se charge de  les renvoyer vers leur milieu familial sensé être, selon ces mêmes féministes, le lieu suprême du patriarcat et du sexisme ?!

Le racisme, quant à lui,  est perçu en filigrane à travers un débat qui cible avant tout la communauté musulmane composée dans sa majorité d’immigrés originaires des pays du Maghreb et d’Afrique subsaharienne, anciennement colonisés par la France.  L’argument antisexiste des adeptes de la loi contre le voile n’est qu’un instrument de la construction d’une altérité discriminatoire. A travers une prétendue lutte pour la libération de  la femme musulmane on cherche à  « démontrer » que le modèle d’émancipation occidentale est la seule voie possible pour une libération de type universel. Or, cette vision ethnocentrique s’inscrit malheureusement dans la continuité de l’histoire et dans la classique logique  de « paternalisme universaliste » inspirée par la non moins classique « mission civilisatrice » de funeste mémoire.

Il est malheureux de constater que cette « guerre du voile » est une piètre « guerre de symboles » car au nom des libertés on s’attaque au voile alors que nous sommes tous soumis à un système économique et social qui nous imposent ses diktats au nom de cette même liberté !  Et puis de quelle émancipation de la femme est -on en train de parler ? Cette émancipation devrait-elle s’évaluer uniquement  à l’aune du corps de la femme, de son image, et de ses représentations ? La libération des femmes ne saurait être imposée par des idéologies ou des systèmes économiques donnés, elle doit par contre se manifester dans le « libre choix » de son propre style de vie,  de sa façon de s’exprimer, sans se voir imposer les principes d’autrui au nom d’un universalisme abstrait.

Il faudrait avoir le même esprit de respect devant des choix personnels et d’accepter aussi bien les femmes qui se percent le nombril, se teignent les cheveux en vert ou celles qui choisissent  de se couvrir  d’un voile, car c’est là le sens même de la liberté…

L’expression d’un malaise identitaire…

Loin de moi l’idée de réduire tout le débat aux seules questions d’islamophobie, de racisme ou  de discrimination  et  de faire  ainsi dans la victimisation. Il ne s’agit pas aussi de minimiser le problème que peut poser le voile dans les écoles en Europe et le malaise qu’il peut engendrer auprès d’enseignants soucieux  de solutionner des conflits ponctuels dans le concret de la vie scolaire

Bien au contraire, mis à part tous les autres thèmes évoqués,  la responsabilité des musulmans en général, des communautés musulmanes et des parents concernés en particulier,  est à mon humble avis, de loin, la plus importante et constitue le principal obstacle à toute solution équitable du problème. Il y a eu, de la part de certains musulmans une attitude  démesurée par rapport à cette question  qu’ils ont considéré comme étant « non négociable » et de l’ordre du « sacré » ! Or déjà, comparer le droit à l’instruction avec la recommandation du voile en islam c’est commettre une erreur monumentale puisque la priorité est claire en islam : Le droit  à l’instruction  est plus important voire prioritaire par rapport au voile qui doit rester dans le registre de la liberté de  choix de celle qui veut le porter.  

En effet, comment par exemple expliquer ou justifier le voile portée par  des fillettes mineures à l’école ? Le justificatif religieux est ici irrecevable car comme on l’a déjà vu la « recommandation coranique »  n’est dirigée qu’aux jeunes filles pubères et  selon notre contexte, à celles qui sont en âge de faire leurs propres choix personnels. Or, ces jeunes filles mineures qui sont dans l’incapacité morale et physique de choisir sont  de  véritables victimes de leur milieu familial. Ce genre de comportement nous donne une idée sur l’ ignorance des musulmans quant à leur religion et à leur culture.

Les communautés musulmanes sont, elles- mêmes, victimes d’un système qui les dépasse, celui des pays d’origine où le religieux souvent imbriqué avec le politique a toujours été vécu comme une culture de la contrainte coutumière qu’on continue de transmettre aux générations futures au nom de la préservation de l’identité religieuse. Eduqués à vivre le religieux non pas comme un message spirituel libérateur mais comme une tradition essentiellement dogmatique et ritualiste qui ne laisse au croyant aucun espace de liberté, de choix ou de critique, un grand nombre de musulmans d’Occident, en plus de méconnaître tragiquement l’histoire des sociétés dans lesquelles ils résident, vive l’islam comme un « rempart identitaire » .

Ils ne retiennent de l’islam que ce qui cautionne leur résistance identitaire et sont ainsi perméables à des doctrines  venant de pays islamiques où au nom  d’une lecture du religieux traditionaliste et hermétique on donne de l’importance à des prescriptions  comme le voile, sensées représenter, l’essentiel de l’identité musulmane féminine. Il est étonnant de voir comment  actuellement  la majorité des  savants musulmans donnent au voile une intensité normative démesurée alors qu’en Islam,  le savoir et l’instruction sont beaucoup plus importants que cette recommandation que l’on peut relativiser selon le contexte dans lequel nous vivons.

Cette obstination qu’ont certains musulmans à revendiquer certains signes religieux non prioritaires est à l’origine de l’incompréhension de nombreux occidentaux qui considèrent dès lors l’islam comme une religion structurellement archaïque et estiment que les musulmans « refusent » ou sont incapables de s’intégrer dans leur société…Ce qui a pour résultat inéluctable de créer des situations de malaise et de tension sociale  qui peuvent dégénérer en véritables conflits sociaux.

 

Dépassionner le débat de part et d’autre…

Devant des problèmes comme celui du voile à l’école et afin d’éviter justement l’éclatement de conflits sociaux à long terme, il faudrait savoir circonscrire le problème au seul espace scolaire afin de ne pas tomber dans la médiatisation forcenée qui au lieu de résoudre le problème ne fera que l’amplifier.

 Il faut élargir le champ de réflexion et inviter tous les partenaires à relativiser le débat et sensibiliser aux risques de stigmatisation d’une population donnée qui ont pour conséquences de radicaliser et de pousser l’Autre à davantage de repli. 

Il faut garder en mémoire le fait que l’interdiction des signes religieux en France n’a fait que renforcer le sentiment de « victimisation » déjà très présent dans les populations musulmanes. L’école devrait être le lieu idéal où tous les particularismes peuvent se retrouver et où chacun peut accéder aux valeurs universelles sans devoir renoncer à ce qu’il estime être ses valeurs intrinsèques.

Il faut que l’école soit le lieu où se réalisent des compromis enrichissants, ceux là même qui ne peuvent se faire sans une connaissance réciproque et profonde de l’histoire de l’autre, d’où il vient, d’où il pense et en quoi il aspire…Inclure l’histoire de l’Autre et le point de vue de l’Autre est essentiel afin que l’école devienne un lieu privilégié d’apprentissage des règles nécessaires au « vivre ensemble ». C’est donc à l’école et nulle part ailleurs qu’il faut  préparer les jeunes générations à la société multiculturelle d’aujourd’hui et de demain, en déconstruisant les imaginaires et stéréotypes de part et d’autre. Il faut que cette dimension de l’altérité si présente actuellement dans les écoles européennes soit source de richesse et non pas de régression afin de construire des identités ouvertes qui vont s’enrichir mutuellement de par leurs spécificités respectives!  

Et l’une des étapes primordiales pour cela devrait être l’enseignement du « fait religieux » et l’étude de  la « présentation » dans les manuels scolaires de la religion de l’Autre car la manière dont l’Autre y est représentée  joue un rôle considérable sur les mentalités[13].

L’approfondissement de l’étude des différentes cultures religieuses peut contribuer à faire de l’école un lieu du débat éthique. Ceci peut être réalisé en construisant par exemple des « repères » dans le temps et l’espace des différentes fêtes religieuses, connaissance des différents calendriers ethniques et des expressions culturelles multiples …Prendre en compte les questions existentielles des élèves et de leur quête de sens tout en développant leur sens de l’analyse critique de leur propre tradition.

Il est vrai que les enseignants peuvent être confrontés à des « signes » et « symboles » portés par des élèves et qui à un moment donné risquent d’entraver sérieusement les codes de l’éthique comme le voile qui cache tout le visage (Niquab ou Burqua) .  Comment accepter dans ce cas d’établir les bases d’un dialogue équilibré devant un comportement qui dénie à l’autre le droit de le voir ???

Jusqu’où peuvent aller donc le droit à la différence, au libre choix,  et le multiculturalisme ??  C’est à l’école que revient le droit d établir des normes minimales en deçà desquelles il serait  impossible de négocier… Quoique les choses peuvent être plus difficile sur le terrain  il faudrait que le règlement à l’amiable et la négociation puissent toujours primer sur l’expulsion de l’élève…Car ce n’est qu’au sein d’institutions comme l’école que les élèves portant des signes contre leur volonté ou sans véritable prise de conscience peuvent avec l’instruction et le savoir « relativiser » des choix qui leur seraient imposés !

Le débat est comme on le voit d’une grande complexité vu que c’est du droit à l’instruction qu’il s’agit, du droit à la vie future, du droit à être libre et conscient de ses propres choix…Le problème du voile dépasse de loin la problématique d’un simple foulard, il est malheureusement révélateur des nouvelles  tensions de notre temps, du défi des sociétés multiculturelles, de la confrontation des  valeurs religieuses et culturelles avec les valeurs de la modernité, de la quête de sens dans un monde de plus en plus en perte de repères…

Quoiqu’il en soit et malgré toutes les difficultés qui peuvent surgir sur notre chemin il n’y a pas d’autre choix que celui que nous dicte notre éthique humaine, celui du respect, de la compréhension  et de la reconnaissance de l’Autre. Celui d’un  dialogue ouvert, franc, courageux qui puisse déconstruire toutes les peurs enracinées  dans l’ignorance de l’Autre…Ce sont les seules choix qui nous restent si nous voulons tous franchir cette période tumultueuse de notre monde, avide d’hostilité et  de ressentiments, sans trop de dégâts…

 
 

[1]Texte d’une loi assyrienne attribuée à Teglath- Phalasar 1er, an 1000 avant JC: “Les filles d’hommes libres sont obligées de porter le voile. Il est interdit aux prostituées de le porter », dans SIREAS, « Le port du voile entre religion , culture et société » Document numéro 6, Année 2006.

[2] Idem.

[3] Il faut souligner à ce niveau  que la tradition prophétique précisera que l’injonction coranique  concerne  les jeunes filles à partir de la puberté. 

[4] Malek Ibn Nabi

[5] Edward Said, L’Orientalisme, préface , Editions  Le Seuil, 2003.

[6] Artile: “De la cérémonie du dévoilement à Alger à Ni Putes ni Soumises : l’instrumentalisation coloniale et néocoloniale de la cause des femmes » Houria Boutelja, dans Imsi.net

[7] Cas du Royaume Uni en particulier.

[8] En France, sur une population de 5 millions d’élèves, 1250 portaient le voile et seules 150 représentaient des cas contentieux, la grande majorité ne suscitant aucun litige. La coexistence pacifique entre les enseignants et élèves portant le voile a été largement occultée par les grands médias, tandis que les quelques situations conflictuelles ont eu droit à une médiatisation excessive. Revue Nouvelles Questions Féminines, Editorial, « De l’affaire du voile à l’imbrication du sexisme et du racisme » Vol 25, N 1 / 2006.

[9] Il est à rappeler que lors du premier conflit en 1989 le Conseil d’Etat en France jugea que le port du voile islamique en tant qu’expression religieuse, dans un établissement scolaire public, était compatible avec la laïcité.

[10] Historien et sociologue, spécialiste de la sociologie des religions, seul membre de la commission Stasi à s’être abstenu sur le vote du rapport qui a permis l’élaboration de la loi antivoile.

[11]  Certaines féministes en France ont eu un autre regard sur la question notamment Christine Delphy, Françoise Gaspard, les organisations féministes comme « Les Sciences Potiches se rebellent »,le « Collectif des féministes pour l’égalité », « Femmes publiques » …ect

[12] NQF,Vol 25, numéro1, 2006 

[13] Ceci devrait concerner les échanges entre les  systèmes éducatifs de part et d’autre de la méditerranée par exemple.



Par Jean-Mathieu Potvin Article publié dans le magazine “Vivre ensemble “ le Volume 12, no. 42, Été 2004

Les causes potentielles de la relative “absence musulmane” sur la scène publique québécoise sont sans doute nombreuses. Je sens tout de même la nécessité d’en rappeler quelques-unes :
 
1. Une large proportion des musulmans qui habitent actuellement au Québec sont des citoyens de première génération. Nous savons que, dans le processus migratoire, la période d’acclimatation s’avère plus ou moins longue selon l’individu et son vécu. On est forcément moins concerné par la vie collective lorsqu’on ne se sent pas encore tout à fait chez soi.
 
2. L’insécurité financière découlant de la précarité de l’emploi, du chômage ou du sous-emploi rend difficile la participation à la vie publique. Comment être présent sur la scène publique lorsque l’on n’a pas un minimum de stabilité dans son emploi ou dans ses revenus ? Tant d’ingénieurs, d’architectes et de médecins musulmans arrivés ici avec une formation universitaire et des compétences professionnelles finissent par conduire des taxis,  s’improviser gardiens de sécurité ou préposés aux ventes pour pouvoir payer les factures. Même formés ici, des musulmans mettent des années à trouver un emploi digne de leurs qualifications. Le protectionnisme des corporations professionnelles y est certainement pour quelque chose, mais les peurs et les suspicions vis-à-vis des musulmans ne font qu’empirer la situation.
 
3.    Même si les événements du 11 septembre 2001 ont pu stimuler, chez certains musulmans, une prise de conscience de la nécessité de créer des liens avec d’autres et un certain engagement public, on peut observer un repli, un recroquevillement sur soi, sur ses proches, sur sa communauté ethnique ou sa communauté de foi. Divers facteurs sont en cause. Du côté de la société d’accueil, la politique sécuritaire et le sentiment de rejet qui en découle ainsi que le racisme ou l’islamophobie sont certainement des enjeux importants.  Du côté des musulmans, on peut souligner le manque de familiarité et d’intérêt vis-à-vis de l’environnement socio-politique québécois ou la non-volonté de se mêler aux gens de culture ou de religion différente, parfois par peur de perdre ou de diluer sa propre identité.
 
4. Ces facteurs spécifiques s’ajoutent à des facteurs ambiants tout aussi importants et qui interagissent avec eux : la culture individualiste et consommatrice de la société occidentale, le sentiment d’impuissance face aux problèmes et aux défis sociaux et le scepticisme vis-à-vis la politique, facteurs qui affectent la baisse de l’engagement social et politique dans toutes les couches de la société.
 
 Si l’on examine cette série de facteurs, on constate qu’il y a, d’une part, des situations auxquelles sont soumises les personnes musulmanes, mais également, chez ces dernières, des attitudes, des perceptions de soi et des autres, conscientes ou  inconscientes, qui ont un impact sur leurs rapports à la société en général.
 
 
Valeurs de l’islam et participation citoyenne

C’est précisément sur la façon de donner sens à la présence musulmane en terre québécoise, c’est-à-dire sur la philosophie de cette présence, que je veux m’attarder. La perspective que je veux partager pourrait être caractérisée de “musulmane”, en ce qu’elle se nourrit consciemment des valeurs fondamentales de l’islam. 
 
Un observateur sceptique s’objecterait peut être à cette façon de poser les termes de la discussion : en effet, la proposition d’une perspective fondée sur la dimension religieuse peut-elle vraiment avoir un impact sur les mentalités de la communauté musulmane prise au sens large ? Cette perspective ne concerne-t-elle pas les seuls pratiquants ? Alors que seulement 10 à 20% des musulmans se rendent à la mosquée le vendredi, en quoi une perspective nourrie de l’islam pourrait être utile pour répondre au problème de la (non-)présence des musulmans dans l’espace public ? 
 
Je crois qu’au-delà de telles statistiques, qui ne mesurent qu’un aspect de l’attachement à la religion, la référence à l’univers symbolique islamique et l’attrait exercé par ses valeurs de base demeurent forts chez les musulmans et sont là pour rester sinon s’accentuer si l’on se fie aux signes de ce réveil spirituel qui touche non seulement le monde musulman mais aussi tout l’Occident et le reste de la planète. Les formes et les signes d’attachement à la transcendance sont  plus divers et complexes qu’on ne pourrait le penser.
 
Concernant la participation citoyenne des musulmans à la société québécoise, trois questions peuvent se poser :
 
1. J’ai parlé plus haut de repli et de recroquevillement. Or, si nous acceptons que le sentiment d’appartenance à la société québécoise ou canadienne est un pré-requis essentiel de l’action citoyenne, l’identification à une communauté musulmane, la umma, ne constituerait-t-elle pas un frein, ou carrément un obstacle à créer un sentiment d’appartenance à la nouvelle patrie?
 
2. Et si les deux appartenances sont contradictoires, en devenant meilleur musulman ne deviendrais-je pas plus distant, moins attaché à ma société et, par conséquent, un citoyen plus nominal que véritable?
 
3. Et si, au contraire, ces deux appartenances n’étaient pas contradictoires, quelles valeurs et quels objectifs pourraient alors sous-tendre l’action des musulmans sur la scène publique québécoise ? 
 
Appartenance à la umma

Les sources scripturaires de l’islam, et en particulier le Coran, soulignent que le premier cercle d’appartenance de la personne musulmane est Dieu lui-même. Ceci veut dire, plus pertinemment dans le cadre de notre réflexion, que celle-ci, cherchant à demeurer fidèle à sa foi, dans sa pensée et dans son action, doit d’abord chercher à être fidèle aux valeurs fondamentales révélées par le Créateur. 
 
Quelles sont ces valeurs? Elles n’ont rien d’étrange à la vie en société puisqu’il s’agit d’équité, de justice, d’honnêteté et de fidélité, pour ne nommer que les plus évidentes. Ces valeurs  transcendent les cultures et les religions spécifiques : ce sont des valeurs universelles. Ces valeurs devraient donc amener les musulmans à adopter un discours universel et audible pouvant être partagé au-delà de leur communauté de foi puisque les sources textuelles de l’islam soulignent elles-mêmes que l’appartenance à ces principes devrait primer sur toutes les autres appartenances (qu’elles soient familiale ou communautaire, même citoyenne). 
 
La valeur la plus importante de l’islam est sans doute la justice. Étant donnée la place centrale des textes révélés en tant que sources islamiques des enseignements éthiques, je vais citer trois textes qui illustrent clairement mon propos. 
 
D’abord, dans le Coran, il est dit:
“O vous les porteurs de la foi ! Pratiquez avec constance l’équité, en témoignage de fidélité envers Dieu et même à votre propre détriment ou au détriment de vos père et mère et de vos proches, qu’il s’agisse d’un riche ou d’un pauvre, car Dieu a la priorité sur eux deux. Ne suivez pas les passions au détriment de la justice (…)” (4 :135)
 
“O vous les porteurs de la foi ! Tenez-vous fermes comme témoins, devant Dieu, en pratiquant l’équité. Que la haine envers un peuple ne vous incite pas à commettre des injustices. Soyez justes : cela est plus proche de la conscience de Dieu (…)” (5 :8)
 
Un dire célèbre du Prophète Muhammad est aussi tout à fait explicite : Il se lit : “Aide ton frère, qu’il soit injuste ou victime d’une injustice. Un des compagnons (du Prophète) demanda : ‘Envoyé de Dieu, je comprends comment aider quelqu’un qui est victime d’une injustice, mais comment l’aiderais-je si c’est lui qui est injuste ?’ Le Prophète répondit : ‘Empêche-le d’être injuste, c’est ainsi que tu l’aideras’.”
 
La umma ou communauté musulmane est le lien d’appartenance qui, en Islam, vient en troisième rang, après Dieu et les principes révélés, et après le lien familial. C’est une communauté de foi, de destin, c’est-à-dire que les individus qui la constituent partagent les mêmes croyances fondamentales relatives à la conception de la vie et de la mort. Cette communauté occupe une place importante dans la pratique des “piliers de l’islam” : la prière, le jeûne du mois de Ramadan, le paiement de l’impôt social destiné surtout aux nécessiteux (la zakat), le pèlerinage à la Mecque (hadj), tous ont une double dimension, individuelle et collective. En effet, l’individu ne peut pleinement s’épanouir dans sa foi qu’en vivant simultanément ces deux dimensions, personnelle et collective. 
 

En principe, il existe entre les membres de la umma un lien fraternel, basé sur un témoignage commun de l’unicité du Créateur et de la mission prophétique de Muhammad. Mais il faut ajouter à cette pratique commune, un témoignage de la responsabilité que portent les musulmans de partager le message qu’ils ont reçu avec toute l’humanité. Et de le faire toujours dans un esprit de respect de l’autre et sans aucune contrainte.  Je reviendrai plus loin sur cette notion de témoignage.
 
Mais qu’est-ce que tout cela veut dire ? D’abord, le musulman a la responsabilité de s’intéresser à ce qui se passe au sein de la umma car ce lien fait partie intégrante de son identité musulmane. Ainsi, comme le dire du Prophète cité plus haut l’indique, je dois aider mon frère lorsqu’il subit un tort. Mais est-ce que cette appartenance à la umma prime sur mes devoirs constitutionnels envers mes concitoyens au sens large ? Pas du tout, en fait les textes cités plus haut renvoient plutôt au contraire – la umma doit être fondée sur le partage de principes révélés, pas pour la seule défense des intérêts étroits de la communauté musulmane, mais sur une conception universelle de justice, qui doit aller jusqu’à avoir le courage d’arrêter l’acte injuste de son co-religionnaire et à donner raison à une personne non-musulmane, si celle-ci se trouve dans son droit.
 
Un autre principe fondamental de l’islam est le respect des contrats conclus. L’on peut considérer tout citoyen comme soumis à un contrat tacite, ou même explicite selon les cas, en vertu duquel la constitution et les lois locales doivent être respectées. Ce principe est aussi tout à fait opératoire en droit musulman, si l’on se fie au Coran et aux travaux des juristes musulmans à travers l’histoire. En d’autres termes, comme le penseur Tariq Ramadan l’a si bien souligné, “appliquer la shari’a pour un citoyen ou résidant musulman, c’est explicitement respecter le cadre constitutionnel et légal du pays dont il est citoyen.” Sont donc proscrits au plus haut degré les actes de trahison, de fraude, de violation des droits et de la propriété des autres.
 
Cependant, si la justice passe en premier, on peut dire aussi que la citoyenneté du musulman passe après elle. Le musulman, comme, tout autre citoyen, a droit à la clause de conscience et donc, par exemple, au refus de participer à une guerre oppressive, peu importe l’identité et la religion de l’ennemi. L’Américain Muhammad Ali l’a bien illustré lors de la guerre du Vietnam.
 
On voit ici que l’attachement aux principes de l’islam et à la umma, s’il est bien conçu, ne mène pas nécessairement à un enfermement social, mais doit s’exprimer plutôt comme un rayonnement spirituel qui rejaillit sur la citoyenneté et mène à des apports positifs à la société dans son ensemble. 
 
Selon cette conception, on ne peut traiter de la même façon l’identité musulmane et l’identité québécoise ou canadienne: la première est une conception du sens de la vie et de la mort, alors que la deuxième traite de la participation sociale et civique.
 
 
Identité musulmane et engagement citoyen

L’attachement à des principes universels montre le caractère ouvert de l’identité musulmane. Pour illustrer davantage, j’attire de nouveau votre attention sur le texte coranique, qui rattache constamment la foi au bon comportement, à l’action pour le bien. Cette action peut prendre différentes formes selon le contexte donné. Cela peut nous amener à développer la vie spirituelle, à diffuser l’éducation tant séculière que religieuse, à interpeller ses concitoyens et les institutions sur une approche éthique, à agir pour plus de justice dans toutes les sphères de la vie et à promouvoir la solidarité envers toutes les catégories de nécessiteux oubliés ou négligés. 
 
Ce travail doit-il se limiter aux seuls membres de la communauté musulmane ? Pas selon la formulation des textes scripturaires, qui est plus générale. Le Prophète dit: “Le meilleur d’entre vous est celui qui est meilleur pour les gens”. L’action et la participation pour la justice et le bien font donc partie intégrante d’une identité musulmane accomplie. C’est précisément ici que se rejoignent dans leur universalité les principes islamiques de l’action humaine et les principes de l’engagement citoyen, l’adjectif “citoyen” devant être compris dans le sens de “civisme”: c’est-à-dire “la disposition constante à l’accomplissement des responsabilités du citoyen, à la prédominance du souci du bien commun sur les conceptions de vie égoïstes et sur les intérêts partisans”[2] .
 
Il est sans doute un peu compréhensible que les musulmans du Québec aient eu, jusqu’à maintenant, un discours politique préoccupé en grande partie par leur protection propre et celle de leur communauté : sa jeunesse, sa fragmentation, l’insécurité (financière et autre) de beaucoup de ses membres contribuent à son auto-perception de faiblesse. D’autant plus que l’attitude du repli communautaire, est très commune parmi les “communautés culturelles” du Québec et du reste de l’Amérique du Nord. Mais à la lumière des notions que je viens de présenter, il semble que plus d’efforts devraient être faits de l’intérieur de la communauté musulmane pour rappeler à ses membres la conscience des contributions qu’ils ont à apporter à la société québécoise. 
 
Il faut répéter qu’il s’agit ici de défendre des principes pour servir la société au sens large et non uniquement les intérêts spécifiques de la communauté musulmane car, en fait, l’intérêt des citoyens musulmans passe par le respect de ces principes. Il ne s’agit pas de minimiser le travail qui doit continuellement être fait pour mettre en vue et corriger les discriminations que subissent les musulmans, mais ces actions devraient davantage être envisagées dans un cadre plus global de recherche du bien commun. 
 
Par ailleurs, les mêmes principes éthiques devraient guider les citoyens musulmans en temps d’élection : il s’agit de voter sur la base de critères objectifs tels que les idées, l’intégrité et la compétence du candidat plutôt que sur celle des promesses  à la communauté (mosquée, cimetière, etc.) ou l’appartenance religieuse. Après tout, un député musulman n’est pas nécessairement plus honnête qu’un autre.
 
 
Quel type d’engagement promouvoir ?
La promotion de la justice est un objectif désirable dans toutes les sphères de la vie. Les musulmans, en particulier, pourraient contribuer à apporter plus de sens éthique en politique: rappeler le but de l’acte politique qui est de servir le bien commun et non d’utiliser la collectivité, de même que promouvoir la transparence et la responsabilité. Ils devraient, par ailleurs, défendre la sauvegarde et la mise en oeuvre des droits de tous : le droit à la vie et au minimum vital, au logement, à l’éducation, à la justice et à la solidarité, pour n’en citer que quelques-uns.

Je suis convaincu que ce type de présence musulmane au Québec et au Canada constitue le sens profond du témoignage de la foi musulmane, auquel je me suis brièvement référé plus haut. En fait, est-ce que cette présence et ce témoignage n’auraient qu’un but ultime prosélyte, c’est-à-dire celui de répandre l’islam autour de soi ? Il faut être très clair à ce sujet, je parle ici de témoigner du mieux possible du message de l’islam par la parole et le geste, dans un esprit de respect de la différence et des opinions des autres. L’objectif de ce témoignage est une réforme sociale pacifique pour apporter plus de justice à tous, une réforme fondée sur la conscience des responsabilités devant le Créateur et parmi les êtres humains.
 Cet appel à mettre à contribution dans une société laïque et pluraliste des principes universels formulés à partir de sources religieuses trouve un écho intéressant dans ce qui a été écrit sur Claude Ryan après qu’il eut quitté ce monde. Ainsi, Sophie Brouillet écrit dans La Presse: “Dans une société de plus en plus pluraliste, l’enracinement chrétien du directeur [du Devoir] s’est surtout manifesté par la promotion du débat religieux, et par l’accent sur les valeurs qui lui a donné tant d’autorité.” Et, se référant à un témoignage d’Aurélien Leclerc : ” Il ne regardait pas les choses en fonction de l’opinion publique ou des modes, il cherchait plutôt les valeurs, et il a influencé beaucoup de monde comme ça. Les gens, notamment les politiciens, disaient : qu’en pense Ryan ? C’était un militant au sens noble du terme.”[1]
 

Puisqu’on parle ici de servir l’intérêt général, on ne pourrait jamais assez souligner la nécessité pour les musulmans, comme individus ou regroupés en associations, de bâtir des partenariats avec toutes les personnes de bonne volonté avec qui ils pourront trouver un terrain commun. Les possibilités sont vastes, qu’il s’agisse d’associations religieuses, de défense des libertés, de lutte contre la pauvreté, de groupes de quartier, de protection de l’environnement, etc.  Dans cette perspective, deux buts interreliés sont à rechercher : mieux servir les êtres humains et mieux se connaître mutuellement. En effet, il est dit dans le Coran : “O vous les gens, Nous vous avons créés d’une mâle et d’une femelle, Nous vous avons répartis en nations et tribus pour que vous vous connaissiez mutuellement ” (49 :13). 
 

Par ces partenariats, non seulement l’action sociale devient plus efficace, mais les musulmans verront que leurs valeurs sont partagées par d’autres et leurs partenaires verront les richesses que les musulmans peuvent apporter comme contribution à la construction d’une société commune. Au Québec, on n’a pas trop à se plaindre, souvent les autres associations sont prêtes à  tendre la main aux musulmans. N’est-il pas temps que nous, les musulmans, fassions de même envers nos concitoyens, que nous sortions donc de notre isolement afin de défendre en toute sincérité l’éthique et les droits pour le bien de tous ?

[1]   Cet article reprend une conférence donnée lors de la soirée “Éducation à l’esprit citoyen” organisée par Présence musulmane, le 11 février 2004. Jean-Mathieu Potvin, né à Montréal, est membre du Barreau du Québec et doctorant en droit et études islamiques à l’Institut d’études islamiques de l’Université McGill.

[2]   Grand dictionnaire terminologique de l’Office de la langue française

[3]   Brouillet, Sophie. Un chrétien éclairé et indépendant, dans La Presse du 10 février 2004.

Lors de la dernière scène du film Dead Man Walking, Matthew Poncelet (rôle tenu par Sean Penn), est sur le point d’être exécuté par injection mortelle. La sœur Helen Prejean, sa conseillère spirituelle (rôle tenu par  Susan Sarandon), assiste silencieusement aux derniers instants de sa vie.

Elle lève délicatement sa main à travers la vitre de séparation pour le réconforter avec une lueur de dignité et d’humanité. Il y a résignation lorsque le criminel est conduit vers son exécution. Le film traite de thèmes universels de vengeance et repentir, de crime et de punition et de crainte et de salut.

Je me suis souvenue de cette scène d’un lugubre vendredi après midi, le 16 juillet 1999, lors d’un séjour en Arabie-Saoudite. C’était notre dernière escale avec ma famille avant l’accomplissement de la Omra, le petit pèlerinage. Sur notre chemin pour la mosquée en vue de la prière du vendredi, le chauffeur de taxi qui nous conduisait s’est arrêté près d’une place publique en insistant que nous ne devrions pas  rater l’événement en cours.
Ce à quoi nous avons assisté m’affectera pour le restant de ma vie.

Une femme nue-pied, menottée, et les yeux bandés a été conduite d’un van vers le milieu de la place. Des officiels en uniforme l’ont forcée à s’agenouiller.

Son nom et crime ont été lus à haute voix: Aisha Sa’adah Qasim. Trafic  de drogue. J’ai appris plus tard sur le site web d’Amnesty International qu’elle était d’origine nigériane. Dead Woman Walking.

Il y eu un instant surréaliste de silence glacial. L’épée a brillé sous l’effet du ciel bleu et clair. D’un seul coup sec, le bourreau a tranché la tête d’Aisha en la faisant voler à côté. Tel une fontaine, dans l’air giglait le sang des artères et des veines coupées. La Dead Woman Walking n’était plus.

Je me suis remémorée de la sœur Helen Prejean et de sa main réconfortant doucement, Matthew Poncelet. Malheureusement, la pauvre Aisha n’a pas bénéficié de cette humanité, dignité ou réconfort durant ses derniers moments. Des sacs de poubelle ont été apportés pour y mettre sa tête. Des sacs de poubelle! C’était ce qu’a valu sa vie. Tellement difficile à voir et encore plus difficile à oublier.

Ce à quoi j’étais témoin est un exemple des punitions hudud (le code penal islamique), ou plus précisément, ce code tel qu’appliqué par le gouvernement saoudien.

Il n’y a pas de jour qui passé sans que je ne pense à Aisha. À l’époque, je me suis personnellement promise de comprendre pourquoi Aisha a été tuée et de faire en sorte que sa mort n’ait pas été en vain.
J’ai obtenu ma réponse le 30 Mars 2005 lorsque le professeur Tariq Ramadan, universitaire et activiste musulman, a lancé un appel international pour un moratoire sur les punitions corporelles, la lapidation et la peine capitale dans le monde musulman.

Son raisonnement pour cette action audacieuse était que: “un moratoire imposerait et favoriserait l’émergence sereine d’un débat de fond, sans le prendre comme excuse pour manipuler l’Islam. Toutes les injustices légalisées au nom de l’Islam devraient cesser immédiatement.”

La réaction du monde musulman, quoique prévisible, était déconcertante. Plusieurs musulmans ont considéré cet appel – encore une fois – comme celui d’un autre universitaire musulman qui a changé de camp pour devenir un «occidental dans un habit musulman ».

Des réactions émotionnelles ou un silence total ont suivi.

Des organisations qui prétendent militer pour les droits des musulmans n’ont eu rien à dire au sujet de l’appel du professeur Ramadan. Certaines ont décrié le fait que ça pourrait procurer aux “ennemis de l’Islam” l’opportunité d’attaquer à nouveau, ou bien, monter les musulmans les uns contre les autres. D’autres ont declaré que ça ne constitue pas une priorité.

Si les gens avaient au moins pris la peine de lire l’appel, ils auraient mieux compris ceci – il s’agit d’un appel pour un moratoire pendant qu’un dialogue interne a lieu, ça n’a rien à voir avec la pacification de l’occident. Cette action ne renie en rien les textes traitant des punitions hudud. Au contraire, au lieu de contrer les enseignements islamiques et la Shari’a, elle vise plutôt à préserver leur intégrité.
Le mufti d’Egypte, cheick Ali Gomaa, a été l’unique leader musulman qui s’est sérieusement engagé dans un dialogue d’érudi.

Alors que nous marquons le premier anniversaire du lancement de l’appel, la question des punitions hudud constitue toujours un domaine exigeant l’attention collective des musulmans.

En trahissant complètement le message de justice de l’Islam, plusieurs pays à majorité musulmane, au nom des hududs (ces derniers ne constituent d’une petite partie de la Shari’a), appliquent des politiques répressives et injustes – variant des punitions corporelles aux sentences capitales – au nom de l’Islam. Et qui sont les premières victimes de cette application? Les femmes, les pauvres et les opposants politiques.

Comment pouvons nous tolérer ces injustices commises au nom de l’Islam si nous avançons que la Shari’a vise la justice sociale? Est-ce qu’il ne serait pas de notre devoir de prendre la parole pour représenter ceux qui n’ont pas le pouvoir de parole et qui subissent ces politiques répressives.

Les érudis musulmans et les musulmans socialement engages doivent reconnaître que, loin de dresser les uns contre les autres, un débat interne et un dialogue intra-communautaire est nécessaire et urgent.

Le silence ne satisfera simplement personne.

Si les leaders religieux musulmans ne vont pas s’atteler à défendre l’intégrité de la Shari’a, ceci devrait donc provenir de la base. Le jour où nous serons face à notre Créateur, que répondrons-nous lorsque nous aurons à rendre compte de ce que nous avons fait pour nos pauvres frères et soeurs qui étaient punis et tués au nom de l’Islam?

Aujourd’hui, respecter l’esprit de la Shari’a revient à prendre la parole pour dénoncer lorsqu’elle est mal appliqué ou utilisée comme moyen d’instrumentalisation de l’Islam.

 
Hantée par l’image d’Aisha, j’ai signé la pétition en ligne intitulée “In the name of Islamic Justice“ initiée par Présence Musulmane Canada et qui appuyait l’appel du professeur Ramadan. J’ai été scandalisée de voir sur la liste des 10 top pétitions, rivalisant pour la position numéro deux, se trouvait une pétition lancée par un groupe musulman. Et que défendaient-ils? La reconnaissance internationale de la marque Halal qui garantit qu’un produit est conforme à la loi sacrée islamique (la Shari’a).
 
Ils avaient déjà atteint 263726 signataires. J’espère que nous, musulmans, réalisons qu’une vie humaine est autant kasher

Nos remerciements