MPO

Tariq Ramadan et Le professeur Ahmed Mactar Kanté dans “Le Grand Rendez-Vous” – 2STV

Au cours des dernières semaines, le nouveau dirigeant libyen, Mustapha Abd al-Jalil, président du Conseil National de Transition (CNT), a répété “la charia sera la principale référence et sera instaurée en Libye”. Plusieurs de ces références à la législation islamique ont été prononcées en présence d’hommes politiques et intellectuels occidentaux, comme par exemple l’autoproclamé philosophe français pro-israélien Bernard Henri Levy, qui, étonnamment, n’a exprimé aucune contestation. Étonnant, en vérité ! C’était comme si Moustapha Abd al-Jalil était déterminé à montrer que les “révolutionnaires libyens” étaient véritablement indépendants, ni soutenus ni protégés par la France, les États-Unis ou l’Occident. L’ “Occident” est demeuré silencieux, bien que certains médias aient posé des questions pertinentes relatives aux personnes que soutiennent les Français, les Américains, ainsi que les Britanniques.

Étant donné la situation politique extrêmement complexe de la Libye, la position d’Abd al-Jalil tombait à point nommé et était très habile. Il a intentionnellement fait référence à des concepts très controversés en Occident afin de signifier clairement au peuple libyen qu’il n’était pas le pantin de l’Occident. De façon bien étrange, il a parlé de “charia” et de “polygamie”, sachant que pour les musulmans libyens, mus par l’émotion, il offrait ainsi une preuve de sa totale indépendance (de telles références étant bien entendu diabolisées en Occident). Pour la France, la Grande Bretagne et les États-Unis, c’était une manière de montrer au monde que la Libye était à présent “libre et indépendante”. Il était désormais temps pour l’OTAN de permettre à la nouvelle Libye de construire son avenir en invoquant ses propres traditions. La référence religieuse et politique à l’islam sert ainsi à apaiser les musulmans, ainsi qu’à prêter une légitimité traditionnelle et religieuse au CNT, tout en dissimulant la pénétration tridimensionnelle de l’Occident – militaire, géopolitique et économique – en Libye.

Les soulèvements arabes montrent que les peuples de la région aspirent à la liberté, à la dignité et à la justice, mais ne sont pas disposés à trahir leurs traditions et convictions religieuses. La victoire récente du parti islamiste de Tunisie, Ennahda, aux élections de l’Assemblée constituante du pays, souligne une réalité historique : l’islam demeure une référence inévitable pour les Arabes et sera cruciale en tant que telle dans la construction de l’avenir, en particulier à travers le processus démocratique au moyen duquel les citoyens sont à présent capables d’exprimer leurs requêtes politiques, leurs inquiétudes au sujet de leur identité, ainsi que leurs espoirs économiques. Les partis conservateurs qui invoquent l’islam d’une manière ou d’une autre (donc également les islamistes) sont en train de gagner du terrain et d’acquérir une légitimité politique plus importante. Ils œuvrent sur trois niveaux distincts : l’acceptation des règles démocratiques, la préservation de l’identité islamique de la nation, ainsi que la disposition à ouvrir leurs marchés aux pouvoirs économiques dominants et aux multinationales. L’exemple turc a fait jurisprudence : personne ne peut nier que l’AKP – émanant d’une tradition islamiste – est en train de démontrer le succès de sa direction dans précisément ces trois domaines : ils sont conservateurs sur le plan religieux, disposés – sur le plan géopolitique – à négocier avec les pouvoirs occidentaux (y compris, jusqu’à récemment, avec Israël) et, sur le plan économique, parfaitement intégrés au système capitaliste. Ils ont fait preuve d’une grande ouverture (avec l’UE) et démontré une flexibilité considérable. L’Occident peut en effet faire des affaires avec tout parti islamiste qui manifeste une volonté similaire de s’adapter et de collaborer, d’Ennahda aux Frères Musulmans. Les choses sont en train de changer rapidement au Moyen Orient et en Afrique du Nord (MENA*) ; les nouvelles stratégies politiques sont fondées sur de nouvelles préoccupations économiques et géopolitiques, mus par la présence active de nouveaux acteurs étatiques dans la région : le Brésil, la Russie, l’Inde, ainsi que la Chine (BRIC). L’Occident n’a pas de temps à perdre dans la course consistant à conquérir les esprits, les cœurs et l’argent des peuples arabes.

Au cœur de ces jeux politiques et économiques hautement complexes une question essentielle émerge. Les pays occidentaux ont montré par la passé (avec les pétro-monarchies ou en Afghanistan) qu’ils n’ont aucun problème majeur à négocier avec l’islam politique lorsqu’il s’agit de protéger leurs intérêts. Étant donné la présence des pays du BRIC, ils n’ont désormais plus le choix étant donné que ces derniers sont prêts à entretenir des liens politiques et économiques forts, quelle que soit la situation dans les pays arabes respectifs. Le facteur clé sera Israël. Tous les partis islamistes ont adopté des positions fermes vis-à-vis de l’État sioniste (même la Turquie, récemment), ce qui est la raison de leur large soutien populaire (y compris du régime iranien). Les islamistes peuvent bien être prêts à promouvoir le processus démocratique et à participer pleinement au système économique dominant (la grande majorité des partis islamistes l’acceptent aujourd’hui), mais ils demeurent assez explicites quant à leur position face à Israël. C’est sur ce point que réside l’essence des vives tensions et contradictions aux États-Unis et dans les pays européens : ils ont besoin d’être engagés au sein du MENA, mais sont incapables de prendre des distances par rapport à Israël. Au même moment, les pays du BRIC n’ont pas la même alliance historique avec Israël et semblent prêts à remettre en cause les partis pris de l’Occident dans le conflit au Moyen Orient.

La référence islamique est au cœur du débat dans le monde arabe. L’islam politique est à un carrefour : il est confronté à de nombreux défis et doit gérer des intérêts contradictoires. Seule une approche holistique peut nous faire comprendre ce qui est en jeu. De nombreux courants – y compris quelques partis islamistes – sont en train de jouer avec l’Islam afin de gagner en légitimité. Indubitablement, la politique corrompt. Qui, dans le monde arabe, sera capable d’exercer le pouvoir tout en respectant les impératifs de dignité, de justice et de transparence – et, qui plus est, de soutenir comme il se doit la juste cause de la Palestine ?

*MENA : acronyme de Middle East and North Africa

 

Troy Davis était noir et pauvre. Dans l’actuel système légal américain, s’il se trouve que vous êtes arrêtés, ces deux caractéristiques suffisent presque à déterminer votre culpabilité. Le “doute raisonnable” est surtout au service des femmes et des hommes blancs, comme Casey Anthony, et de celui de citoyens riches et célèbres, comme O.J. Simpson ou Dominique Strauss-Kahn. Dans l’Amérique de Barack Obama, l’injustice envers les pauvres citoyens afro-américains semble être enracinée dans le système

 

Tournant son visage en direction de la famille de la victime, il répéta avec une calme détermination : “Que Dieu vous pardonne, je ne l’ai pas tué. ” Troy Davis patientait dans le couloir de la mort depuis plus de vingt ans et il n’a cessé de proclamer son innocence. C’étaient ses derniers mots à l’adresse des responsables du système judiciaire américain et de la société en général : “Que Dieu vous pardonne, vous tuez légalement un homme innocent.” Les nombreuses requêtes pour suspendre l’exécution et réévaluer le verdict furent sans effet. Troy Davis, un Afro-Américain, a été exécuté par injection létale. Un jour de honte.

Il semblait être le “parfait” meurtrier du policier blanc de Savannah, en Géorgie, en 1989. La famille du policier, aussi bien que le système judiciaire dans son ensemble, restèrent aveugle aux évidences de l’innocence de Davis. Au cours des années, de nombreux témoins se rétractèrent (expliquant comment ils avaient subi des pressions de la police) : aucune vraie preuve contre l’accusé n’a jamais été ensuite présentée. Des campagnes internationales ont été lancées, mais rien ne pouvait changer la décision du tribunal. Innocent ou pas, il était trop tard : Davis devait mourir. Le moment de l’exécution ne devait rien au hasard : avant des élections, les politiciens et le système aiment à montrer qu’ils sont durs avec la criminalité. Les préoccupations électorales dictent l’orientation des affaires liées à la peine de mort. Un autre condamné a été tué la même nuit, et trois autres vont bientôt être exécutés. Quelle farce cynique, indigne et honteuse. Et ils appellent cela un système démocratique ?

Troy Davis était noir et pauvre. Dans l’actuel système légal américain, s’il se trouve que vous êtes arrêtés, ces deux caractéristiques suffisent presque à déterminer votre culpabilité. Le “doute raisonnable” est surtout au service des femmes et des hommes blancs, comme Casey Anthony, et de celui de citoyens riches et célèbres, comme O.J. Simpson ou Dominique Strauss-Kahn. Dans l’Amérique de Barack Obama, l’injustice envers les pauvres citoyens afro-américains semble être enracinée dans le système.

Cependant, au delà de ces faits bien connus, et de l’insupportable manque de justice et d’équité, l’application de la peine de mort est en soi choquante. Nos actuels systèmes judiciaires, tant en Orient qu’en Occident, sont si imparfaits, et manquent tellement d’équité et de transparence, que l’on se demande comment des citoyens et des peuples civilisés peuvent accepter que des êtres humains soient exécutés en leur nom, qu’ils soient innocents ou coupables d’ailleurs. Nous avons tellement à reformer, tellement à améliorer nos procédures que nos lacunes devraient toujours bénéficier à l’accusé. Il vaut bien mieux se tromper en sa faveur que de tuer par erreur.

L’été dernier, nous avons été témoin d’un tel cas. Dix jours après le 11 Septembre, 2001, Mark Stroman a attaqué trois personnes qu’il pensait être musulmanes (l’une d’elles ne l’était pas), tuant deux d’entre elles. La troisième, un musulman américain originaire du Bangladesh, Rais Bhuiyan, fit semblant d’être mort et il survécut à l’agression. Stroman fut arrêté puis condamné à la mort. Il passa près de dix ans dans le couloir de la mort. Pendant ces dix ans, celui qui aurait dû être sa victime, Rais, tenta de préserver sa vie, en lui offrant son pardon et en demandant au pouvoir judiciaire d’arrêter sa machine infernale afin de le sauver. En dépit de l’engagement personnel de Rais, Stroman fut exécuté le 21 Juillet 2011 au Texas. Durant toutes ces années, Mark Stroman s’était profondément excusé et, par la force des choses, était devenu un autre homme lorsqu’il quitta ce monde. Rais Bhuiyan a été le vrai visage de la dignité et de la compassion, et, de fait, la personnification de la manière dont les valeurs islamiques et spirituelles peuvent transformer un cœur généreux. Cela est un bel exemple, bien plus profond et plus authentique de ce que l’islam représente, que les récentes exécutions en Arabie saoudite, par décapitation d’un soi-disant exorciste, ou en Iran, par pendaison d’un homme du haut d’une grue (comme c’est arrivé il y a quelques semaines). Le fait que ces deux sentences ont été produites par des systèmes judiciaires opaques, dans des pays où ni l’accusé ni son avocat (en assumant que l’accusé aie même droit à un avocat indépendant) ne peuvent se défendre correctement, ne fait qu’ajouter à la honte.

Aux Etats Unis, en Arabie Saoudite, en Iran ou n’importe où ailleurs, la peine capitale devrait être stoppée. Nos systèmes judiciaires sont trop imparfaits, trop influencés par la politique et l’argent, et beaucoup trop exposés à des erreurs de procédure. Le doute doit bénéficier à l’accusé ; nos sociétés doivent rester dignes. En 2005, j’avais lancé un appel pour un moratoire sur la peine de mort, les châtiments corporels et la lapidation. J’avais souligné qu’au nom même de l’islam, les sociétés majoritairement musulmanes devraient cesser de traiter les gens ainsi, prenant si souvent pour cible les femmes et les pauvres. C’est également au nom de nos valeurs communes que nous devons prendre position aujourd’hui contre la peine capitale. Troy Davis est mort, ainsi que Mark Stroman, le premier était sans doute innocent et il espérait que nous serions pardonnés ; le second était coupable, et il espéra pour que nous lui accorderions notre pardon. Au moment de nous regarder dans un miroir, espérons que – avec ou sans compassion – nous puissions au moins faire preuve de dignité. Honte à nous, si nous restons silencieux.

Traduction : Moussa Ramadan

“Le but premier du jeûne en islam, c’est de prendre conscience du divin”

 

L’abstinence volontaire de nourriture a constitué un rite de purification dans plusieurs religions. Elles recherchaient, entre autres, dans cette pratique, la pénitence, la purification, le deuil, le sacrifice ainsi que des  connaissances et des pouvoirs accrus. Par le passé, même des philosophes, des scientifiques et des physiciens y ont eu recours pour guérir des maladies. Socrate, Platon, Aristote, Galien, Paracelse et Hippocrate voyaient tous dans le jeûne une forme de thérapie (Hass). Les Écritures, comme la Bible, nous indiquent que des prophètes tels Moïse, Éli, Daniel et Jésus jeûnaient dans un but de purification spirituelle en vue de mieux communiquer avec Dieu. On trouve dans le Coran des indications à l’effet que le jeûne était une pratique courante dans les religions anciennes :

[O vous qui croyez, on vous a prescrit le jeûne comme on l’a prescrit à ceux d’avant vous, ainsi atteindrez-vous la piété.] (Al-Baraqa 2:183)

Le jeûne dans le judaïsme

Le calendrier juif contient relativement peu de jours de jeûne. Yom Kippur (le jour d’expiation) est la seule journée de jeûne prescrite par la loi de Moïse :

« Et cela devra vous servir d´ordonnance pour des temps indéfinis : au septième mois, le dix du mois, il faudra que vous affligiez vos âmes, et vous ne devrez faire aucun travail, ni l´indigène, ni le résident étranger qui réside comme étranger au milieu de vous. Car en ce jour on fera propitiation pour vous afin de vous déclarer pur. Vous serez pusr de tous vos péchés devant l´Eternel. C´est pour vous un Chabbat de repos complet et vous devrez affliger vos âmes. C´est une ordonnance pour des temps indéfinis.» (Lévitique 16:29-31).

Les juifs observent dix jours de repentir commençant avec Rosh Hashanah (le nouvel an juif) et se terminant le jour de Yom Kippur (le jour d’expiation). C’est un temps pour penser aux péchés de l’année qui se termine et demander pardon. Les juifs croient qu’au jour de Yom Kippur le sort de tous les juifs est scellé pour l’année qui vient. Cette journée est considérée la journée la plus solennelle et la plus sérieuse du calendrier juif; on regrette les péchés passés et on prie pour demander pardon.

À cette occasion, les juifs jeûnent pendant 25 heures; du crépuscule du soir précédent jusqu’au crépuscule du soir suivant. Pour eux, le jeûne consiste non seulement à se priver de boire et de manger, mais il leur est aussi défendu de travailler, de prendre un bain et d’avoir des rapports sexuels. De plus, ils ne doivent pas faire usage de pommade, ni porter des chaussures en cuir.

Le jeûne commence par un service religieux spécial appelé Kol Nidre (tous les vœux). Les services se poursuivent à la synagogue tout au long de la journée suivante et jusqu’au moment de rompre le jeûne. Plusieurs communautés juives ont également l’habitude de jeûner la veille du nouvel an (Rosh Hashanah).

En plus du Yom Kippur, la tradition juive comporte quatre jours de jeûne au cours desquels les juifs se remémorent divers épisodes empreints de tristesse, qui les ont affligés au temps de leur captivité. Selon certains savants du Talmud, ces jours de jeûnes étaient obligatoires lorsque la nation connaissait l’oppression, mais non en temps de paix.

La Synagogue a le pouvoir de décréter des jours de jeûne obligatoires en cas de calamités, comme la peste, la famine ou la présence de mesures oppressives venant des dirigeants.

Le jeûne juif commence normalement au lever du soleil et prend fin à l’apparition des premières étoiles de la soirée, (à l’exception du Yom Kippur qui va d’un crépuscule à l’autre). Donner en charité un jour de jeûne est fortement recommandé, spécialement donner la nourriture nécessaire au repas du soir (Encyclopédie juive).

Le jeûne dans la chrétienté

À partir du Sermon sur la montagne, nous savons que Jésus a demandé à ses premiers disciples de jeûner :

« Lorsque vous jeûnez, ne prenez pas un air triste, comme les hypocrites, qui se rendent le visage tout défait, pour montrer aux hommes qu’ils jeûnent. Je vous le dis en vérité, ils reçoivent leur récompense. Pour toi, quand tu jeûnes, parfume ta tête et lave ton visage pour que ton jeûne soit connu, non des Hommes, mais de ton Père qui est là, dans le secret; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra. »

(Mathieu 6 :16).

Il est évident que la sorte de jeûne prescrite par Jésus était déjà connue de la communauté juive, puisqu’il n’y a aucune évidence qu’il y ait apporté de changement. Or, il devait s’agir de l’abstinence complète de nourriture et de boisson tel qu’indiquée dans les versets précités. Voilà pourquoi il parle de parfumer la tête et de laver le visage de façon à dissimuler aux autres la fatigue du jeûne.

Aujourd’hui, plusieurs chrétiens qui, par contre, suivent les directives de l’Église, ne pratiquent pas cette sorte de jeûne; ils se privent de viande un certain nombre de jours, ou bien, ils ne mangent qu’un repas par jour pendant le jeûne. Ils n’ont aucune restriction quant aux boissons. Ceci tient sans doute au fait que le Nouveau Testament ne donne aucune directive sur la façon de jeûner. Le carême qui est observé par les catholiques romains, les anglicans et les adeptes de certaines autres Églises, est une période de quarante jours de jeûne et de pénitence pour imiter le jeûne de Jésus qui jeûna dans le désert de Judée.

Le principal élément du carême est l’abstinence qui est une obligation pour les 14 ans et plus. Pour les catholiques romains, faire abstinence consiste à se priver de viande sous toutes ses formes, ce qui n’inclut pas le poisson. Mais il existe aussi le concept d’abstinence partielle qui consiste à manger de la viande une seule fois par jour.

Dans la Bible, on rapporte trois occasions où quelqu’un a jeûné pour une période de quarante jours. La première étant lorsque Moïse a reçu les Dix commandements (Exode 34:28). La seconde, lorsque le prophète Éli rencontra Dieu avant l’onction de Elisha (les Rois 19:8). Et la troisième, lorsque Jésus séjournait au désert et était soumis aux tentations de Satan (Mathieu 4:2).

Dans la Bible, on trouve plusieurs raisons au jeûne. On y voit un acte de sacrifice qui permet de se rappeler Dieu. Aussi, pendant le jeûne le corps renonce à son confort et il permet à l’esprit de se fortifier.

Le jeûne chez les hindous.

Le but du jeûne dans l’hindouisme est de nier les besoins physiques du corps au profit de gains spirituels. Selon les textes sacrés hindous, en établissant une relation harmonieuse entre le corps et l’âme, le jeûne favorise la communication avec l’Absolu. Les hindous croient que le jeûne a pour effet de libérer les gens de l’obsession des biens matériels qui les éloigne de la vie spirituelle. On conseille aux fidèles de s’imposer des restrictions afin de gagner en clarté d’esprit. Le jeûne est une forme de cette restriction. Le jeûne est prescrit pour tous les jours Ekadasi. Ekadasi est un mot sanskrit qui signifie le onzième jour d’un quartier lunaire, deux fois par mois (Bowker, 1973).

Les textes sacrés védiques recommandent fortement l’observation d’un jeûne complet le jour Ekadasi (sans boire d’eau). On recommande à tous, de huit à quatre-vingts ans, et sans distinction de caste, de sexe, ou de condition matérielle, de jeûner cette journée afin d’en retirer des bénéfices spirituels. Ceux qui ne tolèrent pas l’austérité d’un jeûne complet peuvent quand même respecter l’Ekadasi en mangeant une fois au cours de la journée, soit le midi ou le soir. Toutefois, personne ne doit manger de céréales sous quelque forme que ce soit ce jour-là.

Au moment de l’Ekadasi, les fidèles jeûnent le jour et  passent la nuit en prières et méditation. L’observation de ce rituel, croit-on, efface les péchés et purifie l’esprit. En plus d’un acte d’adoration, le jeûne est vu comme un moyen de discipliner le corps et l’esprit pour les préparer à affronter les difficultés sans abandonner.

Le jeûne en islam

Le but premier du jeûne en islam, c’est de prendre conscience du divin. En islam, le jeûne est un acte d’adoration important par lequel un musulman se rapproche de son Seigneur par le renoncement à toute nourriture, boisson ou rapport sexuel depuis le lever jusqu’au coucher du soleil. Cet acte est de nature à accroître la foi et la dévotion envers Allah. En effet, le croyant prend conscience de l’amour qu’Allah lui porte à cause de son propre renoncement aux choses qu’il ou elle désire le plus. Tel qu’indiqué dans le Coran, le jeûne pendant le mois lunaire du Ramadan est obligatoire pour tout musulman, homme ou femme, qui a atteint la puberté, qui est en santé, sain d’esprit et qui ne voyage pas :

« (Ces jours sont) le mois de Ramadan au cours duquel le Coran a été descendu comme guide pour les gens, et preuves claires de la bonne direction et du discernement. Donc quiconque d’entre vous est présent en ce mois, qu’il jeûne! Et quiconque est malade ou en voyage, alors qu’il jeûne un nombre égal d’autres jours. – Allah veut pour vous la facilité, Il ne veut pas la difficulté pour vous, afin que vous en complétiez le nombre et que vous proclamiez la grandeur d’Allah pour vous avoir guidés, et afin que vous soyez reconnaissants! » (Al-Baqara 2:185)

Le jeûne musulman implique de la part du croyant de renoncer librement à satisfaire les appétits et désirs de la chair durant le jour pendant tout le mois. D’autres temps de jeûne volontaires sont également suggérés au fidèle : les lundi et jeudi de chaque semaine, les trois jours au milieu du mois lunaire ainsi que les jours de « Ashura » et de « Arafah ».

Pour la plupart des musulmans, jeûner signifie se priver de nourriture, de boisson et de rapport sexuel entre le lever et le coucher du soleil, mais ils doivent également, comme l’a enseigné le Prophète Muhammed, s’abstenir de mentir, de parler en mal des autres et de se disputer :

« Jeûner ne consiste pas simplement à se priver de boire et de manger. Mais aussi à éviter de tenir des propos obscènes ou indécents. Alors si quelqu’un vous insulte, dites-lui : « Je jeûne, je jeûne. » (Al-Hakim).

 Le but premier du jeûne en islam, c’est de prendre conscience du divin pour en arriver à une vie bonne et vertueuse. En effet, la discipline acquise par la pratique du jeûne affermit notre volonté de mener une meilleure vie dans ce monde, laquelle nous conduira vers une félicité sans fin dans l’autre vie.

MERCI DE DIFFUSER SANS MODERATION
 
Chers amis du CIMEF,
 
Les travaux de la 6ème édition du Colloque International des Musulmans de l’Espace Francophone (CIMEF) se sont tenus à Bamako au Mali du 23 au 26 juillet 2010 sous la haute présidence du chef de l’état.
 
Cette rencontre était organisée par le Haut Conseil Islamique et une quinzaine d’associations musulmanes. A l’occasion de cette 6 ème édition qui avait pour thème principal “L’Islam et les défis actuels”,  une délégation de 150 participants en provenance d’Afrique, d’Europe et d’Amérique du Nord ont eu l’occasion de débattre des questions centrales relatives à la paix et la sécurité, la réforme du code de la famille ainsi que la contribution spirituelle des musulmans aujourd’hui.
 
Cette sixième édition s’est soldée par un succès en terme d’échanges, notamment grâce aux ateliers de travail qui ont été l’occasion pour les délégués de réfléchir et d’être une force de propositions concernant les défis tels que : La vulnérabilité climatique, l’éthique et la finance islamique et le développement durable.
 
Lors de la réunion des délégués, il a été decidé que la 7ème édition du CIMEF se tiendra au Sénégal à la fin du mois d’aôut 2012 Insh Allah. 
 
Enfin, le CIMEF s’est doté d’un comité scientifique dont vous trouverez la composition en cliquant sur le lien suivant :
 
http://www.cimef.net/page/comite-scientifique-permanent
 
Nous vous informons qu’un site a été crée afin de vous tenir informé(e)s des nouveautés ( revue de presse, photos…), mais aussi de revenir sur la philosophie et l’historique de cette aventure.
 
Vous trouverez les informations nécessaires pour devenir membre du réseau et partager vos expériences, réflexions … :
 
www.cimef.net
 
Nous vous souhaitons une excellente navigation.
 
L’équipe du CIMEF
www.cimef.net
 

“Une « laïcité ouverte » signifierait aussi que ces dernières ne soient pas l’objet sacrificiel et réifié d’un discours public qui dévalorise le sens qu’elle donne à ses choix personnels et bafoue ainsi son droit d’être citoyenne, voire fonctionnaire de l’État”

Le projet de loi 94 du gouvernement Charest est une nouvelle porte ouverte enfoncée. Il s’agit sans doute d’une nouvelle manœuvre politique désespérée pour redresser une popularité décidément en perte de vitesse, mais sans succès. Non seulement on réinvente la roue en redéfinissant les conditions d’application de l’accommodement raisonnable, déjà garantie par les chartes canadienne et québécoise, mais on tente également d’établir l’exigence triviale du « visage découvert » pour des « motifs (somme toute légitimes) liés à la sécurité, à la communication ou à l’identification ».

Alors qu’on pourrait se féliciter de voir le Premier Ministre du Québec explicitement favoriser une « laïcité ouverte » au travers du projet de loi rédigé par sa ministre de la Justice Kathleen Weil, il reste que la maladresse de sa conception et de sa présentation nous rappelle à la loi française de 2004 qui, sous prétexte d’écarter tous les signes ostentatoires, a fini par stigmatiser le seul foulard des écolières musulmanes. En effet, en croyant régler toutes les situations auxquelles ont été confrontés les services publics des derniers mois (SAAQ, RAMQ, CEGEP, etc.), le projet de loi 94 ne propose en réalité rien de neuf sinon de prohiber le seul niqab pour les raisons incontestables et consensuelles de la sécurité et de l’identification.

Par ailleurs, alors que le principe de l’égalité des hommes et des femmes avait été souligné par la modification de la Charte québécoise des droits et libertés, en plus de s’ajouter à celui – pourtant explicite – qui régit l’ensemble des citoyens (article 10), le projet de loi en question réaffirme encore une fois le respect de ce principe, comme si l’on établissait dans le corps des lois du Québec l’interprétation (très en vogue) selon laquelle le niqab est, de jure, un vêtement qui renie l’égalité, voire la bafoue par son implication prétendument naturelle de « la soumission de la femme ».

Tant et si bien que l’opposition, par les voix péquistes de Pauline Marois et de Louise Beaudoin, s’insurge que l’interdiction ne frappe pas également le hijab qui, selon la chef du PQ, « contrevient à la nécessaire neutralité de l’État ». La députée de Rosemont, quant à elle, ayant manqué de relire le préambule de la Charte, réclame obsessionnellement d’y affirmer « l’égalité entre les femmes et les hommes », ce que la loi 63 avait réglé il y a presque un an. Non seulement le retour à cette idée fixe de l’égalité des sexes n’est pas hasardeuse au moment même où on se demande, avec soupçon, si « des employées de la fonction publique [vont] pouvoir porter des foulards » (P. Marois), mais le parallèle entre l’assimilation du hijab au niqab et la présomption d’inégalité qu’il faut combattre dans le même élan ne peut être sans attirer l’attention des observateurs critiques. En effet, l’insistance quasi maniaque d’un certain discours public sur cette extrapolation n’est pas fortuite et doit être soulignée, car il en va de la dignité même des musulmanes (et parfois pas moins féministes) qui portent le foulard (hijab) par conviction et sans rendre le moindre compte à un nul être au monde. Cet habit n’est ni réductible à un symbole d’appartenance religieuse, ni à celui d’un rapport inégalitaire et encore moins de soumission aux hommes (puisqu’il ne leur incombe pas d’en décider), mais il n’est que la simple expression pour la musulmane de sa liberté de disposer de son apparence et de gérer l’espace de son intimité.

Si, selon les termes du projet de loi 94, le respect de la Charte des droits et libertés de la personne suppose que « l’État ne favorise ni ne défavorise une religion ou une croyance particulière », alors non seulement l’assimilation du hijab et du niqab ne serait pas acceptable, mais le seul fait d’associer l’interdiction dans les services publics de la couverture du visage à ce que suppose la réaffirmation quasi obsessionnelle de l’égalité des sexes n’est pas tolérable pour les femmes musulmanes qui ne la défendent pas moins que quiconque.

Une « laïcité ouverte » signifierait aussi que ces dernières ne soient pas l’objet sacrificiel et réifié d’un discours public qui dévalorise le sens qu’elle donne à ses choix personnels et bafoue ainsi son droit d’être citoyenne, voire fonctionnaire de l’État.

“Mon enfant est une personne différente de moi; nous sommes tous des êtres uniques. Mon rôle est de lui apprendre à se servir des outils que le Créateur lui a donnés pour accomplir le destin qui lui est propre (cœur, intelligence, capacités créatrices, réflexion, sens d’observation”

Être parent-oui, c’est une importante responsabilité et il nous arrive de douter de nos capacités. Parfois nous sommes déchirés : Aie-je été trop sévère? Aie-je été trop permissif? Est-ce que Dieu est satisfait de moi en tant que parent?

Nous, musulmans, tentons de vivre en accord avec l’enseignement que nous ont légué Dieu et son Prophète. Ne sont-ils donc pas les meilleurs éducateurs? En nous attardant sur la méthode qu’ils ont utilisée pour transmettre cet enseignement, nous pourrons sûrement en tirer des leçons sur la façon de nous y prendre pour mener à bien notre tâche de parents éducateurs. Quels seraient donc les principes islamiques à la base d’une bonne éducation parentale?

Je ne prétends pas faire ici une étude approfondie, je n’en ai pas la compétence. Je souhaite seulement partager le fruit de ma réflexion, de mes observations et de mon apprentissage par essai et erreur. Je propose d’abord une description de deux principaux modèles de parents : le parent accompagnateur et le parent contrôlant. Nous tenterons par la suite de voir quelle est la vision de départ qui donne lieu à ces comportements différents.

Analogie du voyage

Imaginons la vie comme un voyage et voyons comment nos deux modèles de parent s’y prennent pour l’aborder. Le parent planifie amener son enfant en voyage pendant les prochaines vacances d’été.

Le parent accompagnateur

En parent responsable, il a élaboré un plan. Il sait où il veut aller, pendant combien de temps ils seront partis, quel budget sera alloué à l’hébergement, à la nourriture et aux activités.

Mais il veut également profiter de cette expérience pour transmettre à son enfant  un savoir qui lui sera utile lorsqu’il aura à voyager seul plus tard. Il discute donc du projet avec l’enfant. Il lui fait connaître leur destination, l’invite à regarder une carte pour situer l’endroit. Il le consulte, lui demande son avis.

Nous aurons à parcourir un trajet de 800 kilomètres pour nous rendre à destination. Devrions-nous faire le trajet en une seule journée et arriver le plus tôt possible, ou le faire en deux jours et prendre le temps de voir les sites intéressants le long du chemin?

–        Quel genre d’activité aimerais-tu pratiquer une fois là-bas?

–        J’ai pensé que si nous faisions du camping plutôt que de coucher à l’hôtel, il nous resterait suffisamment d’argent pour louer un canot ou faire de l’équitation comme tu as proposé. Qu’en penses-tu?

Au cours du voyage, l’enfant ramasse des cailloux au bord de la rivière. Le parent l’observe de loin. Il s’aperçoit que l’enfant s’avance toujours plus et qu’il va mouiller ses chaussures. Il le laisse faire. Quelques minutes plus tard, l’enfant revient l’air piteux.

–        Mes chaussures sont mouillées…

–        Qu’est-ce que tu aurais pu faire pour éviter cela?

Plutôt que de le gronder, le parent lui permet de trouver ses solutions et d’apprendre de ses erreurs.

 Ici, le parent a un plan, il a déjà établi des balises, mais il accorde une certaine latitude à l’enfant à l’intérieur de ces balises pour lui permettre d’expérimenter. Ayant été consulté, l’enfant sait ce qu’il l’attend, il a donné son assentiment, il ne sent pas qu’on lui impose quoi que ce soit. Il sera probablement coopératif tout au long du voyage.

Le parent contrôlant

Également responsable, il a aussi un plan, mais il n’en parle pas. Il dit seulement à l’enfant qu’ils iront en voyage l’été prochain. Il a pensé à tout, il a tout prévu, son enfant sera ravi.

De son côté, l’enfant imagine déjà ce qu’il aimerait faire au cours de ce voyage. Et il se rappelle le récit de voyage que son ami lui a fait l’autre jour. Comme lui, il aura peut-être la chance de se baigner dans la piscine de l’hôtel et de manger de la crème glacée tous les jours…

Le jour du voyage arrive, on monte en voiture. Une heure plus tard :

–        Quand est-ce qu’on arrive? 

–        Dieu que les enfants sont impatients!

Vient le moment de monter la tente le soir venu.

–        Comment, on ne va  pas à l’hôtel?

–        Mais, tu me prends pour un banquier? Je te trouve assez ingrat. Sois plutôt reconnaissant de ce qu’on t’offre.

Le lendemain, d’un ton plutôt impatiemment (ça fait longtemps qu’il y pense) :

–        Je veux faire du canot.

–        Tu ne penses qu’à toi! Moi j’avais prévu une marche en forêt.

Tout au long du voyage, le parent talonne l’enfant  pour éviter qu’il fasse le moindre faux pas. Lorsque ça se produit, le parent blâme l’enfant de sa maladresse.

Ici, le parent s’attend à ce que l’enfant se conforme et adhère naturellement à son plan parce que c’est lui l’adulte, c’est lui qui sait ce qui convient à son enfant. Ce dernier est pris en charge. Il n’a pas droit de parole.

Voyons quels sont sur l’enfant les effets de ces deux différents modèles.


L’enfant du parent accompagnateur

1. développe la confiance en lui et une saine image de lui-même

–        on lui demande son avis, sa personne a donc de la valeur

2. se connaît

             –    on lui demande ce qu’il aimerait faire, il doit se questionner 

3. est un être responsable

              –    il apprend à faire des choix et à en accepter les conséquences

 L’enfant du parent contrôlant

 a une pauvre opinion de lui-même

–   lorsqu’il s’exprime, le parent se montre contrarié, on le blâme pour ses          erreurs

  1. ne se connaît pas et doute de ses capacités

–  on fait tout pour lui, on ne lui demande jamais son opinion

  1. est un être dépendant

–  on ne lui permet aucune initiative

  1. a du mal à tenir compte des autres

–  on n’a jamais tenu compte de lui

Deux modèles, deux visions

Ces deux comportements parentaux découlent inévitablement de deux conceptions distinctes du rôle de parent.

Vision du parent accompagnateur

Mon enfant est une personne différente de moi; nous sommes tous des êtres uniques. Mon rôle est de lui apprendre à se servir des outils que le Créateur lui a donnés pour accomplir le destin qui lui est propre (cœur, intelligence, capacités créatrices, réflexion, sens d’observation, etc.). D’abord par mon exemple, puis par mes conseils, je lui transmets mon savoir, mes croyances, mes valeurs et des habiletés diverses. Je ne suis pas responsable de ce qu’il fera de ce bagage. Ma responsabilité est de transmettre et d’être à l’écoute lorsqu’il exprime ses doutes afin de l’aider à s’orienter.

Vision du parent contrôlant

Mon enfant m’appartient; c’est ma chair et mon sang. Je dois en faire quelqu’un de bien. Je vais donc le surveiller de près afin qu’il fasse le moins d’erreurs possible. Je vais lui expliquer tout ce qu’il doit faire et ne pas faire; il n’a rien à dire, c’est moi l’adulte qui sait ce qui est bien pour lui. Lorsqu’il s’écartera, je le gronderai sévèrement pour lui enlever toute envie de recommencer. Lorsqu’il exprime des doutes, je m’inquiète d’avoir mal fait mon travail, je répète alors mes directives. Il ne doit surtout pas s’écarter du droit chemin; Dieu m’en tiendra responsable et les gens vont présumer que je suis un mauvais parent.

Les principes islamiques

Dieu a créé l’homme libre; il lui a donné un guide par l’entremise des Prophètes, mais Il le laisse libre de le suivre ou non. Si quelqu’un était en droit d’imposer quelque chose à quelqu’un, c’était bien le Créateur. Il ne l’a pas fait. De la soumission par amour émane un parfum qui Lui est des plus agréables.

Lorsque le Prophète s’attristait de voir son peuple ignorer le message, Dieu le consolait en lui rappelant qu’il n’était responsable que de transmettre le message.

Notre Prophète nous a enseigné le principe de consultation dans la sphère familiale autant que dans la sphère publique. 

Voilà au moins trois principes d’enseignement desquels nous pouvons nous inspirer. Posons-nous la question : élevons-nous nos enfants avec le souci de leur épanouissement et celui de les préparer pour la Vie après cette vie; ou les élevons-nous avec le souci de nourrir notre fierté de parents?

Dans le premier scénario, il est facile d’imaginer un voyage plaisant pour tout le monde. L’enfant se sent valorisé, les explications qu’on lui donne lui permettent d’être proactif et d’apporter sa contribution au bon déroulement du voyage. Il en rapporte une expérience qui lui sera utile toute sa vie. Le parent est habité par des sentiments de confiance et d’amour envers son enfant et il sait qu’il peut compter sur sa participation.  

Tandis que la lecture seule du deuxième scénario est déjà assez pénible. On imagine un parent hyper stressé du fait qu’il porte seul la responsabilité du bon déroulement du voyage. Il est constamment aux aguets pour que l’enfant ne déroge pas de son plan initial. L’enfant se sent ignoré, constamment bousculé.  On ne lui a rien dit, il ne peut rien anticiper, il se sent anxieux. Il a l’impression de tout faire de travers. Triste voyage pour tout le monde.

 Suzanne Touchette est membre de Présence Musulmane Ottawa-Gatineau

“Rappelons que les pires régimes totalitaires du siècle dernier ont été, au début au moins, élus démocratiquement, dans des pays pas très éloignés de la Suisse d’ailleurs. Ces régimes utilisaient la propagande afin de stigmatiser certaines communautés et légitimer la discrimination”

 

 

D’aucuns prétendent que le vote suisse contre les minarets ne vise pas la Tradition musulmane dans son ensemble, mais plutôt un certain «islam politique». Or, il va sans dire que les minarets ne sont pas plus le symbole d’un islam politique ou extrémiste que le seraient les  clochers d’églises d’une lecture fondamentaliste du christianisme.   On ne peut donc dissocier ce vote de la question, plus générale, de la présence musulmane en Occident. En effet, force est de constater qu’au-delà du symbole architectural, ce n’est pas qu’en Suisse que la présence visible des musulman(e)s suscite un débat.

Certains invoqueront, par ailleurs, la réciprocité pour expliquer voire légitimer le vote contre les minarets en territoire Suisse. Cet argument est problématique à plusieurs niveaux : En premier lieu, il sous-entend qu’il y a un « clash » entre deux civilisations (occidentale et musulmane) totalement exclusives et hermétiques. Ce qui est bien entendu doublement faux. Ensuite, il suppose l’existence de deux catégories de citoyens : une qui regroupe les « véritables » citoyens avec des droits et devoirs reconnus et une seconde catégorie de citoyens qui ont les mêmes droits que les premiers sauf qu’ils sont conditionnels aux politiques de pays étrangers.  Aussi, il serait paradoxal pour une démocratie de «marchander» avec ces citoyens les droits et libertés de ces derniers et entrer dans une compétition d’obscurantisme avec les États à majorité musulmane les plus totalitaires.  

Le résultat malheureux de ce référendum soulève également de profondes interrogations quant aux relations que les musulmans Occidentaux ont pu tisser, dans leurs entourages respectifs, avec leurs concitoyens non musulmans: collègues, amis, voisins et parfois même, membres de la famille. Est-ce à dire que ces relations se sont majoritairement soldées par un échec?  Ou peut-être, qu’au contraire, le résultat du vote s’explique par le fait qu’une majorité de ceux qui ont voté oui n’ont jamais connu un(e) musulman(e) de près? Ces questions sont légitimes et il faut tenter d’y répondre.

Cependant, il ne faudrait pas -au nom de la règle de la majorité simple- sacraliser le résultat de ce vote. C’est que la démocratie ne se résume pas aux urnes. Le système démocratique doit d’abord garantir un traitement équitable envers tous les citoyens. Le principe « Un(e) citoyen(e), une voix » n’est donc pas une fin en soi mais un moyen d’assurer justement, ce traitement équitable. Dès lors, soumettre les droits d’une minorité au vote de la majorité ne relève plus de la démocratie mais plutôt de la « dictature de la majorité ». Dire ou insinuer le contraire c’est trahir l’idéal démocratique par méconnaissance de celui-ci ou pire, par calcul politique, démagogie et populisme.

Rappelons que les pires régimes totalitaires du siècle dernier ont été, au début au moins, élus démocratiquement, dans des pays pas très éloignés de la Suisse d’ailleurs. Ces régimes utilisaient la propagande afin de stigmatiser certaines communautés et légitimer la discrimination. Les massacres commis par ces systèmes contre des millions de personnes ciblées uniquement en raison de leur confession religieuse (les juifs), leur origine ethnique (les Tsiganes) ou leurs convictions politiques (les communistes) ont marqué de façon tragique la seconde guerre. La liste des atrocités commises par ces régimes ne se limite malheureusement pas à cela.

Dans ce côté-ci de l’Atlantique, nous avons choisi de soutenir les démocraties Européennes dans la guerre qui s’en ait suivi. Et pourtant, nous avons également fait le choix d’interner dans des camps des citoyens Canadiens uniquement parce qu’ils étaient d’origine japonaise, allemande ou italienne.  Ainsi, l’Histoire récente nous enseigne que si les acquis d’aujourd’hui sont importants, ils sont aussi fragiles.

Le jour où « les hommes vivront d’amour » semble hélas bien lointain.

“La fête du Sacrifice. Un signe, un souvenir, un rappel… ce serviteur, cet ami de Dieu, cet humble qui a accepté et n’a eu de cesse de dire, de protéger et de lutter pour Dieu, pour la Lumière, pour la Vérité”

 

Un jour le Prophète Muhammad (BSL) se tourna vers ses compagnons et dit :
 ” Ne vous enseignerais-je pas ce pourquoi Dieu a appelé Abraham, Son ami qui fut fidèle ? Parce qu’il répétait constamment au moment de se lever et de se coucher : Gloire à Dieu quand vous parvenez au soir et lorsque vous accueillez le matin et à Lui la louange dans les cieux et sur la terre au cœur de la nuit et de la journée (ar-Rûm,17-18). “Abraham réunissait, en son cœur et en son être, l’équilibre et l’harmonie d’une communauté entière” : il fut l’exemple de ceux qui portent la foi, “votre père Abraham”, l’ami de Dieu” choisi, élevé, rapproché. 

 
 C’est à lui que Dieu fera vivre l’épreuve la plus difficile qui soit : sacrifier son fils au nom de sa foi et de son témoignage. C’est bien plus que sacrifier son temps, son argent, voire soi-même ; c’est davantage que de vivre une épreuve de la vie, un échec, un drame, voire un accident ; c’est autrement plus difficile qu’une séparation, une absence, ou le vide.
 
 De Son ami Dieu exige tout : sacrifie celui que tu as contribué à faire naître en reconnaissance à Celui qui t’a fait être, de tes propres mains tue ton amour au nom de Mon Amour. Sois pour Dieu jusqu’à la plus terrifiante des épreuves, accède à la certitude au-delà de tous les tremblements de terre qui naissent de tes doutes. Sois pour Dieu.
 
 Le Prophète Muhammad (BSL) nous l’a appris : ” Dieu met à l’épreuve ceux qu’Il aime “… mais avons-nous pris l’exacte mesure de l’épreuve de Son ami Abraham, paix soit Sur lui. Sacrifier son fils, de ses propres mains le mettre à mort et accepter de vivre l’absence de son premier-né pour vivre dans la présence du Premier et du Dernier. Son amour fut au prix de cette épreuve, son élévation fut dans la nature de sa soumission, sa force fut son humilité.
 
 Dieu l’a aimé tellement, et tellement éprouvé… aujourd’hui, au travers des siècles, l’issue de l’épreuve marque la plus grande fête de l’islam et des musulmans. La fête du Sacrifice. Un signe, un souvenir, un rappel… ce serviteur, cet ami de Dieu, cet humble qui a accepté et n’a eu de cesse de dire, de protéger et de lutter pour Dieu, pour la Lumière, pour la Vérité. Jusqu’au bout de l’insulte, du rejet, de la haine ; jusqu’au bout de son amour. A l’horizon de sa certitude confiante, Dieu l’a épargné : le rêve était vrai et son fils ne fut pas tué. L’épreuve est devenue un signe pour qui aime, accepte, supporte, patiente, persévère et s’engage… après l’épreuve, il y a la liberté ; la fête est au terme d’une épreuve assumée. Tel est, au fond, le message de l’islam : après un mois de jeûne, après l’épreuve du sacrifice. Profond enseignement.
 
 C’est l’école de la vie que Dieu nous enseigne par les Messagers, ou au travers de la prière, de la zakat, du jeûne, du pèlerinage, ou encore à la lumière de nos blessures, de nos tristesses et de nos espoirs. La vie est une épreuve elle-même emplie d’épreuves et de peines : aimer Dieu, respecter la vie exige un amour infini, une foi profonde, la patience et la persévérance… C’est façonner son être intérieur au fil du temps et des tremblements de cœur. C’est protéger Son amour, quotidiennement, simplement. Souvenons-nous, Dieu l’a pris pour ami grâce à quelques mots inlassablement dits et redits : Gloire à Dieu quand vous parvenez au soir et lorsque vous accueillez le matin et à Lui la louange dans les cieux et sur la terre au cœur de la nuit et de la journée. Il les a répétés chaque jour avec conscience et amour. Sa force et son courage trouvaient là leur source : il savait dormir avec le souvenir de Dieu et se réveiller dans Sa lumière. Don de soi et sacrifice quotidien pour trouver l’énergie du terrible sacrifice. Ce chemin est à la portée de tous, tous les jours. Beni alors qui comprend le Sens de la fête, à l’horizon de cette année, au terme de sa vie.
 
 Être proche du Très-Doux et Le voir, pour l’éternité.
 
Peinture “Kaaba” par Azadeh Amiri

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