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“Les citoyens méritent bien mieux que de se faire rebattre les oreilles avec ces histoires de « terrorisme, » conçues pour conforter la politique pro-sioniste du gouvernement canadien et protéger le régime d’apartheid de Tel-Aviv”

Il y a un an, mon épouse et moi avons « adopté » un enfant palestinien orphelin de son père habitant Beit Hanoun, dans la Bande de Gaza. Nous nous sommes engagés à verser de très modestes mensualités pour lui aider à subvenir à ces besoins. Nous ne savions pas comment le petit garçon – Mou’men de son nom – avait perdu son père, et à vrai dire, nous n’avons pas cherché à savoir.

Nous savions cependant que la vie à Gaza ne valait pas cher, qu’une opération genre « plomb durci » déclenchée par les forces armées israéliennes pouvait à tout moment anéantir hommes, femmes, enfants et foyers. Nous savions qu’une bonne partie de la population de Gaza avait été déjà dépossédée de ses terres et de ses foyers plus d’une fois. Nous savions que, pour ce peuple, le droit à la résistance a, depuis belle lurette, cessé d’exister.

Nous avons aussi appris qu’en 2006, un an après la retraite israélienne de la Bande de Gaza, les forces armées sionistes avaient tué 19 Palestiniens et blessé une quarantaine d’autres à Beit Hanoun en réponse à une attaque de roquettes artisanales contre le territoire israélien qui se trouve à moins d’un kilomètre de la petite agglomération. « Une erreur fâcheuse, » a déclaré l’État-major pourtant responsable du massacre.

On comprendra que notre soutien au petit Mou’men se voulait un geste non seulement humanitaire, mais aussi politique dans le sens large du terme.

Quelques mois plus tard, nous apprenions que l’agence qui a facilité notre démarche – IRFAN-Canada – a perdu son statut d’organisme de bienfaisance laissant ainsi tomber son programme de soutien aux orphelins palestiniens. Nulle façon de retrouver trace de Mou’men et de sa famille.

Mardi, en lisant la déclaration de M. Steven Blaney, ministre fédéral de la Sécurité publique, qui venait d’inscrire IRFAN-Canada dans le registre de groupes « terroristes », nous avons bien compris le péril d’un soutien à un orphelin par le biais d’un organisme coté comme tel par le gouvernement de M. Steven Harper. Selon le ministre Blaney, l’organisme fournissait des fonds au Hamas depuis des années. Il n’a pas voulu expliquer pourquoi les autorités n’ont décidé d’agir que maintenant.

Nous avons appris que IRFAN-Canada s’apprêtait à contester la perte de son statut d’organisme de bienfaisance devant la Cour fédérale d’appel la semaine prochaine. Coïncidence?

Pour nous, le réveil fut brusque. Fournir un montant modeste d’argent pour aider un orphelin dans ce territoire contrôlé par le Hamas – pour nommer le régime démocratiquement élu qui gouverne l’enclave la plus densément peuplée au monde depuis 2007 – serait désormais considéré comme un acte criminel.

Le gouvernement que dirige M. Harper se trouve, en déclarant « terroristes » des mouvements comme le Hamas ou bien le Hezbollah libanais, en excellente compagnie. En Égypte, la junte militaire qui a déposé le président élu M. Mohamed Morsi traite ceux qui s’en opposent de « terroristes » les faisant condamner à mort en bloc. Et aujourd’hui, en Ukraine, le nouveau gouvernement intérimaire décrit ceux qui n’acceptent pas le coup de force pro-américain à Kiev comme des « terroristes » aussi.

Tous des « terroristes »? Vraiment?

M. Blaney a conclu sa déclaration en disant que les « donateurs charitables et bien intentionnés qui souhaitaient appuyer les efforts humanitaires par l’entremise de cette organisation méritent mieux. »

De notre point de vue, les citoyens méritent bien mieux que de se faire rebattre les oreilles avec ces histoires de « terrorisme, » conçues pour conforter la politique pro-sioniste du gouvernement canadien et protéger le régime d’apartheid de Tel-Aviv.

Que faire? C’est simple comme bonjour. Œuvrer à mettre fin à l’occupation des territoires palestiniens, appliquer les résolutions de l’ONU à l’égard d’Israël, reconnaître la volonté populaire des Palestiniens. Ce à quoi le Canada devait s’employer.

En attendant, cet orphelin que nous avons soutenu pendant à peine quelques mois se trouverait-il, faute d’espoir et de perspectives, dans un groupe considéré par le Canada comme « terroriste » et ainsi condamné ? Décidément, il méritait mieux.

« Cette nuit, un crime a été commis au milieu de l’océan par ordre du gouvernement d’Israël et du commandement des Forces de défense israéliennes; une attaque guerrière contre des bateaux apportant de l’aide et une fusillade mortelle dirigée vers des activistes pour la paix et des travailleurs humanitaires. C’est une action insensée que seul peut commettre un gouvernement qui ne respecte plus rien. »

Seul un gouvernement fou qui a perdu tout contrôle et toute connexion avec la réalité pouvait faire une chose pareille : considérer comme ennemi des bateaux transportant de l’aide humanitaire et des activistes pour la paix de partout dans le monde, et les arrêter avec une force militaire massive.

« Personne ne croira  les mensonges ni les excuses qu’avancent le gouvernement et les porte-parole de l’armée », a déclaré Uri Avnery, ancien membre de la Knesset et membre du mouvement Gush Shalom. Les activistes du mouvement Gush Shalom ainsi que des activistes d’autres organisations quitteront Tel Aviv à 11 h pour aller manifester en face du centre de détention préparé en vue d’accueillir les activistes pour la paix. Greta Berlin, la porte-parole des organisateurs de la flottille à Chypres, a fait savoir aux activistes de Gush Shalom que les commandos israéliens ont atterri sur les bateaux avec des hélicoptères et ont immédiatement ouvert le feu.

C’est un jour de honte pour L’État d’Israël, un jour de profonde inquiétude au cours duquel nous réalisons que nous avons confié notre avenir à une bande de gars irresponsables à la gâchette facile. Un jour de disgrâce, de folie et de stupidité sans limite ce jour où le gouvernement israélien a pris soin de noircir le nom de son pays en ajoutant des évidences d’agressivité et de brutalité à son image internationale déjà ternie; décourageant et éloignant le peu d’amis qui lui reste.

Oui, une provocation a eu lieu aujourd’hui au large des côtes de Gaza. Mais les provocateurs n’étaient pas les activistes pour la paix invités par les Palestiniens et qui tentaient d’atteindre Gaza. La provocation provenait des commandos de la Marine sur l’ordre du gouvernement israélien, qui ont bloqué le chemin aux bateaux d’aide et ont fait usage d’une force meurtrière.    

Il est temps de lever le siège de la bande de Gaza, qui cause de grandes souffrances à sa population. Aujourd’hui, le gouvernement israélien s’est lui‑même démasqué et a ainsi révélé qu’il ne s’est pas retiré de la bande de Gaza. Un réel retrait de la région n’est pas compatible avec le blocage des voies d’entrée ou avec l’envoi de soldats pour abattre et tuer ceux qui tentent de s’y rendre.

Il y a 17 ans, à l’intérieur des Accords d’Oslo, l’État d’Israël a promis de permettre et d’encourager l’établissement d’un port en eau profonde à Gaza, port qui permettrait aux Palestiniens de développer leur économie au moyen de l’import-export. Il est temps de mettre en œuvre cet engagement et d’ouvrir un port à Gaza. Israël pourra dire qu’il s’est retiré de la bande de Gaza seulement lorsque le port de Gaza sera ouvert et que les échanges s’y dérouleront sans contraintes, tout comme dans les ports d’Ashdod et de Haifa. D’ici là, le monde continuera, et avec raison, de considérer la bande de Gaza sous occupation israélienne et de tenir l’État d’Israël responsable du sort des gens qui y vivent.

“Sacco fait ressortir avec justesse que de tels épisodes font partie des véritables pierres angulaires de l’histoire… tout comme d’innombrables tragédies à travers les âges qui ont à peine eu droit à un statut de note de bas de page dans les grands mouvements de l’histoire – malgré… qu’elles portent souvent en elles la semence de la peine et de la colère qui forgent les événements actuels”

Le livre  captivant et incontournable de Joe Sacco sur deux massacres depuis longtemps oubliés, subis par les Palestiniens à Gaza, ressort comme un des rares ouvrages contemporains sur le conflit  israélo-palestinien qui restera dans les mémoires bien après l’époque où il aura été publié.

Le format unique ainsi que le style de la narration de cette bande dessinée lui vaudront d’être lue par des générations à venir. Sa capacité à mettre son art au service du récit combinée à un reportage d’enquête de la plus haute qualité fait de Sacco le seul reporter-bédéiste.

Dans ce cas-ci, son sujet se rapporte à deux massacres survenus il y a plus d’un demi-siècle, qui ont attiré peu d’attention sur la scène internationale, et qui furent oubliés en dehors du cercle immédiat des victimes. La tuerie a eu lieu pendant la crise du Canal de Suez, en 1956, lorsque l’armée israélienne a envahi la bande de Gaza occupée en grande partie par des réfugiés palestiniens. Selon les chiffres fournis par les Nations Unies, le 3 novembre, 275 Palestiniens ont été tués dans la ville de Khan Younis à l’extrémité sud de la bande, et le 12 novembre, 111 ont trouvé la mort lors d’une opération menée par les troupes israéliennes à Rafah, située à quelques kilomètres de la frontière égyptienne. Israël affirme que les Palestiniens ont été tués alors qu’ils offraient une résistance armée, alors que ces derniers affirment que toute résistance avait déjà cessé.

Sacco fait ressortir avec justesse que de tels épisodes font partie des véritables pierres angulaires de l’histoire. Dans ce cas-ci, la transmission des événements a mis du temps à filtrer et elle était de plus noyée par les derniers développements de la crise du Canal. Sacco, qui a bâti sa réputation de reporter-bédéiste avec « Palestine » et « Safe Area Gorazde », les a sortis de l’ombre parce que « tout comme d’innombrables tragédies à travers les âges qui ont à peine eu droit à un statut de note de bas de page dans les grands mouvements de l’histoire – malgré… qu’elles portent souvent en elles la semence de la peine et de la colère qui forgent les événements actuels.  »

Les gouvernements, tout comme les médias, oublient que les atrocités restent gravées dans les mémoires de ceux qui ont été touchés de près. Sacco rapporte les propos de Abed El-Aziz El-Rantisi, un dirigeant du Hamas (tué plus tard par un missile israélien), qui était âgé de neuf ans en 1956 et vivait à Khan Younis alors que ce dernier raconte la façon dont son oncle a été tué : « Sa mort a laissé dans mon cœur une blessure qui ne guérira jamais. Je vous raconte cette histoire et j’ai envie de pleurer… Ils ont semé la haine dans nos cœurs. »

Le caractère très vivant et le rythme des dessins de Sacco, combinés à une narration intelligente et bien informée contribuent à très bien rendre l’histoire. En fait, il est difficile d’imaginer comment une autre forme de journalisme pourrait susciter autant l’intérêt. Plusieurs reporters, soit de la presse écrite ou de la télévision savent que les racines de la crise actuelle se cachent dans des événements obscurs non diffusés. Ils savent également que les rédacteurs en chef sont davantage intéressés par la nouveauté et qu’ils rejetteront probablement cette incursion dans l’histoire en la qualifiant  de complaisance journalistique susceptible d’ennuyer le public et de l’embrouiller.

En fait, « Gaza 1956, en Marge de lHistoire» prend sa source dans des éditoriaux subjectifs par rapport à l’histoire. Au printemps de 2001, Sacco et Chris Hedges (un ancien correspondant à l’étranger pour le New York Times), publiaient un reportage dans le Harper’s Magazine sur les Palestiniens de Khan Younis pendant les premiers mois de la deuxième intifada palestinienne. Ils étaient d’avis que la tuerie de 1956 aidait à expliquer la violence qui survenait presque 50 ans plus tard. Peut-être est-il facile de prévoir, cependant, que les paragraphes sur l’ancien massacre ont été coupés. Les rédacteurs américains n’étaient pas les seuls à penser que leur retour sur le passé ratait la cible. Lorsque Sacco est retourné à Gaza en 2002 et 2003 à la recherche de survivants et de témoins, alors que les forces israéliennes occupaient toujours la région, les jeunes Palestiniens ne comprenaient pas son intérêt pour les événements passés alors que le présent connaissait plus que son lot de violence.

La recherche incessante par Sacco de témoins palestiniens et israéliens, ainsi que sa quête de documentation de source israélienne et onusienne, ont de quoi impressionner. Il décrit la vie de ceux qui lui viennent en aide, notamment celle de son guide Abed, et il illustre deux épisodes de la vie à Gaza avec ses villes surpeuplées, celle du début des années 50 et celle d’aujourd’hui.

L’atmosphère était alors imprégnée de haine. Peu de leaders israéliens démontraient de l’empathie envers la tragédie des Palestiniens. En fait, au début de l’année 1956, Moshe Dayan, le chef d’état-major israélien, a prononcé lors des funérailles d’un commandant israélien tué à la frontière de Gaza, un discours qui est resté célèbre. Discours dans lequel il se demandait « pourquoi les Palestiniens nous haïssent-ils tant? » Répondant lui-même à sa question, il continua « Voilà huit années que depuis le camp de Gaza dans lequel ils sont réfugiés, ils nous observent de leurs propres yeux en train de faire notre demeure sur les terres habitées jadis par leurs ancêtres. Il ajouta que les Israéliens se devraient d’être « prêts et armés, tenaces et endurcis. »

Ces paroles ont pris tout leur sens lorsque six mois plus tard les troupes israéliennes ont marché sur Gaza. La tuerie de Khan Younis a été exécutée de façon plutôt directe, selon des témoins et quelques survivants. Les hommes de la ville ont reçu l’ordre de s’aligner sur la grand place; ont les a alors descendus. Leurs corps formaient une ligne continue. Ceux qui étaient restés dans leur maison y ont été tués aussi.

L’épisode de Rafah était plus complexe et elle a duré toute une journée. On demandait aux gens de se rendre à l’école de façon à déterminer s’ils étaient des soldats ou des membres d’une guérilla. Ici, les survivants ont été beaucoup plus nombreux qu’à Khan Younis; ils ont rapporté comment certains étaient descendus en chemin vers l’école et d’autres battus à morts à coups de bâton par les soldats au moment où ils pénétraient dans la cour. L’armée israélienne a ordonné à deux officiers de mener une enquête sur « l’incident de Rafah », tel que nommé dans un communiqué top-secret. (Ce même communiqué faisait état de 40 à 60 personnes tuées et 20 autres blessées.) Un recherchiste travaillant pour Sacco n’a trouvé aucun rapport dans les archives de l’armée.

Bien des choses ont changé à Gaza depuis les recherches menées par Sacco. En 2005, Israël a démantelé unilatéralement des colonies juives et retiré sa force militaire tout en maintenant un contrôle étroit des frontières. En 2007, le Hamas a pris le contrôle de Gaza et en 2008-2009, cette bande a essuyé des attaques dévastatrices de la part d’Israël. Dans cet ahurissant déluge d’événements, l’enquête de Sacco sur ces tueries vieilles de 50 ans est le guide le plus sûr permettant de saisir la haine qui fait s’affronter Israéliens et Palestiniens.

Patrick Cockburn, correspondant à l’étranger et commentateur sur l’Iraq pour The Independent, est l’auteur de The occupation : War, Resistance and Daily Life in Iraq (Verso, 2006); il se rend régulièrement en Iraq depuis la fin des années 1970. Il a été l’un des rares journalistes à rester à Bagdad pendant la première Guerre du Golf.

Traduit de l`anglais par Suzanne Touchette


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Alex Foxman de la soit-disant Anti-Defamation League (ADL) « Ligue antidiffamation » s’est attaqué à Bill Moyers pour la seule raison que ce dernier tentait d’œuvrer à l’instauration de lois morales pour tous au Moyen-Orient. Il fallait s’y attendre, bien sûr, mais la direction de l’ADL en rajoute en prétendant que George Mitchell est trop honnête pour servir de négociateur entre Israël et les Palestiniens.

Je crois comprendre qu’en dénonçant le choix que le président Obama a fait en nommant Mitchell comme négociateur pour le Moyen-Orient, Foxman révèle qu’il est davantage habitué à des médiateurs impartiaux tel Dennis Ross – qui, après avoir quitté l’administration Clinton est retourné au lobby pro-israélien – comme incarnation de l’institut de Washington pour la politique au Proche-Orient, d’où il venait. Ou bien Foxman comparait-il Mitchell à Alan Dershowitz, le célèbre propagandiste israélien? (J’ai déjà qualifié Dershowitz de serpent sur les ondes d’Al Manar TV, ce dernier a alors écrit un article dans le Jerusalem Post dans lequel il m’a traité d’antisémite. Ma seule faute a été de ne pas m’excuser auprès des serpents.)

Je suis désolé d’avoir à le dire, mais malgré l’admiration que je porte à George Mitchell pour ses nombreuses années de service à la population, il faudra plus que de l’honnêteté pour mettre fin à l’occupation de la Palestine par Israël et à la brutalité qu’elle entraîne.

Les pirouettes des différentes administrations qui se sont succédé au fil des années et qui ont toutes présenté de grandes mises en scène du « règlement » du conflit, n’ont rien fait d’autre que gaspiller l’encre des journaux et le temps d’antenne consacrés aux efforts de paix, comme si les médias étaient dupes de ce que des vendeurs de pétroles malhonnêtes comme Condelica Rice essayaient de faire avaler au public américain.

Quelqu’un au gouvernement aurait déjà dû comprendre que l’État d’Israël n’a aucune intention de céder la bande de Gaza à un éventuel État palestinien même si certains mettent en garde contre le cantonnement des Palestiniens dans un régime d’apartheid pour le reste du siècle si on n’en arrive pas à la « solution des deux États ». Les Israéliens n’ont certainement pas l’intention de permettre aux Palestiniens de les renverser dans un processus électoral; la seule solution reste un apartheid du genre sud-africain.

On connaît tous les raisons évoquées par les Israéliens qui les empêchent de signer la paix qu’ils disent tant désirer :

« Nous n’avons personne avec qui négocier. »

« Nous ne pouvons discuter avec les Palestiniens tant qu’ils ne reconnaissent pas le droit à l’existence d’un État israélien. »

« Ils doivent d’abord mettre fin à leurs attaques terroristes. »

« Nous avons fait la meilleure offre possible aux Palestiniens, mais ils l’ont refusée. »

Voilà un exemple seulement des excuses rabâchées et débitées servant à refuser toute entente. Il semble que très peu de gens se rendent compte de la supercherie bien qu’en fait elle ait été mise au grand jour depuis plusieurs années. Et alors que l’establishment continue de rêver à la paix, Israël continue d’engloutir les terres des Palestiniens, de les battre, de les jeter en prison et de les massacrer jour après jour.

Je suis profondément convaincu, ainsi que toute personne qui refuse de voir le conflit seulement à travers la lunette israélienne, qu’à moins qu’un président américain ne demande de façon claire aux Israéliens de chasser les colons de la bande de Gaza, il ne peut y avoir de paix. Seulement plus d’occupation, plus de brutalité, plus de violation des lois internationales et plus de massacres sanglants de civils comme celui dont nous venons d’être témoins à Gaza. À moins de cela, les Israéliens auront le contrôle absolu et les États-Unis se feront encore plus d’ennemis, et pas seulement au Moyen-Orient, mais partout dans le monde.

Le président Obama a récemment déclaré que s’il n’arrive pas à remettre l’économie sur ses rails au cours de son premier mandat, il ne sera pas reconduit pour un deuxième. Cependant, ce dont il n’a pas encore tenu compte, c’est du fait que l’occupation palestinienne déclenche la colère des terroristes contre les intérêts américains partout sur la planète.

Obama fait face au choix suivant : Ou bien il se met à dos le lobby du Likud en lui demandant le retrait des colons de la bande de Gaza, ou bien il continue de lui fournir le généreux financement nécessaire au maintien de l’occupation israélienne contre les Palestiniens.

Que croyez-vous qu’il fera? Nous devrions déjà avoir appris que les États-Unis ne peuvent plus se permettre d’écouter les Abe Foxman et les Alan Dershowitzes de ce monde. Comme nation, nous n’avons plus d’argent, nous sommes à court d’idées et incapables de mettre un frein à la corruption morale et financière de Washington DC, laquelle englobe celle venue du lobby du Likud. La conséquence : les riches sont de plus en plus riches et la classe moyenne de plus en plus désespérée; elle cherche des emplois qui n’existent plus et des maisons qu’elle ne peut plus se permettre.

Des personnes comme George W. Bush et Dick Cheney ont provoqué l’effondrement de notre monde, et ils sont ensuite partis dans le soleil couchant, heureux de savoir qu’ils ont enrichi leurs riches amis grâce aux guerres qu’ils ont déclenchées.

Les fluctuations du prix du pétrole et le déferlement des dépenses militaires causé par les conflits au Moyen-Orient – tout cela payé par les gens de ce pays – ont amassé des fortunes pour leurs petits copains. Malheureusement, nous n’en avons pas fini de payer, en termes de vies humaines et de dollars, pour les enfantillages des huit dernières années de M. Bush.

Pendant encore longtemps, nous récolterons la haine et la violence causées par ces guerres, en plus de souffrir au plan économique à cause de leur politique d’avarice et de corruption. Et nous n’avons pas encore pris la mesure des misères, de la pauvreté et de la corruption que ces deux héros ont engendrées avec la guerre contre l’Iraq.

Soutenu par la lâcheté de notre président et par celle du Congrès, Israël a les coudées franches pour continuer son occupation. La brutalité est une conséquence inévitable d’une occupation nécessaire afin de garder la terre qu’il a volée des Palestiniens. Nous avons un besoin urgent de changement; nous espérons et prions afin que M. Obama ait le courage de le provoquer. Un tel engagement est absolument nécessaire, sinon, nous pouvons dire adieu à tout espoir de civilisation.

James G. Abourezk est un ancien sénateur américain (D-SD) et le fondateur du American-Arab Anti-Discrimination Committee (le comité anti-discrimination américain-arabe). Il pratique actuellement le droit à Sioux Falls au Sud-Dakota.

Traduit par Suzanne Touchette

Que dire encore sur Gaza ? Le Monde diplomatique de ce mois publie six pages sur cette guerre qui a quitté la Une de l’actualité. Le cessez-le-feu tarde à se mettre en place, et la situation sur le terrain, c’est-à-dire le sort des Palestiniens de Gaza, est terrible. L’association Oxfam-France vient de lancer une campagne en ligne pour le respect du droit international et pour la levée du blocus israélien à Gaza.

Gaza, un pavé dans la mer (La boîte à bulles, 317 pages, 24 euros) : le premier livre sur la guerre de Gaza vient de sortir et il n’est sans doute pas étonnant qu’il soit composé à moitié par des auteurs de bande dessinée qui se sont mobilisés et qui ont dessiné leur vision de cette guerre. Car cet ouvrage collectif est coordonné par Maximilien Le Roy, lui-même auteur de bande dessinée de 23 ans qui écrit dans l’introduction : « Je pourrais écrire ici, par avance, toutes les critiques prévisibles que déclenchera cette initiative, mais je préfère laisser la place à l’expression plus éclairée de ceux qui ont accepté de jeter avec moi ce pavé dans la mare : ces artistes européens, ces esprits libres israéliens pour qui mon respect est inconditionnel, ces intellectuels qui résistent à toutes les fourches caudines et, surtout, ces habitants de Gaza qui témoignent de leur quotidien. Du quotidien brut, rugueux. Du réel, en somme. Rien que du réel. »

Je signale l’excellente réponse de Cédric Baylock, « Gaza, le critique et la critique » (parue sur le site Oumma.com, le 17 février), à la tribune de Pierre Jourde, « Le Juif, coupable universel », parue dans Le Monde du 22 janvier. « Autant le Jourde et Naulleau (Mots et Cie, 2004, sorte d’anti-Lagarde et Michard dans lequel ils flinguent les auteurs à succès) nous a fait beaucoup rire, autant les variations géopolitiques de ce spécialiste des troubles gastriques de la littérature française (La littérature sans estomac, Pocket, 2002, autre ouvrage à succès…) a de quoi nouer l’estomac. C’est peut être la première fois dans l’histoire de la critique littéraire que l’on voit l’une de ses gâchettes singer l’un de ceux qu’il descend. BHL en l’occurrence. Car de la première à la dernière ligne, cette tribune aurait pu être écrite par le philosophe médiatique. Hormis les passages les plus pertinents, que nous commentons également ci-après. »

Sur le même site, un article de Vincent Geisser du 18 février, « Le complexe du Goy. Ces “amis” français d’Israël qui flirtent avec l’antisémitisme » : « Contrairement à une idée reçue, le premier soutien d’Israël en France procède moins de l’action d’un quelconque “lobby” mais d’abord de la lâcheté et de l’hypocrisie de nombreux leaders d’opinion qui fantasment la puissance de la communauté juive. Leur relation à Israël se greffe moins sur un amour sincère pour l’Etat hébreu que sur une représentation ethnicisante de la communauté juive qui flirte parfois avec l’antisémitisme et débouche sur une posture politique : “Je suis avec Eux pour ne pas avoir d’ennuis”. Le problème est que ce “Eux” tend à la fois à essentialiser l’appartenance au judaïsme, à particulariser le rapport des juifs de France à l’identité nationale (ils seraient des Français pas tout à fait comme les autres) et à assimiler, sur un mode simpliste, identité juive/Etat d’Israël. »

Ceci n’est d’ailleurs pas nouveau. Lord Balfour lui-même, le signataire de la fameuse promesse du 2 novembre – qui « envisage favorablement l’établissement d’un foyer national juif en Palestine » –, avait été le promoteur en 1905 d’un projet de loi sur la limitation de l’immigration juive en Grande-Bretagne, qui visait avant tout les juifs de Russie. Et Mark Spikes, le négociateur britannique des accords avec la France (accords Sykes-Picot de 1916) partageant le Proche-Orient, écrivait à un dirigeant arabe : « Croyez-moi, car je suis sincère lorsque je vous dis que cette race (les juifs) vile et faible est hégémonique dans le monde entier et qu’on ne peut la vaincre. Des juifs siègent dans chaque gouvernement, dans chaque banque, dans chaque entreprise. » (Cité dans Israël-Palestine, vérités sur un conflit, Fayard, 2007, p. 59.)

« En somme, dit encore Vincent Geisser, cette forme de soutien “très franchouillard” à Israël conduit à faire des juifs de France une “tribu” au sein de la Nation française, et renoue indirectement avec les vieux thèmes antisémites du siècle dernier. Du coup, loin de normaliser l’Etat d’Israël en le considérant comme un “Etat comme les autres” – soumis aux mêmes règles du droit international que les Etats souverains – ce type de soutien verse dans une relation malsaine qui consiste à faire de l’Etat hébreu une sorte de “monstre géopolitique”, que l’on s’interdit surtout de critiquer. Pire, elle en vient à assimiler totalement identité juive et nationalité israélienne, en venant à accréditer l’idée que les juifs de France formeraient une sorte de “tribu d’Israël” au sein même de la Nation française. »

Sur l’avenir, deux pistes se dégagent : celle de l’inculpation pour crimes de guerre de dirigeants israéliens (nous reviendrons au mois de mars sur cette question dans Le Monde diplomatique) ; les campagnes de désinvestissement et de boycott. Ainsi, dans ce communiqué du 14 février : « Hampshire College devient la première université aux Etats-Unis à retirer ses investissements de l’occupation israélienne en Palestine ! » (Students for Justice in Palestine). Signalons aussi la sanction suédoise concernant Veolia et sa participation à la construction du tramway de Jérusalem.

Enfin, Ivan du Roy, sur le site Bastamag.net, publie un article sur « ces entreprises françaises qui profitent de la colonisation israélienne » (11 février). « Trois multinationales et une PME hexagonales sont impliquées économiquement de la colonisation de la Cisjordanie par Israël. La banque franco-belge Dexia finance plusieurs colonies. Alstom et Veolia comptent transporter leurs habitants à travers Jérusalem. La PME Manitou participe à la construction du mur de séparation. Toutes font du business en totale violation du droit international. »

 

Source : Les blogs du diplo
http://blog.mondediplo.net/…

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