MPO

“Aujourd’hui la Tunisie est une terre fertile non plus pour les délateurs qu’ils ont fait de nous, mais pour les libres penseurs que nous avons toujours été. Faisons en sorte que cette révolte des Jasmins se transforme en une Révolution tranquille, celle des penseurs, des critiques”

 

Mes chers amis, collègue, frères, sœurs…Tunisiens, Français, Québécois, Canadiens…

C’est avec beaucoup d’émotions que je vous écris ce bout de moi-même… En ce début d’année 2011, la Tunisie s’est réveillée…

Elle a commencé par prendre feu en la personne immolée de Mohammed Bouazizi. C’est mon devoir de m’enflammer avec elle et pour elle.

La tunisienne, la démocrate,  la femme, la fille d’opposant, la réfugiée, la maghrébine, la musulmane et l’africaine que je suis se retrouvent aujourd’hui dans un seul et même corps, un corps décidé à parler, à exprimer la révolte tunisienne, la frustration que ce pays a pu vivre et d’en faire l’écho auprès de tous!

 Je vous implore de regarder ce pays, si tranquille, si pacifique et si beau, s’embraser!

C’est avec beaucoup de sérieux que je vous demande de soutenir ce peuple dans sa lancée vers la liberté… cette nécessité dans tout processus démocratique.

Cette Révolte du Jasmin est un moment historique qui ne doit pas s’arrêter à des actions réactives. Il doit laisser place à une Révolution de la pensée et à une Réflexion libre.

Les années 90 ont été sombres, marquées par une nécessité pour les Tunisiens de se taire sous peine de tout perdre, pour certains leur corps et leur familles, pour d’autres leur dignité, pour d’autre encore leurs vies.

Les Tunisiens ont été sommés de se taire ou de perdre la vie….voire la patrie!

Je souhaite rendre hommage à tous ceux qui ont survécus…malgré tout.
Je souhaite rendre hommage à toutes ces femmes et ces hommes qui ont cru perdre leur dignité et leur humanité dans les antres de cette dictature sanguinaire…
Je souhaite rendre hommage à ces Tunisiens tués, violées, exilés, brimés dans leur plus humaine essence. Je vous remercie pour votre leg…

Aujourd’hui, nous ne croirons pas en n’importe quelle promesse! Aujourd’hui, nous tiendrons, nous ne nous tairons pas, nous ne nous tairons plus. Aujourd’hui, nous nous sommes relevés… après des décennies d’asservissement. Aujourd’hui nous avons parlé…

“Je me suis redressé. J’ai contemplé à mes pieds ma dépouille, mon ancien moi, marqué des stigmates de la fatalité et de l’ignorance et dont les faiblesses avaient suscité toutes les convoitises. Je me suis mis à marcher le menton levé, le dos droit, le regard perçant. Je lève les yeux, un drapeau neuf flotte dans un ciel pur : c’est la Liberté” Hélé Béji*

Nous avons vu la Lumière! Nous sortons…et nous ne serons pas dupes! La démocratie que nous méritons est à notre portée.

Aujourd’hui la Tunisie est une terre fertile non plus pour les délateurs qu’ils ont fait de nous, mais pour les libres penseurs que nous avons toujours été. Faisons en sorte que cette révolte des Jasmins se transforme en une Révolution tranquille, celle des penseurs, des critiques…

Faisons de ce Supplice Tunisien notre Histoire pour ne jamais la revivre. Semons les graines de notre Tunisie aux mille Jasmins.

 * A. Manai, Supplice Tunisien,1995

* H. Béji, Nous décolonisés, 2008

« Puis-je vous être utile en quoi que ce soit? Avez-vous besoin de quelque chose? »

C’est ainsi que s’adressait à moi, derrière ses lunettes, cet imam à l’air calme et sérieux, du haut de ses deux mètres. Et c’était lors de ma dernière rencontre avec l’imam Jamil Al-Amin, à l’occasion de ma venue à Washington DC, comme représentant du groupe de travail américain sur le Kosovo, afin de soutenir une mosquée qui tentait d’amasser des fonds pour ce pays.

Quand je repense à toutes mes rencontres avec Imam Jamil, je le revoie me posant la même question.

Et ce n’est pas uniquement à moi qu’il posait cette question; il la posait à tous ceux avec qui il avait l’occasion de travailler. Il cherchait toujours à se rendre utile.

En tant qu’invités réguliers des conférences islamiques, nous avons souvent partagé la même estrade. Mais plus maintenant. Tous ceux qui avaient coutume de l’inviter semblent l’avoir oublié.

Souvenez-vous de Dieu et ne craignez pas le FBI

Si la Secret evidence Act (loi sur les éléments de preuve secrets), les causes contre les dirigeants et les organisations musulmanes et l’enquête du Grand Jury touchant la Société islamique de l’Amérique du Nord (ISNA) et le Cercle islamique de l’Amérique du Nord (ICNA), etc., sont destinés à intimider les musulmans, eh bien, ça fonctionne.

Les avoirs du Quran Literacy Institute géré par l’ancien président d’ISNA, M. Ahmed Zaki Hammad, sont gelés, mais ni ISNA, ni aucune des deux plus grandes mosquées de Chicago où il a été imam, n’ont fait grand-chose pour lui venir en aide. M. Hammad a même de la difficulté à amasser les fonds nécessaires à sa défense.

Imam Jamil, un des quatre plus grands leaders musulmans d’Amérique du Nord, est en prison depuis maintenant huit  an et les musulmans ont fait très peu pour lui venir en aide. C’est comme si nous le déclarions coupable ainsi que les autres dans la même situation et que nous tentions de les oublier.

Le message que nous convoyons à nos dirigeants et à nos bénévoles semble être : « servez-nous tant que vous êtes libres » après, débrouilles-vous et merci beaucoup.

Comment se fait-il que les musulmans oublient si facilement le principe universel établi par Dieu pour tous les êtres humains : innocence jusqu’à preuve du contraire? Ou bien peut-être que tout le monde écoute le même conseil que celui qu’on me prodigue :

« Frère Mujahid, vous ne devriez pas vous occuper de cela, sinon le FBI sera à vos trousses. »

Bien que chacun de nous ne souscrive pas au programme de tous les musulmans, ni n’approuve tous leurs discours, nous ne devons pas laisser notre crainte des autres interférer avec le devoir que nous avons d’aider Imam Jamil et les autres à obtenir justice au moment où ils en ont besoin. Cela va à l’encontre du principe islamique soutenant qu’on ne doit craindre personne autre que Dieu.

Les efforts de l’imam Jamil pour l’unité des musulmans

J’ai rencontré Imam Jamil pour la première fois lors du rallye historique organisé par le groupe de travail américain pour la Bosnie, lequel a réuni 50 000 musulmans à Washington en 1993.

J’étais alors le coordonnateur du groupe de travail qui réunissait dix organisations nationales de musulmans des États-Unis. Et lui, il était un ancien dirigeant des Black Panthers prenant la défense de Bosniaques « blancs » et ralliant les gens toutes couleurs confondues.

Je l’avais choisi, ainsi que trois autres dirigeants nationaux, comme les seuls conférenciers du rallye. Mais lui, il a immédiatement recruté le célèbre défenseur des droits civils, le comédien Dick Gregory pour livrer un message.

À cette époque, Imam Jamil était le vice-président du Conseil musulman américain (AMC) et le Amir de sa communauté. Je découvrais une personne humble, calme et réservée. C’est à cette occasion que je l’ai entendu pour la première fois me poser cette question

« Puis-je vous être utile en quoi que ce soit? », bien qu’il soit mon invité. Imam Jamil accueillait toujours favorablement tout élan visant à unifier les musulmans.

Lorsque j’ai lancé l’idée de mettre sur pied le Islamic Shura Council of North America (le Conseil de la shura islamique de l’Amérique du Nord), il a répondu avec enthousiasme. Il en a d’ailleurs été le second président.

Je n’oublierai jamais une des rencontres du Conseil de la shura à laquelle je participais avec Imam Jamil et où étaient également présents M. Sayed Mohammad Sayeed, secrétaire général d’ISNA et Imam Plemon Al-Amin, président de la shura de la Société des américains musulmans (sous l’égide de Imam W.D. Mohammad).

La réunion se tenait à la mosquée de l’imam Jamil à Atlanta. C’est alors que j’ai pu voir de quoi avait l’air une mosquée de gens démunis aux États-Unis. En attendant l’arrivée des invités, il a pris un balai et s’est mis à balayer la mosquée.

Puis, nous nous sommes tous assis pour partager un repas des plus simples. Je ne me rappelle pas tous les détails de cette assemblée, mais je me souviens qu’Imam Jamil y a présenté une résolution, appuyée par tous les membres, visant à demander de meilleures conditions de détention pour le frère Omar Abdul Rahman, ce savant Égyptien aveugle actuellement emprisonné aux États-Unis.

Aucun de nous, sans doute, ne se doutait qu’Imam Jamil serait un jour accusé et jeté en prison.

Je me souviens d’une autre occasion, où je lui rendais visite à son magasin qui n’offrait qu’un banc de bois dur à qui voulait s’asseoir. Je lui ai alors demandé : «Étiez-vous impliqué dans ce vol, avant votre venue à l’islam, pour lequel vous avez fait de la prison? – Non, je n’étais pas impliqué dans ça », a-t-il répondu.

Pendant que j’étais dans son magasin, aucun client n’est entré. Il n’y avait pas grand-chose à vendre; Imam Jamil croit aux produits santé et naturels, et sa marchandise reflétait ces critères.

Par contre, plusieurs personnes, des jeunes et des plus vieux sont entrés lui demander de l’argent. Et lui qui n’avait probablement pas beaucoup à donner leur a quand même donné. À moi, il a fait cadeau de miel au ginseng.

J’ai continué de le rencontrer dans différents programmes, principalement sur les estrades en attendant notre tour de parler. Nous commencions à bavarder et immanquablement il me demandait : « Puis-je vous être utile en quoi que ce soit? »

Au bout du compte, c’est une question de justice et responsabilisation

Eh bien non, ma réaction au sort de Imam Jamil n’en est pas une émotive. J’ai voulu venir à son aide aussitôt qu’il est clairement apparu qu’il s’agissait encore du phénomène du « leader noir ».

Au début, je me disais : il y a le Conseil de la shura, ISNA et ICNA. D’aussi loin que je me souvienne, ils l’ont toujours invité à titre de conférencier. Ils vont sûrement faire quelque chose pour lui. J’ai attendu encore et encore.

Je n’ai rien entendu sur le sujet sauf les plaintes de la part des défenseurs des droits civils de la communauté musulmane à l’effet qu’ils n’arrivaient pas à amener ces organisations à intégrer ce problème à leur ordre du jour. Encore une fois, le leadership musulman venu d’ailleurs n’arrive pas à s’imposer et à former des alliances avec les victimes d’injustices de notre société.

Alors quelle est ma position, moi qui suis déjà impliqué dans tellement de choses : imam à Chicago, directeur de Sound Vision, coordonnateur du groupe de travail sur le Kosovo, père de six enfants et mari? J’espérais que d’autres prendraient la défense de Imam Jamil. Mais personne n’a rien fait. « Puis-je vous être utile en quoi que ce soit? », ces mots prononcés par l’imam continuent de résonner dans ma tête.

Innocent jusqu’à preuve du contraire

Ici-bas, nous avons un système de justice qui, à sa façon, décidera ou non de l’innocence de Imam Jamil. Dans l’au-delà, Celui qui connaît déjà la vérité, rendra la justice absolue. Mais à ce moment-là, on nous demandera également :

« Vous êtes-vous battu pour que justice soit faite? »

Ce jour-là on me demandera ce que j’ai fait pour venir en aide à Rodney King, à Amadou Diallo ou à Imam Jamil. On nous demandera à tous si nous avons pris la défense de Imam Jamil seulement parce qu’il est musulman ou bien par principe de justice pour notre frère et tous les autres accusés injustement comme lui. Ça n’a pas d’importance si la victime d’injustice est Amadou Diallo ou un policier blanc. Peu importe si la personne a ou non un casier judiciaire. Nous vivons dans un monde où la justice n’est pas évidente.

Mais nous devons essayer en comptant sur l’aide de Celui qui connaît déjà la vérité et qui rendra toujours justice à partir de la vérité. Nous devons faire en sorte de mener une existence guidée par la justice et des principes, et être prêt à les défendre au besoin.

Pensez-y, ça pourrait vous arriver

Celui qui pense que l’injustice dont est victime Imam Jamil ne peut jamais l’atteindre est un imbécile heureux. Demain ça pourrait être vous. Et votre crime serait : être musulman, être noir ou être brun. Laissez-moi vous citer un exemple.

Des amis et moi voyagions de Chicago à St. Louis, Missouri, pour assister aux funérailles du père d’un ami lorsque nous avons été arrêtés; pas par un policier, mais par plusieurs, et ce n’était pas des agents de la circulation.

Pendant qu’ils nous interrogeaient, ils encerclaient notre véhicule, prêts à dégainer.

Où allez-vous comme ça?
À des funérailles.

Pourquoi n’êtes-vous pas vêtus pour la circonstance?

Les musulmans ne portent pas d’habits particuliers pour ça.

Nous avons su, plus tard, que les policiers étaient en alerte dans la région; on leur avait demandé de rechercher sur l’autoroute et d’arrêter des hommes portant la barbe et des femmes en hijab. Leur cible : les musulmans. Un autre exemple de cela est le harcèlement dans les aéroports. J’en ai été victime à plusieurs reprises, même avant que le profilage racial devienne « loi ». Et je ne suis pas un Afro-Américain. Je peux seulement imaginer ce qui m’attendrait si je l’étais.

Imaginez la scène : vous attendez patiemment en ligne pour récupérer vos bagages et rentrer à la maison où vous attend votre famille, et vous remettre du décalage horaire. Soudainement, devant tout le monde, vous êtes tiré de côté et vos bagages sont ouverts à la vue de tous. Au mieux, c’est humiliant et dans le pire des cas, c’est dégradant. Et pour quel crime? Vous n’êtes pas de la bonne couleur.

Le cas du Quranic Literacy Institute et du frère Ahmad Zaki Hammad, ainsi que celui du Imam Khalifah de Chicago représentent seulement deux exemples où les droits et les biens (dans le premier cas) ont été injustement confisqués. Très peu de musulmans, qu’ils soient représentants ou simples citoyens, ont pris leur défense.

Les éléments de preuve secrets sont maintenant un outil dont se servent les États-Unis contre la présomption d’innocence. Et c’est un fait, des musulmans sont emprisonnés actuellement aux États-Unis, en vertu des éléments de preuve secrets, dans ce pays même qui se considère comme un modèle en matière de droits humains. On les proclame coupables, jusqu’à preuve du contraire.

Des droits civils pour les musulmans, c’est aussi des droits pour tous.

Au bout du compte, ce sont les droits civils des musulmans qui sont menacés. Mais les droits civils des musulmans ne se limitent pas à eux seuls, ils concernent tous les humains; c’est la justice pour tous. En œuvrant à faire valoir les droits de Imam Jamil Al-Amin, non seulement les musulmans seront-ils sensibilisés à la souffrance des groupes minoritaires, par exemple, les Afro-américains, mais ils s’acquitteront de leur obligation de combattre pour faire triompher la justice. Nous, les musulmans, pouvons faire triompher la justice pour tous, une justice sans parti pris qui garantit non seulement par écrit, mais en pratique, qu’une personne est innocente jusqu’à preuve du contraire. Et ensuite, nous pourrons soutenir d’autres pays dans leur lutte pour instaurer des lois qui garantiront les droits civils et la justice.

À l’heure actuelle, les musulmans sont seuls dans leur lutte pour leurs droits civils. Comme l’un des avocats juifs d’une victime musulmane m’a dit récemment, les musulmans sont les nouveaux « nègres » d’Amérique. Ils doivent en payer le prix et montrer le chemin à d’autres de leurs concitoyens. Sinon les musulmans continueront d’être injustement accusés.

Imam Jamil, que puis-je faire pour vous?

Notre frère, Imam Jamil, est en difficulté. C’est un être humain, comme nous qui a besoin de notre aide. Il a besoin que nous combattions pour la justice, et pas seulement pour lui, mais pour le principe de présomption d’innocence.

Il demandait à moi et aux autres : « Que puis-je faire pour vous? » Maintenant c’est à notre tour de nous demander ce que nous pouvons faire pour lui et de lui offrir une réponse sous forme de soutien et d’action.

Abdul Malik Mujahid est président de Sound Vision et coordonnateur du groupe de travail américain sur le Kosovo.

Traduit par Suzanne Touchette

Site web de Imam Jamil Al-Amin

Dans un article paru chez “Le Devoir” et “La Presse” le 12 mai, Mme Djemila Benhabib s’en prend à la Fédération des femmes du Québec (FFQ) dont les membres ont voté contre l’interdiction du port des signes religieux ostentatoires par les employées de la fonction publique québécoise. Mme Benhabib y cite « l’alliance » entre la FFQ et certaines associations musulmanes locales, dont Présence musulmane Montréal (PMM).

Évidemment, Présence musulmane Montréal appuie la position prise par la FFQ. Cependant, les membres de Présence Musulmane Montréal présentes à l’assemblée spéciale de la FFQ s’y trouvaient à titre individuel. Elles étaient là aussi, et surtout, en tant que femmes, en tant que féministes et en tant que citoyennes québécoises dont l’avenir est indissociable de celui de la société. Accuser la FFQ, comme fait Mme Benhabib, d’une «compromission avec des mouvements politiques des plus rétrogrades…» relève de la fumisterie.

Ainsi traite-t-elle les membres de PMM présentes à Québec de « militantes islamistes ». De tels propos témoignent d’une grande ignorance quant au travail de PMM, qui œuvre sur le terrain social et politique québécois depuis plusieurs années maintenant. Tel qu’indiqué sur notre site (www.presencemusulmane.org), Présence musulmane Montréal est un collectif de musulmanes et musulmans qui promeut une citoyenneté participative nourrie d’une compréhension contextualisée de l’islam et d’une identité ouverte, tout en cultivant un vivre-ensemble harmonieux dans notre société. D’ailleurs, PMM s’est donné comme objectif prioritaire de susciter et de contribuer au dialogue, et de participer aux débats publics tout en prenant position sur les questions sociales et les problématiques touchant tant les Québécois de confession musulmane que la société québécoise dans son ensemble.

N’en déplaise à Mme Djamila Benhabib (« …seule la propagande des femmes islamistes dominait… »), les voix des femmes musulmanes, associées à PMM et autres, étaient peu nombreuses à s’exprimer lors de cette assemblée spéciale. La grande majorité des interventions en faveur de la proposition de la FFQ venaient des femmes québécoises dites « de souche » et non pas de musulmanes. Par ailleurs, comme elle le dit elle-même dans son article (« Sur ce chapitre, heureusement que trois femmes iraniennes ont rappelé le cauchemar que vivent leurs compatriotes depuis l’imposition du voile islamique par Khomeiny et sa révolution islamique en 1979. »), Mme Benhabib et plusieurs autres femmes qui s’opposent au port du foulard à la fonction publique ont pris la parole à de nombreuses reprises afin de faire valoir leur point de vue.

Mais où est le vrai débat? Mme Benhabib voudra peut-être détourner notre attention en évoquant le spectre de l’islamisme. En effet, accuser une personne ou un groupe d’ « islamisme » est devenue le moyen privilégié de taire tout débat : coupable! Ainsi, Mme Benhabib s’emploie à cacher son mépris pour les femmes et les associations membres qui étaient présentes le 9 mai à l’assemblée spéciale de la Fédération des femmes du Québec en insinuant qu’elles ont été « dupées » par les « islamistes ». Toutes les femmes qui ont voté en faveur de la proposition faite par le CA de la FFQ seraient-elles des auto-aliénées, privées du libre-arbitre et à la solde des dangereux extrémistes que sont les femmes musulmanes? Si la démarche n’était pas si insultante, elle serait totalement risible.

En effet, au lieu de reconnaître que la résolution adoptée par la FFQ est l’expression même de la liberté de conscience et de choix, des valeurs québécoises dont nous sommes tous et toutes si fiers, et un exercice profondément démocratique, Mme Benhabib s’en fait l’unique garante. Elle menace et insulte ainsi celles qui oeuvrent au nom de la réelle diversité, du respect et du vivre- et de l’agir- ensemble, du droit à l’emploi et à l’égalité devant la Loi.

La Fédération des femmes du Québec a tranché, ouvertement et démocratiquement. Elle n’a pas retenu l’alarmisme et les fausses représentations dont Mme Benhabib se fait le porte-parole autoproclamé. Le message est clair : c’est aux femmes elles-mêmes de se définir, de préciser les enjeux de leur combat pour la justice et l’égalité. Tout comme la FFQ vient de faire.

Source: Le Devoir et PMM

Alex Foxman de la soit-disant Anti-Defamation League (ADL) « Ligue antidiffamation » s’est attaqué à Bill Moyers pour la seule raison que ce dernier tentait d’œuvrer à l’instauration de lois morales pour tous au Moyen-Orient. Il fallait s’y attendre, bien sûr, mais la direction de l’ADL en rajoute en prétendant que George Mitchell est trop honnête pour servir de négociateur entre Israël et les Palestiniens.

Je crois comprendre qu’en dénonçant le choix que le président Obama a fait en nommant Mitchell comme négociateur pour le Moyen-Orient, Foxman révèle qu’il est davantage habitué à des médiateurs impartiaux tel Dennis Ross – qui, après avoir quitté l’administration Clinton est retourné au lobby pro-israélien – comme incarnation de l’institut de Washington pour la politique au Proche-Orient, d’où il venait. Ou bien Foxman comparait-il Mitchell à Alan Dershowitz, le célèbre propagandiste israélien? (J’ai déjà qualifié Dershowitz de serpent sur les ondes d’Al Manar TV, ce dernier a alors écrit un article dans le Jerusalem Post dans lequel il m’a traité d’antisémite. Ma seule faute a été de ne pas m’excuser auprès des serpents.)

Je suis désolé d’avoir à le dire, mais malgré l’admiration que je porte à George Mitchell pour ses nombreuses années de service à la population, il faudra plus que de l’honnêteté pour mettre fin à l’occupation de la Palestine par Israël et à la brutalité qu’elle entraîne.

Les pirouettes des différentes administrations qui se sont succédé au fil des années et qui ont toutes présenté de grandes mises en scène du « règlement » du conflit, n’ont rien fait d’autre que gaspiller l’encre des journaux et le temps d’antenne consacrés aux efforts de paix, comme si les médias étaient dupes de ce que des vendeurs de pétroles malhonnêtes comme Condelica Rice essayaient de faire avaler au public américain.

Quelqu’un au gouvernement aurait déjà dû comprendre que l’État d’Israël n’a aucune intention de céder la bande de Gaza à un éventuel État palestinien même si certains mettent en garde contre le cantonnement des Palestiniens dans un régime d’apartheid pour le reste du siècle si on n’en arrive pas à la « solution des deux États ». Les Israéliens n’ont certainement pas l’intention de permettre aux Palestiniens de les renverser dans un processus électoral; la seule solution reste un apartheid du genre sud-africain.

On connaît tous les raisons évoquées par les Israéliens qui les empêchent de signer la paix qu’ils disent tant désirer :

« Nous n’avons personne avec qui négocier. »

« Nous ne pouvons discuter avec les Palestiniens tant qu’ils ne reconnaissent pas le droit à l’existence d’un État israélien. »

« Ils doivent d’abord mettre fin à leurs attaques terroristes. »

« Nous avons fait la meilleure offre possible aux Palestiniens, mais ils l’ont refusée. »

Voilà un exemple seulement des excuses rabâchées et débitées servant à refuser toute entente. Il semble que très peu de gens se rendent compte de la supercherie bien qu’en fait elle ait été mise au grand jour depuis plusieurs années. Et alors que l’establishment continue de rêver à la paix, Israël continue d’engloutir les terres des Palestiniens, de les battre, de les jeter en prison et de les massacrer jour après jour.

Je suis profondément convaincu, ainsi que toute personne qui refuse de voir le conflit seulement à travers la lunette israélienne, qu’à moins qu’un président américain ne demande de façon claire aux Israéliens de chasser les colons de la bande de Gaza, il ne peut y avoir de paix. Seulement plus d’occupation, plus de brutalité, plus de violation des lois internationales et plus de massacres sanglants de civils comme celui dont nous venons d’être témoins à Gaza. À moins de cela, les Israéliens auront le contrôle absolu et les États-Unis se feront encore plus d’ennemis, et pas seulement au Moyen-Orient, mais partout dans le monde.

Le président Obama a récemment déclaré que s’il n’arrive pas à remettre l’économie sur ses rails au cours de son premier mandat, il ne sera pas reconduit pour un deuxième. Cependant, ce dont il n’a pas encore tenu compte, c’est du fait que l’occupation palestinienne déclenche la colère des terroristes contre les intérêts américains partout sur la planète.

Obama fait face au choix suivant : Ou bien il se met à dos le lobby du Likud en lui demandant le retrait des colons de la bande de Gaza, ou bien il continue de lui fournir le généreux financement nécessaire au maintien de l’occupation israélienne contre les Palestiniens.

Que croyez-vous qu’il fera? Nous devrions déjà avoir appris que les États-Unis ne peuvent plus se permettre d’écouter les Abe Foxman et les Alan Dershowitzes de ce monde. Comme nation, nous n’avons plus d’argent, nous sommes à court d’idées et incapables de mettre un frein à la corruption morale et financière de Washington DC, laquelle englobe celle venue du lobby du Likud. La conséquence : les riches sont de plus en plus riches et la classe moyenne de plus en plus désespérée; elle cherche des emplois qui n’existent plus et des maisons qu’elle ne peut plus se permettre.

Des personnes comme George W. Bush et Dick Cheney ont provoqué l’effondrement de notre monde, et ils sont ensuite partis dans le soleil couchant, heureux de savoir qu’ils ont enrichi leurs riches amis grâce aux guerres qu’ils ont déclenchées.

Les fluctuations du prix du pétrole et le déferlement des dépenses militaires causé par les conflits au Moyen-Orient – tout cela payé par les gens de ce pays – ont amassé des fortunes pour leurs petits copains. Malheureusement, nous n’en avons pas fini de payer, en termes de vies humaines et de dollars, pour les enfantillages des huit dernières années de M. Bush.

Pendant encore longtemps, nous récolterons la haine et la violence causées par ces guerres, en plus de souffrir au plan économique à cause de leur politique d’avarice et de corruption. Et nous n’avons pas encore pris la mesure des misères, de la pauvreté et de la corruption que ces deux héros ont engendrées avec la guerre contre l’Iraq.

Soutenu par la lâcheté de notre président et par celle du Congrès, Israël a les coudées franches pour continuer son occupation. La brutalité est une conséquence inévitable d’une occupation nécessaire afin de garder la terre qu’il a volée des Palestiniens. Nous avons un besoin urgent de changement; nous espérons et prions afin que M. Obama ait le courage de le provoquer. Un tel engagement est absolument nécessaire, sinon, nous pouvons dire adieu à tout espoir de civilisation.

James G. Abourezk est un ancien sénateur américain (D-SD) et le fondateur du American-Arab Anti-Discrimination Committee (le comité anti-discrimination américain-arabe). Il pratique actuellement le droit à Sioux Falls au Sud-Dakota.

Traduit par Suzanne Touchette

Le pouvoir du courage fut l’un des sujets à l’ordre du jour de l’atelier intensif organisé récemment à Paris par le réseau Présence musulmane en vue d’amorcer une réflexion sur le dernier livre de Tariq Ramadan : Islam, la réforme radicale, éthique et libération.

Nous avions la chance de profiter de la présence de l’auteur qui nous a expliqué d’entrée de jeu qu’on ne pourra conduire à terme le processus de réforme qu’en se mettant en rapport avec le monde. C’est de cette façon que la réforme trouvera son sens et que nous pourrons répondre ultimement à l’appel de notre Créateur. Le concept de « réforme » ne devrait donc pas être étranger aux musulmans.

L’ouvrage du Tariq Ramadan souligne deux importants problèmes du monde musulman qui entravent tout effort de réforme.

Le premier problème en est un de leadership. Il est rare de voir les savants musulmans débattre ensemble d’un enjeu ou mener une réforme. Ils se satisfont plutôt de discussions dans leur cercle fermé. Plutôt que d’être au service de la communauté, ils en sont les bénéficiaires.

Le deuxième défi vient de ce que les musulmans ne prennent pas leurs responsabilités. N’ayant pas une vision claire de leur avenir, ils ne peuvent ni se réformer, ni réformer leur société; ils ne font que s’adapter et réagir aux événements à mesure qu’ils surviennent. Récepteurs passifs de l’information, ils sont en admiration devant les savants, souvent pour leur seul charisme ou l’émotion qu’ils suscitent dans une foule.

En soulevant ces problèmes, l’occasion était propice pour lancer un appel audacieux aux communautés musulmanes : « Demandez des comptes aux savants et mettez-les au défi de tester le pouvoir du courage. » C’est-à-dire, faites-leur comprendre qu’ils ont besoin de nouveaux outils pour alimenter leur réflexion, pour faire face aux problèmes actuels, pour être à l’écoute de leur communauté et pour faire preuve de créativité dans la recherche de solutions.

À ces propositions, certains groupes répondent : « Sommes-nous prêts? » Cette question est potentiellement dangereuse, parce qu’elle cherche à court-circuiter le processus de la pensée critique dont la réforme a un pressant besoin. L’atmosphère de certaines de nos communautés est devenue tellement bizarre que le simple fait de questionner est perçu comme de l’hérésie.

La Réforme va encore plus loin en affirmant que « cette absence de débat critique serein est un des maux qui paralysent la pensée islamique contemporaine. » Par exemple, lorsque Tariq Ramadan a lancé l’Appel international à un moratoire sur les châtiments corporels, la lapidation et la peine de mort dans le monde musulman, plusieurs savants étaient d’accord, mais un seul d’entre eux a eu le courage de l’exprimer publiquement; la majorité croyait que la communauté n’était pas prête.

La participation à ce séminaire m’a fait comprendre que la pensée critique est essentielle à une réforme personnelle et qu’elle participe aux valeurs et décisions de individu. Les gens ayant une pensée critique posent des questions, ils avancent des réponses qui remettent en question le statu quo, ils questionnent les croyances fondées sur la tradition et ils mettent à l’épreuve les doctrines reçues.

D’après Joel Westheimer de la Chaire de recherche du Canada en éducation et en démocratie de l’Université d’Ottawa, la pensée critique c’est « chercher l’origine d’un problème dans la société et réfléchir à des moyens de le solutionner ». Toutefois, des recherches montrent que cette pensée critique ne fait pas seulement défaut dans la communauté musulmane, mais dans toute la société.

La plupart des universités n’arrivent pas à nourrir la pensée critique. Par exemple, une étude échelonnée sur trois ans et menée auprès de 68 collèges de la Californie, autant publics que privés a révélé que bien qu’une importante majorité (89 %) pense que la pensée critique constitue l’objectif premier de leur éducation, seulement une petite minorité (19 %) pouvait en donner une définition claire.

Une recherche des origines de la pensée critique nous amènera inévitablement à notre Créateur et Maître qui nous y invite. En effet, le Coran exhorte constamment les humains à penser, à méditer, à réfléchir et à questionner les signes de l’univers et les merveilles de leur propre création.

« C’est ainsi que Dieu vous expose clairement ses versets, peut-être comprendrez-vous. »(2 : 242).

« Certes dans tout cela il y a des signes pour des gens qui méditent. » (13 : 3).

J’ai récemment été témoin de la façon dont des musulmans ont tenté de solutionner un problème en faisant preuve d’esprit critique tout en offrant le pouvoir du courage à l’autorité en place.

Au moment de lancer le processus devant mener au choix du nouvel imam pour la mosquée principale d’Ottawa, des jeunes voulaient faire en sorte que le candidat choisi serait natif du pays et qu’il pourrait comprendre le texte et le contexte. Frustrés, les jeunes ont avoué avoir tenté plusieurs fois d’engager le dialogue avec le conseil d’administration de la mosquée. N’ayant pas réussi, ils ont lancé en ligne une pétition qui a recueilli des centaines de signatures.

Malgré tout cela, la mosquée a ignoré la suggestion faite par les jeunes et elle a fait venir d’Égypte un imam âgé de 37 ans pour occuper le poste. Les jeunes étaient tellement frustrés par cette décision qu’ils ont envoyé au Ottawa Citizen un courriel intitulé « Un appel de détresse par une voix ignorée : les jeunes musulmans d’Ottawa. »

Il est déplorable que ce débat ait eu à se retrouver dans les médias pour que les représentants de la mosquée lui portent attention; l’imam se trouve maintenant dans une situation très délicate.

Ceci n’est qu’un cas parmi tant d’autres qui illustre que le chemin de la réforme sera un processus long et ardu qui exigera un engagement personnel ainsi que le pouvoir du courage de la part, à la fois, des savants et des communautés qu’ils desservent.

Traduit par Suzanne Touchette

Que dire encore sur Gaza ? Le Monde diplomatique de ce mois publie six pages sur cette guerre qui a quitté la Une de l’actualité. Le cessez-le-feu tarde à se mettre en place, et la situation sur le terrain, c’est-à-dire le sort des Palestiniens de Gaza, est terrible. L’association Oxfam-France vient de lancer une campagne en ligne pour le respect du droit international et pour la levée du blocus israélien à Gaza.

Gaza, un pavé dans la mer (La boîte à bulles, 317 pages, 24 euros) : le premier livre sur la guerre de Gaza vient de sortir et il n’est sans doute pas étonnant qu’il soit composé à moitié par des auteurs de bande dessinée qui se sont mobilisés et qui ont dessiné leur vision de cette guerre. Car cet ouvrage collectif est coordonné par Maximilien Le Roy, lui-même auteur de bande dessinée de 23 ans qui écrit dans l’introduction : « Je pourrais écrire ici, par avance, toutes les critiques prévisibles que déclenchera cette initiative, mais je préfère laisser la place à l’expression plus éclairée de ceux qui ont accepté de jeter avec moi ce pavé dans la mare : ces artistes européens, ces esprits libres israéliens pour qui mon respect est inconditionnel, ces intellectuels qui résistent à toutes les fourches caudines et, surtout, ces habitants de Gaza qui témoignent de leur quotidien. Du quotidien brut, rugueux. Du réel, en somme. Rien que du réel. »

Je signale l’excellente réponse de Cédric Baylock, « Gaza, le critique et la critique » (parue sur le site Oumma.com, le 17 février), à la tribune de Pierre Jourde, « Le Juif, coupable universel », parue dans Le Monde du 22 janvier. « Autant le Jourde et Naulleau (Mots et Cie, 2004, sorte d’anti-Lagarde et Michard dans lequel ils flinguent les auteurs à succès) nous a fait beaucoup rire, autant les variations géopolitiques de ce spécialiste des troubles gastriques de la littérature française (La littérature sans estomac, Pocket, 2002, autre ouvrage à succès…) a de quoi nouer l’estomac. C’est peut être la première fois dans l’histoire de la critique littéraire que l’on voit l’une de ses gâchettes singer l’un de ceux qu’il descend. BHL en l’occurrence. Car de la première à la dernière ligne, cette tribune aurait pu être écrite par le philosophe médiatique. Hormis les passages les plus pertinents, que nous commentons également ci-après. »

Sur le même site, un article de Vincent Geisser du 18 février, « Le complexe du Goy. Ces “amis” français d’Israël qui flirtent avec l’antisémitisme » : « Contrairement à une idée reçue, le premier soutien d’Israël en France procède moins de l’action d’un quelconque “lobby” mais d’abord de la lâcheté et de l’hypocrisie de nombreux leaders d’opinion qui fantasment la puissance de la communauté juive. Leur relation à Israël se greffe moins sur un amour sincère pour l’Etat hébreu que sur une représentation ethnicisante de la communauté juive qui flirte parfois avec l’antisémitisme et débouche sur une posture politique : “Je suis avec Eux pour ne pas avoir d’ennuis”. Le problème est que ce “Eux” tend à la fois à essentialiser l’appartenance au judaïsme, à particulariser le rapport des juifs de France à l’identité nationale (ils seraient des Français pas tout à fait comme les autres) et à assimiler, sur un mode simpliste, identité juive/Etat d’Israël. »

Ceci n’est d’ailleurs pas nouveau. Lord Balfour lui-même, le signataire de la fameuse promesse du 2 novembre – qui « envisage favorablement l’établissement d’un foyer national juif en Palestine » –, avait été le promoteur en 1905 d’un projet de loi sur la limitation de l’immigration juive en Grande-Bretagne, qui visait avant tout les juifs de Russie. Et Mark Spikes, le négociateur britannique des accords avec la France (accords Sykes-Picot de 1916) partageant le Proche-Orient, écrivait à un dirigeant arabe : « Croyez-moi, car je suis sincère lorsque je vous dis que cette race (les juifs) vile et faible est hégémonique dans le monde entier et qu’on ne peut la vaincre. Des juifs siègent dans chaque gouvernement, dans chaque banque, dans chaque entreprise. » (Cité dans Israël-Palestine, vérités sur un conflit, Fayard, 2007, p. 59.)

« En somme, dit encore Vincent Geisser, cette forme de soutien “très franchouillard” à Israël conduit à faire des juifs de France une “tribu” au sein de la Nation française, et renoue indirectement avec les vieux thèmes antisémites du siècle dernier. Du coup, loin de normaliser l’Etat d’Israël en le considérant comme un “Etat comme les autres” – soumis aux mêmes règles du droit international que les Etats souverains – ce type de soutien verse dans une relation malsaine qui consiste à faire de l’Etat hébreu une sorte de “monstre géopolitique”, que l’on s’interdit surtout de critiquer. Pire, elle en vient à assimiler totalement identité juive et nationalité israélienne, en venant à accréditer l’idée que les juifs de France formeraient une sorte de “tribu d’Israël” au sein même de la Nation française. »

Sur l’avenir, deux pistes se dégagent : celle de l’inculpation pour crimes de guerre de dirigeants israéliens (nous reviendrons au mois de mars sur cette question dans Le Monde diplomatique) ; les campagnes de désinvestissement et de boycott. Ainsi, dans ce communiqué du 14 février : « Hampshire College devient la première université aux Etats-Unis à retirer ses investissements de l’occupation israélienne en Palestine ! » (Students for Justice in Palestine). Signalons aussi la sanction suédoise concernant Veolia et sa participation à la construction du tramway de Jérusalem.

Enfin, Ivan du Roy, sur le site Bastamag.net, publie un article sur « ces entreprises françaises qui profitent de la colonisation israélienne » (11 février). « Trois multinationales et une PME hexagonales sont impliquées économiquement de la colonisation de la Cisjordanie par Israël. La banque franco-belge Dexia finance plusieurs colonies. Alstom et Veolia comptent transporter leurs habitants à travers Jérusalem. La PME Manitou participe à la construction du mur de séparation. Toutes font du business en totale violation du droit international. »

 

Source : Les blogs du diplo
http://blog.mondediplo.net/…

gitmo_torture1Cher Omar,

Lors d’une entrevue, Michelle Obama racontait qu’à l’occasion de leur première rencontre, Barak Obama l’a amenée voir le film de Spike Lee : Do the Right Thing (Fais ce qui est juste).

C’est un film qui illustre la façon dont la société réagit face à ceux qu’on opprime et qu’on marginalise.

C’est à ça que je pensais pendant la prière de l’inauguration dans laquelle la révérende Sharon E. Watkins exhortait le président « …nous, la nation que vous servez, avons besoin que vous restiez attaché à vos valeurs les plus profondes, à nos valeurs les plus profondes. Au-delà de ce moment porteur de grandes attentes, nous avons besoin, pour continuer à espérer, que vous gardiez le cap sur nos espoirs communs. »

Sa prière a sans doute été entendue. En effet, le deuxième jour de sa présidence, le président Obama mettait en vigueur le décret qui met fin à toutes les procédures légales et à la fermeture définitive de Guantanamo.

Moi aussi j’ai prié pour toi quand tes séances d’interrogation, enregistrées par les responsables canadiens, ont été diffusées partout au Canada et dans le reste du monde.

Je ressentais ta douleur quand tu appelais ta mère « Ya ummi, ya ummi. » Si seulement j’avais pu faire quelque chose pour soulager tes souffrances.

J’ai pensé à toi pendant la lecture du poème Poems from Guantanamo, the Detainees Speak (Poèmes de Guantanamo, les détenus parlent).

C’est une collection de poèmes qui donne voix aux hommes détenus à Guantanamo. J’essayais d’imaginer ces figures d’humanité seules et isolées, tentant de communiquer entre elles.

Et maintenant, je m’adresse à toi. Tu en as enduré tellement pendant ces dernières années. La guérison risque d’être longue avant que tu puisses sentir que tu es un être humain normal à nouveau.

Je pense aux nombreux citoyens de toutes religions, cultures et origines confondues qui s’unissent pour réclamer justice en ton mon et pour te soutenir de toutes les façons possibles. Ils ont manifesté dans les rues, écrit des articles et des lettres, signé des pétitions, accordé des entrevues, et ils ont défendu ta cause en priant et en étant solidaires.

Que pourrais-je ajouter à ce tollé de protestation? Simplement un murmure porteur d’humanité et d’espoir.

Pas d’espoir en notre gouvernement , la dernière démocratie du monde occidental qui a encore un de ses citoyens à la prison de Guantanamo. Pas d’espoir envers ceux qui sont responsables de ta détention.

Mais plutôt l’espoir dans les mots qui ont résonné dans ce fort vent de janvier à Washington, mots que des millions de par le monde ont vu prononcés : « Le temps est venu de réaffirmer la force de notre caractère, de choisir la meilleure part de notre histoire, de porter ce précieux don, cette noble idée transmise de génération en génération : la promesse de Dieu que nous sommes tous égaux, tous libres et que nous méritons tous la chance de prétendre à une pleine mesure de bonheur ».

Et ce discours, cher Omar, énonce des mots de grande valeur qui j’espère nous aiguillonnerons vers le « stimulant » nécessaire pour faire ce qui est juste pour toi.

Shelina Merani est activiste, artiste et membre du réseau Présence musulmane.

Cette article est traduit par Suzanne Touchette de l’anglais

3159002395_4147d5d525Entretiens avec Michael Warschawski, 12 janvier 2009, Le Monde

Dans un pays plongé dans la bêtise guerrière et tout entier tendu vers la politique des bombes, Michael Warschawski fait figure de salutaire exception. Militant anti-sioniste de toujours, l’homme n’a de cesse de dénoncer l’horreur des bombardements sur Gaza et d’exiger qu’Israël laisse une chance à la paix. Une voix précieuse, qui a gentiment accepté de répondre à quelques questions. Entretien.

Depuis le début des bombardements, il se démène. Multiplie les articles, les interviews et les témoignages pour alerter, dire l’horreur et appeler à un sursaut. Pour montrer – aussi – qu’il existe encore des voix israéliennes pour dénoncer la politique des bombes et du massacre des civils. Il sauve l’honneur autant qu’il sauvegarde l’espoir, celui d’un avenir pas forcément cantonné au bruit du canon et au son des armes automatiques.

Cela fait quarante ans qu’il en est ainsi, que Michael Warschawski a choisi le camp des Justes. En 1967, alors qu’il suivait des études talmudiques à Jérusalem, ce jeune homme né à Strasbourg a rejoint le mouvement trotskiste antisioniste Matzpen, alors le seul groupuscule israélien à s’opposer à l’occupation de la Cisjordanie. Après avoir participé en 1982 à la fondation de Yesh Gvul, un mouvement d’officiers de réserve et de soldats contre la guerre au Liban, il a créé deux ans plus tard le Centre d’information alternative (AIC), qui rassemble plusieurs mouvements pacifistes israéliens et organisations palestiniennes. Son ambition ? « ’Informer les Palestiniens sur ce qui se passe en Israël et les Israéliens sur ce qui se passe dans les Territoires palestiniens », explique t-il. Un engagement qu’il payera au prix fort :

« En 1988, après avoir co-organisé les premières manifestations israélo-palestiniennes en commémoration des massacres des camps palestiniens de Sabra et Chatila au Liban, Michael Warschawski est arrêté par le Shin Beth (services secrets israéliens). On accuse ce père de trois enfants d’avoir collaboré avec l’ennemi pour avoir publié une brochure qui expliquait aux Palestiniens comment résister à la torture et leur indiquait dans quels pièges ne pas tomber pendant leurs interrogatoires », résume François Xavier en un beau portrait.

“Durant les quatre ans du retentissant procès qui suivra, l’accusation ira jusqu’à le considérer comme un ’cerveau’ de l’Intifada. Sa condamnation – 30 mois de prison dont 10 avec sursis, réduits à un semestre ferme en appel – marquera son triomphe. Car entretemps le tabou de la question de l’auto-détermination palestinienne et de la reconnaissance de l’OLP aura été brisé avec la montée en puissance du mouvement Shalom Akshav (La paix maintenant).”

Si le mouvement pacifiste israélien n’est plus aujourd’hui que l’ombre de lui-même, effondré après l’échec de Camp David, Michael Warschawski n’a par contre rien perdu de sa combativité. Et l’auteur de Programmer le désastre, la politique israélienne à l’œuvre, livre paru aux éditions La Fabrique et dans lequel il se livre à un “démontage en règle des mystifications sur le Proche-Orient, fabriquées et / ou entretenues par les médias internationaux”, clame depuis le début des bombardements sur Gaza son indignation et son horreur. Avec gentillesse, cette voix précieuse et juste a accepté de répondre à quelques questions pour Article11.

Vous êtes l’une des rares voix israéliennes à s’élever pour dénoncer la folie de cette guerre. Ces courageuses et salutaires prises de position vous exposent-elles à des rétorsions ?

Non. Les citoyens juifs d’Israël jouissent d’une liberté d’expression et de manifestation réelle, et ne subissent pas de répression policière pour leurs opinions, aussi radicales soient-elles. Cela n’a pas toujours été le cas, comme l’a montre l’affaire du Centre d’information alternative en 1987 et mon incarcération en 1990. Par contre, en temps de crise, ces libertés publiques n’existent plus pour les citoyens arabes d’Israël : la répression policière contre les manifestations arabes, ces deux dernières semaines, a été particulièrement sévère, alors que les Juifs ont, en règle générale pu manifester librement.

Israël a la puissance militaire, mais semble par contre avoir perdu la guerre de l’image. C’est votre sentiment ?

Tout à fait. Avec les nouveaux moyens de communication, la censure ne peut plus empêcher de montrer les horreurs provoquées par Israël, et dès lors qu’on peut les voir, la propagande israélienne n’a plus d’effet, sauf auprès de ceux qui sont de toute façon biaisés en faveur d’Israël.

La désapprobation quasi mondiale qui ne cesse de monter autour des bombardements israéliens peut-elle avoir une quelconque influence sur la poursuite de ces derniers ?

Israël reste extrêmement dépendante de l’opinion publique internationale et de l’impact qu’elle a sur la communauté internationale. Les grandes manifestations de solidarité avec le peuple palestinien dans le monde entier ont fait bouger les politiques et, même si les amis d’Israël, en particulier Sarkozy-Kouchner, lui ont permis de gagner du temps, les Etats, l’Europe et les Nations-Unis font maintenant peser des pressions qui vont obliger Israël a signer un cessez-le-feu.

Justement : êtes-vous déçu par l’impuissance européenne et par celle de l’ONU ?

Il ne s’agit pas d’impuissance, mais de manque de volonté politique, voire, dans une large mesure pour certains Etats, de collusion avec Israël, comme pour l’Egypte et la France.

Que vous inspirent les positions des pseudo-intellectuels français, ces Bernard-Henri Levy ou André Gluscksmann qui se poussent du coude pour soutenir les frappes ?

Des personnages comme Glucksman et BHL ne m’ont jamais inspiré. Il s’agit d’un phénomène très français, celui des producteurs médiatisés. Je dis producteurs et non « intellectuels », car s’ils produisent abondamment des mots, ils n’ont pas créé une seule idée nouvelle ou originale, copiant tout au plus et avec dix ans de retards les idéologues néo-conservateurs américains. De plus un intellectuel digne de ce nom – et il fut un temps où il y en avait de grands en France – est toujours un dissident et un combattant, pas un idéologue de l’ordre en place. Médiatises, car ce n’est pas dans le monde intellectuel ou universitaire qu’ils brillent mais dans les paillettes des talk-shows.

Qui a entendu parler de BHL dans une université américaine ou asiatique ?

Ces chiens de garde de l’ordre n’ont jamais créé une seule idée intéressante et originale. Et face au carnage actuel, il ne font qu’aboyer avec les loups et chanter les partitions des fanfares militaires, avec moins de talents que les Oz et Yehoshua qui, chez nous, sont leurs modèles.

Comment réagit la société israélienne ? Y a t-il un mouvement pour dénoncer les frappes, une prise de conscience de l’horreur de la situation ?

Il y a un soutien populaire large a la politique gouvernementale (85% de la population juive d’Israël). Le mouvement d’opposition a la politique de guerre du gouvernement est très minoritaire, mais son action et sa voix sont visibles, en particulier a travers les médias.

Comme Eric Hazan, vous défendiez l’idée d’un Etat unique où coexisteraient pacifiquement Israéliens et Palestiniens. Y croyez-vous encore, après ce déluge de feu ?

L’Etat démocratique ou bi-national n’est pas une solution politique a court terme, mais d’abord et avant tout une vision de ce de quoi l’avenir devrait être fait, basé sur une égalité complète au niveau individuel (citoyenneté) et au niveau des collectifs identitaires qui font la réalité sociale de la Palestine, prise comme entité géographique. A priori, il ne s’opposait pas a une solution politique dans le temps court qui serait fondée sur une partition entre deux Etats.

Ceci dit, si le compromis fait de deux Etats coexistant l’un à cote de l’autre ne se réalise pas dans ce temps court, soit d’ici une demi-douzaine d’années, cette option perdrait toute possibilité concrète d’advenir, et la seule option réaliste serait un seul Etat. Mais cela signifierait l’échec d’une solution dans le temps court, et la perspective d’une solution dans deux générations ou plus encore. La vraie question est donc celle du temps : solution à relativement court terme ou poursuite du conflit pour encore longtemps.

Comment ne pas baisser les bras quand on a lutté pendant 40 ans pour des idées sans cesse battues en brèche, et aujourd’hui littéralement pulvérisées ? Qu’est-ce qui vous donne la force de vous battre encore pour la paix et l’honneur ?

Mes petits enfants. Si nous laissons les brèches de la coexistence se refermer, ils n’ont aucun avenir dans cette région du monde. Ils seront a leur tour des réfugiés et je me sens devoir impérativement tout faire pour que cela n’arrive pas.

Comment croire qu’un Etat qui déshumanise ainsi un peuple qu’il s’est décidé à détruire puisse encore avoir un avenir ?

Comme je viens de le dire, il n’y aura pas d’avenir pour la communauté juive-israélienne si elle ne rompt pas avec le colonialisme, et comme mentalité et comme projet politique

Dans Politis le 8 janvier, Bernard Langlois replaçait ces bombardements israéliens dans la logique de l’après 11 septembre et de la doctrine néo-conservatrice, écrivant notamment : « Les zélotes d’Israël, là-bas ou ici, ne cessent de nous le rappeler : la vaillante armée de l’État hébreu ne se bat pas seulement pour sauver la patrie en danger, elle est aussi la première ligne de défense de l’Occident et de ses valeurs contre le terrorisme et la barbarie. »

Est-ce selon vous la meilleure grille d’analyse pour expliquer la conduite d’Israël ?

Je suis entièrement d’accord avec analyse de Bernard Langlois : le cadre de la guerre israélienne est celui de la guerre globale contre les barbares (assimilés aujourd’hui a la civilisation musulmane) et son idéologie celle du choc des civilisations.

Puisque le Hamas n’est qu’un prétexte aux bombardements, quel est l’objectif réel de l’intervention ? Quelles issues et échéances voyez-vous à cette attaque ?

On a beau chercher dans les déclarations des dirigeants israéliens, on n’entend pas de réponse à la question : quel est l’objectif de la guerre ? En fait, il s’agit d’un mélange, fait de guerre punitive (vous avez choisi le Hamas, vous allez le payer), de volonté d’affaiblir au maximum le Hamas (tout en sachant que le succès sera limité), de tenter d’imposer le contrôle d’Abbas sur la Bande de Gaza (ce qui serait la fin définitive de ce qui lui reste de légitimité populaire) et du plus profond de l’inconscient, de punir l’ensemble des Palestiniens du seul fait qu’ils continuent à exister.

En 2005, vous avez expliqué « aimer Israël comme on aime l’enfant d’un viol ». En est-il toujours de même ?

Comme on aime son fils ou son frère qui est a la fois l’enfant d’un viol et un voyou brutal et extrêmement dangereux pour l’environnement et pour lui-même. Vient un moment ou il faut l’arrêter, le traduire devant les tribunaux et le punir.

2247347097_2d4d4927e5Par Tariq Ramadan

Il est surprenant, et au fond révoltant, de voir combien, quand il s’agit des Palestiniens, nous manquons de mémoire et de mises en perspective. Alors que la conscience juive appelle, avec juste raison, tous les pouvoirs et tous les citoyens du monde à un constant travail de mémoire pour ne pas oublier les atrocités, les massacres et les génocides du passé, voilà que nous sommes invités à des évaluations instantanées et sans perspectives quand il s’agit de la politique de l’Etat d’Israël.

Ainsi, nous aurions affaire à deux belligérants de puissance égale et après six mois de trêve, un des deux acteurs du conflit (les Palestiniens) aurait donc rompu la trêve en lançant des rockets. L’agressé (Israël) n’aurait eu d’autre choix que de se défendre. C’est ce que vend au monde le pouvoir israélien et que relaient la majorité des médias occidentaux, soutenus par l’administration Bush et de nombreux gouvernements d’Europe. Les plus courageux osent à peine relever, avec maintes réserves de circonstance, une disproportion dans la « réaction israélienne ». Quel courage !

Quels mensonges surtout ! Cela fait des décennies – et bien avant l’arrivée au pouvoir de Hamas – que les Palestiniens voient leur dignité bafouée et leurs droits légitimes niés. Des accords de « paix » d’Oslo aux différentes négociations (et parfois compromissions), des multiples promesses aux mises en scène de retraits « médiatiques », les représentants palestiniens n’ont rien obtenu pour leur peuple. Le gouvernement israélien, de gauche comme de droite, gagne du temps, ment, exécute sommairement des opposants, compte pour rien, ou presque, les morts civils palestiniens (autant de dommages collatéraux à la sécurité d’Israël) alors qu’il continue à autoriser les colonies de peuplement et à pousser toujours plus loin sa politique du fait accompli.

De nombreux experts, dont le rapporteur spécial des Nations Unies pour les Droits de l’Homme, Richard Falk, affirment que la politique israélienne ne respecte pas les conventions de Genève, et qu’elle est en train, dans les faits, de rendre impossible la solution des deux Etats.

Le gouvernement israélien a décidé la construction d’un mur qui enferme la population de Cisjordanie (en se moquant des décisions de l’Assemblée des Nations Unies) et a soumis la population de Gaza à un siège et à un embargo qui ont entraîné une situation de famine, une pénurie de médicaments et de soins, un chômage massif et un quotidien misérable et sans espérance. Les associations humanitaires, venues du monde entier, se sont vues empêchées de travailler, de pourvoir aux besoins et de faire parvenir du matériel et des vivres. En sus, il faut rappeler que la trêve du 19 juin au 19 décembre 2008 était soumise à des conditions : la levée du siège et de l’embargo de Gaza et l’ouverture partielle de la frontière avec l’Egypte.

Aucune condition n’a été respectée par Israël (et l’Egypte) et la population palestinienne a été livrée à un traitement inhumain depuis des années, des mois et des semaines. Il faudrait oublier ces réalités et voir justifiés les massacres de ces derniers jours !? Les Palestiniens seraient responsables de leur sort parce que des rockets ont été envoyées depuis Gaza !? S’ajoutent aux absences de mémoire coupable, une perte du sens des proportions : le nombre de victimes israéliennes est à multiplier par cent, deux cents, trois cents en rapport aux civils palestiniens tués par les décisions officielles du gouvernement israélien.

Ce dernier se moque des institutions et de la soi disant « communauté » internationales. Ce qui compte, désormais, c’est de s’assurer du soutien unilatéral des Etats-Unis et du silence complice des gouvernements européens. Un travail efficace de communication et de relais médiatiques (avec une dose de désinformation caractérisée) suffisent, par ailleurs, au gouvernement israélien pour gagner du temps et soumettre une population d’un million et demi d’âmes à un siège inhumain puis à un massacre insupportable.

Nous sommes tous réduits à l’état de spectateurs que la « neutralité » devrait sauver de la mauvaise conscience. D’autant que le cynisme est à son comble lorsque l’on sait que la mort des centaines de civils palestiniens est aussi liée aux calculs politiciens des leaders israéliens soucieux de montrer leur force et leur détermination avant les prochaines élections. La déroute libanaise en août 2006 devait être rectifiée : qu’importe la vie des innocents, des enfants et des femmes palestiniens, puisque ce qui compte c’est de mobiliser les votants et gagner les élections. Opération réussie s’il en faut : 80% des Israéliens soutiennent les opérations meurtrières à Gaza. Effrayant !

Peut-on encore espérer quelque chose de la « communauté internationale » des Etats et des gouvernements lorsque l’on observe comment ceux-ci réagissent en Orient comme en Occident. Le silence complice, l’hypocrisie, l’attentisme, voire le mépris pour la vie des Palestiniens que d’aucuns aimeraient voir disparaître en Jordanie, au Liban ou dans n’importe quels camps de réfugiés « temporairement définitifs ».

Il est l’heure d’engager un mouvement international, global, de résistance non violente à la politique violente, et extrémiste, de l’Etat d’Israël. Il importe de mobiliser l’opinion publique en diffusant une information rigoureuse et permanente sur la situation de la population palestinienne, en multipliant les articles, les conférences et les manifestations de soutien au peuple palestinien tout en développant une meilleure synergie entre les efforts et les activités qui sont déjà menés par de nombreuses organisations à travers le monde. Les Palestiniens, nous le savons, ne céderont pas et continuerons à défendre leurs droits légitimes sur le terrain et il importe que, à travers le monde, nous soutenions de façon déterminée et pacifique leur résistance.

Israël, contrairement aux apparences et à sa phénoménale puissance militaire, n’a de loin pas gagné ce conflit et sa société est traversée par des crises multiples et profondes. Il est urgent que l’Etat et la population d’Israël comprennent qu’il n’y a pour eux aucun avenir de sécurité, et simplement de survie, sans la reconnaissance des droits et de la dignité des Palestiniens. Gagner du temps, s’aveugler, s’enfermer dans des opérations invraisemblables et d’horribles massacres ne garantit pas la victoire. Au contraire.

Nos remerciements