MPO

L’impartialité n’existe pas, certes. Mais qu’en est-il lorsqu’il s’agit d’étudier la discrimination raciale, de prendre une position diplomatique vis-à-vis d’un conflit ou de rapporter des faits dans un pays comme le Canada ? En observant la couverture médiatique nationale ainsi que les postures politiques du gouvernement en place, comment le Canada se positionne-t-il plus particulièrement par rapport au conflit israélo-palestinien ?

Il y a des coïncidences qui éveillent l’attention au point qu’au doute se substitue parfois le savoir motivé d’une certitude. Bien que les événements se suivent mais ne se ressemblent pas, il reste que la perception qu’on en donne et le relai qu’on en fait les éclairent tous ou presque par le même côté. Considérons pour exemples les nouvelles suivantes.

Un rapport vient d’être récemment publié par l’Association d’études canadiennes (AEC) sur la base d’un sondage sur les relations intergroupes et les perceptions canadiennes sur les différentes minorités ethniques et religieuses du pays. Selon Jack Jedwab, son directeur général, « parmi les groupes […] sélectionnés, ce sont les musulmans que les Canadiens perçoivent le plus négativement, suivis par les athées et les Autochtones ». La conclusion de l’étude étant que « ce sont les relations entre les musulmans et les non-musulmans, et les relations entre les autochtones et les non-autochtones qui se démarquent comme étant nos principales préoccupations du 21e siècle ».

L’organisme Canadiens pour la justice et la paix au Moyen Orient (CJPMO), quant à lui, a non seulement relayé l’information, mais il a également souligné dans un communiqué de presse publié le même jour qu’« [e]n 2009 et 2010, le gouvernement a financé pour un montant de 450 000 $ une étude sur l’antisémitisme menée par la Coalition parlementaire canadienne de lutte contre l’antisémitisme (CPCCA) », ajoutant qu’« [o]n ne connaît pas exactement les raisons pour lesquelles le gouvernement a priorisé l’antisémitisme qui ne constitue pas un problème au Canada, et omis de commander des études similaires sur d’autres formes de discrimination ».

Au même moment où l’on relaie ces analyses, les officiels du gouvernement conservateur sont en émoi suite au tweet de Linda Sobeh Ali, la représentante de l’autorité palestinienne à Ottawa, qui aurait diffusé la vidéo de la récitation émouvante, par une jeune palestinienne, d’un poème intitulé « Je suis palestinien ». Dans la dernière partie du poème, la traduction anglaise nous parle d’une guerre menée « contre l’âme du sionisme » que les vigiles de Stephen Harper se sont précipités à interpréter comme une « offense antisémite » puisqu’étant, selon leur reformulation, un appel à « la destruction des juifs ». En fin de compte, le résultat demeure le même : on punit la diplomate en la bannissant du Canada, que ce soit en continuant d’ignorer le véritable mot prononcé dans le poème ou en équivalant délibérément judaïsme et sionisme, des concepts qui ne sont, comme chacun le sait, manifestement pas interchangeables. Le fin mot de l’histoire étant qu’au royaume des principes politisés, on paie l’erreur que l’on veut seulement croire avoir été commise.

Étonnamment, tous ces événements ont eu lieu le jour même où se déroulait l’échange de 477 prisonniers palestiniens contre le soldat israélien Gilad Shalit. Pour en rapporter les faits, Radio-Canada diffuse le reportage de Ginette Lamarche depuis Jérusalem « du côté des Israéliens », nous dit-on, où ce sont « des mères de famille émues jusqu’aux larmes » qui commentent : « C’est l’enfant de chaque famille d’Israël. C’est un enfant qui faisait son service militaire comme tous ses camarades quoi… » Un futur jeune conscrit de l’armée reprend à son tour : « C’est l’enfant de tout Israël. Il a servi notre pays. C’est un grand jour pour nous tous ». Et la correspondante de poursuivre : « Plusieurs Israéliens estiment qu’ils ont payé un prix élevé pour récupérer vivant le soldat Shalit. “Il y a trop de Palestiniens qui ont du sang sur les mains“, peut-on entendre dans les rues de Jérusalem ». Bref, d’un côté, il y a un « enfant » (répété à trois reprises) qui joue au soldat dans la cour de récréation « avec ses camarades », et de l’autre des « Palestiniens qui ont du sang sur les mains »… L’innocence et son contraire. Difficile de faire plus manichéen.

En somme, deux semaines après le factuel auto-isolement d’Israël, des États-Unis et du Canada face au reste du monde ou presque sur la question de la demande présentée à l’ONU pour la création de l’État palestinien, et malgré l’avantage de la voix des premiers sur celle des seconds dans les médias, le récit de l’histoire est encore et toujours agencé selon la même rhétorique : les plus faibles ont toujours tort. Même si le protocole d’Ottawa sur l’antisémitisme, signé par John Baird et Jason Kenny (19 septembre 2011), ne considère pas que la critique d’Israël soit condamnable, il n’en demeure pas moins que l’on fait tout pour qu’on ne s’en approche d’aucune façon, voire qu’on fasse le contraire en représentant les Palestiniens sous le jour le moins favorable et le plus aliénant qui soit pour les citoyens canadiens.

On perçoit ce que l’on veut bien nous faire voir grâce aux constructions que la simple orientation de l’éclairage est capable de produire pour nos yeux et nos oreilles bien impressionnables.

Salah Basalamah est professeur adjoint à l’Ecole de traduction et d’interprétation de l’Université d’Ottawa.
Il détient un Master en droit de la propriété intellectuelle de Pierce Law School au New Hampshire et un doctorat en traductologie de l’Université de Montréal. Il est l’auteur de plusieurs articles et chapitres sur la philosophie de la traduction et du droit d’auteur. Son dernier livre: Le Droit De Traduire/ Une Politique Culturelle Pour La Mondialisation

Incontestablement, le discours du président Barack Obama prononcé le 4 juin au Caire est important. Sa signification réelle, nous la mesurerons dans les prochains mois. Je voudrais ici simplement reprendre quelques réactions et analyses, qui vont de l’enthousiasme au scepticisme, de divers commentateurs et responsables arabes, israéliens et occidentaux. On trouvera le texte intégral du discours en français sur le site de La Paix maintenant.
Daniel Levy, sur son blog (projet conjoint de la New American Foundation et de The Century Foundation) fait dix remarques à chaud sur le discours, « 10 Comments on Obama in Cairo – Still Accumulating, Not Expending Capital ». Il fait dix commentaires dont je retiens les suivants (dans son introduction, Daniel Levy remarque que le président n’a pas prononcé le mot de terrorisme) :
- le discours marque l’acceptation du dialogue avec l’islam politique ; il trace une ligne de démarcation claire entre Al-Qaida et d’autres mouvements politiques, notamment le Hamas dont il affirme qu’il a un rôle à jouer dans l’avenir de la Palestine ;
- même si le discours est important, rien n’a été défini en termes d’analyse concrète ;
le président a reconnu l’implication des Etats-Unis dans le coup d’Etat de 1953 en Iran (même s’il n’a pas présenté d’excuses) et il a affirmé le droit de l’Iran a l’énergie nucléaire pacifique ;
- il n’a eu aucun mot positif sur le président Moubarak et il a maintenu l’importance du droit des peuples à choisir librement leur gouvernement.

Le journaliste britannique Robert Fisk, qui avait publié le 2 juin un article très négatif sur le discours à venir du président dans le quotidien The independent (« Most Arabs know this speech will make little difference) », semble infléchir sa position le 5 juin dans son texte « Words that could heal wounds of centuries » :

« En l’écoutant, on se dit : Obama ne mentionne pas l’Irak, et ensuite il le fait (“une guerre choisie… nos troupes combattantes partiront”). On se dit il ne mentionne pas l’Afghanistan, et ensuite il le mentionne. » Bien sûr, le président américain omet plusieurs points, l’arme nucléaire israélienne ou la guerre israélienne contre Gaza. Et Robert Fisk de conclure :

« Un type intelligent, cet Obama. Ce n’était ni Gettysburg, ni Churchill, mais pas mal quand même. On peut seulement se rappeler les observations de Churchill, “les mots sont faciles et nombreux, les grandes actions sont difficiles et rares.”

Le 4 juin, la télévision du Hezbollah, Al-Manar, faisait les commentaires suivants :

« Le discours d’Obama à partir du Caire était plein de signes culturels qui doivent être compris dans le contexte de la défense de son pays. Il a affirmé que son pays donnait le droit aux musulmans de construire leurs mosquées, mais il n’a pas parlé des lois contre le terrorisme qui les ont visé plus que d’autres ces dernières années.

Obama a reconnu la contribution de la culture musulmane à la renaissance occidentale. Il a aussi mis en lumière la contribution des pays musulmans qui sont réconciliés avec l’Amérique mais n’a rien dit des contributions et de la prospérité des pays opposés à l’Amérique.
(…) Il est vrai que le président américain a mentionné la Palestine par son nom, mais il a réduit les droits historiques (des Palestiniens) à la feuille de route qui est une impasse adoptée du temps d’Ariel Sharon. Tout en demandant aux Palestiniens d’abandonner leur résistance à l’occupation, il a blâmé légèrement Israël pour la continuation de sa politique de colonisation et pour la crise à Gaza et en Cisjordanie. »

En conclusion, le rapport précise : « Sur le dossier iranien, Obama a abordé l’histoire mouvementée et tendue des relations entre les deux pays. Il n’a cependant pas fait plus que reconnaître le droit de l’Iran à produire de l’énergie nucléaire pacifique, disant que le pays doit se soumettre à l’ensemble du traité de non prolifération. »

L’ayatollah Ahmad Jannati, le secrétaire général du Conseil des gardiens iraniens, a déclaré lors d’un sermon le 5 juin : « Obama donne certains feux verts et nous espérons que les Etats-Unis reviendront graduellement à la raison, écouteront et répondront à ce que nous disons.

Il a dit qu’il reconnaissait que les Américains avaient renversé un gouvernement démocratiquement élu (en 1953). Il a aussi dit que l’Iran avait commis des actes tels que les prises d’otages. Le résultat de ce qu’il disait était que le passé devait être oublié et que les deux pays devaient devenir plus proches. (…) Il a aussi dit qu’il n’y avait pas de pré-conditions au dialogue (…) Et il a reconnu que l’Iran avait droit à l’énergie nucléaire pacifique, ce qu’ils avaient refusé de dire pendant plusieurs années. Obama a aussi fait référence à la peur que l’Iran développe des armes nucléaires, alors que nous avons dit et répété que nous ne cherchions pas à posséder cette arme. »

Helena Cobban, dont on connaît le blog « Just World News », était à Damas le jour du discours et elle a inteviewé Khaled Mechaal, le chef du bureau politique du Hamas (« US-MIDEAST : Hamas Leader to Obama : Deeds, Not Words »).

Mechaal : « Le discours était intelligemment écrit pour s’adresser au monde musulman et dans la manière dont il a montré du respect pour l’héritage musulman. Mais je pense que ce n’est pas suffisant. Ce dont on a besoin, ce sont des actes, des actes sur le terrain, un changement de politique.

(…) Pourquoi Obama est prêt à dialogue avec l’Iran sans conditions préalables, et pas avec nous. Obama utilise des mots nouveaux en partie différents de ce que nous avons entendu chez Bush, mais en aucun cas nous n’acceptons de préconditions. »

Le dirigeant du Hamas a affirmé qu’il était prêt à prendre un café avec George Mitchell, l’envoyé du président Obama qui doit se rendre dans la région ces jours-ci. Il a rappelé que Mitchell qui avait contribué à la paix en Irlande du Nord devait agir comme il l’avait fait là-bas, parler avec tout le monde, sans conditions préalables.

Enfin, un petit rappel historique, le discours que le président William Clinton avait prononcé à Gaza, le 14 décembre 1998, « Remarks by the president to the members of the palestinian national council and other palestinian organizations ». Le président américain y disait déjà aux Palestiniens : « Je connais les souffrances terribles qui ont résulté de la violence, de la séparation des familles, de la restriction dans la circulation des personnes et des biens. Je comprends votre préoccupation devant la colonisation, la confiscation des terres et la démolition des maisons. » Dix ans plus tard, les mêmes problèmes demeurent…

Alstom et le tramway de Jérusalem

Il apparaît désormais plus clairement que les campagnes sur le désinvestissement et les sanctions contre les sociétés qui travaillent dans les territoires occupés avance. Sur LeMonde.fr, en date du 4 juin, « Veolia, futur exploitant du controversé tramway de Jérusalem, paie son implication », Benjamin Barthe écrit que, impliqués dans la construction du tramway de Jérusalem, Alstom et Veolia sont la cible d’une campagne de boycottage qui « prend de l’ampleur, sous l’impulsion d’une coalition de mouvements propalestiniens. Veolia, qui est aussi impliquée en Cisjordanie dans l’exploitation d’une ligne de bus et d’une décharge à ordures – deux investissements qui profitent aux colonies juives –, est devenue la tête de Turc des activistes, qui ont lancé le mot d’ordre “Derail Veolia” (“Faisons dérailler Veolia”). En début d’année, la multinationale française a perdu la gestion du métro de Stockholm, en Suède, un juteux contrat de 1,9 milliard d’euros, qu’elle détenait jusque-là. Même si les élus assurent que leur décision est le produit de considérations commerciales, le travail de lobbying de l’ONG suédoise Diakonia a indéniablement pesé ».
Dans le quotidien de Dubaï en anglais (Gulf News) du 30 mai, Abbas Al Lawati publie un article intitulé « Palestine urges withdrawal of rail contract ».

Il y révèle que les Palestiniens auraient intensifié leurs efforts auprès de l’Arabie saoudite qui a plusieurs contrats en négociation avec Alstom, pour que ce pays fasse pression sur la société française. Interrogé par nos soins, un porte-parole d’Alstom s’est refusé à tout commentaire officiel, se bornant à expliquer, « à titre personnel », que les difficultés rencontrées tenaient à des divisions dans la famille régnante à Riyad et pas à la solidarité avec la Palestine, sous-entendu sans doute, que des membres de cette famille n’étaient pas satisfaits des commissions reçues ?

Marwan Barghouti, l’UMP et le rabbin.

Le dirigeant emprisonné du Fatah, Marwan Barghouti a été nommé citoyen d’honneur d’Ivry, le 28 mai, par le maire communiste Pierre Gosnat, en présence de son épouse Fadwa, de la représentante de la Palestine en France, Hind Khoury, de Gisèle Halimi et Daniel Voguet, deux des avocats de Barghouti, et de Jean-Claude Lefort, député honoraire d’Ivry. Considéré comme un des responsables les plus populaires du Fatah, et l’une des personnalités d’avenir, Barghouti a été condamné à la prison à vie par les autorités israéliennes. Cette décision du conseil a été votée par les communistes, les socialistes, les Verts et les élus 100 % à gauche. Comme l’explique le compte-rendu, seules quatre personnes ont voté contre, « le groupe des élus de droite, centristes et radicaux, dont le président Bruno Castelnau est intervenu, sans autre commentaire, en lisant un communiqué du rabbin de la communauté israélite d’Ivry, manifestant l’inquiétude face à la “décision d’honorer un criminel”. ». Au-delà du vote lui-même, que la droite se contente, comme seule prise de position, de lire un communiqué du rabbin d’Ivry, en dit long sur ceux qui cherchent à importer le conflit en France et à identifier, stupidement, les juifs français à l’Etat d’Israël.

Dans l’espoir de ne pas soulever la controverse, certaines voix officielles du Vatican ont tenté d’expliquer que la visite du Pape au Moyen-Orient n’a rien de politique.

On devrait plutôt la voir comme un « pèlerinage » ayant pour but de répandre un « message religieux » de paix. Toutes ces contorsions terminologiques ne changeront rien à la réalité des faits : le chef de l’Église catholique, le chef d’État du Vatican, se rend dans une région déchirée par le plus grave conflit politique de notre époque.

Le monde serait en droit d’attendre de sa part, aussi bien à un discours essentiellement religieux, qu’une prise de position politique claire sur le conflit israélo-palestinien. Au mois de mars 2000, le pape Jean-Paul II avait ouvert la voie à une réconciliation et avait visité Israël. Il avait présenté des excuses pour les siècles de persécution et de massacres perpétrés par l’Église et par les chrétiens (ou avec leur complicité active ou passive). Cette étape était à la fois importante et nécessaire. Toutefois, il serait surprenant que Benoît XVI s’en tienne à faire la même chose : ce dont la communauté internationale et le Moyen-Orient ont le plus pressant besoin, c’est d’un pape qui fait plus que formuler des excuses et accepte d’assumer quelques responsabilités.

De façon concrète, cela signifie de travailler concomitamment sur deux tableaux. Il devient impératif d’ouvrir les archives du Vatican et d’exiger davantage de transparence en ce qui a trait au passé. Au-delà des excuses, un point de vue autocritique et une responsabilisation à partir des faits vérifiés seront d’une aide précieuse pour tous les chrétiens et favoriseront les relations avec les juifs. Nous avons besoin d’une telle ouverture pour nourrir l’espoir que le pape actuel suive les pas de son prédécesseur en faisant la promotion d’un dialogue interreligieux, d’une meilleure compréhension et d’un engagement envers le pluralisme religieux, le respect mutuel et les valeurs communes.

La clarté de son message religieux donnera plus de poids à son message politique. Bien que le conflit israélo-palestinien soit politique, rien n’empêche un chef religieux de faire entendre sa voix. Depuis trop longtemps, on nous répète que ce conflit concerne les juifs et les arabes, ou les musulmans. Le pape doit expliquer clairement que les droits de tous les croyants doivent être également respectés ; que les juifs, les chrétiens et les musulmans doivent bénéficier de droits égaux quant à la pratique de leur religion et à l’accès aux sites sacrés. Par son silence sur la question, le pape, ainsi que de nombreux chrétiens partout dans le monde, corrobore l’idée qu’il s’agit d’une opposition des juifs contre les musulmans. Paradoxalement, moins il est de voix religieuses défendant le principe d’égalité plus le conflit est perçu comme une opposition religieuse (juifs contre musulmans).

De plus, le pape se doit d’agir en accord avec les valeurs chrétiennes et donc, de dire la vérité ; en tant que chef de l’Église catholique, il a le devoir moral de prendre la défense des pauvres et des opprimés. Les Palestiniens sont les opprimés ; ils continuent de souffrir du blocus intolérable de Gaza. Autant les papes successifs ont présenté des excuses pour le passé, autant Benoît XVI a la responsabilité de rappeler aux dirigeants des puissances qu’ils sont responsables et devront répondre de leurs actions. La visite du pape après les événements de Gaza ne peut en aucun cas être considérée comme un pèlerinage ; peu importe les pressions qu’on exerce sur lui pour offrir des excuses répétées, ce que les gens veulent entendre de la part de l’Église, c’est un message clair et réaliste sur le conflit au Moyen-Orient.

Espérons que le pape rappellera au premier ministre israélien Netanyahu (dont le parti ne reconnaît pas l’État palestinien) et à son ministre des affaires étrangères, Lieberman, qu’il n’y aura pas de paix s’il n’y a pas de justice, et que le sang des Palestiniens vaut celui des Israéliens. Un silence sur la question équivaudrait à un appui à Israël : en temps de répression, pas de politique relève de la politique. Est-ce que le pape aura le courage politique nécessaire pour être la voix religieuse contemporaine qui rappellera à l’humanité la responsabilité éthique qui incombe aux puissants ainsi que l’égale dignité et la résistance légitime auxquelles ont droit les opprimés ? Tel était le message de Jésus et il devrait rester le même, en Israël et partout dans le monde.

Traduit par Suzanne Touchette, texte paru dans The Guardian le 9 mai 2009

Alex Foxman de la soit-disant Anti-Defamation League (ADL) « Ligue antidiffamation » s’est attaqué à Bill Moyers pour la seule raison que ce dernier tentait d’œuvrer à l’instauration de lois morales pour tous au Moyen-Orient. Il fallait s’y attendre, bien sûr, mais la direction de l’ADL en rajoute en prétendant que George Mitchell est trop honnête pour servir de négociateur entre Israël et les Palestiniens.

Je crois comprendre qu’en dénonçant le choix que le président Obama a fait en nommant Mitchell comme négociateur pour le Moyen-Orient, Foxman révèle qu’il est davantage habitué à des médiateurs impartiaux tel Dennis Ross – qui, après avoir quitté l’administration Clinton est retourné au lobby pro-israélien – comme incarnation de l’institut de Washington pour la politique au Proche-Orient, d’où il venait. Ou bien Foxman comparait-il Mitchell à Alan Dershowitz, le célèbre propagandiste israélien? (J’ai déjà qualifié Dershowitz de serpent sur les ondes d’Al Manar TV, ce dernier a alors écrit un article dans le Jerusalem Post dans lequel il m’a traité d’antisémite. Ma seule faute a été de ne pas m’excuser auprès des serpents.)

Je suis désolé d’avoir à le dire, mais malgré l’admiration que je porte à George Mitchell pour ses nombreuses années de service à la population, il faudra plus que de l’honnêteté pour mettre fin à l’occupation de la Palestine par Israël et à la brutalité qu’elle entraîne.

Les pirouettes des différentes administrations qui se sont succédé au fil des années et qui ont toutes présenté de grandes mises en scène du « règlement » du conflit, n’ont rien fait d’autre que gaspiller l’encre des journaux et le temps d’antenne consacrés aux efforts de paix, comme si les médias étaient dupes de ce que des vendeurs de pétroles malhonnêtes comme Condelica Rice essayaient de faire avaler au public américain.

Quelqu’un au gouvernement aurait déjà dû comprendre que l’État d’Israël n’a aucune intention de céder la bande de Gaza à un éventuel État palestinien même si certains mettent en garde contre le cantonnement des Palestiniens dans un régime d’apartheid pour le reste du siècle si on n’en arrive pas à la « solution des deux États ». Les Israéliens n’ont certainement pas l’intention de permettre aux Palestiniens de les renverser dans un processus électoral; la seule solution reste un apartheid du genre sud-africain.

On connaît tous les raisons évoquées par les Israéliens qui les empêchent de signer la paix qu’ils disent tant désirer :

« Nous n’avons personne avec qui négocier. »

« Nous ne pouvons discuter avec les Palestiniens tant qu’ils ne reconnaissent pas le droit à l’existence d’un État israélien. »

« Ils doivent d’abord mettre fin à leurs attaques terroristes. »

« Nous avons fait la meilleure offre possible aux Palestiniens, mais ils l’ont refusée. »

Voilà un exemple seulement des excuses rabâchées et débitées servant à refuser toute entente. Il semble que très peu de gens se rendent compte de la supercherie bien qu’en fait elle ait été mise au grand jour depuis plusieurs années. Et alors que l’establishment continue de rêver à la paix, Israël continue d’engloutir les terres des Palestiniens, de les battre, de les jeter en prison et de les massacrer jour après jour.

Je suis profondément convaincu, ainsi que toute personne qui refuse de voir le conflit seulement à travers la lunette israélienne, qu’à moins qu’un président américain ne demande de façon claire aux Israéliens de chasser les colons de la bande de Gaza, il ne peut y avoir de paix. Seulement plus d’occupation, plus de brutalité, plus de violation des lois internationales et plus de massacres sanglants de civils comme celui dont nous venons d’être témoins à Gaza. À moins de cela, les Israéliens auront le contrôle absolu et les États-Unis se feront encore plus d’ennemis, et pas seulement au Moyen-Orient, mais partout dans le monde.

Le président Obama a récemment déclaré que s’il n’arrive pas à remettre l’économie sur ses rails au cours de son premier mandat, il ne sera pas reconduit pour un deuxième. Cependant, ce dont il n’a pas encore tenu compte, c’est du fait que l’occupation palestinienne déclenche la colère des terroristes contre les intérêts américains partout sur la planète.

Obama fait face au choix suivant : Ou bien il se met à dos le lobby du Likud en lui demandant le retrait des colons de la bande de Gaza, ou bien il continue de lui fournir le généreux financement nécessaire au maintien de l’occupation israélienne contre les Palestiniens.

Que croyez-vous qu’il fera? Nous devrions déjà avoir appris que les États-Unis ne peuvent plus se permettre d’écouter les Abe Foxman et les Alan Dershowitzes de ce monde. Comme nation, nous n’avons plus d’argent, nous sommes à court d’idées et incapables de mettre un frein à la corruption morale et financière de Washington DC, laquelle englobe celle venue du lobby du Likud. La conséquence : les riches sont de plus en plus riches et la classe moyenne de plus en plus désespérée; elle cherche des emplois qui n’existent plus et des maisons qu’elle ne peut plus se permettre.

Des personnes comme George W. Bush et Dick Cheney ont provoqué l’effondrement de notre monde, et ils sont ensuite partis dans le soleil couchant, heureux de savoir qu’ils ont enrichi leurs riches amis grâce aux guerres qu’ils ont déclenchées.

Les fluctuations du prix du pétrole et le déferlement des dépenses militaires causé par les conflits au Moyen-Orient – tout cela payé par les gens de ce pays – ont amassé des fortunes pour leurs petits copains. Malheureusement, nous n’en avons pas fini de payer, en termes de vies humaines et de dollars, pour les enfantillages des huit dernières années de M. Bush.

Pendant encore longtemps, nous récolterons la haine et la violence causées par ces guerres, en plus de souffrir au plan économique à cause de leur politique d’avarice et de corruption. Et nous n’avons pas encore pris la mesure des misères, de la pauvreté et de la corruption que ces deux héros ont engendrées avec la guerre contre l’Iraq.

Soutenu par la lâcheté de notre président et par celle du Congrès, Israël a les coudées franches pour continuer son occupation. La brutalité est une conséquence inévitable d’une occupation nécessaire afin de garder la terre qu’il a volée des Palestiniens. Nous avons un besoin urgent de changement; nous espérons et prions afin que M. Obama ait le courage de le provoquer. Un tel engagement est absolument nécessaire, sinon, nous pouvons dire adieu à tout espoir de civilisation.

James G. Abourezk est un ancien sénateur américain (D-SD) et le fondateur du American-Arab Anti-Discrimination Committee (le comité anti-discrimination américain-arabe). Il pratique actuellement le droit à Sioux Falls au Sud-Dakota.

Traduit par Suzanne Touchette

Je viens de voir se terminer une relation privilégiée qui m’a soutenue à travers les épreuves de ces deux dernières années. C’est le prix élevé que j’ai dû payer pour mon dernier article sur l’obsession névrotique entourant l’antisémitisme et sur l’instrumentalisation de la crainte d’un « prochain holocauste » comme camouflage du colonialisme (voir « Searching for the Elusive Israeli Partner » publié dans le Washington Report du 28 décembre 2008, p. 26). Mon texte démontrait apparemment que je « hais tous les Juifs et que mes connaissances sur le sujet sont limitées ainsi que ma compassion envers les juifs qui ont vécu les effets de la violence des hommes envers leurs semblables».

Pourtant, mon « obsession névrotique » personnelle m’amène à vouloir m’informer sur l’expérience que vivent ou qu’ont vécue d’autres personnes victimes d’injustice. Je lis des ouvrages, je regarde des documentaires, je visite des musées, j’écoute des témoignages et j’écris beaucoup sur les oppresseurs et ceux qu’ils ont opprimés au fil de l’Histoire. Ma « faute » viendrait du fait que bien que j’inclue les juifs dans mes efforts de recherche, je n’accorde pas de statut spécial à ce qu’ils ont vécu. Je refuse tout classement de la souffrance humaine et je m’élève absolument contre l’instrumentalisation de celle-ci (ce que l’auteur et savant Norman Finkelstein appelle l’industrie de l’holocauste), ce qui m’a amené à expérimenter personnellement les effets de la violence des hommes envers leurs semblables.

L’autre partie s’attendait, au nom de notre amitié, à ce que je demande pardon pour mes propos « venimeux ». Mais je ne pouvais pas; précisément parce que je chérissais trop cette relation, je ne voulais pas la contaminer par une tromperie en prétendant que je suis désolée alors qu’il n’en est rien. J’ai cessé de me défendre de ces insinuations parce que je ne pouvais plus tolérer de voir mes pensées et mes paroles constamment soupesées comme si j’étais à un poste de contrôle et que je devais présenter toutes sortes de documents à un soldat dubitatif afin de montrer patte blanche. Comme toute autre tragédie humaine, l’holocauste européen a ses traumatisés, ses survivants et ses bénéficiaires. Je suis tombée aux mains des traumatisés alors que je discourais sur les bénéficiaires; raison pour laquelle j’ai été punie.

Toute la rhétorique entourant un « prochain holocauste » est, à mon avis, un écran de fumée destiné à garder dans l’ombre la réalité actuelle des Palestiniens, à la soustraire à la connaissance et à l’attention du monde et à fournir une réponse toute faite à quiconque voudrait se plaindre de l’occupation israélienne. Aujourd’hui, en effet, ce sont les Palestiniens qui sont rayés de la carte; plusieurs d’entre eux, y compris moi-même, avons des papiers qui nous identifient comme des sans-papiers. Ce sont les Palestiniens qui vivent en état de siège dans des ghettos créés par le mur de l’apartheid qui s’élève deux fois plus haut que le mur de Berlin. Notre vie quotidienne est soumise au caprice du plus simple soldat qui a toute autorité pour empêcher l’un d’entre nous de se rendre au travail, à la maison, à l’hôpital, à l’école, de décider des aliments que nous pourrons consommer, de qui nous pouvons fréquenter ou marier, et qui s’ingénue, par toutes sortes de brutalités, à nous rendre la mort plus attrayante que la vie. Je ne pouvais supporter de voir mes pensées et mes paroles passer constamment sous la loupe.

Plusieurs fois, j’ai été fouillée et interrogée aux aéroports; plusieurs fois on a confisqué mes papiers, ou bien un soldat au poste de contrôle me les a lancés au visage parce qu’il doutait de leur authenticité; le cœur serré, j’entends chaque jour des victimes de torture me raconter leur expérience; je mange chaque soir devant des images télévisées des victimes d’Iraq et d’Afghanistan; j’entends parler des horreurs à la prison d’Abou Ghreib et de Guantanamo, des déportations secrètes d’Arabes ou de personnes qui ont l’air musulman à bord de vols spéciaux en partance des États-Unis vers des pays où ils seront torturés tout en sachant que le monde ne parle pas de ces actes routiniers. Est-ce alors surprenant que je qualifie d’obsession névrotique ce discours répété et sélectif sur l’antisémitisme, alors que l’on ignore complètement la xénophobie, l’islamophobie et toutes les autres formes de racisme?

Il y a quelque chose de pour le moins déplacé dans le fait de penser que les Palestiniens, ceux-là mêmes qui vivent dans l’ombre, loin des préoccupations du reste du monde, qui ne connaissent que le tourment, qui ont valsé avec la mort toute leur vie, puissent compatir à la douleur des Israéliens et à leur désir de sécurité.

Je serais née ailleurs qu’en Palestine, j’aurais probablement occupé les heures libres de mon enfance à cultiver des talents tels le chant, la peinture ou la photographie. Mais je suis Palestinienne, et je compose avec les inconvénients inhérents à cette identité depuis l’âge de six ans où un matin j’ai vu en me levant mes parents pleurer douloureusement le massacre de Sabra et Shatila. À cet âge, bien sûr, je ne pouvais pas comprendre ce qui se passait, mais je pouvais ressentir la douleur qui n’a cessé de croître à mesure que je grandissais et que je comprenais davantage. Cette peine a trouvé un exutoire à travers mes écrits et l’expression de mes réflexions et de mes sentiments qui se veulent une contribution à la résistance palestinienne et un franc témoignage de cette période dans l’histoire de la Palestine.

Une obligation spirituelle
De plus, pour moi, il s’agit d’une obligation spirituelle. Le mot arabe pour martyr est shaheed. Il n’est pas nécessaire d’être tué pour devenir shaheed, en effet, ce mot signifie : celui qui témoigne courageusement, en toute vérité, et qui en paye le prix. Je crois que la peur qu’un témoignage véridique ne conduise à la mort explique la signification populaire du mot martyr.

Bien que je me désole présentement pour un coup dur additionnel, je garde mes pensées pour moi : je ne souhaite pas attirer l’attention sur l’holocauste qui a eu lieu en Europe, mais sur le combat des Palestiniens pour la liberté. Quand je pense à l’holocauste et aux autres tragédies humaines, mon admiration va vers ceux qui ont offert une résistance et qui ont refusé la victimisation, ainsi que vers ceux qui se sont opposés à leurs concitoyens et les ont combattus afin d’empêcher une tyrannie collective… et qui en ont payé le prix.

Ce dernier coup dur n’est pas le premier pour moi : je n’ai reçu aucun salaire au cours des trente derniers mois et l’ambassade de France vient de me refuser un visa. D’autres pertes plus importantes me troublent encore trop pour que je puisse les mentionner maintenant. Je le répète, cependant, je ressens la morsure de l’occupation et de la colère à cause des ressources physiques et métaphysiques qui me sont refusées. Ceci me pousse d’autant plus à continuer d’apprendre, à rechercher la vérité et à poursuivre mon combat pour la libération. Mon engagement à toujours dire la vérité, peu importe la tentation ou le prix à payer, n’a pas faibli; au contraire, il est devenu plus fort.

Samah Jabr est psychiatre, elle pratique en Cisjordanie et à Jérusalem, sa ville natale.

Que dire encore sur Gaza ? Le Monde diplomatique de ce mois publie six pages sur cette guerre qui a quitté la Une de l’actualité. Le cessez-le-feu tarde à se mettre en place, et la situation sur le terrain, c’est-à-dire le sort des Palestiniens de Gaza, est terrible. L’association Oxfam-France vient de lancer une campagne en ligne pour le respect du droit international et pour la levée du blocus israélien à Gaza.

Gaza, un pavé dans la mer (La boîte à bulles, 317 pages, 24 euros) : le premier livre sur la guerre de Gaza vient de sortir et il n’est sans doute pas étonnant qu’il soit composé à moitié par des auteurs de bande dessinée qui se sont mobilisés et qui ont dessiné leur vision de cette guerre. Car cet ouvrage collectif est coordonné par Maximilien Le Roy, lui-même auteur de bande dessinée de 23 ans qui écrit dans l’introduction : « Je pourrais écrire ici, par avance, toutes les critiques prévisibles que déclenchera cette initiative, mais je préfère laisser la place à l’expression plus éclairée de ceux qui ont accepté de jeter avec moi ce pavé dans la mare : ces artistes européens, ces esprits libres israéliens pour qui mon respect est inconditionnel, ces intellectuels qui résistent à toutes les fourches caudines et, surtout, ces habitants de Gaza qui témoignent de leur quotidien. Du quotidien brut, rugueux. Du réel, en somme. Rien que du réel. »

Je signale l’excellente réponse de Cédric Baylock, « Gaza, le critique et la critique » (parue sur le site Oumma.com, le 17 février), à la tribune de Pierre Jourde, « Le Juif, coupable universel », parue dans Le Monde du 22 janvier. « Autant le Jourde et Naulleau (Mots et Cie, 2004, sorte d’anti-Lagarde et Michard dans lequel ils flinguent les auteurs à succès) nous a fait beaucoup rire, autant les variations géopolitiques de ce spécialiste des troubles gastriques de la littérature française (La littérature sans estomac, Pocket, 2002, autre ouvrage à succès…) a de quoi nouer l’estomac. C’est peut être la première fois dans l’histoire de la critique littéraire que l’on voit l’une de ses gâchettes singer l’un de ceux qu’il descend. BHL en l’occurrence. Car de la première à la dernière ligne, cette tribune aurait pu être écrite par le philosophe médiatique. Hormis les passages les plus pertinents, que nous commentons également ci-après. »

Sur le même site, un article de Vincent Geisser du 18 février, « Le complexe du Goy. Ces “amis” français d’Israël qui flirtent avec l’antisémitisme » : « Contrairement à une idée reçue, le premier soutien d’Israël en France procède moins de l’action d’un quelconque “lobby” mais d’abord de la lâcheté et de l’hypocrisie de nombreux leaders d’opinion qui fantasment la puissance de la communauté juive. Leur relation à Israël se greffe moins sur un amour sincère pour l’Etat hébreu que sur une représentation ethnicisante de la communauté juive qui flirte parfois avec l’antisémitisme et débouche sur une posture politique : “Je suis avec Eux pour ne pas avoir d’ennuis”. Le problème est que ce “Eux” tend à la fois à essentialiser l’appartenance au judaïsme, à particulariser le rapport des juifs de France à l’identité nationale (ils seraient des Français pas tout à fait comme les autres) et à assimiler, sur un mode simpliste, identité juive/Etat d’Israël. »

Ceci n’est d’ailleurs pas nouveau. Lord Balfour lui-même, le signataire de la fameuse promesse du 2 novembre – qui « envisage favorablement l’établissement d’un foyer national juif en Palestine » –, avait été le promoteur en 1905 d’un projet de loi sur la limitation de l’immigration juive en Grande-Bretagne, qui visait avant tout les juifs de Russie. Et Mark Spikes, le négociateur britannique des accords avec la France (accords Sykes-Picot de 1916) partageant le Proche-Orient, écrivait à un dirigeant arabe : « Croyez-moi, car je suis sincère lorsque je vous dis que cette race (les juifs) vile et faible est hégémonique dans le monde entier et qu’on ne peut la vaincre. Des juifs siègent dans chaque gouvernement, dans chaque banque, dans chaque entreprise. » (Cité dans Israël-Palestine, vérités sur un conflit, Fayard, 2007, p. 59.)

« En somme, dit encore Vincent Geisser, cette forme de soutien “très franchouillard” à Israël conduit à faire des juifs de France une “tribu” au sein de la Nation française, et renoue indirectement avec les vieux thèmes antisémites du siècle dernier. Du coup, loin de normaliser l’Etat d’Israël en le considérant comme un “Etat comme les autres” – soumis aux mêmes règles du droit international que les Etats souverains – ce type de soutien verse dans une relation malsaine qui consiste à faire de l’Etat hébreu une sorte de “monstre géopolitique”, que l’on s’interdit surtout de critiquer. Pire, elle en vient à assimiler totalement identité juive et nationalité israélienne, en venant à accréditer l’idée que les juifs de France formeraient une sorte de “tribu d’Israël” au sein même de la Nation française. »

Sur l’avenir, deux pistes se dégagent : celle de l’inculpation pour crimes de guerre de dirigeants israéliens (nous reviendrons au mois de mars sur cette question dans Le Monde diplomatique) ; les campagnes de désinvestissement et de boycott. Ainsi, dans ce communiqué du 14 février : « Hampshire College devient la première université aux Etats-Unis à retirer ses investissements de l’occupation israélienne en Palestine ! » (Students for Justice in Palestine). Signalons aussi la sanction suédoise concernant Veolia et sa participation à la construction du tramway de Jérusalem.

Enfin, Ivan du Roy, sur le site Bastamag.net, publie un article sur « ces entreprises françaises qui profitent de la colonisation israélienne » (11 février). « Trois multinationales et une PME hexagonales sont impliquées économiquement de la colonisation de la Cisjordanie par Israël. La banque franco-belge Dexia finance plusieurs colonies. Alstom et Veolia comptent transporter leurs habitants à travers Jérusalem. La PME Manitou participe à la construction du mur de séparation. Toutes font du business en totale violation du droit international. »

 

Source : Les blogs du diplo
http://blog.mondediplo.net/…

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